AUX ANONYMES
QUI oirr écBiT des UAtmisê
À PAOL-LÔUrS COURIER , VIGNERON.
7b reçois quelquefois des ièttivs «ifooymtfs) les unes fitftteuses me plaisent, c»r j'aime la louange; â*autres moqueuses, piquantes, me sont moins BgcéMeB , mais beaucoup plasutiles : j*y trouve la vérhé, trésor inestimable, et sottineut de&avis que ne me «éloBneraient peut-être auoun de eenx qui meyeulefrt le p4ns de bien. A^n donc que Ton continue à m*éci^re de la sorte , pour mon très* grand profit, je réponds à ces lettres par celle*-ci iraprîmée , n*iiy»nt antre moyen de la faire parve« nk* à mes oorrespondans , et répondrai de même à tous ceul <|iii voudraient me faire part de leurs sentimens sur ma conduite et mes écrits. Un pareil commerce sans doute aurait quelques difH* cultes ëous ces gouvememens faibles , peureux , ennemis de toute publicité, serart même de fkit mipos9'd>le^ sans la li^jerté^ la presse , dont mnr»
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jouissons, comme dit M. de Broê , dans toute son étendue , depuis la restauration. Si la presse n*étaît pas libre, comme elle Test par la Charte , il pourrait arriver qu'un commissaire de police saisit chez l'imprimeur toute ma correspondance; qu*un procureur du rpi envoyât en prison et l'imprimeur , et moi , et mon libraire , et mes lecteurs. Ces choses se font dans les pays où règne un pouvoir odieux, complice de quelques-uns, et ennemi de tous. Mais en France heureusement , sous l'empire des lois , de la constitution , de la Charte jurée , sous un gouvernement ami de la nation et cher à tout le monde, rien de tel n'est à craindre. On dit ce que l'on pense; on imprime ce qui se dit, et personne n'a peur de parler ni d*entendre. J'imprime donc ceci, non pour le public, mais pour ces personnes seulement qui me font Thonneur de n'écrire, sans me dire leur nom ni leur adresse.
Paul-Louis Courier, vigneron de la Chavonière» bûcheron de la forêt de Larçai , laboureur de la Filonière, de la Houssière, et autres lieux, à tous anonymes inconnus qui ces présentes verront» salut:
J'ai reçu la vôtre, signée le trop rusé marquis d'Effiat; elle m'a diverti, instruit, par les curieuses notes qu'elle contient-sur Thistoire ancienne et moderne;
£t la vôtre, timbrée de Béfort, non signée, où vous me reprochez d'une façon peu polie, mais franche, que je ne suis point modeste. M'exami* liant là-dessus y j*ai trouvé qu'en effet je ne suis pas
ÀbKESSÉES A PAUL-LOUIS COUKIER. ^3
modeste, etqnej*ai de moi-même une haute opi- * nion 9 en quoi je puis me tromper comme bien d'autres. Vous en jugez ainsi à tort et par envie, à ce qu'il me paraît ; toutefois l'avis est bon , et , pour en profiter, j'userai des formules dont se couvre Testime que chacun faitvde soi , heureuse invention de nos académies I Je dirai de mes écrits, qui sont .assurément les plus beaux de ce siècle, faibles productions qu'accueille avec bonté le public indulgent ; et de moi, le premier hommedu monde, sans contredit, votre très-humble serviteur, vigne ron quoique indigne.
Dans celle-ci , venant d* Amiens , sans signature pareillement, vous me dites , monsieur, que je serai pendu. PoWquoi non ? D'autres l'ont été d'aussi bonne maison que moi : le président Brisson , hon- Yiête homme et savant , pour avoir conseillé au roi de se défier descourtisans , fut pendu par les Seize, royalistes quand même, défenseurs de la foi, de l'autel et du trône. Il demanda , comme grâce , de pouvoir achever, avant qu'on le pendit, son Traité des usages et coutumes de Perse, qui devait être , disait-il , une tant belle œuvre. Peu de chose y manquait; c'eût été bientôt fait :il ne fut non plus écouté que le bon homme Lavoisier depuis, en cas pareil, et Ar^iimède jadis. Parmi tous ces grands noms je n*ose me placer ; mais pourtant j'ai aussi quelque chose à finir, et l'on va méjuger, et je vois bien des Seize. Tout beau , soyons modeste.
