UN HAREM
— Qu'est-ce que c'est donc qu'un harem ?
Demandait la j eune Euphrasie
Au peintre blond nommé Wilhem, Coloriste retour d'Asie.
— Tiens, dit-il, ô cœur ingénu ! En lui désignant une ébauche Où plusieurs femmes au sein nu Chantaient l'hymne de la débauche ;
Or, vermillon et bleu-lapis ;
Vois, un harem, c'est une chambre
Pleine de fleurs et de tapis,
De coffrets et de senteurs d'ambre,
iro PANIER FLEURI.
De flacons, de trépieds brûlants, De gaze, de coussins, de soie, De grands plateaux étincelants, Fouillis où le regard se noie !
Par-dessus tout, des flots de chair, .
Quinze créatures groupées, • Ayant toutes coûté très-cher, Et savamment inoccupées.
Il en est de tous les pays :
Race maure, latine, franque ;.
De rÉgypte où croît le maïs,, De la France où fleurit la banque.
L'une, soulevant ses cheveux
Par un geste de canéphore,
Montre au fond de ses deux grands yeux
Une caverne de phosphore ;,
L'autre, pleurant son Roméa, Dans un coin, rêveuse et bizarre, Eveille une âme de guitare.
Comme dirait notre Théo ;
Celle-ci, dont la roideur place L'état civil dans le Thibet, D'une lèvre boudeuse agace La neige rose d'un sorbet-