UN APPARTEMENT D’ALGER. — VUE DE LA COUR DU DIVAN
Ce n’est pas seulement de la ville , du port et de la baie d’A lger que M. Langlois a voulu donner une idée exacte et complète 5 il a pensé que ce n’était pas assez de faire voir l’extérieur des édifices turcs et qu’il pouvait ajouter beaucoup à l’intérêt en reproduisant matériellement un de ces appartemens orientaux dont les meilleures descriptions ne sauraient faire assez bien connaître les dispositions et le luxe. Il introduit donc le spectateur dans une des chambres d’habitation d’une maison d’Alger , une de ces chambres longues , médiocrementJiau tes, assez étroites, où le jour a peu d’accès, non pas comme l’ont prétendu les amplificateurs des Mille et une nuits , pour que les voluptés sans cesse renaissantes et toujours diverses aient plus de poésie , plus de douceurs et de mystères^ mais pour que la chaleur y pénètre moins , pour qu’elle n’écrase pas de son poids, si lourd au milieu de la journée, le loisir nonchalant des femmes et de la plus part des hommes riches.
Cette chambre faisait partie du logement d’un riche habitant de la ville J le peintre a soigneusement rendu tous les détails de la décoration , rien n’a été omis , ni le revêtement de fayence
peinte et dorée garnissant la mui aille à hauteur d’appui , ni la tenture aux vives couleurs , aux fleurs brillantes, ni les ceintres moresques , ni les rosaces, d’un goût charmant, qui ornent le plafond et que nos élégans salons envieraient aux appartemens de la cité barbare.
Autour de la chambre règne un divan où sont des carreaux. C’est sur ce meuble que les Turcs passent la moitié de leur vie j c’est là que , les jambes pliées sous leurs cuisses, l’une d’elles au moins , ils fument , causent , roulent dans leurs doigts les grains épais deleurs chapelets, et se délectent de cerien-faire contemplatif qui n’est pas la paresse , et que nous ne pouvons pas caractériser suffisamment bien par un mot, peut-être parce que nous le comprenons trop mal.
Parmi les coussins ou carreaux qu'on voit sur le divan , trois ont appartenu au bey de Titery.
Avant de monter, arrêtons nous un peu dans ce couloir ou» vert sur une des cours intérieures. Cette cour , entourée d’une galerie supportée par des colonnes canelées ou à hélices , est celle du divan. C’est dans la travée du bas, au fond , et derrière une ballustrade que s’assemblaient les officiers du gouvernement chargés de rendre la justice. Le Dey ne présidait pa&cette cour suprême ; mais , in visible et présent , suivant une coutume que les vice-rois des régences tenaient des sultans, il assistait aux discussions et aux délibérations. Il avait une tribune masquée par des rideaux de damas où il venait entendre l’accusé et les juges j elle était placée au premier étage, dans l’angle obs-. cure de la galerie , à droite et au-dessus de la fontaine.
Toutes les colonnes, les deux les plus rapprochées de nous exceptées , sont en marbre ; elles ont été apportées d’Italie., Cette partie du palais est moderne j elle a été bâtie , dit-on , par celui des prédécesseurs d’Hussein-Dey qui, le premier, s’enferma dans la Q)uassâba j elles n’ont donc que i6 ou 17 ans^ çar Aly-Dey qui mourut de la peste dans cette demeure, six mois après s’y être reclus , n’a régné que sept ou huit mois, et Hussein a gouverné treize ans. La destinée de ces colonnes était de devenir de jeunes ruines; le dernier gouverneur français d’Al-
ger, M. le duc de Rovigo,les a engagées toutes dans un mur qui remplit les ceintres et tourne autour de la cour. Le'morticr a, pour la plug grande propreté du travail, comblé les cannelures droites ou tournàntes; tout ce qui dépassait le mur dans les rinceaux des chapiteaux a été mutilé , appîati , nivelé ! Ainsi le seul morceau d’art qui fut à la Quassâba a été détruit I
Au-dessus de la travée du divan , Hussein-Dey avait une volière. La ménagerie que les Arabes des différentes tribus soumises à sa loi entretenaient par leurs chasses dans les montagnes de l’Atlas , était dans un autre corps de logis. Derrière la volière était l’appartement des femmes ou harem.
