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ler nous-mêmes pour préparer notre bois de chauffage, pour déblayer le terrain, faire les jardins, les parterres et les avenues ! Notre supérieur était toujours de la partie ; le premier à ia peine mais le dernier au repos, bien qu'il fut, à cette époque, près de sa soixantième année !
Il songe maintenant à son couvent. Il sait le danger de l'éducation des grandes maisons de nos riches cités pour les filles de nos campagnes. ‘Tout le monde admet que l'éducation de nos filles est généralement fausse en ce pays. Trop de musique, trop d'art d'agréments, trop de religiosité et de sensiblerie, de délicieuses bagatelles, de jolies petites tournures, mais pas assez de choses sérieuses y sont enseignées, de fortitude de caractère, de connaissances solides et utiles pour le ménagé future.
Le côté pratique de l'éducation est abandonné pour y substituer le côté vaniteux, superficiel et ridicule.
La musique qui est, avec la peinture, une des plus belles expressions de l’art, y est profanée par son enseignement, sans discernement, à toutes les élèves, qu’elles aient ou non des aptitudes ! L'on jette ainsi dans un monde idéal et rêveur des jeunes personnes qui sont destinées par leur position sociale à faire le ménage et à raccomoder les grosses pièces.
Aussi que de femmes évaporées, romanesques, chimériques et déclassées dans le monde !
Ce mal exerce partout ses ravages en Amérique ; c’est la plaie de nos jours, d’après un grand écrivain américain, “ qui remplit le pays comme une malédiction universelle qui imprègne l'atmosphère ; qui envahit le paisible foyer domestique ; qui est connu partout, et qui, partout, apporte la destruction, le rage et qui tue le comfort,-—cette plaie, c’est le piano. Combien de jeunes filles industrieuses et bien intentionnées ont été détournées du sentier du devoir par cet instrument de torture ? Sorties des écoles en juin, rêveuses et chérissant l “ Oiseau moqueur ”—arrangé pour quatre mains—et les “ Cloches du monastère,” comme les premiers fruits de leur éducation, elles se préparent pour la campagne d'été. Aussitôt, tout est trouble dans les maisons les plus paisibles ; les pères de famille, courbés sous le joug de l’éducation moderne, portent des bas troués en mille endroits afin que les mains de leurs filles puissent battre le clavier sonore ; les mères de famille fendent doucement le bois dans la cave pour que le bruit ne dérange pas une ‘“ Rêverie ” ou une ‘“ Fan:-
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*aisie” qui se joue dans le salon. Et les parents acceptent cela humblement, innocemment, parce que cela s'appelle éZucation.”
Les supérieures de couvents sont elles-mêmes alarmées de cette manie, de cette furie musicale. Elles ne peuvent rien contre les idées du jours. Il est grand temps que les autorités ecclésiastiques y mettent ordre car de graves abus en résultent, des dangers imminents en découlent.
Sous les efforts envahisseurs de ce mal nouveau que fera Mr Crevier ? adoptera:t-il les idées reçues ? se laissera-t-il mollement bercer par les flots de la nécessité moderne ? Non: Les réformateurs luttent sans cesse. La réaction ne s'obtient qu'à ce prix. Ce qu’il faut donc à ce prêtre observateur et pratique ce sont des femmes bonnes, pieuses, simples, instruites et humbles pour donner une éducation convenable à l’état et à la condition de nos populations rurales.
Mais où les trouvera:t-il ? Les excellentes sœurs de la congrégation ne peuvent plus suffire aux nombreuses demandes des divers diocèses non plus que les autres communautés enseignantes. Il faut donc tourner les yeux ailleurs. Alors, Mgr Prince et messire Crevier se souviennent qu’au fort de la Terreur, en France, pendant que la hache révolutionnaire y détruisait toutes les communautés enseignantes, une pieuse fille du peuple, témoin des maux infinis qu’allait entraîner, sur sa patrie, mutilée et sanglante, une éducation sans Dieu, avait pris sur elle de fonder une école catholique, origine humble, mais féconde de la belle communauté de la ‘“ Présentation de Marie”. Plus tard, Marie Rivier en sera la première supérieure, dont la maison mère fut établie dans le diocèse de Vivier.
C'est là que M. Crevier ira frapper pour se procurer les éducatrices rêvées dans sa grande humilité, (en 1853). Une colonie de ces vertueuses femmes, ayant à leur tête la Révde Sœur St-Maurice, viendra bientôt se réfugier sous l'égide bénie de notre fondateur. Voilà donc son couvent fondé, les rêves de sa vie réalisés.
