‹ Pamphlets politiquesChapitre 9 sur 21 · SUR P.-L. COURIER XIII · texte numérisé non relu

SUR P.-L. COURIER XIII

bois, les prés, qui, comme. Vaffirme Courier, 'passaient du scigneair incapable dans la mains du paysan défricheur. Mali le-i vieux restes de Vort de nos pères, ces chef-d'œuvre d' architecture du moyen âge et de la Menaissance^ fuUait-il donc les détruire parce qu'une Diane de Poitiers les avait souillés ou que des nobles en gaîté y avaient mené leurs maîtresses?

Et c'est le Courier qui se lamente sur une statuette antique détruite qui, de sang-froid, écrit de pareilles monstruosités/ Est-ce que le château de Chambord, œuvre du Français Pierre Nepveu, ne vaut pas, dans sa splendeur, un vieux reste de chapiteau corinthien ou quelque Melpomcne gréco-romaine lourdement sculptée? Courier admirait-il donc les antiques parce qu'antiques et son sens aitistique était-il borné au point de ne pas sentir l'œuvre d'art d'où et de quelque siècle qu'elle vînt? Mais, a" son époque, tous ceux qui ont rendu à notre art national la place à laquelle il a droit n'étaient pas nés et sans doute Courier ne sut-il qu' adopter sans discernement les idées ambiantes de son époque.

Ainsi Courier se montre l'homme très positif, très prosaïque.

Il fut peut-être aussi très orgueilleux: il se grisa du rôle qu'il allait jouer; Paid-Louis Courier se sentit fier d'être le protecteur du paysan, le défenseur des libertés menacés. « Tout le monde est pour moi », écrivait-il à sa femme lors de son incarcération à Ste-Pélagie, et, dans ce mot, perce tout un côté de son âme.

Ces restrictions faites, il ne reste plus au lecteur averti qu'à jouir du style admirable des Lettres et des Pamphlets de Courier. Peu de matière et beaucoup d'art, écrivait-il un jour lui-même, et ceci constitue pour la postérité, avec celui d'avoir combattu pour la liberté, son plus beau titre de gloire.

Sans cesse Courier travaille son style, il n'est page- qu^U n'ait, suivant le précepte classique, vingt fois remise sur h métier. Il a pris plaisir à reprendre ses lettres, à les refaire ou tout au moins à les retoucher avant de les livrer à la publicité. Tel était le travail auquel il se livrait qu'il débitait de mémoire des pages de sa prose à ses amis.

XIV NOTICE SUR l'.-L. COUIUER

Grec de sentiment, Grec 'par la 'pureté de la langue, Courier possède à si haut point le. sens du rythme que bien souvent ses phrases ressemblent à des vers, Sainte-Beuve en cite quelques exemples:

— Mais quoi! je vous le dis: ce sont les gens de cour.

— Dont V imagination enfante chaque jour.

— Ces merveilleux conseils...

Et cette remarque entraîne cette conséquence, c'est que Courier paraît peut-être plus naturel qu'il ne l'est en réalité. Il veut trop nous faire sentir qu'il est paysan et n'arrive qu'à nous faire douter de sa bonhomie. On lui a opposé le naturel de La Fontaine. Je crois que, la comparaison serait tout à l'avantage du dernier.

Tel est Courier, véritable écrivain, type rare dans l'histoire des littératures, dont le bagage comprend un fort volume et encore, mais dont la gloire est plus inattaquable que bien d'autres qui ont arcunudé tomes sur tomes.

Charles Simond.

Page 1