Près de la porte, à gauche, est l’emplacement du trésor d’Alger. A midi, le trésor se fermait et l’on en apportait la clef au pacha. Le dey était seulement le dépositaire de celte clef, car il n’avait pas le droit d’ouvrir la porte du trésor; la constitution le lui défendait. Deux jours par^semaine la caisse publique n’ouvrait pas; ces jours-là, Hussein payait de ses deniers; il se faisait rembourser le lendemain. Avant Hussein-Pacha , les finances, comme presque toutes les autres parties de l’administrlion^ étaient en désordre ; il y mit une grande régularité. La responsabilité du trésor ne lui appartenait point; elle se partageait entre tous les agens du service des finances. Le dey ne pouvait pas emprunter une piastre à l’état ; mais il lui prêtait souvent des sommes considérables. Hussein avait un tel esprit d’ordre qu’il ne ce couchait jamais sans avoir réglé ses dépenses domestiques et celles du gouvernement, et sans avoir payé tout ce qu’jl devait aux fournisseurs de sa maison.
En haut du bâtiment, dans le fond, et sur l’aile droite, est une espèce de pavillon peint en rouge et en vert, avec des rideaux de mousseline; on y arrivait par une galerie garnie de pots de fleurs. C’est dans ce pavillon que le dey d’Alger recevait les étrangers ; là fut donné à l’agent cQnsulaii*e français le coup de chasse-mouches qui coûta son trône à Hussein*Dey. Il est bon , peut-être , de dire quelques mots de ce premier acte d’un drame dont le dénouement fut si fatal au vieux pacha. Nous allons l’apporter les propres paroles de Hussein, qui ont
été recueillies par nous et qui nous ont été confirmées par deux témoins dignes de foi ;
« Deval, nous dit le dey, s’était bien mis dans mon esprit. Il était adroit , insinuant ^ je ne me défiais point de lui. Il était gai et me plaisait pour cela. Je crus à la sincérité de son affection pour moi. Il devint très* familier, parce que je le traitais en ami; et j’ai su depuis par quelques>uns de mes officiers qu’on disait généralement au serai qu’une pareille intimité avec un homme de son espèce ne pouvait manquer d’avoir une mauvaise conclusion. Vers la fin du Ramadhan , Deval , que je commençais à aimer moins parce qu’il me parlait souvent mal du souverain et que je pouvais craindre qu’il ne lui parlât mal aussi de moi , Deval vint me faire la visite officielle d’usage. Je me plaignis à lui de n’avoir pas de réponse à quatre lettres écrites par moi au roi de France ; il me répondit ( le croiriez vous) ; « Le roi a bien autre chose à faire que d’écrire a un homme comme toi I » Cette réponse grossière me surprit. L’amitié ne donne pas le droit d’ être impoli. J’étais un vieillard qu’on devait respecter, et puis j’étais Dey ! Je fis observer à Deval qu’il s’oubliait étrangement. Il continua à me tenir des propos durs et méséants ; je voulus lui imposer silence, il persista. «Sortez, malheureux !» Deval ne bougea pas; il me brava en restant , et ce fut au point que , hors de moi, je lui donnai en signe de mépris de mon chasse-mouches au visage. Voici l’exacte vérité. Il existe beaucoup de témoins de cette scène qui pourront vous dire jusqu’à quel point je fus provoqué, et ce qu’il me fallut de patience pour supporter toutes les invectives de ce consul qui déshonorait ainsi le pays qu’il représentait....»
Passons au spèctâcle de la ville.
EXPLICATION nu TABLEAU.
G^èst sur une des tei^rasses de la Quassàba que se trouve main tenant le spectatéur. La vue de cette terrasse, bâtie du ceté de
J baie d’Alger, s’étend à gauche ( nord) jusqu’à l’horison de la mer ^ à droite ( sud) jusqu’aux hauteurs qui couronnent la la ville; en face ( ouest ) jusqu’à la chaine des montagnes de l’Atlas.
