SCÈNE II
Les Mêmes, P A N AZOL.
Pana/ol, eu co.-lumo do toile blanche, avec un chapeau de paille, entre par le fond, en tenant des Uetirs et en porta ut un élégant panier qu’il posa discrètement à côté de la porte.
PA N AZOL, s’avançant radieux. *
Encore un pas,
Un seul pas, et je touche à la tulipe bleue.
Tiens ! Saint-Cbinon ! Bonjour. — Regardez cette fleur. Pardon; ne cassez pas la queue.
SAINT-CH1NON, lu lui reodut.
Elle est superbe.
PANAZOL.
Et de quelle couleur ?
SAINT-CUINON.
Elle est violette.
PANAZOL.
Jamais! — Rouge, passant au bleu.
Encore un pas, et ma gloire est complète.
Georgette, éloignez-vous un peu.
Bien. — Regardez l’espagnolette.
Il va à son panier et prend, sous les feuilles, un superbe melon, fraîchement cueilli.
Très-bien. — Retournez-vous maintenant.
UEORGF.TTE, étonnée.
Un melon!
PANAZOL, triomphant.
Elevé par mes soins et couvé sous mon aile,
J’ose le dire; — un produit de mon zèle Et de ma cloche modèle.
Il va le poser sur la tablu.
* Suint-Chinon, Panazol, Georgette debout près du guuridnn.
PANAZOL
GEORGETTE
Vous laisserez cela dans mon salon?
PANAZOL, vivement.
Et pourquoi pas? Il embaume.
Sentez, Saint-Chinon ; — quel arôme !
Est-il beau, rose et vert, avec ses reflets blonds!
J’ai déjà parcouru tout mon petit royaume.
Ici, les jours ne sont pas assez longs :
L’existence, paisible et douce,
Comme sur un lit de mousse,
Coule sans secousse.
Quand je songe qu’à Paris Mes collègues des ministères,
Dans leurs bureaux cellulaires,
Disputent leur prose aux souris,
Je me réjouis d’être un sage,
Et je me sens orgueilleux,
. ' Comme l’oiseau malicieux Qui voltige sur une cage.
GEORGETTE
Vous oubliez que vous n’êles pas seul.
PANAZOL.
Au contraire.
Allant reprendre une fleur.
Comment trouvez-vous ce glayeul?
GEORGETTE
Mon goût diffère un peu du vôtre.
PANAZOL.
Tout change ici-bas :
On a ce soir un goût, et demain c’est un autre.
GEORGETTE
J’abhorre la campagne et je n’y vivrai pas.
Je ne sais si je dors, madame, ou si je veille.
Que vous manque-t-il?