Dans la vôtre , monsieur, qui m'écrivez de Paris vous me dites voici vos termes/ ; Je suis de vos
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amis y monsieur, et comme tel je vous dois un avi». On va vous remettre en prisoii ; c*est une chose résolue, et je le sais de bonne^part, non pas poor votre pétition des villageois qui veulent danser, écrit innocent et bénin, où personne B*a rien vu qui pût ofTenser le parti régnant : c*est le prétexte tout au plus , Toccasion qu*on cherchait pour voii» persécuter, mais non le vrai motif. On vous en veut» parce que vous êtes orléaniste, ami particulier du duc d'Orléans. Vous r«vez loué dans quelques brochures; vous êtes du parti d'Orléans. Voilà ce qui se dit de vous, et que bien des gens <croieot, non pas moi. Je juge de vous tout autrement. Vous n'êtes point orléaniste, ami ni partisan du duc ; vous n'aimez aucun prince, vous êtes républicain.
Ce sont vos propres mots. Sui»je donc républicain ? J'ai lu de bons auteurs et réfléchi long-temps sur le meilleur gouvernement. J'y pense même encore à mes heures de loisir v; mais j'avance peu dans cette recherche, et, loin d'avoir requis par de telles études l'opinion décidée que vous me supposez, je trouve , s'il faut l'avoiier, que plus je médite , et moins je sais à quoi m*en tenir ; d'où \ientque dans . la conversation , et bien des gens m'en font un reproche, aisément je me range, sans nulle complaisance, à l'avis <le ceux qui me parlent» pourvu qu'ils aieai un avis, et non de simples intérêts sur ces grandes questions débattues d(^ nos jours avec tant de chaleur. Je conteste fort peu ; j'aime la liberté par instipct, par nature. Je
serais républicain avec vous en causant, car vous Têtes, je le vois bien, et vous m'étalerîez toutes les bonnes raisons qiii>8e peuvent donner en faveur de ce gouvernement. Vons n'auriez point de peine à ae gagner; mais bientôt, rencontrant quelqu'un qui me dirait et monterait par vives raisons qu'il peut y avoir liberté dans la monarchie, s'il n'allait tnéme jusqu'à prétendre, car c'est l'opinion de plusieurs, et elle se peut soutenir, qu'il n'y a de li* bertéque dans la monarchie, alors je passerais de ce c6té, abandonnant la république; tant je suis maniable, docile, doutant de m«s propres idées, en tout aisé à convertir, pour peu qu'on me veuille prêcher, non forcer.
£t voilà le tort qu'ont avec moi les gouvernans et leurs agens* Ils ne causent jamais , ne répondent à rien. Je leur dis qu'il ne faut pas nous faire payer Cham bord , et le prouve de mon mieux, asaez clairement, ee me semble. Étant d'avis contraire, s' ib daignaient s'ei^pliquer, s'il» entraient en propos , on verrait leurs raisons , et le moindre discours, fondé sur quelque apparence de bon sens, m'amènerait abément à croire que je me trompe , qu'acheter Chambord est pour nous la meilleure affaire , et que nous avons de l'argent de reste. On m'a persuadé des choses plus étranges; mais ils ne répondent mot, et me mettent en prison. Quel argument^ je vous prie? Est-ce là raisonner? Dès lors plus de doute. J'ai dit la vérité ; j'abonde dans mon sens et n'en veux pas démordre. Ma remarque subsiste. Me voilà convaincu, et le publicavec
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moi , qu'ils ne saveot que dire , qu'ils n'ont pas même' peur^ eux , de mauvaises raisons; que ne Toulant s'amender ni s'avouer dans Terreur, c'es t le vrai qui les fâche, et je triomphe en prison.