De cette terrasse , on descend sur d’autres qui sont garnies de canons , placés là pour la défense du palais du Dey et de la partie basse d’Alger. Ces canons , peints en vert , suivant l’usage du pays , sont en cuivre et alongés. A l’extrémité de la terrasse, du côté opposé à la baie , est une des portes qui communiquent de l’extérieur du château dans les appartemeiis du Dey.
Au-dessus de la portion du bâtiment qui est garnie de mosaïques de fayence, est la terrasse sur laquelle, après la prière et le repas , libre des devoirs journaliers du gouvernement , se promenait Hussein-Pacha , pour respirer l’air frais de la mer.
La Quassâba était la demeure d’Hussein-Dey. Il y resta pendant treize ans , et n’en sortit qu’une seule fois pendant ce long séjour, que lui imposa là prudence et non la peur. C’était par peur qu’Aly-Pacha , celui que les algériens appelèrent le fou^ parce qu’ils imputaient à folie sa cruauté, s’était enfermé dans la Quassâba , après avoir enlevé une jeune et belle fille chrétienne; il craignait que la juste indignation du peuple ne le punit de ce rapt infâme. Hussein-Pacha son successeur ne mit, entre ses gouvernés et lui, les murailles d’un château fort que poiir garantir à la régence une longue paix intérieure et ne pas laissei^^aux ambitions ardentes une victoire toujours fatale au peuple. Il évita le poignard qui avait frappé Orner -Pacha , le prédécesseur d’Aly-Dey , pour que les scènes sanglantes de l’élection du vice-roi fussent'ajournées le plüs-long-temps possible. Au reste, du haut de sa prison volontaire , Hussein-Dey gouverna les Algériens avec plus d’habileté et de douceur qu’ils ne l’avaient jamais été. Son nom est resté en vénération chez les maures et les juifs , comnie chez les turcs de la régence.
A droite, dans l’angle que forment le mur d’appui de la terrasse du dey et le rempart de la ville qui lui est perpendiculaire , s’aperçoit sur une pointe de terre un peu avancée dans la mer , un fort qui répond au feu de quelques bâtimens de
guerre ^ c’est le Fort des Anglais , une des défenses d’Alger , au nord.
Trois vaisseaux français canonnent, en passant, ce fort; ce &ont y \q Duquesne y capitaine Bazoche; le Trident y capitaine Cazy; et le BreslaWy capitaine Maillard de Liscourt. La canonnade continue sur toute la ligne des vaisseaux et frégates qui défilent devant les batteries de la ville. A la tête des bâtimens français sont la frégate la BellonCy capitaine Gallois; puis le vaisseau la Provence , qui porte à la tête de son mât de misaine ( mât vertical de l’avaot ) le pavillon de M. l’amiral Duperré ; le bâtiment qui suit le vaisseau amiral est une frégate de 6o canons , VHerminie , commandée par M. Louis Leblanc. Elle fit une manœuvre qui mérite d’être mentionnée. L’amiral avait ordonné déformer une ligne de vitesse sans avoir égard aux postes; VHerminie , qui marchait très bien , se trouva promptement au poste où on la voit là ; mais comme elle gagnait beaucoup le vaisseau la Provencey quelques efforts que fit M. Leblanc pour modérer sa marche, elle se trouva forcée, ou de passer à bâbord ( gauche ) de l’amiral , et par conséquent de demeurer abritée par lui et garantie par là du feu des forts, ou de passer à droite et de garantir un peu la Provence; c’est ce dernier parti qu’adopta le capitaine de VHerminie, Pendant le feu de l’escadre , un canon de la batterie de trente-six de la Provence éclata et blessa grièvement M. Bérard, lieutenant de vaisseau, qui commandait cette batterie.
Cette passade de l’escadre ne fut point une véritable attaque, mais une démonstration dont l’effet devait être d’attirer au bas de la ville les canonniers qui s’étaient réunis en haut, pour rér poudre au feu des batteries françaises placées devant le château de l’Empereur. Cette diversion eut un bon effet; elle appela aux forts de la Marine et autres de la côte , les artilleurs dont nous parlons , et ajouta aux chances de l’attaque principale.
