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a conduit l’Institut de saint Jean-Baptiste de la Salle à son développement ; et nous avons ensuite considéré quelle place il occupe dans l'Eglise, quels combats il lui fallait soutenir. Voyons maintenant quel esprit Dieu lui a insufflé.
Toutes les familles religieuses mènent la vie parfaite, qui fut celle de Notre-Seigneur. Chacune d'elles cependant se distingue des autres: élle a sa physionomie spéciale, son esprit propre et sa fonction déterminée. L'une s’adonne à la prière et à l’oraison ; l’autre a pour but la vie apostolique ; celle-ci se consacre au soin des malades et des infirmes ; celle-là, à l'éducation de l’enfance. Ici, la pauvreté domine ;
là, c’est l’obéissance ; plus loin, les jeûnes et les mortifi- ; cations.
On peut voir par là que chaque famille religieuse est comme la représentation vivante d’une des perfections de | l’Homme-Dieu. Prises ensemble dans l'Eglise, en qui elles s’unifient, elles forment la figure de Notre-Seigneur ; et c’est pourquoi l’Esprit-Saint les a fait naître nombreuses et variées : il voulait que l'Eglise, épouse de Jésus-Christ, reflétât en elle tous les traits de son Epoux.
Pour saisir l’esprit d’une famille religieuse et le trait
divin qui la caractérise, il faut remonter à son origine et
| considérer quels événements ont amené sa formation, c’est-
à-dire quel mal exerçai: alors ses ravages sur le troupeau de
Jésus-Christ, ou quel souffle infernal de persécution se ruait y | sur l’Église.
Ïl est bien certain qu: si Dieu fait surgir une famille religieuse pour l’opposer à un mal quelconque, il lui donne la | force de vaincre, et lui communique un esprit qui la rendra l'adversaire née du mal qu’elle est appelée à combattre. Ainsi, lorsque Dieu voulut arrêter l'effet corrupteur des richesses, qui, au moyen âge, envahissaient l'Eglise, il donna à saint François d'Assise son esprit de pauvreté.
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Comme plus tard, lorsqu'il opposa saint Ignace à la rébellion protestante, qui foulait aux pieds l'autorité de l’Eglise et de son Chef, il lui donna l'esprit d’obéissance — perinde ac cadaver.
Si maintenant nous voulous savoir quel fut l’esprit de saint Jean-Baptiste de la Salle, il n’y a qu’à considérer le mal qu’il fut appelé à combattre et la divine mission qui lui est échue.
On était alors au siècle de Louis XIV, la France comptait de nombreux savants et d’illustres orateurs. Du haut des chaires sacrées la parole de Dieu tombait éloquente et profonde. Mais, ces avantages n’atteignaient que les classes élevées et riches. La classe des indigents en était privée, et la multitude d’enfants appartenant à cette classe infime, se trouvaient pour ainsi dire repoussés du Christ et n’entendaient pas sa voix.
C’est alors que se firent entendre à l'âme de saint Jean- Baptiste de la Salle les paroles de, Jésus-Christ : ‘‘ Sznzie pueros venire ad me,—Faites venir à moi les enfants.”’ Brisez l’obstacle qui les retient, et me les amenez. Une vocation divine lui était irrévocablement donnée—(RoM. 11-29) : ‘{ Sine pæntitentia sunt dona et vocatio Dei.’ —Les dons et la vocation qui viennent de Dieu sont immuables : Dieu ne se repent jamais de les avoir conférés.
L’obstacle qu’il fallait briser, c'étaient d’abord les préjugés d’une société dédaigneuse de la plèbe. Ensuite, au siècle suivant, l’obstacle grandira : ce sera l’hostilité de la secte des philosophes, demandant qu’on laisse le peuple à son ignorance. Aujourd’hui, l’obstacle est à son apogée : ce sont les portes de l’enfer, qui entrent en lice pour disputer ces enfants au Christ.
Aussitôt que saint Jean-Baptiste de la Salle eut reçu en lui la semence divine, éclairé -par une lumière toute nouvelle, ou le vit descendre de sa condition, quitter dignité et fortune, se faire petit et pauvre, venir vers ces enfants délaissés, pour accomplir sa mission. Dieu avait allumé en lui cette flamme de charité qui.embrasait le cœur de Notre-Seigneur, quand
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il disait—(Luc, 18-16) : ‘‘ Sinile pueros ventre ad me—Laissez les enfants venir à moi.’
C'est l'esprit qu’il reçut: la sollicitude, la charité de Notre-Seigneur pour cette partie de son troupeau, avec la mission de les conduire à l’Eglise, qui tient ici-bas la place de Jésus-Christ. Ce fut l'esprit qu’il transmit à sa famille ; et elle l’a conservé avec un soin jaloux, comme son bien unique, sans souffrir jamais qu’il s’altérât, parce que, dans l'esprit de son Fondateur, resté pur, elle sait que repose le principe de sa vitsiité, et que, si elle le conserve, elle se multipliera pour faire face aux attaques ; elle croîtra en force et surmontera tous les obstacles qui s’opposeront à l’accomplissement de sa mission. C’est dans cet esprit, je dirai mieux, dans cette flamme toujours ardente de charité, qu'est le foyer de son activité : ‘‘ Malheur à moi, disait saint Paul, si je n'évangéise !’’ On dirait que ces paroles ont leur écho dans l’Institut de saint Jean-Baptiste de la Salle, et que ses fils se répètent aussi: Malheur à nous, si nous n’amenons au Sauveur les enfants qu’il nous a confiés !
