‹ Panazol, comédie en 1 acte, en versChapitre 5 sur 28 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

GEORGETTE

Rien.

PANAZOL.

Du bonheur?

GEORGETTE

J’en ai trop.

PANAZOL.

N’êtes-vous pas fraîche et vermeille Comme un jeune coquelicot?

Très-tondre.

Je crois voir une rose après un jour de pluie.

GEORGETTE

Je m’ennuie.

Avec moi ! — Le mot est dur.

Vous êtes à Soisson3 maîtresse et souveraine.

Le climat est doux, l’air est pur;

Les petits pois poussent seuls dans la plaine ;

Kt voyez les melons, — c’est un enchantement.

GEORGETTE

Je meurs dans ce pays charmant.

Pour moi, la province est malsaine.

J’ai soif de Paris,

Des arbres flétris,

Des Champs-Elysées,

Des robes civilisées,

Des frivolités hors de prix,

Du bois de Boulogne,

Des gens d'esprit sans frein et des sots sans vergogne, De tous les charivaris,

Du bruit, enfin, du bruit, — qui distrait des maris.

PANAZOL.

Georgette, vous êtes vive;

Mais votre opinion n’est pas définitive.

1* A N AZOL

GEORGETTE, avec énergie.

Je partirai.

FAN AZOL.

Cela n’est pas permis.

Vous êtes, malgré tout, n.a femme.

GEORGETTE

Est- ce ma faute?

Les fil les, aujourd’hui, n’ont pas la voix bien haute.

Le mardi-gras, on voit chez des amis Un monsieur bien mis,

Qu’on épouse à la Pentecôte.

PANAZOL.

Serait-ce une allusion ?

GEORGETTE

Vous me parliez, avec effusion,

De votre place.

PANAZOL.

Est-ce une menace ?

GEOftGETTE.

Vous me croyez le cœur poltron,

Parce que, prise et résignée,

Je reste comme un moucheron Dans une toile d’araignée.

Ne mettez pas mon courage- aux abois.

Je suis douce ;

Mais, quand on m’y pousse,

Je jette par-dessus les toits Mes soumissions apocryphes Et je sens qu’à mes dix doigts , Il pousse des griffes.

PANAZOL, avec ironie .

Saint-Chinon, vous tremblez; — vous restez à l’écart. Madame Panazol s’adoucira, j’espère.

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