En avant de la ligne de vaisseaux et frégates , se voient deux petits bâtimens, l’un ayant pavillon rouge, c’est un brig de Tunis; l’autre portant pavillon blanc, c’est le brig-goëlette la Badine qui escorte le tunisien. Le brig de Tunis arrivait à Alger au
moment de l’attaque décisive , il portait un envoyé du bey de Tunis , chargé de la part de sultan Mahmout d’engager HuS' sein-Dey à faire aux Français les réparations qui lui étaient de« mandées. La capitulation était signée quand le bâtiment mouilla dans les eaux du port. A ce sujet nous nouâ rappelons un propos du dey d’Alger : a de tous côtés, nous disait-il, j’ai été » pressé de m’accomodcr avec la France ; on m’a souvent en*- » gagé à envoyer nn ambassadeur à Paris ^ je n'ai pas voulu, et » cest moi à la fin qui y suis venu l Dieu l’a voulu ! »
Entre le vaisseau la Provence et la frégate VHerminie , un peu au large , on aperçoit une coi’vetie anglaise qui fut spectatrice de l’affaire, et se retira après la reddition de la ville. Quand nous arrivâmes à Alger, le i3 juin, nous trouvâmes un brig anglais, en panne, entre le cap Caxine et labâie deSidi-^el-Ferruc^; la présence de ces deux bâtimens prouve l’intérêt que l’Angleterre prenait à notre expédition.
Sur le revers de la montagne qui descend jusqu’à la mer , sont plusieurs édifices publics , tels que casernes , bazars , mosquées et bagnes que nous cachent les développemeus > Al’est et au nord , du château et de la ville^haute. Près de la terrasse où nous sommes s’élève un petit minaret d’une assez jolie forme j il appartient à un édifice religieux , placé tout près des murs de la Quassâba.
Entre le point où nous nous trouvons et le vaisseau la Provence , se développe sur un plan incliné une partie de la ville , amas pressé de maisons qui semblent adhérer toutes les unes aux autres, tant les rues sont étroites et sinueuses. L’uniformité des toits en terrasses et celle de la disposition extérieure des maisons a imposé au peintre une suite presque non interrompue de pa* rallèlogrâmes blancs reflétés par le ciel. Parmi les maisons, dont aucune ne mérite une désignation particulière, on remarquera cependant celle qui laissevoir une grande cour carrée, d’un ton verdâtre , elle est recouverte d’un grillagerll y en avait plusieurs à Alger dont les cours étaient ainsi grillées; elles appartenaient à de riches amateurs qui avaient par ce moyen des oiseaux libres et captifs, à la fois , dans leurs maisons.
Ea'portant les regards du !côté du port’, on reconnaît à scs dômes et à ses minarets une mosquée^ ce n^estpas la djeni qu'on a fait démolir depuis roccupation française ^ et qui s’élevait sur la grande place d’Alger ; c’est celle]que le gouverneur de la colonie a donnée au culte catholique. Si nous ne nous trompons , cette mosquée fut commencée, en 1790, par les esclaves chrétiens.
Non loin de la mosquée et à gauche, ^près de la jetée du port, se voit un petit dôme ^ c’est celui de l’hôtel de l’ancien ministre de la marine d’ Alger , où demeure maintenant le commandant français de la marine.
Le port est à côté. Il est formé par une portion d’île et un môle ou jetée , peu large et longue de plus de trois cents pas, qui joint sa terre ferme à l’îlot. C’est de cette île ( en arabe : AUDjezàir)cYOie la ville a pris son nom. Le môle date du quinzième siècle, selon quelques historiens^ avant cela, les corsaires mettaient leurs galères et leurs brigantins à l’abri de l’île où le vent les tourmentait beaucoup. La darse, telle qu’elle est, n’est pas toujours un abri sûr contre les vents du sud-est ; on a vu de nombreux navires périr dans ce port.
