‹ Panier fleuri: prose et versChapitre 4 sur 74 · J. B. TOUCHARD · texte numérisé non relu

J. B. TOUCHARD

CE qu'on Écrit aux actrices. 5

A mademoiselle Fédézeau, au Vaudeville.

Mademoiselle,

Il y a le Café Anglais, où Ton est fort bien ; il y a la Maison-d'Or, où l'on dîne dans les principes ; il y a Voisin, dont la cave est irréprochable.

Dans lequel de ces trois cabarets vous plaît-il que nous disséquions quelques écrevisses et que nous dissertions sur les qualités duBranne- Mouton?

On dit que vous avez un superbe coup de fourchette; je suis curieux de m'en assurer.

S'il vous était agréable d'amener deux témoins, j'en inviterais deux de mon côté : le baron de Saldéac et le capitaine Aimé, que vous devez connaître, au moins de noms.

Est-ce convenu?

José de Morai.es.

A madame Brunissende, à l'Opéra^Com^ique.

Cher ange,

Eh bien, oui! j'ai eu tort, je le reconnais, je le confesse ! Je n'aurais pas dû me laisser en-

traîner à cet excès d'emportement et de ridicule, qui te place aujourd'hui dans une situation si fausse .'Mais j'avais la tête perdue, je ne savais plus ce que je disais ni ce que je faisais. Oh! cet homme!... J'ignore comment il n'est pas sorti brisé d'entre mes mains!... J'ai pu, du moins, lui cracher toute ma haine au visage!... Pardonne-moi, mon ange chéri; jeté demande pardon mille fois ! Tu connais mon horrible caractère ; on ne se refait pas du jour au lendemain. Pardonne-moi!...

Je me suis présenté chez toi trois fois ce matin ; ta femme de chambre m'a refusé la porte, Mon air égaré a paru lui faire peur. Que vais-je devenir si tu ne consens plus à me voir?... Clara, ma Clara, songe aux extrémités auxquelles peut me pousser le désespoir!... La vie me serait insupportable ; il ne me resterait plus qu'à me tirer un coup de pistolet devant toi lorsque tu te rendrais au théâtre... Vois-tu d'ici ma cervelle jaillissant .sur ta robe!...

Je deviens fou... Voilà deux heures que je me promène devant ta maison. Oh! Clara!

j'implore un mot, \m signe, rien qu'un!.,.

Georges.

CE qu'on Écrit aux actrices.

A mademoiselle Fabiani, au Gym,nase.

Mademoiselle,

Notre maison a pour habitude de faire relever les comptes de nos clientes à chaque fin de saison. En conséquence, nous avons Thonneur de vous adresser un extrait du vôtre, s'élevant à la somme de 17 422 fr. 80 c.

Nous vous serons particulièrement obligés, mademoiselle, de nous en accuser réception, et de vouloir bien nous fixer le jour où Ton peut se présenter chez vous pour toucher cette

somme.

Agréez, mademoiselle, etc.

Lydie Hocmer et C*,

A mxidem,oiselle Anita, aux Variétés.

Madame,

Vous m'avez flanquée à la porte et trettée comme on ne trette pas la dernière des

misérables. Et pourtant je me suis toujours comportée visavise de vous comme une bonne .

domestique, j'ose le dire. Ma seule faute a été de vous emprunter vos bas à jour, sans vous prévenir, pour aller au bal du Château- Rouge. Ils étaient si usés, si movais, qu'ils ont craqué aux cintième quadrille. Ne diraiton pas que j'ai volé le Val-de-Grâce ? Vous avé été sans pitié pour une pauvre fille, et çà ne se serait pas passé ainsi si j'avais eu le temps de courir à la caserne où est mon beau-frère des chasseurs. Entendez-vous, madame Anita?

Je devrais avoir de la ranqune, et toute autre que moi chercherait à se revenger.

Mais moi, je n'ai -pas plus de phielle qu'une mouche ; la crémière, madame Lbiseleur, me le disait encore ce matin. Et la preuve, c'est que je vous apprendre que je viens de retrouver au fond de ma nialle trois lettres de M* Paul, votre amant de cœur, adressées à vous. Je ne sais pas comment cela se fait; je ne veux pas croire que c'est vous qui les avé mises là pour me nuire. C'est bien extraordinaire cependant.

Vous pouvé venir les chercher chez moi, madame; je loge avenue de Tourville, hôtel du Jura, chambre 18. Ne craigne pas que je

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vous parle de ce qui est pacé. Ce qui est pacé est pacé. ï^our les lettres, vous fiqueceré vous même la recompense que je mérite, mais j'espère que vous ne marchanderé pas, car vous savé que si je les portais à M. le comte ou à M. Ordonneau, ces méciçux me les payeraient ce que je voudrais.

En attendant Thonneur de votre visite, madame Anita, j'ai celui de vous saluer.

Joséphine Guénot.

A Mademoiselle Bermond, aux Bouffes- Parisiens.

Mademoiselle,

Il n'y a, à l'heure qu'il est, qu'une voix dans Paris pour reconnaître votre talent merveilleux dans l'art de souligner et de faire passer les choses les plus risquées.

Auteur de chansonnettes, dont la plupart ont obtenu un grand succès dans les principaux cafés-concerts, je me suis voué, moi aussi, aux sujets croustilleux. Des amis trop indulgents prétendent que je ne suis pas trop manchot dans cette partie.

lO PANIER FLEURI.