Messieurs, vous dire ce que ces deux communautés, crées dans des conditions économiques les plus difficiles, ont coûté de peine, de fatigues, d’anxiétés, de misères et de sacrifices à leur fondateur, n’entre pas dans mon projet. D'ailleurs, les amis éloquents qui vous adresseront la parole dans un instant vous diront probablement un mot de ses difficultés et de ses angoisses.
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Quand il n’a plus rien, il dépêche de maigres attelages à St-Pie pour en rapporter un peu de nourriture. Joseph reçoit ses hommes un jour, leur donne à manger, ainsi qu'à leurs pauvres animaux, puis les renvoie sans rien leur donner. M. le Grand Vicaire pleure, mais ne se décourage pas ; un inconnu lui apporte sur ces entrefaites quelques pièces d'argent et il trouve même un pain dans un endroit où la vieille servante jurait n’en avoir jamais mis ! ‘l'out allait donc pour le mieux dans le plus pauvre des mondes. Le lendemain, M. le curé de St-Pie faisait son entrée triomphale chez son famélique filleul, accompagné de douze charges de provisions et de comestibles de toutes sortes. ‘Tiens, dit-il, mon vieux guéeux je t'ai apporté ‘“ quelque chose, car je n'ai pas voulu charger tes chevaux hier, ils ‘ étaient trop maigres pour se rendre ici avec de lourds fardeaux.”?
Ce trait vous peint feu M. le curé de St-Pie. ‘Toujours charitable mais toujours enjoué. Feu M. Crevier était digne et se faisait respecter, sans être distant : c'était le gentilhomme de bon ton, sans ostentation, sans vanité, ni amour propre. Il avait une haute idée de la grandeur du sacerdoce, et il tâchait d'inculquer dans l'esprit de ses élèves, les mêmes impressions. M. le curé de St-Pie était plus débonnaire et plus rieur comme il a déjà été dit. Il s'amusait avec délices des tours qu’il jouait lui-même. Il les racontait avec amabilité, simplicité, entrainement et esprit. Ses visites au collège étaient pour nous des jours de grandes fêtes. Feu Messire Edouard était plus sarcastique; peu de temps avant sa mort, un certain monsieur, à idées croches, lui présentant un statuaire de ses amis, disait : “Il en a fait beaucoup de saints difformes.” ‘Eh bien !” répond M. Crevier, ‘il a imité le bon Dieu qui en a aussi. beaucoup fait d'hommes de travers.”
Un dernier trait Vous montrera davantage la différence entre ces. deux frères.
Par une soirée d'automne, sombre, humide et froide, le curé de St-Pie revenait de visiter une personne malade, dans un rang éloigné de sa paroisse. Les chemins glaiseux de St-Pie étaient impraticables à cette époque. Le cheval avançait avec peine, chargé de son colossal propriétaire. Celui-ci se sentait enclin à l’impatience,—vice qui n’était pas pourtant son fort,—car c'était un rieur perpétuel. Le hasard voulut qu’une voiture vint encore retarder la marche de la sienne. M. le curé demande à son conducteur de:
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t-Pie wouloir bien lui livrer passage. Ce dernier, espèce de matamore,
imes refuse en proférant quelques jurons par trop énergiques. Mal lui en puis prit, car le bon Joseph descend de sa voiture, relève sa soutane et mais va appliquer une brossée des mieux conditionnées dans la figure de quel- notre blasphémateur ! La leçon était d'autant plus rude que cet t où individu était réputé la terreur de la paroisse. Le curé, —pas plus lonc que sa victime,—ne se vantèrent, pour des motifs différents sans , M. doute, de cet assaut illégal, mais non intempestif. Si le coupable: ique n'avait pas annoncé ce fait à son prône du dimanche suivant, la bles victime, en ayant eu évidemment pour son compte, n'avait pas fait orté offrir, par le crieur public, une récompense libérale à celui qui lui r, ils ramènerait son assaillant.