Une autre fois je les avertis que de jeunes curés dans nos campagnes » par un zèle indiscret, compromettent la religion , en éloignent le peuple au lieu de l'y ramener. Que font mes gouvernans làdessus? vous croyez qu^ils vont examiner si je dis vrai , afin d'y apporter remède. J'en use de la sorte , et vous aussi, je pense, quand on vous donne quelque avis. Mais des ministres , fi ! ce serait s'abaisser ; ce serait ce qu'à la cour on nomme recevoir la loi des sujets. Sans rien examiner, on me remet en prison , et je triomphe encore comme Wackefield àNewgate; il y mourut; voici l'histoire :
C'était un homme de hien, fameux par son savoir. Les ministres, voulant augmenter le budget, vantaient l'économie et la gloire que ce serait à la nation anglaise de payer plus d'impôts qu'aucune de l'Europe. Les impôts, selon eux, ne pouvaient ètrelrop forts. Que l'on ôte à chacun la moitié de son bien , le rapport des fortunes entre elles restant le méme> personne n'est appauvri. Si, disaient-ils, une maison s'enfonçait d'un étage ou deux, en gardant son niveau, elle en ser«fit pfus solide. Ainsi la réduction de toutes les fortunes au profit du trésor consolide l'état, et cette réduction est une chose en soi absolument indifTérente. Oui , bien pour vous , dit Wackefield dans un
écrit célèbre alors, pour vous qui habitez le haut de la maison; mais nous , dans les étages bas, nous sommes enterrés , monseigneur. Ce mot parut séditieux, offensant le roi, la morale , subversif de' Tordre social , et le bon Wackefield, traduit devant ses juges naturels qui tous dépendaient des ministres, avec un avocat également naturel, qui> dépendait des juges, son procès instruit dans la forme, s'entendit condamner à trois ans de prison. Il n'y fut pas ce temps : au bout de quelques mois malade , ses amis , comme il était peu riche , avaient souscrit entre eux pour que sa femme «t ses enfans pussent loger près de la prison ; mais Tautorité s'y opposant, au non de Tordre social, il mourut sans secours , sans consolation, moins à plaindre que ceux qui le persécutaient; car il avait pour lui Tapprobation publique, Tassurance d'avoir bien dit et bien fait. Mais ils vécurent, eux» dévorés de soucis , de rage ambitieuse , ou se coupèrent le cou , las de mentir, de tromper, d'augmenter le budget et de faire curée des entrailles du peuple à de lâches courtisans. i
Ainsi périt Wackefield, pour une seule parole. Rien n'est si dangereux que de parler à ceux qui sont forts et veulent de Targent. C'est la bourse à la main qu'il faut répondre. £h bien ! connaissant ces exemples , que n'en profitiez-vous? De semblables leçons devaient vous rendre sage , même avant celle que vous avez eue en votre personne. Voilà ce qu'on me dit : pourquoi écrire enfin ? et qui diantre vous pousse à faire imprimer ? Ne sauriez-
jS RÉPONSE AUX LETTRES ANOKYMES
VOUS VOUS taire, et, comme dit Boileau, imiter de Conrard le silence prudent? Ce Gonrard, le bel esprit, par principe de conduite, parlait peu et n'écrivait point; il réussit dans le monde et fut de Tacadémie ; car alors aussi on faisait académiciens ceaif. qui n'écrivaient point, sans toutefois mettre en prison ceu^p qui écrivaient. Vous, Paul-Louis , TOUS deviez être non - seulement prudent , mais muet, afin, sinon de parvenir à i'acadéft^îe, de vivre eti paii( , du moins. Il fallait vous tenir coi , tailler votre vigne, non votre plume; vous fkire petit, ne bouger de peur d'être le moinsdu monde aperçu / entendu. Qh vous guettait , vous le voyez; on ne vous pardonnera pas. Pourquoi cela, monsieur l'anonyme, s'il vous plaît? on a bieii pardonné à M. Pardessus. Mais écoutez encore jivant qae je réponde, écoutez ce récit, qui ne vous tiendra guère.
