Comme aurait dit Tarchi poète, M. Gagne
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régaler tous nos hommes; en outre, ils emportent deux ou trois tiges de la précieuse graminée, uno longueur de six à sept pieds, que le soir, au retour, ils n'ont pas fini de mâcher et de sucer.
Ce séjour en pays plantureux ne saurait durer éternellement; les courses se font par trop longues, vu la distance grandissante du quartier général. Le majordome de notre hôte nous remet des vivres pour l'exploration du haut Aguacate, qui, du reste, sera bientôt terminée. A quelques lieues de la hacienda, ta plaine cesse, les roches commencent à affleurer, le lit du rio se creuse dans la pierre vive, dolérites et porphyres. Trois cascades nous font monter rapidement au val supérieur, puis, le cafion s'ovasant, nous nous trouvons en face de hauts gradins : le second de ces degrés est juste à l'altitude qui marque la fin de nos opérations.
Nous retournons chez M. Ilurtado par les savanes de la rive droite. La route nous mené sur la Loma Grande, colline de soixante mètres, d'où la vue porte très loin. C'est un superbe belvédère, mais il y en a tant dans le monde : il est d'ailleurs dominé, à peu de distance, par le Cerro du Tigre, colline dont la pointe monte à cent vingt mètres, hauteur double.
Dans cette portion de l'Isthme, les cimes de toutes les collines, et même de tous les plis de terrain, sont couvertes de gros blocs dont la teinte blanchâtre contraste avec la couleur rouge du sol. Au premier abord, on dirait des moraines, mais ce sont simplement les parties les plus dures des roches que les météores n'ont pas encore décomposées en argile.
Qmnd nous arrivons à la Coustancia, nous trouvons
les gens de la'hacienda fort occupés d'un jaguar qui guettait les jeunes veaux et en avait déjà détruit plusieurs. Quelques jours après notre départ, on réussit à s'en défaire, et je vis à Panama Thomme qui l'avait abattu. La bête ayant pris l'habitude de grimper dans les arbres, il s'en était débarrassé bien plus facilement, me dit-il, que s'il avait dû la poursuivre sur le terrain.
La panthère est réputée plus terrible que le lion, surtout parce qu'elle se tapit dans les branches, d'où, dit-on, elle bondit beaucoup plus sûrement sur sa proie. D'après mon Colombien, c'est justement le contraire qui est vrai : la panthère et le jaguar, m'assure-t-il à diverses reprises, n'ont plus dans les arbres la même liberté de mouvements que sur le sol ; ils restent blottis sur le rameau et, à bonne portée : on peut les tuer presque au posé. Si la blessure est grave, l'animal se casse les reins en tombant à terre ; s'il est à peine touché, bien loin de se précipiter sur le chasseur, comme il ne manquerait pas de le faire en rase campagne, il reste immobile, il semble paralysé, et on lui dépêche une seconde balle.
LaCborrera. — Les Indiens du Cliiriqui. — Les gallinazos ou
vautours. — Cascade du Caïniito.
Nous disons un adieu définitif à l'hospitalière hacienda de la Constancia.
Je prends les devants avec deux hommes afin de
DM PAHAKA ET OARIEN
l'ilouer une case à la Cliorrera, pendant que M. Sosa et 'ses cinq travailleurs relèvent au tachi^omètre la por- ■ %Bon de la route de Panama comprise entre le gué du (jëernardino et celui du Caimito. |
Une heure de marche rapide dans des savanes a i peine ondulées et couvertes defrais bosquets me conduit à ce dernier paso ou gué, lieu frais, gracieux, ! ' charmant. La marée est basse, le Rio Caimito, d'une i I transparence parfaite, court sur un lit de tout petits ! ' cailloux noirs et de sable rouge semé de paillettes j éti Ficelant au soleil : on y coulerait volontiers de longues heures, mais nous ne faisons que passer. ,|
La route longe ensuite le lit d'une quebrada ro- | cailleuse qui nous fait monter sur une ligne de crêtes 'i légèrement accidentée; en quelques endroits nous | refrouvous des traces de chaussée et des débris de pavage. Ces vestiges des admirables travaux des Espagnols, faibles restes d'une splendeur disparue, m'expliquent l'abondance de pierres anguleuses et pointues qui parfois rendent le chemin désagréable, difficile. Ces « pedregales » sont des passages dangereux pour les montures.
