‹ Pamphlets politiques et littérairesChapitre 45 sur 79 · HÉPOWSE AUX LETTRES ANONYMES · texte numérisé non relu

HÉPOWSE AUX LETTRES ANONYMES

Voilà pourtant, mes chers anonymes, comme on traite votre correspondant, pour avoir demandé à danser le dimanche, et notez bien, peut-être n'aurais-je pas dansé, s'il m*eiit été permis; on n'use pas de toute permission qu'on obtient Peut-' être ensuite m'eût-on fait danser malgré moi; car ces choses arrivent : tel , dont je tais le nom , sollicita la guerre, et, contraint de la faire, enrage. Mais que serait^e, si j'allais demander, comme vous le vcHilez^ la punition du prêtre qui a tué sa maîtresse , ou le mariage de celui qui a rendu la sienne grosse ? Alors triompherait le procureur du roi ; la morale religieuse me poursuivrait. Aidée de la morale publique et de toutes les morales, hors celle que nous connaissons , que iong-teiaps nous avons crue la seule.

D'ailleurs, je ne suis pas si animé que toos contre ce curé de Saint-Quentin. Je trouve dans son état de prêtre de quoi » wm l'excuser, mais le plaindre. 11 n*eût pas tué assurément sa seconde maîtresse, s'il eût pu épouser 1^ première devenue grosse, et qu'il a tuée aussi , selon toute apparence. Voici comme ou conte cela, dont vous semblez mal informés.

Il s'appelle Mingrat, p'avait guère plus 4e ^ogt ans» quand au sortU* du çéminaire, on le fit curé de Saint-Opre, village à si^ lieues de Grenoble. Là, son zèle éclata d'abord contre la danse et toute espèce de divertissement. Il défendit, ou fit défendre par le maire et le sous-préfet, qui n'osèrent s'y refuser, les assemblées , bals ^ jeux çhaiO|)êûre8 ,

et fit fermer les cabarets , non-seulement aux heures d'office, mais, à ce qu*on dit, tout le jour les dimanches et fêtes. Je n*ai pas de peine à le croire ; nous voyons le curé de ILiuynes défendre aux vignerons de boire le jour de Saint-Vincent leur patron. L'autre entreprit de réformer rhabillcment des femmes : les paysannes en manches de chemise , ayant le bras tout découvert, lui parurent un scandale affreux.

Remarquez que sur ce point les prêtres ont varié. Menot, du temps de Henri II, prêcha contre les nndités en termes moins décens peut-être que la chose qu'il reprenait. Aussi firent Maillard, Mariette , Feu-Ardent et le petit Feuilland. C'est même le texte ordinaire de leurs sermons , qu'on a encore. Mais depuis , sous Louis XIV vieux , un curé trouva fort mauvais que la duchesse de Bour* ^gne vint à l'église en habit de chassé qui boutonnait jusqu'au menton et avait des manches. Il la renvoya s*habiiler, hautement loué du roi et de la cour. La duchesse alla s'habiller, et revint bientôt à peu près nue, les épaules, les bras, le dos, le sein découverts, la chute des reins bien marcpiée. C'était l'habit décent, et elle fut admise à faire ses dévotions.

Mars l'abbé Mingrat ne souffrait point qu'un bras nu se montrât à l'église, et même ne pouvait, sans horreur, dans les vêtements d'une femme , soupçonner la forme du corjjs. Ami du temps passé d'ailleurs, il prêchait les vieilles mœurs à Tâge de vingt ans , la restauration , la restitution ■

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tonnant contre la danse et les manches de chemise. Les autorités le soutenaient» les hautes classes Teocou rageaient, le peuple Fécoutait, les gendarmes aussi et le garde champêtre , qui jamais ne manquaient au sermon. Enfin , il voulait rétablir», d'accord avec ses supérieurs, la pureté de Tancien régiùie. Pour y mieux réiis^r, il forma chez sa. tante , venue avec lui à Saint-Opre» une .école de petites filles auxqu^'lles elle montrait à lire, les instruisant et préparant pour la communiou. Il assistait aux leçons, 'dirigeait renseignement. Deux déjà parmi elles approchaient de quinze ans , et lui parurent mériter une attention particulière. Il les fit venir chez lui ; distinction enviée de teutes leurs compagnes , flatteuse pour leurs parens. Ces jeunes filles donc vont chez le jeune curé. Partont cela se fait depuis quelques années , aux champs comme à la ville; les magistrats l'approuvent, et les honnêtes gens en augurent le prompt rétablissement des mœurs. Elles y allaient souvent, ensemble ou séparées; c'était pour écouter des lectures chrétiepnes, répéter le catéchisme, apprendre des versets , des psaumes, des oraisons; et tant y allèrent , qu'à la fin une d'elles se sent mal à l'aise , souffrante; elle avait des maux de cœur.

Lisez rhistoire, et comparez, monsieur l'anonyme , le passé avec le présent. Pour moi je nefais autre choL'e; c'est la meilleure étude qu'il y ait. Je trouve que, du teilips de nos pères, Guillaume Rose, étant curé 4'une paroisse de Paris», catéchisait déjeunes filles, qui s'assemblaient pour

recevoir les pieuses leçons chez une dame. Là ve* naît entre autres assidûment la fille unique, âgée de treize à quatorze ans , du président de Neuiliy, qui bientôt fut grosse des œuvres de Tabbé Guillaume. Au temps des bonnes mœurs , pareille chose arrivait sans qu'on y prit trop garde, quand les filles n'avaient point de père président. Cel^i-ei porta plainte ; on décréta Guillaume; le clergé intervint La justice n'a jamais beau jeu contre le clergé , qui d'abord ne veut pas qu'on le jyge, et en ce temps-là menait le peuple. Messire Guillaume se moqua du parlement, du président, et de la fille» et de l'enfant, puis fut évêque de Senlis f dévoué au pape son créateur, comme on dit à Rome..

, De ce genre est un autre fait moins ancien , ms^îs horrible , et par là plus semblable i celui de •Mingcat. Il n'y a pas quarante ans que dans un couvent' près de Nogent-le-Rotrou, on élevait de jeunes demoiselles sous la direction d'un saint homme prêtre, abbé qui les confessait , les instruisait, catéchisait, et continua longues années, sans qu'on eût de lui nul soupçon. Mais à la fin , on découvrit qu'il en avait séduit plusieurs, et que, quand une devenait grosse, il l'empoisonnait, la gardait , écartant d'elle tout le monde , sous prér texte de confession ou d'exhortation à la mort , ne la quittait point qu'elle ne fût morte , ensevelie . enterrée. De tels faits rarement parviennent à la connaissance du public. Le saint persojinage fut.

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