DES PAMPHLETS. I
tout, et l'on fait à merveille d'en arrêter le débit. Mais je m'étonne comment le monde , à ce que TOUS dites , l'aime tant. C'est sans doute qu*avec ce poison il y a dans les pamphlets quelque
chose. Oui , des sottises ^ des calembourgs , de
méchantes plaisanteries. Que voulez-vous, moU cher monsieur , que voulez-vous mettre de bon sens en une misérable feuille ? Quelles idées s'y peuvent développer? Dans les ouvrages raisonnes, eu sixième volume à peine entrevoit-on où l'auteur en veut venir. Une feuille , dis-je , il est vrai , ne saurait contenir grand' chose. Rien qui vaille, ne dit-il , et je n'en lis aucune. Vous ne lisez donc pas les mandemens de monseigueur^ Tévéque de Troyes pour le carême et pour l'avent ? Ah I vraiment ceci diffère fort. Ni les pastorales de Toulouse sur la suprématie papale? Ah I c'est autre chose , cela. Donc, à votre avis , quelquefois une brochure, une simple feuille...... Fi ! ne m'en
parlez pas , opprobre de la littérature , honte du siècle et de la nation, qu'il se puisse trouver des auteurs , des imprimeurs et des lecteurs de semblables impertinences I Monsieur, lui dis-je , les Lettres Provinciales de Pascal Oh I livre admirable , divin , le chef-d'œuvre de notre langue I £h bien I ce chef-d'œuvre divin , ce sont pourtant des pamphlets , des feuilles qui parurent... Non , tenez , j'ai là-dessus mes principes , mes idées. Autant j'honore les grands ouvrages faits pour durer et vivre dans la postérité, autant je méprise et déteste ces petits écrits éphémères, ces papiers a. \\
qui vont de main en main et parlent aux gens d'à-présent des faits , des choses d*aajourd*hui ; je ne puis souffrir les pamphlets. Et vous aimez les Provinciales, petites UttrtSy comme* alors on les appelait , quand elles allaient de main en main. Vrai y continua-t>il sans m-*entendrë , c'est un de mes étonnemens que vous , Monsieur, qui, a voir, me semblez homme bien né , homme éduqué , fait pour être quelque chose dans le monde; car enfin, qui vous empêchait de devenir baron comme un autre ? Honorablement en>ployé dans la police , les douanes , geôlier ou gendarme , vous tiendriez un rang , feriez une figure. Non , je n'en reviens pas ; un homme comme vous s'avilir , s'abaisser jusqu'à faire des pamphlets I Ne rougissez* vous point ? Biaise , lui répondis-je , Biaise Pascal n'était ni geôlier , ni gendarme , ni employé de M.Franchet I Ghtit! paix! Parlez plus bas, car il peut nous entendre. Qui donc ? L'abbé Franehet ? Se^ rait«il si près de nous ? Monsieur , il est partout. Voilà quatre heures et demie ; votre humble serviteur. Moi , le vôtre. Il me quitte et s'en alla courant.
Ceci, mes diers amis, mérite considération; trois si honnêtes gens : M. Arthusf Berti^apd , ce monsieur de la police , et M. de Broê , personnage éminont en science, en dignité; voilà trois hommes de bien ennemis des pamphlets. Vous en verrez d'autres assex et de la meilleure compagnie , qui trompent un ami, sédui ent sa fille ou sa femme, prêtent la leur pour obtenir une place honorable.