Le sentier traverse tantôt la forêt, tantôt des herbages rôtis par la chaleur, puis gagne le sommet d'une haute colline d'où la vue s'étend sur une vaste savane desséchée. Le soleil dardant sur cette plaine sans ombrage chauffe les couches d'air les plus rapprochées du sol; l'équilibre se rompt, il s'établit des courants ascendants, d'autres en sens inverse; au travers de ces milieux de densité différente, les objets paraissent agités de mouvements incompréhensibles :
PANAMA ET DARIKN 399
à peine peut-on reconnaître au loin la ville de la Chorrera et l'admirable bosquet de cocotiers qui l'abrite.
La Chorrera est une jolie petite ville aux maisons spacieuses, assez bien construites quoique n'ayant généralement qu'un rez-de-chaussée ou qu'un étage ; depuis longtemps elle a supplanté Chepo comme séjour d'été des Panaméniens.
Elle s'élève au sommet d'une colline, et presque constamment la brise de terre ou de mer y entretient une fraîcheur agréable. Malheureusement l'eau y est rare ; pour prendre son bain il faut aller à quinze cents mètres environ chercher un affluent du Caïmito, ou bien se saucer dans des puits, ou plutôt des trous creusés au fond d'un vallon qui longe la ville. Or, sous les tropiques, rien ne remplace les bains sinon froids, du moins frais.
A la Chorrera, nous trouvons une case pour nous et pour les hommes ; par bonheur, c'est une posada *■ : et nous voilà débarrassés du souci de cuisiner soir et matin : nous pourrons consacrer plus de temps aux opérations et pousser nos travaux sans payer plus cher, car les provisions qu'en route nous achetons çà et là, on nous en demande un prix exorbitant, et nous sommes bien forcés de passer sous les fourches caudines de messieurs les vendeurs. Pour son début, le senor Escala, notre posador^, nous sert un excellent sancoche de la savoureuse viande du pays.
Ledit senor Escala est un mul<\tre grand et gros, un habile homme, à la fois boucher, négociant, arma-
i. Auberge, hôtellerie, taverne: de posary s'arrôter, se reposer. 2. Hôtelier, aubergiste : de posada.
uni PVNAMl fcT ï)ARIE:i
leur, b.mtjuier, ►'t riirtoiit «iiitiilat»^!ir iraiiLçado. De -es<leiix ,2rîiml»*s lunriemias. r«me efitr»?tieiit mille télés rie bétail. C*t<t relie du Hato de la Xltra, ranrieniie ré«idenre •i'été du prieur d'un eoQTent de Panama : l;i maison, tort bien entretenae. eootre la coutume du pays, e:?t peut -être la plus belle de toole la rédon: elle est située sur an pti de terraiii qaî domine la savane et regarde la mer.
Sa petite femme est active, intelligente, et le seconde parfaitement. Ils rêvent poar leur fils ane éducation solide à Tetra nger et une carrière libérale. Le pays serait bien plus policé si sa population de couleur compt«ait beaucoup d'hommes ressemblant aa sefior Escala. lequel a autant d'iniHatÎTe que ses corn* patriotes en ont peu.
Notre hôte est une des irrandes autorités de la Churrnra, l'alrade. je crois. Fort jaloux de consener à -.1 r[\^' rappellatiori d*^ ville, il ne veut point qu'on y ;»!t II* lais-Hr-aller d'un vulgaire pueblo. Il est fort -tri<-t sur la t^nue : nos ^ens étant une fois rentrés au buiirir en co-tiHiie île truclia, avec un simple petit jupon autour i\t^< reins, Escala menaça José de le fourrer ^n prison, lui et toute sa troupe, si jamais [pareil fait se renouvelait.
Le -oir arri\ent M. Sosa et ses gens. A midi, il avait déjà terminé le relevé de la route -du Bernardino au Caliaito et commençait l'étude de ce dernier; mais ce rio n'étant qu'une succession de pozos protonds et peuplés de caïmans, il avait été obligé d'en rjuitter le lit pour trocher sur les berges; mais là, le^ bambous, les lianes, les arbustes forment des lialliers tels qu'en quatre beures il n'avait avancé que
de 500 mètres ; à ce compte-iâ, il nous faudrait quinze jours pour le seul Caïmito : c'est beaucoup, c'est trop pour le temps qui nous reste.
