IV NOTICE
pour Plaisance. Il mit cinq mois à foire le voyage: à son arrivée, il apprit Vélévation de Bonaparte à l'empire. On verra dans ses lettres son opinion à ce sujet. Mais pendant que d'autres savaient liabilenient tirer parti du nouvel état de chose, lui, en rêveur peu soucieux de son avancement et plus curieux d'épigraphie que de ces beaux coups de sabre dont on revient couvert dé gloire, demanda à passer dans le corps d'occupation de N api es sous les ordres de Gouvion St-Cyr. « Au fin fond de la botte », en Calabre, il s'amusait à faire une guerre d'escarfnouches alors que se livrait la bataille d'Austerlifz. Dans une telle campagne, on ne courait que le risque de mourir ignoré de la balle traîtresse d'un paysan embusqué derrière un buisson. Mais quoi! le sud de l'Italie est le plus beau pays du monde et Athènes autrefois y avait des colonies! Le roi Joseph, frère de l'Empereur, s'étant installé à Naples comme roi des Deux-Siciles, la question du baise-main préoccupait toutes les cervelles. Courier ne s'y rendit pas; à ce moment il essayait de conduire des canons de Tarcnte à Crotone et comme il échoua, on lui- en tint rigueur. Mais pourquoi n'était-il donc pas au baise-main. Il continua encore cette guerre de guérillas, risquant chaque jour d'être pris, pendu et brûlé par ces diables de paysans italiens. Il perdit tout, chevaux, pistolets, linge, vêtements, tout, y compris son bréviaire, une Iliade de luxe/ Il fallut qu'un général lui fît présent d'une chemise!
Après un court séjour de deux mois à Paris, on le renvoya à N ailles où il fut mis aussitôt aux arrêts, parce qu'il avait flâné en route. A Vérone, nouveaux retards et nouveaux arrêts, les bibliothèques de Fome et de Florence l'ayant arrêté au passage. Puis ce furent Livourne et Milan, la démission et le retour dans la capitale. Enfin, il allait pouvcir aller revivre dans sa chère Tourcrine!
A ce moment, il semble que le démon de l'ambition l'ait saisi: Paul-Louis Courier, helléniste, épigraphiste, homme de lettres, songeant à la grande armée qui se battait alors à Eckmiihl, fait des pieds et des mains et met toutes ses relations en jeu afin d'assister à une grande bataille. Le carnage de Vile Lobau le rendit malade : on le rapporta évanoui à Vienne.
SUR r.-L. COL'iaKK V
Cv-'^t alors qu'il fit rimpos.^ihle, cette fois, 'pour être rayé des cadres de V année, ce qui lui fut relativement aisé, fCai/ant/pas encore reçu son brevet.
Il retourna en Italie traduire Plufarguc. Il était à Florence, à la biltliothcqiie San Lorenzo (1809) examinant le mamiscrit de Daphnis et Chloé de Longus. Il eut vite fait de s'apercc'-oir que certain pa-^sage du premier livre considéré comme perdit •>'?/ trourait tout entier. La fatalité voulut quil marquât la page avec une feuille de papier dont le revers était maculé d'encre. Le lendemain, le manuscrit était souillé d'une tache rebelle à tous les acides employés pour la faire disparaître.
Ce fut un beau scandale: on accusa Courier d'avoir voulu se réserver le monopole du fragment. Le bibliothécaire, qui avait travaillé six ans sur le manuscrit et en avait fait une savante critique sans soupçonner un seul iïistant qu'il renfermât un passage inédit, cria plus fort que tous les autres. La haine des Fronçais s'en mêlait aussi: on voulut l'empêcher de publier un mémoire justificatif. Courier fit accroire à un pauvre imprimeur italien ignorant totalement le français, qu'il venait avec des ordres de la préfecture, et imprima ledit mémoire qu'il envoya au ministre. Une polémique s'ensuivit. L'empereur Napoléon informé, r oulut savoir ce que c'était qu'un ancien officier d'artillerie qui se mêlait de faire imprimer du grec... Enfin, dans cette ridicule affaire, le gouvernement eut le bon sens d'imposer silence à tous.
Courier dès lors quitta l'Italie et alla vivre à Paris (1812) qu'il ne quittait temporairement que pour visiter ses biens en Tour aine.
Les événements de 1814 l'affectèrent certes, mais justement à cette époque, il était tombé amoureux de la fille de son ami Clavier, helléniste renommé. Le mariage fait, l'amour des aventures le reprend et le voilà qui laisse un beau jour femme et famille pour courir les côtes normandes: il songeait au Portugal..,
On parvint à lui faire entendre raison et il réintégra le domicile conjugal. Ce fut la dernière de\ ses équipées. A pirtir de 1814, Courier se range, devient vertueux chef de famille et s'ingénie à faire fructifier ses liens, ce qui né-