Ma satisfaction sera complète, mademoiselle, si vous voulez "bien accepter la dédicace des quatre chansons que j'ai Thonneur de vous adresser en même temps que cette lettre, et dont voici les titres :

La leçon de chalumeau; Veux-tu, Suzon?

Mon cœur bondit.

Mesurons nos mollets.

J'ose espérer que vous trouverez ces titres assez piquants (on peut y joindre des gravures explicatives) et que vous daignerez m'accorder la faveur que je sollicite.

Dans cet espoir, mademoiselle, etc.

LÉON Saurain,

A Mademoiselle Valentine de Sabran, aux FolieS'Dramatiques.

Mademoiselle,

Ce sera 50 francs pour votre entrée et 30 francs pour votre sortie. J'espère que vous trouverez ce prix raisonnable ; c'est celui que je prends à mademoiselle Passe vent, qui a

CE qu'on Écrit aux actrices. i i

toujours été contente de mes services. On a beaucoup plus de mal dans notre profession qu'on ne croit ; on se fait souvent attraper par l'orchestre, qui ne se gêne pas pour nous crier : A bas la claque!

Les bouquets se payent à part ; cela dépend de l'étage et de la place d'où ils sont lancés. J'ai un petit jeune homme pour ce genre de travail; mais vous comprenez que j'ai besoin de vous voir avant de rassembler mon monde.

Veuillez donc m'indiquer une heure, de si bon matin que vous voudrez ; ou bien envoyez-moi chercher dans la journée chez Béchut, le marchand de vins de la rue de Lancry, où j'ai mon bureau.

J'ai l'honneur, etc.

Labaume aîné.

A Maderpoiselle Valdenoir, à Cluny.

Mademoiselle,

Est-ce parce que je ne suis qu'un étudiant que vous [avez laissé mes deux lettres sans réponse? Mais vous ne savez donc pas que rien ne ressemble moins à un étudiant

la PANIER FLEURI.

d'autrefois qu un étudiant d'aujourd'hui 1 II

faut vraiment que vous arriviez de la rive

droite pour être si peu au courant des choses.

Je ne demeure pas dans une mansarde,

comme les étudiants de Gavami; je ne me coiffe pas dun béret et je ne porte pas de pantalons à larges carreaux. J'habite non à l'hôtel Corneille ou à l'hôtel Lhomond, mais dans un joli petit appartement du boulevard Saint- Michel. On peut venir ^ chez moi sans se compromettre : c'est dans le même escalier qu'une couturière assez en renom. J'ai suivi en cela le conseil d'Alexandre Dumas fils qui dit quelque part : a De vingt-cinq à quarante ans, un homme intelligent doit toujours demeurer dans la maison d'une couturière ou d'un dentiste. »

J'aurai, besoin, pour mon ameublement que je suis en train de renouveler, des conseils d'une personîie de goût, comme vous devez «n être une.

Je vous attendrai demain et après-demain toute la matinée, la main sur mon cœur...

comme cela!

Plaisanterie à part, n'allez pas me faire poser.

Je suis, mademoiselle, avec, etc.

Lucien de Brillière.

CE qu'on Écrit aux actrices. i3

A la demoiselle qui fait la 2™® fourmi dans la

féerie, à la Gaîté.

Ma petite Ni ni ,

Je t'ai reconnue tout de suite, malgré ta pelure d'insecte. Vrai de vrai ! tu es rigolo tout de -même dans ce costume. C'est les amis de l'Elysée qui ouvriraient leurs châsses en te voyant comme ça. Pour ce qui est d'avoir bien fait, tu as bien fait; il faut toujours qu'on songe à sa position. Les fourmis, ça doit être un bon emploi, puisque on dit que ça amasse...

Ça n'empêche pas que je t'ai trouvée maigrie ; tu ne pourrais plus chanter comme autrefois les Oranges de mon étagère. Paraît qu'on se disloque pas mal dans ton bazar. Tu dois avoir à m'en raconter. Moi aussi.

Je t'attends après le spectacle à la brasserie de la rue Saint-Martin. Tâche d'amener le général des papillons; on ira d'une choucroute.

Ton Gustave.

A Mademoiselle Henriquez, aux Folies-.

Marigny.

Ma chère enfant,

Que vous êtes jolie, et encore jolie, et mille fois plus que jolie ! ! ! Comme vous êtes séduisante dans ce bout de rôle dont vous vous acquittez si bien! Je n'ai vu que vous dans cette sotte pièce." Je comprends que vous fassiez tourner la tête à tous les hommes, puisque vous m'avez ensorcelée, moi qui ne suis qu'une femme.

Venez donc me voir, mon bel oiseau bleu ; vous trouverez en moi une véritable amie.

Nous causerons chiffons, brimborions, diamants. Je vous montrerai tous mes bibelots.

Cest convenu, n'est-ce pas? Jy serai toujours pour vous entre deux et quatre heures.

Vous n'aurez qu'à donner votre carte à ma femme de chambre.

Comtesse de Beauval.

CE qu'on Écrit aux actrices. i5

A Mademoiselle Clématite^ aux Menus-Plaisirs.

Ah ça ! voulez- vous ou ne voulez- vous pas ?.. Voilà quinze jours que vous me promenez...

J'en ai assez, ma petite... On ne me la fait pas à moi.

Je viendrai encore ce soir, mais ce sera pour la dernière fois, je vous avertis. Oui ou non?

Mes civilités,

BOURGUALAIS.

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