Après informations, je constate que le rio Congo, l'affluent dont nous devons étudier la vallée, se jette dans le Caïmito tout près de la Chorrera, et qu'un bon sentier y conduit. Ainsi dispensés de continuer la planimétrie et le nivellement du Caïmito, nous n'aufi^ns qu'à en reconnaître sommairement le cours, puis, à rejoindre, par la savane, l'embouchure du rio Congo.
De bonne heure, j'expédie José, Hipolyto et Merced pourtrocher le long du chemin à suivre. Nous partons ensuite pour le Paso Real (Passage, Pas Royal) — ainsi se nomme le gué du Caïmito. — * Le travail est excessivement dur dans ces savanes où le soleil nous brûle, où la soif nous dévore.
L'expédition compte maintenant des amis et connaissances dans tous les coins de l'Isthme ; le soir nous allons voir M"** Recuero, la femme du grand, ou plutôt du seul négociant du Darien. Avec tous ses) enfants, elle a passé plusieurs années de sa vie à Pinogana, dans les premiers temps de l'exploitation du c:aoutchouc. A cette époque, la région était presque exclusivement occupée par des métis d'Indiens fort Iiostiles aux immigrants appelés par la découverte rfe l'arbre à caoutchouc ; bien souvent elle entendit rfes menaces de mort, et maintes fois elle n'aurait pu sortir de son tambo sans être massacrée par des "^oxcenés ivres : aussi a-t-elle conservé de mauvais •ouvenirs du pays et des gens. Lors de son retour
lui PANAMA ET DARIfcN
dans une canoa semblable à notre bruja, elle resta onze jours en route ; en sortant du fleuve, près de Punta Mala Fembarcation perdit son gouvernail et se mit à dériver vers les brisants, pendant que . patron, équipages, passagers se disputaient à grands cris sans courir au plus pressé; enfin quelqu'un mouilla, il n'était que temps. Toute la nuit, un requin, ou peut-être un cachalot, secoua leur barque, qui cent fois faillit chavirer. Jugez si M"* Retuero brûle peu de recommencer un voyage aussi accidenté par des aventures de terre et de mer.
Cette vaillante femme a également habité la province de Chiriqui, au loin et à l'ouest de Panama, dans des montagnes qui se rattachent à celles du Costa Rica, florissante colonie où le sang blanc*, chose rare dans l'Amérique espagnole, domine de beaucoup sur le sang des Indiens.
Elle nous a donné de singuliers détails sur les Indiens de ce pays de Chiriqui. Ces bonnes gens admettent la propriété absolument individuelle; le mari achète de sa femme les vivres journaliers, la femme les produits de la pêche ou de la chasse du mari. Si le couple fait un voyage, le ou la propriétaire du cheval conduit la bête et se prélasse insolemment sur la selle, l'autre s'assied en croupe, et à rebours. Les naissances sont un sujet de deuil, les morts un prétexte à « chicha », une occasion de danses, de festins, d'ivresses, de batteries.
La matinée du jour suivant est délicieuse. Un peu
1. Les « Costaricenses » descendent surtout d'immigrants « GaUegos » ou « Galiciens »,
PANAMA ET DAKIEN 405
en arrière du village, nous prenons les savanes à droite et nous allons, par de très grandes portées, . rejoindre le sentier de la "Chorrera au rio Congo, tributaire du Caïmito. On passe près d'un potrero où quelques vaches efflanquées et malades pâturent une herbe brûlée, à côté de squelettes proprement nettoyés par les g^llinazos. •
Autant ces vautours sont rares sous le couvert de la forêt vierge, autant ils abondent dans les savanes. On les voit, tournoyant par milliers l'après-midi, leurs grandes ailes étendues, se déplacer peu à peu vers Panama, en fouillant au loin du regard le pays ; aucun animal mort, si petit qu'il soit, n'échappe à leur vue perçante.
Ces infatigables équarrisseurs font disparaître un bœuf en quelques heures ; et si quelque veau s'écarte en jouant de sa mère, il est perdu, à moins que le haciendero soupçonneux, surveillant le vol des gallinazos, ne se hâte d'accourir pour leur disputer cette jeune proie.
Lors de notre séjour à la Chorrera, un adolescent avait quitté la maison paternelle par suite de chagrins d'amour, el s'était enfui dans les bois : on redoutait qu'il n'eût pris une résolution désespérée; de tous côtés les gens étaient à sa recherche. Une bande de vautours gallinazos planant au-dessus d'un cadavre fit retrouver le malheureux jeune homme.
