‹ Panégyrique du révérend Edouard Crevier, V.G. [microforme]Chapitre 9 sur 16 · DR CELA · texte numérisé non relu

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poésie ne sont pas du tout aptes au commerce. Pour réussir dans cette branche, il faut renoncer aux plaisirs de l'esprit et mettre l'imagination de côté. Voilà ce que M. Crevier, en homme supérieur, avait parfaitement compris. Aussi classifia-t-il ses élèves et disposa-t-il ses cours de manière à favoriser d'abord l'agriculture, première nécessité des nations.

Mais comme la terre, en certains endroits, devra produire plus que les besoins du peuple, et que le: pays de zones différentes fournissent des fruits divers et variés que d’autres ne donnent pas, le commerce, comme moyen d'échanges, devient aussi un auxiliaire nécessaire de nos jours. Le collège Ste-Marie devra donc enseigner spécialement cette branche importante de connaissances pratiques.

Mais, comme l’homme n'a pas été créé seulement pour les affaires d'agio, d'industrie, d'agriculture et de commerce, 1l requiert aussi une éducation plus æelevée, plus noble, plus grande et plus en harmonie avec les aspirations de son intelligence et de son âme, portées vers des régions supérieures. Ste-Marie,—après trois ans d'études préparatoires dans les langues française et anglaise, les mathématiques, le système de banques, la chimie agricole, etc., après avoir élagué ceux qui n'ont pas d'aptitudes pour les hautes sciences, ou que l’agriculture et le commerce réclament, —ouvre à ses élèves les arcanes profondes du temple du cours classique. Le bon sens comme la logique réclament un pareil système d'enseignement, en ce pays, placé dans des circonstances exceptionnelles.

Cependant, le cours classique est fatale à un bon nombre ! C’est que là, plus qu'ailleurs, existe un véritable danger. Notre siècle, par son mépris de l'autorité, par son émancipation de tout frein, par sa complaisance pour le mal, par sa coupable indifférence justifie cette

parole prophétique de Bossuet ; ‘Je prévois..que, les libertins et les

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< esprits forts pourront être discrédités, non par aucune horreur de “ Jeurs sentiments, mais parce qu'on tiendra tout dans l’indiffé- “ rence, excepté les plaisirs et les affaires.”

Nous semblons retourner au paganisme ; l'erreur nous envahit. Nous sommes victimes de Satan, qui, sous des noms divers, séduit, trompe et perd les hommes, par des doctrines semi-voilées, pleinee d’appâts et d’entraînements. Oui, les sociétés modernes sont bien malades. La demi-science enseignée à la jeunesse en a fait une classe sans religion, sans principes et sans honneur. Si la science

véritable mène à la religion, le demi-savoir conduit à la suffisance et à la vanité, — premier étape de lirréligion, — et à la révolte contre l'Eglise, mère des nations, et contre Dieu, fin suprème des hommes.

D'où vient le mal ?

Les causes en sont multiples, sans doute, mais le plus grand nombre d'hommes irréligieux, indifférents ou impies ont passé par nos colléges ! Pourquoi alors sont-ils plus misérables souvent que les autres ? plus insoumis à l'autorité ? plus impatients de tout joug ?

La plupart était des êtres paresseux et sans talent que l'on a déclassés en leur faisant faire un cours complet d'études.

De plus, les élèves ont bu, au collége, dans une coupe empoisonnée, trop souvent. Car, sous le dangereux et futile prétexte de leur faire apprécier les beautés littéraires de la Grèce et de Rome païennes, l’on a inculqué dans le cœur, encore tendre de ces jeunes. hommes, à l'imagination vive et à l'esprit ardent, les exemples per vers mais attrayants du paganisme antique. On leur a mis, sans cesse, sous les yeux, les actions les plus barbares représentées comme très héroïques ! les faits les plus révoltants donnés comme des actes de courage et de vertu ! L'idée du droit est sans cesse affirmée, la notion du devoir est systématiquement effacée. Erreurs funestes, que les siècles de foi pouvaient enseigner sans trop de

danger, comme nous l’aftirmions dans une autre célèbre circonstance, mas qu'il serait unprudent de propager dans ce règne d’effer-

vescence où le républicanisme,—cette négation de l'autorité politique, —est à l’ordre du jour et cuve dans toutes les jeunes têtes. Or. la négation politique conduit nécessairement à la négation religieuse, puisque toutes deux attaquent également la Puissance Constitutive des deux pouvoirs.

Aussi rien n'est plus fatal, MM., que d'enseigner presqu'exclusivement à nos jeunes gens, qui manquent de direction à leur entrée dans le monde, les pensées, les sentiments, les maximes, les exemples et les vertus païennes de Rome et d'Athènes.

L'on saute par-dessus dix-huit siècles de christianisme, comme s'ils n'avaient rien produit de digne d’admiration et d'étude pour effleurer César, Homère, Lycurge, Solon, Horace, Sapho, Virgile, Cicéron, Eschyle, Térence, Sophocle, Démosthènes, Juvénal, Tacite, Salluste ! Dangereuses sirènes qui attirent à elles que pour mieux perdre à jamais leurs victimes. Et, cependant, qu'étaient ces

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Parmi de très bonnes choses, l’on fait sucer le poison à la jeunesse et l’on voudrait qu’elle n’en fut pas infectée ! Malheur au pays qui croit que l'on peut faire jaillir le bien de la science ou de ja littérature quelles qu’elles soient ! Et avec Lacordaire, répétons-le : “ combien est puissante la couche première déposée dans l'éducation et l'instruction. Tout porte là-dessus sans détruire ou effacer ce sillon premier ou tous les germes ont été semés si laborieusement.

Une impression suffit pour faire à l'âme de l'enfant une irréparable blessure ou pour lui donner dans le bien une assiette qu’il ne quittera jamais sans remords.”

M. Crevier qui avait sous ce rapport le salutaire exemple donné par l'un de nos plus savants et de nos plus utiles séminaires de ce pays, celui de St-Hyacinthe, voulut aussi obvier à ce grave inconvénient de l’enseignement classique en y suppléant par les ressources du christianisme et les incomparables beautés contenues dans les 1mmortels travaux des pères de l'Eglise. Il modifiera donc son plan d'études en conséquence, sans toutefois rejeter tout à fait les anciens elassiques : car il y a du bon partout,

M. Crevier, qui connaissait à fond le mal qui nous rongr voulut opposer une digue aux maux de nos jours, où les notions du juste et de l'erreur, du vrai et du faux, semblent à famais confondues dans le chaos de l'irréligion et de la fausse philosophie.

Car, notre fondateur, par les travaux divers auxquels il s'était livré, par son expérience dans la gouverne des enfants, par la sage direction et l’excellente discipline qu'il était parvenu à établir, pendant son professorat à Nicolet et son habile directorat à St. Hyacinthe, était bien préparé pour l’entreprise nouvelle à laquelle il allait se consacrer. Aussi se met-il immédiatement au travail dès 1853.

Dans ce but, Mgr Prince avait acquis, lui-même, l’ancienne école qui a servi pendant quatre ans, aux classes du premier cours. Car, ce ne fut que le 21 septembre 1857, date de ma première rentrée au collège, que l’on prit possession de cette nouvelle maison.

Tout était à créer. Combien de fois fûmes-nous obligés de travail-

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