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le dernier degré d'abaissement que promettre aux siyets et leur tenir porole , comme a très-bîen dit Louis XiV , notre aïeul , de glorieuse métuoire , qui savait son métier de roi. Sous lui , on ne vit point les Français murmurer, quelque faix qu'il leur imposât, en quelque misère qu'il les pût réduire, pas un d'eux ne soufila mot, lui vivant. Pour ses guerres , ses maîtresses , pour bâtir ses palais, il prit leur dernier sou; c'est régner que cela. Charles II d'Angleterre fit de même à peu près ; comme nous, rétabli après vingt ans d'exil et la mort de son père , il déclara hautement qu'il ai« mait mieux se- soumettre à un roi étranger, ennemi de sa nation, que de compter avec elle, ou de la consulter sur les affaires de l'état ; sentimens élevés et dignes de son sang, de son nom , de son rang. Moi, qui vouffécris ceci , mon cousin , je serais le plus grand roi" de l'Europe, si j'eusse voulu seulement m* entendre avec mon peuple. Rien n'était si facile. Me préserve le ciel d'une telle bassesse ! J'obéis au congrès, aux princes, aux cabinets, et en reçois des ordres souvent embarrassans, toujours fort insolens; j'obéis néanmoins. Mais, ce que veut mon peuple, et que je lui promis , je n'en fais rien du tout, tant j'ai de fierté dans l'âme et l'orgueil de ma race. Gardons-la. mon cousin . celte noble fierté à l'égard des sujets , conservons chèrement nos vieilles prérogatives; gouvernons, à l'exemple de nos prédécesseurs , sans écouter jamais que nos valets , nos maltresses , nos favoris, nos prêtres ; c'est l'honneur de la couronne; quoi
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qiiMl puisse arriver, périssent les nations plulùc que le droit divin.
Là-dessus, mon cousin, j'entre, comme vou'i voyez, dans tous vos senti mens , ei prie Plcu qu'il vous y maintienne; mais je ne puis approuver de même votre répugnance pour ce genre de gouvernement qu'on a nommé, représcn^ tatif , et (jue j'appelle moi récréatif, n'y ayant rien que je sache au monde si divertissant pour un roi , sans parler de l'utilité noa petite qui
nous en revient. J'aime l'absolu; mais ceci *
pour le produit, ceci vaut mieux. Je n'en fois nulle comparaison et le préfère de beaucoup. Le; représentatif me convient à merveille, pourvu toutefois que ce soit moi qui nomme les députés, du peuple , coBwne nous l'avons élabli en ce paj s fort heureusement; Le représentatif de la. sorteest une Cocagne , mon cousin. L'argent nous arrive à toison. Demandez à mon neveu d'Angoiilême, nous comptons ici par milliards, ou, poui* dire. la vérité, par ma foi, nous ne comptons plus, depuis que nous avons des députés à nous, une majorité , comme on l'appelle , compacte , dépense à faire, mais petite. 11 ne m'en coûte pas.... non, cent voix ne me coûtent pas, je suis sûr, chaque, anuée^, un mois de madame du Cayla ; moyeunant quoi, tout va de soi-même; argent sans compte ni mesure, et le droit divin n'y perd rien^ nous n'en faisons, pas moins tout ce que nous vouIoASk c est-à-dire, ce que veident no* courtisans.
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Vos Cortès Yous ont dégoûté des asssembléet délibérantes; mais une épreuve ne conclut pas; feu mon frère sVn trouva mal , et cela ne m'a pas empêché d'y recourir encore , dont bien me prend. Voulez-vous être un pauvre diable comme lui , qui , faute de cinquante malheureux mil-.
lions Quelle misère ! cinquante mille millions,
mon cousin , ne m'embarrassent non plus qu'une prise de tabac. Je pensais comme vous vraiment avant mon voyage d'Angleterre; je n^aimais point du tout ce représentatif; mais là j'ai vu ce que c'est: si le Turc s'en doutait; il ne voudrait pas. autre chose, et ferait de son Divan deuxGbam-i bres. Essayez- en > mon eher cousin , et vous m'en direz des nouvelles. Vous verrez bientôt que vos Indes j vos galions, votre Pérou, étaient de pau-^ vres tirelires, au prix de cette invention-là» au prix d'un budget discuté , voté par de bons députés. Il ne faut pas que tous ces mots de liberté, publicité/représentation, vous ef&rouchent. Ce sont dçs représentations à notre bénéfice, et dont le produit est immense, le danger nul, quoi qu'on en dise. Tenez, une comparaison va vous rendre cela sensible. La pompe foulante.... Mieux encore, la marmite à vapeur qui donne chaque minute un potage gras, lorsqu*on la sait gouverner, mais éclate et vous tue si vous n'y prenez garde ; voilà raffarre, voilà mon représentatif. Il n'est que de chauffer à point , ni trop , ni trop peu, chose aisée; cela regarde nos mrl^iatres, et le potage .est un inilliard. Puis, van-
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tez-moi votre absolu qui produisait à feu mou frère , quoi ? trois ou quatre cents millions par an^ avec combien de peine! Ici chaque budget un milliard , sans la moindre difficulté. Que vous ensemble, mon cousin? Allons, mettez de côté vos petites répugnances, et faites potage avec nous en famille, il n*est rien de tel. Nous nous aiderons mutuellement à Tentretenir comme il faut, et prévenir les accidens.
