‹ Pan, comédie satirique en trois actes, en proseChapitre 60 sur 84 · ACTE TUOISIÈME I · texte numérisé non relu

ACTE TUOISIÈME I

a dil tout cela ; mais, c'était si beau ! Nous pleurions tous. Il a prêché que l'amour était sacré et pur, et il a baisé devant nous sa femme, et il nous a dit de ne pas avoir honte de notre nudité. « Le vice seul est laid, il n'y a pas de mal dans la nature. » Et il nous a montré le ventre de Paniska, qui était comme le soleil et il a dit : « Que son ventre soit béni. » Et nous avons crié : « Et le fruit qui naîtra de son ventre 1 »

Murmures.

L'ABBÉ

Monsieur le curé permettra-t-il que ces honteuses paroles continuent ?

LE CURÉ, sévère.

Exprimez-vous avec décence, sinon je vous retire la parole.

LE CAPUCIN

Je demande à l'entendre. Nous devons être éclairés sur tout. Les paroles de Pan sont d'une importance capitale pour le jugement à porter sur sa doctrine.

LE SACRISTAIN

Il a dit aussi que nous devions aimer et respecter

les bêtes, comme des frères inférieurs; aimer et respecter les plantes, toute la nature, tout ce qui vit, parce que tout est lui, Pan, sa chair et son sang- même.

Et il a annoncé qu'un nouveau règne commençait sur la terre, le règne de Pan. Les anciens l'avaient déjà connu et adoré, mais leurs vices et leurs cruautés l'ont mis en fuite.

Chassé par les hommes d'un monde trop obscur pour lui, il a erré longtemps sur les terres désertes et les mers. Mais maintenant il est revenu.

« C'est pourquoi, a-t-il dit, c'est aujourd'hui jour « de fête sur la terre entière, et mes nymphes « mêmes sont venues me servir et m'adorer. Je suis « revenu, en cette nuit de printemps, pour vous « annoncer ma bienvenue au milieu de vous, et « vous apparaître parmi les fleurs et les fruits. « Mais, je ne viens pas faire au milieu de vous des « miracles; je suis le fils de la nature, et ses lois « sont mes lois. Je viens vous rendre la joie de « vivre,, la gaîté, le sain et pur amour; je viens « dissiper les ténèbres, vous sauver de la mort et « de l'enfer qui a pesé sur vous. Je suis la Jeunesse, « et la bonne Sagesse antique; je vous apporte « des chants nouveaux, ou plutôt des chants d'au- « trefois que savaient vos pères, mais que vous

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