IMPOSSIBLE DE MOURIR DE FAIM
Il fit venir une demi-bouteille de Beaune, et il me raconta l'histoire de son associé.
Au billard, il me rendit dix points de trente.
Je le reconduisis, entre minuit et une heure, à son hôtel garni de la rue du Bouloi.
Mon coup était manqué.
Je ne me décourageai pas cependant ; et, le lendemain, je retournai à la mort.
Seulement] e choisis le boulevard des Italiens pour théâtre de mon agonie. Perdu dans la foule, vaste désert d'hommes, j'espérais passer inaperçu, comme j'avais vécu jusqu'alors; — mais je comptais sans le hasard, qui, de temps immémorial, a élu domicile sur le boulevard des Italiens.
Le hasard me fit signe par une fenêtre d'entresol de la Maison'd*Or.
Introduit dans un petit salon, — où il y avait une table, un piano et un canapé, — je fus accueilli joyeusement par une derhi-douzaine de membres de la Société des gens dç lettres, joints à quelques canotiers français.
J'y liai connaissance, pour la première fois, avec le filet de sole à la Richelieu.
Décidément, la mort ne voulait pas de miôi.
Je fis cependant une troisième tentative.
Cette fois, pour être plus certain de mon coup, ce fut au bois de Boulogne que je me transportai.
Une allée particulièrement sombre semblait • favoriser mon projet.
J y rencontrai deux duellistes, — qui me supplièrent de remplacer un témoin qui leur manquait, et qui, après avoir échangé deux balles sans résultat, m'emmenèrent déjeuner à la porte Maillot.
. Le déjeuner dura trois jours.
Je vis que je m'y prenais fort mal pour mourir de faim.
Il ne fallait pas aller au-devant de la mort ;