Sur l’île^ qui s’étend un peu au nord, sont les établissemens de la marine , et des forts prenant leurs noms de ce voisinage. Dans le port sont amarrées des canonnières , des corvettes et une frégate démâtées. Ces bâtimens sont blindés ( couverts et garnis ) avec des sacs de laine. Deux petites goélettes, mâtées,^ sont mouillées derrière la frégate. Ce sont de petits corsaires qui jouèrent un rôle parmi les appréhensions qu’on donna à l’armée par ordre du jour ils devaient venir écumer le convoi à la mer j nous ne les vîmes pas plus que ces nombreux troupeaux de chameaux qu’on nous avait dit devoir courir sur les lignes françaises, non pas tout-à-fait portant des tours et des faux comme les éléphans de Darius, mais enchaînés les uns aux autres, et exercés à se ruer sur les bataillons carrés pour les démolir. Ce spectacle curieux nous manqua.
Dans le fond du port, au bout du quai de droite, est placée,
dans une embrasure cintrée, la fameuse pièce de bronze appelée la Ce long canon est maintenant à Brest; il
battait la mer à l’extrémité du môle.
^]üne chaîne ferme le port. Jadis , aussitôt qu’un bâtiment chrétien entrait dans la darse d’Alger , la chaîne se raidissait , puis on enlevait au navire son gréement et ses voiles, afin de lui ôter la possibilité de quitter le port avant d’être visité. Cette mesure fut prise quand on se fut aperçu qu’on était parvenu plusieurs fois à emmener des esclaves chrétiens.
C’est de la batterie du môle que partirent les coups de canon tirés sur le pavillon de M. l’amiral de La Bretonnière , venu parlementer avec le Dey^ en 1829. Lorsque Hussein -Pacha entendit cette canonnade, ilaccourutsur la terrasse où nous voilà, pour voir ce que signifiait ce bruit. Quand il en eut reconnu la cause , il entra dans une grande fureur contre les officiers qui avaient agi sans ses ordres ; il commanda à Ahmet , un de ses serviteurs, de courir aux batteries pour faire cesser ce feu imprudent, et pendant le trajet de son esclave, il se frappait la tête et les cuisses, en disant à ceux qui l’entouraient : « Malheur a sur nous ! Quelle infamie ! Tirer sur un bâtiment parlemena taire ! Mais c’est de quoi faire raser des villes ! Les malheua reux , que le ciel les protège contre ma colère I » Hussein punit sévèrement le commandant des batteries, et enyoya porter des excuses à M, l’amiral de La Bretonnière. Hussein et le vieil arabe Ahmet nous ont raconté ces détails à Paris.
En face du môle, de l’autre côté de la baie, est, à l’horizon de la mer, une terre plate , avancée , d’un ton plus ferme que celles qui s’éloignent d’avantage de la côte; c’est le cap Matifou, qui commence la baie d’Alger à l’Est, comme le cap Gaxine la commence à l’Ouest. Sur ce cap, périssent, depuis quelques siècles, les ruines d’une ville plus grande qu’ Alger , qui eut de la célébrité après Carthage , ville romaine dont le nom même est presque inconnu , aujourd’hui ; Rusconia (i) , aux débris
(0 Colonia Au^usii Rusconiœj pline, Tintigania provincia] Liber Vj Cap. Il,
l'ouges, où les Français ont trouvé des morceaux de mosaïque et de poterie , où l’on trouverait peut-être , avec quelques fouilles, de curieuses révélations sur l’existence de la colonie romaine qui est tombée sous les coups des Sarrasins, et dont les vents d’Afrique ont presque entièrement dispersé la poussière.
Derrière le cap Matifou, et tout à-fait dans la vapeur , gît le capBingut, au-dessus ddquel paraît s’élever la montagne Bourbcrac. Les brigs français le Silène et V Aventure , commandés par MM. Bruat et Dassigny^ firent , au nord de Bourbérac, ce naufrage qui jeta sur le commencement de l’expédition d’Alger une teinte de profonde tristesse, et mit dans tout leur jour le courage, la résolution et le dévouement de quelques officiers de marine, et notamment ceux de M. Bruat.
