‹ Panégyrique de Jeanne d'ArcChapitre 2 sur 4 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Sans doute les voies de Dieu sont impénétrables ; investigabiks viœ ejus. Toujours maître absolu de tous les événemens , l'Eternel le plus souvent les dirige en conformité des causes naturelles &:

(7) des règles ordinaires établies par sa sagesse, & dans lesquelles le philosophe ne veut voir que des résultats des justes ou des fausses combinaisons humaines; & par -là il exerce notre foi. Quelquefois cependant , pour la grande instruction des peuples & des Rois , il se plaît à sortir de ce cercle commun qu'il fait mouvoir ; & sa puissance se manifeste d'une manière si étonnante 9 & si contraire à tout ce que la prudence mondaine pouvoit imaginer , qu'on est forcé de s'écrier à l'envi : Il n'y a que Dieu seul qui ait pu faire ce prodige , & nous le voyons avec admiration. A Domino factum est istud , & est mirabile in oculis nostris. Et alors il subjugue & doit subjuguer notre foi. C'est ainsi que le Seigneur s'est montré sous le règne de Charles VII , pour sauver la France aux abois. Des signes trop frappans indiquent son action immédiate , pour qu'il soit possible de la méconnaître. Je dois m'arrêter 6c fixer vos regards sur trois principaux ; la faiblesse apparente du moyen , la pureté du sujet , ôc les choses extraordinaires qu'il lui a fait opérer. Vous le savez , Messieurs , le règne de l'infortuné Charles VI avoit accumulé tous les maux sur la France. Une minorité troublée par la jalousie & l'ambition des oncles du jeune Roi les avoit commencés ; l'aliénation d'esprit du Monarque

peu après sa majorité les prolongea, &c en affaiblissant avec sa raison son autorité , ouvrit la porte à toutes les intrigues , à toutes les factions , à l'anarchie enfin , suite trop ordinaire des gouvernement sans vigueur. Une femme dont le nom ne se prononce qu'avec horreur dans nos annales , une femme épouse & mère dénaturée avoit pris en haine son propre sang 5 .& lui préférant le sang de l'étranger , n'aspirait à rien moins qu'à déshériter son fils du trône de ses ancêtres. Une nation voisine & rivale ? que des intérêts politiques opposés n'arment que trop souvent contre nous , habile à profiter de nos fautes , de nos divisions &c de nos malheurs , avait conquis la moitié de la France. La fatale bataille d'Azincourt avait moissonné toute l'élite de la Nobleffe : les Princes du sang royal ? qui auraient dû être les premiers à défendre le royaume , étaient les plus ardens à le déchirer : les factions des Bourguignons Se des Armagnacs , pour qui les assassinats n'étaient qu'un jeu , étalaient tour-à-tour dans Paris les scènes effroyables &c sanglantes que nous avons vues se renouveler de nos jours. C'est dans ces tristes circonstances que Charles VII hérita d'un trône presque écroulé , sans moyens pour le relever , tandis qu'un rival audacieux , le Monarque Anglais , s'asseyait orgueilleusement

sur

sur ses débris usurpés. Le premier , bien différent de ce qu'il fut depuis , abattu sans doute alors par les disgrâces , semblait encore , par son indolence , justifier les torts de la fortune. Quelques braves, l'honneur de ce siècle & la gloire de la Chevalerie , lui restaient à la vérité fidèles ; mais ils étaient épars , isolés , sans union , sans armées , sans finances ; & le premier Officier de la Couronne , le Connétable lui-même paraissait plus que suspect. L'Anglais , au contraire , maître de la capitale , couronné dans Paris , ayant à sa disposition les trésors de l'Angleterre , & de nombreuses armées commandées par des Généraux & des guerriers du plus illustre renom , mettait autant d'activité à attaquer ÔC à dépouiller le Roi légitime, que celui-ci montrait d'inertie pour se défendre. Déjà tout le nord de la France & les provinces de l'ouest étaient soumises à l'usurpateur : le midi seul restait au faible & malheureux Charles ; mais il était près de lui échapper. Orléans , le seul boulevard qui put arrêter les ennemis , Orléans , assiégé non moins vigoureusement qu'il avait été défendu , après six mois d'attaque opiniâtre , se voyait au moment de tomber. En vain ses habitans , aussi généreux que braves , multipliaient chaque jour tous les sacrifices , celui de leur vie Se celui , souvent plus pénible & plus

douloureux , de leur fortune ; ce que la force n'avait pu faire , la famine allait bientôt l'exécuter , & la perte d'Orléans entraînait celle du royaume. Déjà Charles méditait de se réfugier en Espagne, & nous allions passer sous le joug de l'Angleterre. Qui n'eût cru pour jamais les Lis abattus sous l'impétueux Léopard ? & qui , dans un état aussi désespéré , eût pu présumer de les relever avec gloire ? Qui , Messieurs ? Ce ne sont pas des hommes : un tel effort était évidemment au-dessus de leur pouvoir. Qui donc ? Celui qui soulève les tempêtes & qui les appaise, qui déchaîne les vents & qui les captive ; & vend & marc obediunt ei : celui qui à son gré abaisse ou élève , afflige ou console , punit ou pardonne , & qui du sein profond des calamités fait sortir les nations , quand il le veut , plus brillantes & plus prospères , pour mieux faire éclater sa puissance & adorer sa miséricorde. Son bras s'est -il jamais montré plus visiblement que dans la délivrance de cette ville ? Quoique le Seigneur , à la rigueur , ne nous doive rien , comme il est cependant souverainement juste & bon y ce grand bienfait &: sa visible protection , je ne crains pas de le dire , ont été le prix mérité de la foi de nos pères. Orléans , fidèle à son Roi ? ne l'était pas moins à son Dieu ; ou

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