“s Quelques jours après le même individu se rendit, par affaires, au able presbytère, la figure encore toute meurtrie. Son curé lui demande res- comment il lui était arrivé tant de ‘mal ?—# Ne m'en parlez pas, M. sans le curé,” répond ce dernier, “je crois que j'ai rencontré le diable en idée chemin, l’autre soir.” sprit Au lieu de porter des coups Messire Edouard aurait prié cet était ‘homme, avec larmes, de ne plus offenser Dieu, par ses jurements et usait ses imprécations.
avec Mais poursuivons à commémorer les actes de la vie si bien remlège plie de notre bien-aimé supérieur, qui, en s'abimant dans ses profonds uard labeurs, en travaillant au milieu d'une extrême pauvreté, à maintenir cer- ses fondations, ne ralentissait pas son courage pour ses autres devoirs > .8€8 de curé et de paroisse. Il fonde des congrégations, prêche des $ Eh retraites, fait élever des calvaires, surveille les écoles, dirige les
aussr. travaux de l’église de Ste-Angèle, dessert cette paroisse, confesse, prie et distribue des aumônes.
Quand il a trop grand besoin, dans les moments les plus critiques, il va lui-même sermoner son parrain sur la nécessité de faire l’au- -mône pour gagner le ciel. Il fait donc atteler toujours son même maigre cheval, par les temps les plus orageux, par la pluie ou la ‘neige, pour se rendre chez “ Monsieur son frère” comme il l’appeait. Pour jouir plus longtemps de son onctueuse éloquence, le bon vieux curé de St-Pie seinble faire la sourde oreille ! Mais que refuser à un pareil filleul? Alors il donne, donne encore, donne toujours, jusqu’à ce qu’enfin, se mettant dans l'impossibilité de craindre les voleurs, —il est contraint de venir lui-même réclamer de son dissipaeur de frère l'hospitalité de ses dernièresannées d'existence !
Le 13 octobre 1875 fut pour cette paroisse, et ses communautés. une fête mémorable et touchante :—-celle des ‘“ noces d’or ” de notre supérieur.
Ce souvenir en est trop vivace en votre esprit pour qu'il soit nécessaire de le rappeler ici. La joie fut universelle : le peuple célébrait la fête d’un père aimé, qui avait tout fait pour ses enfants, en toutes circonstances ; car, non content de pourvoir aux besoins spirituels de sa paroisse, M. Crevier en désire de plus le progrès temporel. Ii donne de sages avis en ce sens ; il se fait l'avocat dévoué d’une voie ferrée projetée vers son village ; il conseille l’économie, la prudence, le travail et l’industrie. Aussi, ses louables efforts-sont-ils couronnés d’un plein succès. Il a vu la fumée des locomotives traversant sa ville naissante, et les progrès s’y développant, en reculer les mimites devenues trop étroites.
Regardez autour de vous, rappelez vos souvenirs et dites si je ne:
suis pas un narrateur fidèle, du moins, sinon habile, de ce que l’âme généreuse de votre curé a fait pour vous, pour moi, pour nous tous.
Il y a des natures si laborieuses qu’elles ne croient rien d'achevé tant qu'il reste quelque chose à faire ! Il y a des esprits si actifs qu'ils ne sauraient jamais s'arrêter, —le repos leur serait fatal ! Ilya des cœurs si ardents qu'il faut un aliment quelconque à leur flamme ! Il y a des âmes si charitables qu’elles souffrent à la seule pensée de la possibilité de la souffrance des autres !
M. Crevier résume en lui toutes ces belles qualités, qui en font un nouveau Vincent-de-Paul.
Comme lui, il a la passion des pauvres ; un instinct irrésistible le -
pousse vers eux. Il voudrait les garder tous sous son toit, les faire partager son peu de biens, sa table, ses vêtements ; et s’il ne leur donne pas plus souvent ses vieilles soutanes, c'est que ses moyens ne lui permettent pas toujours de se payer le luxe d'une nouvelle. Il y tenait peu, du reste, son humilité allant de pair avec sa charité.
Maintenant, il a vu fleurir les jeunes arbres qu’il a plantés de ses mains, arrosés de ses sueurs, fertilisés de ses bénédictions. Ilen a moisonné de savoureux fruits. Plusieurs prêtres sont sortis de son. collège : ce sont les Révs. MM. C. D’Auray, J. Durocher, J.-B. Ponton, À. Nadeau, Jos. Beaudry, Nap. Beaudry, I. Bessette, A. Gatien, V. Rainville, P. Girard, J.-U. Charbonneau, A. Petit, C. Bessette, C.-H. Jeannotte, Alf Vigeant, J.-N. Brodeur, P.-P. Sau-
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rette, A. Lemieux, Tous. Lussier, S.S., J. Marcoux, O. 1 CM Guertin, O.M.J.; des hommes de profession lui font honneur ; des filles dévouées se sont consacrées à l’enseignement dans son couvent. Sera-t-il satisfait ?