Si vous l'eussiez eue , cette marmite représen-i tative, au temps de l'ile de Léon, l'argent ne vous eût point manqué pour la paie de vos soldats'^, qui ne se seraient pas révoltés; il ne m'eût point fallu envoyer à votre aide , et dépenser à vous tirer de cet embarras cinq cents beaux millions, mon cousin , non que je veuille vous les reprocher; c'est une bagatelle, un rien; entre parens tout est commun : l'argent et le sang de mes su* jets vous appartiennent comme à moi ; ne vous en faites faute au besoin. Je vous rétablirai dix fois , s'il est nécessaire, sans m'incommoder le moins du monde, sans qu'il vous en coûte une obole. Je ne vous demanderai point les frais comme on m'a fait. C'est une vilenie de mes alliés. Au contraire, en vous restaurant, je vous donnerai de l'argent , ainsi qu'à vos sujets, tant que vous en voudrez. J'en donne à tout le monde, et je paie partout; -j'ai payé ma restauration ; je paierai encore la vôtre , parce que j'ai beaucoup d'argent et beaucoup de complaisance aussi pour les souverains étrangers, qui m*empéchent de
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recevoir la loi de mon peuple. J[e les paie quand ils viennent ici; je vous paie, vous « quand je vais chez vous. Occupé , occupait , je jpaie l'occupation. J'ai payé Sacken et Platovfr. Je paie Morillo, Ballesteros; je paie les cabinets, les puissances; je paie les Certes, la régence; je paie les Suisses; j'ai encore, tous ces gens-là payés, de quoi entretenir, non - seulement ma garde, une maison ici qu'on trouve assez passable» et bien autre que celle de mon prédécesseur ; mais de plus , des maîtresses qui naturellement me coûtent quelque chose. Le budget sufBt à tout, et voilà ce que c'est que ce représentatif dont là-bas vous vous faites une peur. Sottise, enfance, mon cousin; il n'est rien de meilleur au monde.
Pour monter cette machine , chez vous , et la mettre en mouvement, saps le moindre danger de vos cpyales personnes, je vous enverrai , si vous voulez, le sieur de Villèle , homme admirable, ou quelque autre de nos amés, avec une vingtaine de préfets. Fiez-vous à eux; en moins de rien ils vous auront organisé deux Chambres et un ministère , derrière lequel vous dormirez pendant qu'on vous fera de Targeot Vous aurez, de la haute sphère ou nous sommes placés, comme dit Foy, le passe-temps de leurs débats > chose la plus drôle du monde, vrai tapage de chiens et de chats qui se battent dans la rue pour des bribes. Quand leurs criailleries deviennent incommodes , on y fait jeter quelques seaux d'eatt dès que le] budget est voté.
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Octroyez , mon cousin , octroyez une Charte coostitutionneUe et tout ce qui s'ensuit : droit d'élection , jury, liberté de la presse; accordez, et ne vous embarrassez de rien ; surtout ne manquez pas fl^y fourrer une nouvelle noblesse quevoDS mêlerez avec Tancienne, autre espèce d'amusement qui vous tiendra eu bonne humeur et en santé long • temps. Sans cela , aux Tuileries, nous péririons d'ennui. Quand vous aurez traitéavec vos Libérales, sous la garantie des puissances, et juré l'oubli du passé à tous ces révolutionnaires, faites «en pendre cinq ou six aussi* tôt après l'amnistie, et faites les autres ducsel^ pairs» particulièrement s'il y en a qu*on ait vus porte- balles ou valets d'écurie; des avocats, des écrivains, des philosophtîs bien amoureux de l'égalité, chargez-les de cordons ; eouvrez-les de vieux titres, de nouveaux parchemins: puis regardez, je vous défie de prendre du chagrin , lorsque vous verrez ces gens-là parmi vos Sanches et, vos Gusmans, armorier leurs équipages , écarte- 1er leurs écussons : c'est proprement la petitepièce d'une révolution; c'est une comédie dont on ne se «asse point, et qui, pour vos sujets, deviendra comme un carnaval perpétuel.
J'ai à vous dire bien d'autres choses que pour le présent je remets, priant Dieu, sur ce, mon cousin^ qu'il vous ait en sa sainte garde.
Signé f LOUIS. F/us ba4 , du Villèle^ Pour copie conforme, Paul-Louis Couribr, vigneron.
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