Un écrivain célèbre en Angleterre, auteur d'un des meilleurs ouvrages que l'on ait jamais fait ; l'auteur de Hobinson , Daniel de Foe, publia tin écrit tendant à insinuer que les dépenses de la cour étaient considérab]e$. Aussitôt les mini^re^ le livrent à leurs juges. On le met en prisoA ; il (écrivit encore , on le mit au carcan. Ses amis le blâmaient ; niiais il leur répondit : Il ne dépend pas de moi de parler ou de me taire ; et lorsque l'esprit souiHe , il faut hii obéir. C'était le langage du temps :%n tirait tout de l'Écriture, commue à présent de Jean- Jacques; on parlait la Bible, aujourd'hui on parle Rousseau; un abbé met en
pièc^ Emile, pour prêcher aux indifTéreDs en matière de religioD.
Quant à moi , ce n'est pas l'esprit , c'est la sottise qui me fait aller en prison. J'ai cru bonnement à la Charte ; j'ai donné dans la Charte en plein; je le confesse à ma très-grande honte, et pourtant de plus fins y ont été pris comme moi. pe ma vie , sans la Charte, je n'eusse imaginé de pat'ler au public de ce qui l'intéresse. Robespierre » Barras et le gi'and Napoléon , depuis plus de vingt ans , m*avaient appris à me taire, Bonaparte surtout ; ce héros ne trompait pas. Il ne oous baillait pas le lièvre par Torei lie, jamais ne nous leurra de la liberté de la presse ni d'aucune liberté. Un peu Turc dans sa manière » il mettait au bagne ce bon peuple , mats sans l'abuser le moins du monde, et ne nous cacha point sa royale pensée» qui fut toujours d'avoir en propre nos eorps et nos biens seulement. Des âmes, il en faisait peu de cas. Ce n'est que depuis lui qu'on a compté les âmes. Voulant parler tout seul* il imposa silence à nous premièrement, puis à TEurope entière; et le monde se tut: personne ne souflbif homme ne s'en plaignit; ayant cela de commode , qu'avec lui on savait du moins à quoi s- en tenir. J'aime celle façon, et j'ai tàtéde l'autre. La Charte vint ; on me dit: parlez, vous êtes libre, écrivez, imprimez; la liberté de la presse et tontes libertés voua sont garanties. Que craignezveu»? Si les puissans se fâchent, vous avez le jury et la publicité , le drcÀt de pétition , vos députés à
8o KBPONSE Al}X LETTRBS ÀNOHYMES
VOUS, éias, nommés par vous. Ils ne souffriraient pas que l'on vous fasse tort. Parlez un peu pourvoir; dites-nous quelque chose. Moi, pauvre, qui ne connaissais pas }fi gouvernement provocateur, pensant que c'était tout de bon , j'ouvre la bouche et dis : Je voudrais, s'il vous plaisait , ne pas payer Chambord. Sur ce mot , on me prend ; on me met en prison. Sorti, je ne pus croire, tant j'étais de mon pays, qu'il n'y eût à cela quelque malentendu. Ils m'auront mal compris, me disais-je^ assurément. Un peu de sens commun ( chose rare! ) eût suffi pour me tirer d'erreur: mais imbu de ma Charte et de mes garanties; persuadé qu'on m'écouterait sans mauvaise humeur, cette fois je hasarde une autre requête. Si c'était , dis-je, tenant mon chapeau à deux mains, si c'était votre bon plaisir de nous laisser danser devant notre logis le dimanche.... Gendarmes , qu'on le mène en prison; maximum de la peine, amende, etc. Du jury, point de nouvelles ; droit de pétition , chansons; mes députés, ils sont à moi comme mon préfet à peu près. La publicité des jugemens , savez-vous, monsieur, ce que c'est ? mes ennemis pourront, s'ils le jugent à propos , imprimer ma défense dans des feuilles à eux, me faire dire cent sottises; à eux il est permis de déduire me^ raisons coram€ ils veulent au public; à moi, âmes amis , défendu d'en dire mot , de réfuter , démentir en aucune façon les réponses absurdes et les impertinences qu'il leur aura plu m'attribuer. Voilà* ce que je gagne à la publicité des débats judiciaires»
ADRESSÉES A PAUL-LOUIS COURIER. 8l
Heureux , cent fois heureux , ceux que Laubardemont faisait condamner à huis clos par ordre de. son éminence! ils étaient opprimés, mais non déshonorés.