Dans je ne sais plus quel livre d'histoire naturelle j'ai lu que le vautour fauve d'Europe, après chacun de ses immondes repas, éprouve le besoin de laver ses souillures dans les eaux courantes, aux sources de la montagne. Leur congénère d'Amérique n'a
PA^AMA ET DAltIBN point encore atteint ce tiegré de délicatesse, il fait hautement fi de la bonne tenue; la- sanie coule en gouttes roiissàlres sur son cou pelé, elle colle l'une , à l'autre les plumes de son ventre. Ce sont des oiseaux horriblement malpropres, infectant de leurs ordures les toits qu'ils affectionnent; mais à cause de leur utilité très grande on les tolère, yoire même on les protège; une amende d'une piastre punit|ceux qui molestent le gallinazo.
Une autre espèce de vautours, beaucoup plus grande, habite aussi la région. On les nomme « los reyes de los gallinazos », c'est-à-dire les rois des vautours, et, en effet, les gallinazos ordinaires les respectent visiblement. Quand un roi des vautours s'approche d'une charogne où ses sujets s'acharnent, tous s'en éloignent en hfile, et, formant un cercle k peu de dislance, attendent paliemmeut que le monarque, repu, leur abandonne les reliefs du festin : ils reconnaissent évidemment, je ne dirai pas son droit, mais sa force. Ici, le rio Calmito est serré par des berges escarpées de quatre à cinq mètres de hauteur ; les pozos aux eaux profondes se succèdent presque sans interruption. Dans celui que nous avons devant nous débouche le Congo, plus encaissé, beaucoup moins large, et tout en courbes insensées ; il est noir et sale ; ses talus sont encombrés, couverts d'arbres et d'arbustes qui se croisent et s'enchevêtrent au-dessus de l'eau. Péniblement, nous nous traînons sur ce lacis qui parfois nous empêche de voir le torrent.
Plus bas, un passage rustique, fait de trois portées de troncs de palmiers flexibles reliés par des cordages de lianes, forme un pont suspendu du plus gra-
deux effet : à quelques centaines de mètres en aval, le Caïmito, devenu rapide et violent, se déchire sur un lit hérissé de basaltes, puis tout à coup, réunissant ses eaux, se précipite d'une hauteur de quinze mètres dans un cirque aux eaux sombres, entre des murailles de rochers noirs.
La vallée ne s'élève que lentement; la trouée sera dure et demandera plusieurs jours; or il nous tardede commencer les études.de la ligne Panama-Colon. Aussi travaillons-nous le dimanche, jusqu'à deux heures de l'après-midi, malgré les scrupules, vrais ou feints, de nos hommes, et aussi tout le lundi, bien que ce lundi-là soit la fête de l'Incarnation avec divertissements et combats de coqs.
Mais, le 27, nous ne sommes encore qu'à quaranteneuf mètres au-dessus de la mer ; la saison avance et nous voilà forcés de rentrer à Panama. Nos hommes, avec les bagages, prendront la lancha qui fait le service entre la Chorrera et Panama. M. Sosa et moi, guidés par un chasseur, nous suivrons à pied la côte, que nous sommes chargés de reconnaître, au moins sommairement.
De la Chorrera au Puerto, le pays est très ondulé; les mouvements de terrain s'arrêtent à deux kilomètrès environ de la mer, laissant ainsi une plaine assez large sur la rive droite du Caïmito. Sur l'autre rive, les terres basses sont moins étendues : on rencontre presque immédiatement des collines élevées dont le principal éperon va former la pointe de Vaca de Monte. Plus loin, sur le versant du massif du Cerro de Cabras, le chemin, renonçant à franchir les pentes sillonnées de ravines, borde le Pacifique le long
d'âne plage ik' sable lin qui a six kiloinHres. Fuis, nntrut ilauâ les terres, an évile ]& côle élevée ilc Pnnla Guinea, mais ou patauge à travers le palus •a Alfina de Farfan, inonde par les marées de vives eani. IJne embarcation nous fait traverser l'esluaîre du Rio Grande, et nous regagnons le littoral, pour arrÎTer i Panama vers les six heures du soir. Osl iine |BUCbe d'une Irtnlninc de kilomètres.