Le fort de Matifou est à droite de Rusconiaj la montagne qui le domine à l’horizon se nomme Beni-Selim.
Deux batteries sont à droite du fort de Matifou j plus loin , au-dessous de la montagne dont la cime est profondément dentelée , se trouve Rassauta , espèce de caravanseraï. Un fort est presque à ses pieds.
Les montagnes couvertes de neige à leur sommet, qu'on voit à droite de Rassauta, s’appellent Djorgera; c’est le Mont-Ferratus des anciens. Sa crête la plus haute n’a pàs moins de six mille sept cent trente pieds d’élévation. La neige y reste souvent jusqu’au mois de juillet. Elles font partie de la chaîne de TAtlas. Plus près de nous est le mont Hammel^ haut d’environ trois mille deux cents pieds. Il fut, au seizième siècle, le refuge d’une partie des anciens Maures d’Espagne; leurs descendans ont conservé la tradition des belles armes ; ce sont eux qui fabriquent ces admirables fusils damasquinés et incrustés d’argent ou de fer poli, qui ne sont pas très rares chez les armuriers, depuis la prise de la Quassâba par les Français, en i83o.
L’embouchure de V A match est non loin de Hammel, et tout près de \dL Maison-Carre'ey poste militaire assez important, et le dernier de ceux que nous occupons à l’Est d’Alger.
Nous FevenoB« à k Quassâba^ et |nou5 nofiïs arrêtons à une maïson d'une riante apparence , "quoique grillée et fermée partout. C'est celle d* une des filles du dey, Lala*Aïché , pensons-nous , qui avait épousé Sidi-ïbrahim , cet aga qui servit si mal son beau-père et son souverain. Au pied de la maison est un jardin dont quelques plantes et quelques arbres se voient de cette terrasse. JL& pavillon abi’ité par des saules pleureurs est une chai'mante^^cbose à l'intérieur* c’est le plus joli appartement de la Quassâba. A coté de la demeure de Lala- Aïché, et au-dessus du mur du jardin, est un magasin à poudre blindé de sacs de laine.
Sur la hauteur qui domine la ville est le château de l'Empereur ( Sultan-Calassi ) , ainsi nommé parce qu'il fut commencé par Charles-Quini , en i54i> au*moment du siège. Les Turcs l'achevèrent.
Le grand bâtiment dont la cour ouverte à nos yeux par la perspective, .montre une jolie galerie à arcades moresques, était celui des écuries dn dey. Il fut élevé près de l'emplacement du Château-Neuf ou des Sept Cantons, ainsi appelé parce qu'il avait sept angles. Ce château fut nommé ensuite le fort de V Etoile , à cause de sa forme.
Le château de l'Empereur est représenté pendant cette vive attaque de notre artillerie, à k fin de laquelle il sauta.
Derrière le large platane quvmonte du jardin jusque sur la terrasse est une galerie conduisant du grand pavillon de droite aux appartemens dfune autre aile;, cette galerie donne sur la cour où s'assemblait le divan. Tous^ les;'niatins , Hussein-Pacha s'y promenait pour voir si chacun de ses officiers était occupé des fonctions de sa charge. Il allait quelquefois, le soir, lire ou prier dans l'espèce de petit kiosk revêtu de faïences jaune et noire, q|ji est à l’angle gauche de ce coté de la Quassâba. Au pied de cette tourelle , on remarque un cabinet décoré de jolies poteries de couleurs claires. C’était un lieu de repos pour les promenades du Dey et de sa famille dans le jardin.
Derrière la kiosk est la mosquée du Dey; elle servait à
tous les habitais du château, et Hussein-Pacha y avait une tribune où il allait souvent; car il est très pieux. Hussein s’est beaucoup occupé des choses religieuses ; il est imam, c’està-dire précepteur de la vraie foi. C’est sa piété sans faste , sincère et profonde , qui lui a donné cette résignation et cette douce égalité de caractère par lesquels il s’est acquis le respect et l’amitié de tous ceux qui , comme nous ^ l’ônt connu beaucoup pendant son séjour à Paris.