Ce langage est monarchique; fie tels sentiméns. ne sont point du tout républicains» et si je me contente en pareille matière des formes usitées: sous ce grand cardinal , je ne suis pas si Romain que vous Timaginez. Sur quel fondement? je ne sais y et ne devine pas davantage ce qui vous a pu . faire croire que je n'aimais ni le duc d'Orléans, ni aucun prince. Assurément rien n'est plus loin de la vérité. J'aime, au contraire, tous les princes, et tout le ilionde en général ; et le duc d'Orléans particulièrement ( voyez comme vous vous trompiez), parce qu'étant né prince, il daigne être honnête homme. Du moins, n'entends-je point dire qu'il attrape les gens. Nous n'avons, il est vrai, aucune affaire ensemble, ni pacte, ni contrat. Il ne m'a rien promis , rien juré devant Dieu; mais le cas avenant, je me fierais à lui, quoiqu'il m'en ait mal pris avec d'autres déjà. Si faut-il néanmoins se fier à quelqu'un. Lui et moi, nous n'aurions, m'est avis, nulle peine à nous accommoder, et l'accoid fait, je pense qu'il le. tiendrait sans fraude, sans chicane, sans noise, sans en délibérer avec de vieux voisins , gentilshommes et autres, qui ne me veulent point de Lien, ni en consulter les jésuites. Voici ce qui me donne de lui cette opinion. Il est de notre temps, de ce siècle*ci , non de l'autre, ayant peu
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vOyjecroisi ce qa*on nomitie ancien régime. I! a fait la guerre avec nous; d*où vient , dit-on , qu'il n*a pas peur deà sous-^oflficters : et depuis , émigré, malgré lui , jamais ne la fit contre nous , ' sachant trop ce qu'il devait à la terre natale , et qu*on ne peut avoir raison contre son pays. Il sait cela , et d'autres choses qui ne s'apprennent guèi e dans le rang où il est. Son bonheur a voulu qu'il en ait pu descendre, et jeune, vivre comme nous. De prince , il s'est fait homme. En France» il combattait nos communs ennemis ; hors de France, les sciences occupaient son loisir. De liiî n'a pu se dire le mot : rien oublié» ni rien appris. Les étrangers l'ont vu s'instruire , et non mendier. XI n'a point prié Pitt , ni supplié Ck)bourg de ravager nos champs, de brûler nos villages , pour venger les châteaux; de retour, n'a point fondé des messes , des séminaires , ni doté de$ couvens à DOS dépens ; mais sage dans sa vie , da¥is ses mœurs, donné un exemple qui prêche mieux que les missionnaires. Bref, c'est un homme de btien. Je voudrais, quant à moi , que tous les* princes Ijui ressemblassent ; aucun d'eux n*y perdrait, et nons y gagnerions : ou je voudrais qu'il fût maire de la commune; j'entend», s'il se pouvait ( hypothèse toute pure), sans déplacer personne; je hais tes destitutions. |1 ajusterait bien des choses, non-seulement par cette sagesse que Dieu a mise <en lui , mais par une vertu non moins considérable et trop peu célébrée; c'est son économie, (Cjualitô si Ton veut bourgeoise» que lâ cour àb«
horre dans un prince, qui n'est pas matière d'éloge académique , ni d'oraison funèbre , mais pour nous si précieuse, pour nous administrés, belle dans un maire, si.... comment dirai-je? divine, qu'avec celle-là, je le tiendrais quitte quasi «le toutes les autres.