Pour dore nos travaux, il nemous manijuail plus qu'une étude, celle des vallées du Chagres et du Rio Grande. Ce n'était pas là une exploration, au Trai sens du mot, ce pays ayant été depuis longtemps parcouru dans tous les sens.
La ligne du chemin de fer de Panama à Colon, entprunlant les dépressions où marchent ces fleuves, nous n'aurons plus à faire de longues marches, ni à nous embarrasser de transports et d'approvisionnements. Un tout petit nombre d'engagés nous suffira : nous nous contenterons de ceux de M. de Lachanne et de deux ou trois indigènes qui nous ont déjà suivis au Darien et sur les bords du Calmito.
Quelques journées sont prises par l'étude du tracé approximatif du Canal. Dans les endroits oii celui-ci suivra parallèlement la ligne du chemin de fer, dans ceux où il franchira les terres basses, les cotes des
terrains nous sont données par le travail du savant ingénieur Totten ; nous n'aurons à relever de profils que sur les points où notre projet s'écarte beaucoup de la voie ferrée.
Le lundi 1^** avril, les travaux préparatoires étant terminés, nous bouclons nos sacs de voyage. La ville présente une animation inusitée ; de nombreux passagers pour le Pérou, pour la France, encombrent les hôtels avant de prendre, les uns le paquebot, les autres le chemin de fer; au matin, nous faisons route avec ces derniers jusqu'à la station d'Emperador, située à peu près vers le tiers du parcours de Panama à Colon.
Là, nous recevons le plus cordial accueil dans la famille de M. Carranza, notre guide interprète au Darien; aussitôt que les hommes ont mangé leur sancoche, Ton charge les bagages. Après avoir longé la ligne du chemin de fer, nous arrivons à la hutte la plus malpropre qui se puisse imaginer : le propriétaire est au moins ivre-mort, sa femme, ses enfants, les parents en visite sont déguenillés et couverts de plaies hideuses. Je refuse avec la plus grande énergie l'hospitalité dans l'intérieur de la case au milieu de tous ces malandrins, et l'on s'installe sur un petit terre-plein ayant servi de parc aux animaux domestiques. Ce modeste bivouac organisé, nous retournons sur nos pas et nous commençons les trochas nécessaires pour relever des profils en travers.
Le soir, quand je rentre, notre hôte et ses amis sont un peu dégrisés, mais ces derniers n'osent partir. Et pourquoi ces vaillants hommes redoutent-ils de se confier aux ténèbres de la nuit? C'est que le che-
4ie PAIUHA ET Mftira -
wàm de leur case fasse 9oas mi aifcre :9mtqimek de MnAeen C3iiM» se sesl peadss 1ms des trwanx d« dÊÊmôA de fier» Tes» les sens lesis endbfes se lèfent, et nudlieiir à qvi mi^ les trmdd^!
Detrièfe PIlsUMrti^ près et bfaèBe Mw avons fasse la ihû, se mvse le fit de rObiqpi»^ ivi ftBt le saiBMi cknde et éaaÈ^ pet»*di pcr-li^ ^piMMqiMS |Mse liwsufef nfft^ÊÊtA s»ds Teiisleii^ 'tasidis fs*àk &i des fhàes^ é*esl n terrast 8aavi|éy t»itfaal denqfiide ai n^de, sentut de Wêt «ree^ peor bon^ «ia fan seaO de 13 ssèlfts de Itan^erir^
Hea traiTaâl ai'aaièaey aa pea SEfinl la laoïbèe da jear, sa pied de cette chate meiBleeaat sai«i eaa^eaiis tamaite, seas sdatDlmaits irisés. Aa lMiB#ifaeparêi valicrie, awe, aaie et lisse^ s*eatai»«iit deo^ lilocs éawrmes eax angles à peine ébarlés; je mesure sar quelques-uns des arêtes de 10 mètres. On chemine pardessus ce chaos avec une certaine méfiance ; ces roches qui défient le temps, les météores, semblent arrachées d'hier : qui pourrait dire pourtant depuis combien de siècles elles ont roulé de là-haut? Un petit îlot de verdure étalé sur le gradin partage la cascade en deux et lui donne une ampleur considérable pour un si faible courant. En temps ordinaire TObispo se verse par quatre ou cinq petits couloirs; mais après de violents orages il couvre quelquefois de ses flots jaunâtres les deux bras de la cascade.
