MOURIR DE FAIM A PARIS
Un jour, j'ai voulu mourir de faim. Il y a longtemps.
Je n'ai pas pu.
C'était à l'époque de ma prime jeunesse, alors que les directeurs de journaux me faisaient un crime de ce que je ne m'appelais pas Elie Berthet, et que les éditeurs, avec un sens merveilleux, refusaient d'escompter mon avenir littéraire.
J'étais las d'epiprunter à des pauvres, — les seuls à qui j'aie su emprunter.
D un autre côté, il me répugnait d'attenter à ma personne, ensertible sacré et mystérieux de facultés diverses. Je ne voulais pas tirer sur moi.
Je pris un terme moyen : je résolus de me laisser mourir de faim.
Cela conciliait tout.
Fortement armé d'inertie, — mon arme favorite, — je me rendis au centre de Paris, dans le jardin du Palais-Royal.
Là, j'attendis la mort.
Récapitulant mon existence de vingt-deux années, je me comparais à un lis brisé sur sa tige. Un reste de timidité et l'absence totale de moyens vocaux m'empêchèrent d'imiter le cygne dans un hymne suprême.
Une heure ne s'était pas écoulée, qu'un de mes compatriotes, — riche potier d'étain de Nantes, — se plantait devant moi, les bras ouverts, et m'emmenait dîner chez Corazza.
Le potier d'étain fut charmant.