GAZETTE DO VILLAGE
Ce qui plus lui fâchait, c'était sa compagnie, ces deux messieurs et tous les passans regardant. M. le maire est gentilhomme par sa femme, née demoiselle. Voilà pourquoi il nous tutoie et rudoie, nous autres paysans, gens de peu, bon^ amis pourtant de feu son père. Il semble toujours avoir peur qu'on ne le prenne pour un de nous. S*il était no- ' ble de son chef, nous le trouverions accostable. Les nobles d'origine sont moins fiers , nous accueillent au contraire, nous caressent, et ne haïssent guère qu'une sorte de geqs , les vilains anoblis, enrichis, parvenus.
Il ne répondit mot et poursuivit sa chasse. Le jendemain on m'assigne comme ayant outragé le maire dans ses fonctions ; on me met en prison deux mois, monsieur, deux mois dans le temps des l'^oUes, au fort de nos travaux I Hors de là, je pensais reprendre ma charrue. Il me fait un procès pour un fossé, disant que ce' fossé, au lieu d'être sur mon terrain , était sur le chemin. Je perdis encore un mois à suivre ce procès , que je gagnai vraiment» mais je payai les frais. Il m'a fait cinq procès pareils, dont j'ai perdu trois, gagné deux; mais je paie toujours les frais. Il s*en va temps, monsieur, il est grand temps que je parle.
Quand j'épousai Lise Baillet, il me joua d'un autre tour. Le jour convenu-, à l'heure dite, nous arrivons pour nous macier à la chambre de la co.mmune. Il s'avise .alors que mes papiers n'étaient p^s en règle, n*cu ayant rien dit jusque-là , fst cependant la noce prête, tout le voisinage paréi
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trois veaux y trenfe-six moutons tués....; il nous en coûta nos épargnes de plus de dix ans. Qu'y faire? il me fallut renvoyer les conviés et m'en al^ Jer à Nantes quérir d'autres papiers. Ma fiancée , , qui avait peur que je ne revinsse pas, étant déjà embarrassée , en pensa mourir de tristesse et de re« gret de sa noce perdue. Nous empruntâmes à grosse' usure, afin de faire une autre noce quand je fus de retour, et cette fois il nous n^aria. Mais le soir..^ écoutez ceci : nous dansions gaiment sur la place; car le curé ne l'avait pas encore défendu. M. le maire envoie ses gens et ses chevaux caracoler tout au travers de nos contredanses. Son valet, qui est Italien, disait, en nous foulant aux pied»: Gente codarda e vile , soff rirai questo e peggio. Il pr^ tend , ce valet, que notre nation est lâche et ca* pable de tout endurer désormais , que ces choses chez lui ne se font point. lis ont , dit^il , dans son pays, deux remèdes contre l'insolence de messieurs les maires, l'un appelé stiîettata^VsiWtxescopiêttaia, Ce sont leurs garanties, bien meilleures» selon lui, que notre conseil d'état. Où scopettade manque, stilettade s'emploie, an moyen de quoi là le peuple se fait respecter. Sans cela , dit-il , le pays ne serait pas tenable. Pour moi , je ne sais ce qui en est, mais semblable recette chez nous n'étant point d'usage , il ne me reste qu'un parti , de vendre ma besace et déloger sans bruit. Si je le ren« contrais seulement, je serais un homme perdu. Il me ferait remettre en prison comme ayant ooFIfagé le maire ; il conte ce qu'il veut dans ses procès-