‹ Panier fleuri: prose et versChapitre 69 sur 74 · QUI SE LAISSENT TOMBER · texte numérisé non relu

QUI SE LAISSENT TOMBER

Lecteur, il vous est arrivé, comme à moi, de rencontrer dans la rue quelques-uns de ces hommes aux vêtements négligés, et même plus que négligés, flétris, tachés, — les boutons de redingote à demi-sortis de leurs capsules, le pantalon moucheté d'une boue . ancienne, le chapeau rougissant, les souliers poudreux.

Ces hommes niarchent lentement, sans une apparence de but, les yeux distraits, indifférents 'aux coudoiements de la foule, en gens qui n'ont absolument rien à faire.

Malgré le délabrement de leur costume, leurs traits ont conservé quelques vestiges d'intelli-

gence, — et voilà pourquoi vous vous êtespeutèlré retournés sur leur passage.

Ces gens-là, qui • forment à Paris une tribu plus nombreuse qu on ne croit, ne sont ni des pauvres diables ni des indigents ; ce^spnt tout simplement des gens qui se laissent tomber.

Il se peut q^^ l'image soit triviale, mais elle est exacte et saisissante.

Les gens qui se laissent tomber sont ceux qui ont subi des catastrophes épouvantables, des désastres immenses et imprévus, des malheurs immérités et irréparables; qui ont vu crouler en un jour toutes leurs espérances ; qui ont vu mourir un à un les êtres qu'ils adoraient.

Ils ont été terrassés comme par un coup de foudre.

Dés lors ils ne se relèveront plus.

Ils ne tiennent pas d'ailleurs à se relever ; ils ont renoncé entièrement et définitivement a la lutte.

Et comment pourraient-ils lutter! Du jour au lendemain ils ont perdu, toute énergie , toute volonté. Ils se sont réveillés sans ressort, incapables de détermination, inertes moralement et physiquement. Ils sont vaincus.

Que leur importe la vie désormais !

Lès gens qui se laissent tomber affection"

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