Non ! car ses pauvres n’ont pas encore d'asile en cette paroisse ; des vieillards sont sans demeure, des orphelins sans protection. Le temps presse, il se fait vieux, son dernier soleil monte peut-être À l'horizon. Il ira solliciter de nouveau l’'aumône ; la plupart d’entre vous la lui donne ; la famille Rolland lui vint en aide, mais comme il lui manque encore beaucoup, il ne lui reste d'autre ressource que de recourir au charitable frère, dont il croit les trésors inépuisables,
Mais, comme il aime à sonder la profondeur des choses, il en verra bientôt le fond.
Cependant, l'hospice Ste-Croix est fondé en 1865. C'est là que cette âme charitable ira demander son dernier refuge, solliciter son dernier repos, exhaler son dernier souffle—entre les bras de M. Jean Labbé, qui en prit un soin particulier pendant sa maladie, et après avoir été soigné par un de ses anciens élèves, le dévoué Dr C. Pinsonneault, auquel il était très attaché—; car, s'il a aimé les splendeurs de la maison 4 Dieu qui a réjouit sa jeunesse; il à aussi chéri l'humilité des servantes des humbles et la pauvreté de leur maison.
Cependant, l'abandon de sa paroisse lui fut le plus douloureux des sacrifices. Il se sentait isolé à l'hôpital et il était très sensible aux marques de sympathie de ses amis, car la vieillesse, comme les plateaux de la balance, en faisant descendre la nature, élève en raison directe l'âme. Celle-ci s’élevant de plus en plus, à cause de la faiblesse des liens qui la retiennent, semble se spiritualiser davantage et est plus portée à la tendresse et à la sensibilité. Aussi, trois mois avant de mourir, M. Crevier m'écrivait-il ces sympathiques et bienveillantes paroles :
“ J'ai été très sensible à votre lettre du 30 octobre dernier, qui “me prouve de plus en plus votre estime et votre affection; c'est “dans l’affliction et le délaissement que l’on reconnaît les vrais ‘amis, et vous êtes fidèle, dans ma sollitude, à me témoigner votre ‘attachement, Aussi, jusqu'à mes derniers instants conserverai-je ‘ votre souvenir et de la reconnaissance pour toutes vos bontés. Je “ n'ai plus longtemps à vous écrire, à l'âge de 81 ans révolus au-
&“ jourd'hni même. Malgré les persécutions dont vous avez été & l'objet, vous avez toujours été fidèle à vos principes, dévoué à “ vos amis et constant dans la mauvaise comme Gans la bonne for-
‘ tune.
“ Adieu, cher ami, combattons toujours pour la bonne cause.
“Votre très affectionné ami,
Ep. CREVIER, Ptre.”
A contempler cet homme de bien, à étudier la vie active qu'il a menée, les œuvres multiples qu'il a fondées, l’on serait tenté de croire qu’il devait négliger quelques-uns de ses devoirs variés. Détrompez-vous ; M. Crevier était avant tout l’homme de la ponctualité.
Regardez le temple de Ste-Marie, et dites si un cœur pieux n'a pas présidé à ses décorations. La fabrique qui devait $r8,000, À son arrivée en 1832, était complètement libérée de cette dette, lrs de son désart, en 1877 ; tout était en ordre.
Et il aimait tellement son église qu’il allait y prier souvent, le soi même : et quand l'Asgelus venait l’arracher de ce temple, il semblait lui reprocher de l'enlever sitôt à ses méditations, à ses affections, à son bonheur.
Et avec un barde chrétien il pouvait dire :
& Pourquoi vous fermez-vous, maison de la prière ? & Est.il une heure, à Dieu, dans la nature entière, “Où le cœur soit las de prier ?
& Où l'homme qu'en ces lieux ta bonté daigne attendre &N'ait devant tes autels un parfum à répandre, ‘Une larme à te confier ?
Or, vous savez s’il en répandait des larmes ! Un trait le faisait pleurer, la vue d’un pauvre lattristait, une nouvelle malheureuse le jetait dans l'anxiété ; l'orage, le tonnerre et le vent le faisaient craindre pour les autres. Sa grande âme compatissait à toutes les infortunes. Il était si bon qu'il n'abandonnait jamais le coupable au remords, mais savait très bien le ramener, sans cesse, au repentir. Un tendre reproche, une lueur d'espérance, un conseil amical ; voilà lus seuls dards qu'il lançât jamais au cœur du coupable. |
S'il apprend qn'on lui dérobe quelque chose, sa charité lui défend d'en informer la justice humaine. Il se hâte de porter à l'accusé