Inutile de détailler par le menu nos opérations sur le terrain, de décrire les artifices par lesquels il nous fallut obvier à la perte du tachéomètre de M. Sosa, détruit dans le grand incendie de Panama ; le seul qui nous restât, je le préservais avec sollicitude, fai-
l'ASAMA KT nARIEN tll
s;<iil parfois <le loni;s d^toiu's pour francliir les rins aux endroits asséchés par le soleil.
Soiiventefois le tracé de ta pica nous fut assez pénible, parce que nous devions ouvrir la route h travers une végétation toute fourrée de plantes épineuses aux tiges lellement coriaces que, pour les trancher, les plus robustes de nos Colombiens devaient frapper k coups redoublés. La planimétrîe el le nivellement n'allaient vite que ilans les endroits où la vallée, en s'élargissant, l'orme de petites plaines qui permettent d'établir des arroKales (rizières). Pendant la saison sèche, on choisit un emplacement favorable, on abat la forêt el l'on ; met le feuavant l'approche du temps humide, lorsque les feuilles et les menus rameaux sont.grillés à point par le soleil; l'incendie dure plusieurs jours, mais ne réussit point à détruire les souches et les maîtresses branches, qui continuent à se consumer lentement jusqu'après les premières pluies.
Le 3 et le 4, nous couchons à Matachin, où se trouve l'Y du chemin de fer servant aux manœuvres de la locomotive de renfort qui aide à monter les trains au col de la Culebra — il n'y a pas sur la ligne une seule plaque tournante. —Le village compte nn certain nombre de cises, mais il ne vit pas de son agriculture ou de son industrie; il ne subsiste guère que de la vente de finiils et de rafraîchissements aux voyageurs qui traversent l'Istkme. L'indolence des habitants est grande, et le posador ne nous reçoit que par grâce, tant il est contrarié d'avoir à traiter des hommes qu'il suppose plus exigeants que les nègres du pays.
Le 4, nous retournons au lieu où était autrefois la slation d'Obispo-le-Haut — il s'y trouve encore des réservoirs d'eau pour les machines du chemin de fer. En cet endroit le rio fait une courbe brusque vers l'ouest, si bien que la ligne du Canal interocéanique ne pourra continuer à suivre la vallée : elle traversera un contrefort assez élevé qui se termine sur FObîspo par plusieurs croupes, passera ledit contrefort au point le plus étroit et le moins haut, et les facilités seront encore augmentées par l'existence de deux dépressions larges, profondes, aboutissant, Tune au Sardanillo, l'autre à l'Obispo.
Tout ce jour-là nous travaillons à déterminer la direction que le Canal devra suivre, puis nous regagnons Matachin par un sentier fort agréable, peut-être l'ancienne route de Cruces à la Chorrera : il passe sous des bosquets d'orangers, de goyaviers et de manguiers, montrant qu'autrefois devaient fleurir ici de belles haciendas, dont les ruines mêmes ont péri — mais bientôt, non loin du grand Canal, il s'en élèvera de nouvelles, et plus belles.
Nous voici maintenant dans la vallée même du Cbagres. Nos études nous amènent a. Mamei, la slation de croisement des trains allant de Panama à Colon et vice versa. La seule famille qui l'habile aujourd'hui ne peut nous offrir qu'une case trop petite pour nous tous; les hommes s'y installent, M. Sosa et moi nous tendons nos hamacs à la belle étoile. José, que j'ai promu aux hautes fonctions de capataz (commandeur de la troupe), est un trocheursi habile, ayant acquis une telle autorité sur les engagés, (jue nous pouvons nous dispenser de conduire nous-mêmes
[■ANAMA ET BAIKEN 113
le travail. Il nous sullit de (tonner la difection à suivre et la longueur de Irochn à faire; et pendant que nos hommes taillent et coupent, nous pouvons utiliser ailleurs notre temps, faire des retonuaissaiices, étudier la formation géologique de la région, jauger le débit du fleuve; quelques heures nous suffisent pour relever les lÊ'ochas faites la veille.
