ACTE TROISIEME
L'ABBÉ, ferme.
L'Eglise ne peut transiger.
LE CAPUCIN
Non. Mais il est des circonstances...
Oui, oui, pactisons; cela vaut mieux.
II paraît visiblement soulagé et offre une prise au Bourgmestre qui accepte avec plaisir. Le Sacrisiain remet un peu d'ordre dans sa toilette et s'assied à côté de Pierre et d'Anne, avec qui il s'entretient à voix basse.
LE CAPUCIN
Monsieur le Curé a raison.
LE SUISSE, déposant sa hallebarde et se rasseyant. Il prise aussi.
Sans doute. Sans doute.
L'INSTITUTEUR, regardant l'abbé.
Evidemment, l'intolérance...
II achève sa pensée dans un geste de dédain.
LE CURÉ
Oui, il faut savoir plier, monsieur l'Instituteur.
Il lui offre également une prise.
LE CAPUCIN, se levant et sur un ton de prédicateur.
C'est évident . Notre mère la sainte Eglise, comme Ta si bien dit M. l'Abbé, n'a jamais évolué. Elle ne peut se transformer sans périr. Elle n'a jamais changé un iota à sa doctrine depuis le commencement du monde. Seulement, elle ne veut pas non plus la mort du pécheur. L'Eglise est toujours une mère, ne l'oublions pas, et dans tous les temps elle a su tenir compte des besoins de la société.
En parlant, le Capucin se tourne à droite et à gauche, en souriant, et en cherchant à obtenir l'assentiment de l'auditoire. Celui-ci lui donne en effet des marques nombreuses de sympathie. Le Curé, l'air content et béat, approuve de la tête. Seul, le Vicaire reste debout, farouche, irréductible.
A un ordre nouveau de choses, comme l'a si bien dit le Saint Père, il faut un esprit nouveau, des lois nouvelles. L'Eglise n'est pas du tout ce corps mort dont on vous parlait tantôt; au contraire, c'est un organisme vivant, éternellement jeune, éternellement capable de se transformer, de s'adapter à toutes les circonstances de la vie, à toutes les modifications des sociétés humaines. C'est ainsi que, si tout change, dans la forme, Elle seule, quant au fond, ne change jamais. Prenons un exemple. (Montrant sur la table.) Voyez l'eau