Cette mission, si belle devant Dieu, n’a rien en elle de cet éclat qui tempère le sacrifice et soutient la nature : point de sacerdoce, point de succès dans la chaire. Elle n'offre qu’humilité et abnégation. Pour la remplir, il faut aux fils de saint Jean-Baptiste de la Salle une foi forte qui tienne leurs regards fixés sur les récompenses du ciel, les seules qu'ils puissent espérer. Que peuvent-ils attendre du monde ? la persécution. ‘* Quz volunt piè vivere in Christo, persecutionem patiuntur—Ceux qui veulent vivre pieusement en Notre- Seigneur, souffriront persécution.’’ Ce fut la récompense que reçut en cette vie leur saint Fondateur ; elle leur revient à eux, qui poursuivent son œuvre divine.
Quand nous regardons saint Jean-Baptiste de la Salle, dans les pages de son histoire, après deux siècles, que nous envisageons, d’un seul coup d'œil, les événements à travers lesquels s’est déroulée sa vie, nous nous demandons : Quoi ! ce pauvre prêtre, vêtu d’une robe de frère, injurié, calomnié, traîné devant les tribunaux, plusieurs fois condamné
sans ouvrir la bouche, abandonné de ses amis, obligé de se dérober pour échapper aux derniers outrages et ne pas f:ire peser sur ses fils la haine implacable qui le poursuivait, estce donc ce grand bienfaiteur de l’humanité que le monde acclame aujourd’hui, et que l'Eglise place sur ses autels ? Comment a-t-on pu dénaturer les intentions si saintes de cet homme de Dieu, au cœur d’apôtre? N'est-ce pas ce même prêtre, qui ne comptait que des amis, alors qu’il était riche et revêtu des dignités de !’ Eglise? Pourquoi est-il venu en butte à la contrad:ction ? Pourquoi ?— Parce qu’il a quitté le monde pour suivre Notre-Seigneur. (JO.-15-19) ‘‘ Quia vero de mundo non estis, proplerea odit vos mundus—L,e monde vous haït, parce que vous n'êtes pas du monde.’’— ‘“ Le disciple n’est pas au-dessus de son maître. S’ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi.’’ La persécution est comme un sceau divin qui doit être apposé sur toute œuvre qui vient de Dieu. Ce sceau divin ne manque pas à l’œuvre de saint Jean-Baptiste de la Salle. Et lui, qui avait la lumière des saints, dut être grandement affermi en voyant que la persécution ne désarmait pas. Le temps, en effet, ne fit qu'accroître l’animosité qui le poursuivait.
C’est encore là un des caractères qui le rapprochent de Jésus-Christ. Chaque jour de sa vie est un nas plus pénible dans le chemin du calvaire. La vieillesse est venue ; le saint Patriarche a pu enfin, après bien des supplications, satisfaire sa soif d’humilité : il a déposé sa dignité de supérieur, et s’est fait le dernier de tous. Il est allé cacher sa vie dans une lointaine province. Là encore, la persécution le suit, et la calomnie recommence son œuvre. Trois jours avant de mourir, il reçoit le dernier coup, le plus dur de tous, qui le frappe dans son honneur sacerdotal. Ce fut le coup de l’immolation, ou encore, la croix sur laquelle il consomme son long martyre.
Quand notre divin Rédempteur eut rendu le dernier soupir, le centenier qui le gardait ne put retenir ce cri: ‘Ce homme était vraiment le fils de Dieu.’ Quand on apprit la mort du saint Fondateur, un de ceux qui l’avaient poursuivi
avec le plus d’acharnement jusqu'à la fin, ne trouva que ces paroles : ‘‘ C'était un Saint. Le Saint est mort.''() Dieu lui arrachaiïit ce témoignage.
Oui, c'était un saint : l'Eglise, organe infaillible de l’Esprit-Saint, l'a déclaré au monde. ‘Qui se humiliaverit exaltabitur—Celui-là sera exalté, qui se sera humilié.”?
randes ont été l:s humiliations de votre saint Fondateur; grands sont aussi ses trophées. es nombreuses générations de ses fils qui ont puisé eri iui leur perfection, les multitudes innombrables d’enfants qu’il a mis sur la voie du ciel, par lui et par ses fils, et qui lui devront leur salut, sont les diamants de sa couronne. (I Cor. 4-6) ‘ Zmitatores mei estote, sicut et ego Christi—Soyez mes imitateurs, écrivait saint Paul aux Corinthiens, comme je le suis de Jésus-Christ.’ Entendez aujourd’hui votre saint Patriarche vous dire du haut du ciel : ‘‘ C’est moi qui vous ai engendrés à la perfection. Soyez mes imitateurs, comme je l’ai été de Jésus-Christ.” Imprégnez-vous de son esprit ; combattez avec ses armes, et Dieu rendra vos efforts effcaces.—/Von prevalebunt.— les ennemis qu'il vous faut co‘1battre ne prévaudront pas ; et, au ciel, vous partagerez la gloire de votre Père.— Amen.
1 (Vie de St J.-Bte de la Salle, par Ch. Blain.)