Lorsque j'en parle ainsi ^ ce n'est pas que je le connaisse plus que vous, ni peut-être autant, ne rayant même jamais vu. Je ne sais que ce qui se dit; mais le public n'est poini sot , et peut juger les princes, car ils vivent en public. Ce n'est pas non plus que je veuille être son garde champêtre , au cas jqu*ii devienne maire. Je ne vaux rien pour cet emploi, ni pour quelque autre que ce soit: capable tout au plus de cultiver ma vigne , quand je ne suis pas en prison, /'y serais , je crois, moins souvent; mais, cela même n'étant pas sûr, je puis dire que tput changement dans la mairie et les adjoints , pour mon compte , m*est indifférent. Au reste , ce qu on pense de lui généralement, vous l'avez pu voir ou savoir ces jours-ci, iorsqu*il parut au théâtre avec sa famille. On ne l'attendait pas; l'assemblée n'était point coinposée, préparée conune il se pratique pour les grands. C'était bien là le public, et il n*y avait rien que l'on pût soupçonner d'être arrangé d'avance. La police n'eut point de part aux marques d'affection qui lui furent données en cette occasion ; ou , si de fait elle était là, comme on peut le croire aisément, partout invisible et présente^ ce n'était pas pour accueillir le duc d'Orléans. Il entra, oh
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le vît ; et les mains et les voix applaudirent de toutes parts. On n'a point mis, que je sache, le parterre en jugement, ni traduit l'assemblée à la .salle Martin. Aussi, ne crois-je pas, moi qui J'ai loué moins haut de ce qu'il a fait de louable , que ce soit pour cela qu'on me réemprisonne. Mais vous pouvez être là-dessus beaucoup mieux instruit.
Ainsi, contre votre opinion, monsieur, j'aîme le duc d'Orléans ; mais son ami, je ne le suis pas, comme ces gens le croient, dites-vous. A moi tant d*bonneur n'appartient , et sans vouloir examiner ce dont on a douté quelquefois , si les princes ont des amis, ou si lui, moins prince qu'un autre, ne pourrait pas faire exception, je vous dirai que j'ai toujours ri de Jean-Jacques Rousseau , philosophe , qui ne put souffrir ses égaux , ni s'en faire supporter, et en toute sa vie crut n'avoir eu d'ami que le prince de Gontî. '
Bien moins suis-je son partisan. Car il n'a point de parti premièrement. Le temps n'est plus où chaque prince avait le sien; et jamais je ne serai du parti de personne. Je ne suivrai pas un homme, ne cherchant pas fortune dans les révolutions, contre-révolutions qui- se font au profit de quel- • ques uns. Né d'abord dans le peuple, j'y suis resté par choix. Il n'a tenu qu*à moi d*en sortir comme tant d'autres qui j pensant s*ennoblir, de fait ont dérogé. Quand il faudra opter suivant Ja loi 'de Solon , je serai du parti du f cuple, des paysans comme moi.
ADRESSÉES A PAUL-rOUIS COURIER. 85
' Accusez réception, s'il vous plaît, de la présente.
VéreU , le 6 février i823.
Vous êtes deux qui m'engagez à faire encore des pétitions. A votre aise vous en parlez, et vous n''irez pas en prison pour les avoir lues. Mais moi, voyez ce qu'a pensé me coûter la dernière. Quinze mois de cachot et mille écus d'amende, sont-ce des bagatelles ? De combien s'en est-il. fallu que je ne fusse condamné? Les juges ont trouvé mon fait répréhensible , et plus répréhensible encore mon intention. La police , dans sa plainte, me dénonce comme un homme profondément pervers; messieurs de la police m'ont déclaré pervers, et ont signé Delàvau , Vidocq , etc. Je prenais patience. Mais, ce procureur du roi,.m*accuser de cynisme ! Sait-il bien ce que c*est, et entend-il le grec? Cynos signifie chien; cynisme, acte de chien. M'insuUer en grec , moi , helléniste juré ! j'en veux avoir raison.- Lui rendant grec pour grec, si je l'accusais d*amsme, que répondrait-il? mot. il serait étonné. Quand il me donne du chien , si je lui donne de Tâne , pourvu toutefois que ce ne soit pas dans l'exercice de ses fonctions, serons-nous <juitles?je le crois.