‹ Pan, comédie satirique en trois actes, en proseChapitre 41 sur 84 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

troicrunt in porcos. » (Marc, chapitre i, verset 19.) Le procédé est formel. C'est ainsi que Notre-Seigneur a agi.

L'ABBÉ

C'est cela. Il faut chasser le démon dans le corps d'un pourceau.

LE CURÉ, à Pierre.

Avez-vous un pourceau ici ?

PIERRE

Non, je n'ai que le bouc, mais je ne me mêle pas de cette affaire-là.

Qu'on aille chercher un pourceau au village.

Le suisse sort.

LE BOURGMESTRE

Mais s'il n'entre pas? Il faut tout prévoir.

L'ABBÉ, énergique.

On le fera entrer de force.

LE CAPUCIN, approuvant.

« Coin pelle intrare. »

LE BOURGMESTRE

S'il entre, il jettera la consternation dans le village.

L'ABBÉ

On le chassera à la mer.

LE CAPUCIN, rouvrant l'in-folio et lisant.

« Et magno impetu prœcipitatus est in mare. »

LE BOURGMESTRE

Oui, mais, s'il en sort à la nage? Je n'aime pas ce procédé. Mieux vaudrait le faire entrer dans le corps d'un animal inoffensif, mais sinistre, d'un hibou, par exemple. 11 est plus facile de chasser du village un hibou qu'un porc.

LE CAPUCIN

Ou un chat noir. C'est l'animal favori des sorcières.

Ou encore un crapaud, si on veut. Le crapaud est une bête paisible, quoique diabolique. Il se tiendrait tranquillement au bord d'une marc et on en sera quitte pour ne plus passer par là.

LE CURÉ

On essaiera de tout.

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