ACTE TROISIÈME I l
LE SACRISTAIN
En vérité il Fa dit : Plus d'églises !
Mon église, c'est la forêt sacrée, c'est la clairière abandonnée. Les arbres en sont les colonnes; l'azur infini en est la voûte; les oiseaux en sont les chantres; le parfum des fleurs sauvages, l'encens.
LE CURÉ
Horreur ! Mon enfant, songez-y bien. Sans églises que deviendrions-nous ! Que devient la religion !
LE SACRISTAIN, coutinuaut.
Mon temple, c'est toute la nature, tout le ciel, toute la terre., toute la mer, tout 1
LE CAPUCIN
Quelle doctrine! Personne ne s'y retrouvera plus.
LE CURÉ
Joseph ! vous allez trop loin.
Brebis galeuse ! C'est péché que de discuter avec lui. Il s'est donné au diable.
LE SUISSE, levant sa hallebarde.
Faut-il l'expulser ?
LE CAPUCIN
Est-ce tout ?
LE SACRISTAIN
Il a dit encore qu'il ne venait pas apporter la guerre, mais la paix ; que nous étions tous des frères et des sœurs, et que nous devions tous nous aimer les uns les autres. Nous nous sommes tous embrassés !
LE CAPUCIN, ironiquement.
Oh ! Oh !
LE SACRISTAIN
Et il a dit aussi des choses qui ne sont pas dans l'Evangile, que les dieux étaient morts^ ou plutôt que nous étions tous des dieux, c'est pourquoi le peuple s'est mis à chanter et à danser de joie.
L'ABBÉ, persifleur.
Voilà bien la démagogie ! On fait croire maintenant au peuple qu'il est dieu. Et il le croit !
Pendant qu'il parle, Pierre et Anne se sont rapprochés du Sacristain, et l'écoutent les mains jointes.
Je ne me rappelle plus exactement comment il