Pour donner un exemple, un seul, de la sûreté de coup d'œil et de la conscience de José, je citerai le Fait suivant. Entre Mamei et San Pablo la tiouéb avait plus de 2 kilomètres ; en relevant li ligne je trouvai, à la fin, quelques minutes tout lu plus dt différence nvcc la direction initiale ; et pourtant i chaque instant, des arbres énormes, des n\ines profondes, des berges d'inégale hauteur lui rachiient la vue des jalons plantés en arriére. Se tromper si peu malgré tant d'obstacles, c'est de la divination
Nous détermlDons, près de San Pablo la pomt ou le chemin de fer pourra être coupé par le Canil ^.ins qu'il soit nécessaire de modifier le trace pour établir un pont tournant.
Nous avons ainsi achevé nos études dans le rajon de Mamei. M. Sosa rentre k Panama; indisposé depuis la veille, U se sent malade : il emmène un de nos hommes, le vieux Merced, trop fatigué pour continuer le travail.
Après Mamei, c'est Buenavista qui devient notre centre d'exploration.
Plus tard je gagne Gatun en société de mes deux fidèles inaclieteros, José et Hipolyto. Bien que ce soit le plus gros village de la ligne, nous ne trouvons vivres et logi^ que grfki:e «i un pauvre Cubain nommé
Ml l»ANAMA tT DARlfcN
Cocido, chassé de son pays par la guerre civile qui a dispersé par milliers les « Cubanos » en divers pays d'Ainéri(]ue.
Sur les hauteurs, à Test de la voie ferrée, le pays est découvert et la topographie facile. Je me promets d'aller vite en besogne, mais voilà qu'un épais brouillard interrompt nos travaux et me donne tout loisir de descendre à la station : là, je contemple à mon aise le curieux spectacle du marché hebdomadaire des bananes.
Un spéculateur de New-York, entreprenant comme tout bon Yankee, a passé avec la Compagnie du chemin de ter et celle des paquebots de Colon un contrat qui lui réserve le monopole du transport de cette denrée. Absolument maître des transactions, il achète, le plus souvent à des prix ridiculement minimes, des régimes d'un mètre de lonirueur contenant chacun plus de doux ooiits fruits. Les agents refusent les trois quarts de ce qu'où leur otîre, et de pauvres diables qui ont Tait des (rente kiloiuètres en pirogue s'en retour uelout à leur paillote sans un sou en poche, Testomac creux, car le nègre se nourrit de bananes d'une toul autre espèce, qui doivent être cueillies avant maturité et bouillies très longtemps. Aussi que de cris, d'imprécations, cl uièaie de menaces, dont le New Yorkais n'a cure!
Le clieuiiu de fer est là : j'en profite pour passer le Jimaucbe à Panama, où M. Sosa est sur pied et prêt à reprendre le harnais. Nous terminons nos opérations dans la plaine de TOhispo, puis nous gagnons la vallée du Kio Grande, peu sinueuse, mais resserrée cl au\ lianes excessivement raides.
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Une dernière fois nous repartons ensemble pour étudier, entre le Cerro de Ancon et la Loma de Boca de Rio Grande, une dépression que M. Wyse m'a recommandé de reconnaître : elle permettrait au Canal de déboucher sur le Pacifique à l'ouest de l'îlot de Gavilan,
Tout est fini, bien fini! Je règle les comptes, je catalogue, je classe, j'emballe le matériel, de telle sorte qu'à son passage à Panama, M. Wyse, n'étant point retenu, pourra profiter du premier vapeur allant à San Juan de Nicaragua.
Moins heureux que moi, qui suis au bout de ma campagne, Wyse part pour le Nicaragua et le Costa- Rica : là, il se rendra un compte exact de la valeur des études et des travaux faits dans cette partie de l'Amérique isthmique par les explorateurs qui y ont cherché le passage entre les deux mers. Les travailleurs du rio Sinu sont expédiés par le paquebot anglais, et, le 1" mai, je m'embarque pour la France avec M. de Lacharme. C'était, hélas! sa dernière traversée avant son départ pour les rives noires dont nul voyageur ne revient !
Ces explorations, dont la plus grande gloire revient à Wyse, n'auront pas été inutiles.
En ce mois de février 1881, une société puissante vient de commencer les travaux du Canal interocéanique de Colon à Panama.
Son président, c'est « l'assembleur des peuples »,
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c'est M. de Lesseps. Elle ne pouvait choisir un nom plus glorieux.
Cette nouvelle voie des peuples suivra la ligne que Aous avons eu le bonheur de proposer, de défendre et de faire adopter par le Congrès de Paris, le 29 mai 1879 *.
1. C*est le tracé connu sous le nom de projet Wyse et Reclus.