PLACE BELLECOUR
Ce nom lui vient, dit-on , de celui de Sella Curia , que ce lieu portait depuis le second siècle de l’ère chrétienne. On prétend qu’il y avait eu dans cet endroit , près du temple d’Auguste , un tribunal célèbre , appelé Curia , comme tous les tribunaux romains. La beauté du local et la splendeur de l’édifice avaient valu à cette cour la qualification de belle, Sella Curia.
Cette place fut ensuite nommée Louis-le-
Grand j sous le consulat elle reçut le nom de Buonaparte , et lorsque ce conquérant monta sur le trône elle prit naturellement le nom de Napoléon. Presque au centre de la ville , entre le Rhône et la Saône, elle forme un parallélogramme très alongé, dont les extrémités sont , dans toutes leur largeur , décorées de deux batiments parallèles et symétriques.
On voyait autrefois au centre de deux pièces de gazon fort étendues , deux fontaines 1 , exécutées dans la même forme, qui offraient chacune un bassin soutenu par un groupe de génies en bronze ; et au milieu de la place s’élevait un piédestal en marbre blanc , surmonté d’une magnifique statue équestre , en bronze, de Louis XIV, qui fut renversée en 1793, ainsi que les deux jolies fontaines qui l’accompagnaient. On démolit aussi les façades principales, et ce vaste local fut couvert de ruines pendant plusieurs années. Lorsque l’ordre est revenu en France, on a réparé les dégâts commis par les révolutionnaires, en relevant les deux grands bâtiments qui avaient été détruits. Chacun comprend cinq maisons
présentant une façade composée de trois étages. Un avant-corps occupe le centre ; huit pilastres le décorent, ils sont terminés par un fronton de forme carrée , dans le tympan duquel on doit sculpter les attributs du commerce et des arts ; une balustrade couronne l’édifice.
A la place de la statue de Louis XIV détruite pendant nos troubles civils , on vient d’en élever une autre due au ciseau de notre habile sculpteur Lemot^ qui n’a pas joui longtemps de son ouvrage : la mort l’a enlevé aux arts l’année dernière (1827). Il était né à Lyon; il a consacré à sa ville natale le dernier fruit d’un beau talent : sa statue du giand roi est un véritable chef-d’œuvre.
Coulée à Paris , elle a fait le trajet de la capitale à Lyon en douze jours; elle était conduite par vingt chevaux, et son entrée s’est faite avec appareil et au milieu d’un concours immense de spectateurs. Placée ensuite sur son piédestal , ce fut le 4 novembre 1826, jour de la fête du Roi, qu’elle fut inaugurée , découverte et livrée aux regards
du peuple. Un très beau cirque avait été élevé pour recevoir les autorités et les principaux habitants de Lyon j des médailles ont été distribuées , etc. Le piédestal est entouré d’une grille d’un très bon goût, faite d’après les dessins de M. Chenavard ; ce fut M. Guedfaldjr , architecte, qui dirigea tous les travaux , et Lyon compte un beau monument de plus.
Ce fut du balcon de la maison Henry, sur cette place , une des plus vastes de l’Europe , que le pape Pie VII donna la bénédiction à une foule immense, le 18 avril i8o5. Une inscription a été mise à cette maison pour conserver le souvenir de ce fait mémorable.
La promenade des Tilleuls qui orne cette place est fort belle •, elle est fréquentée par la bonne société, surtout en été, de midi à trois heures.
On vient de construire près de cette promenade , dans un des carrés de verdure , un fof t joli corps-de-garde en forme de tente , et l’on doit bientôt sur la même ligne élever un café de même forme.
Près de cette place se trouve la rue Belle- Cordière , ainsi nommée parce que c’était là que demeurait, au seizième siècle , Louise Labé , veuve d’un négociant en câbles et en cordes, femme alors illustre par ses attraits, son esprit, scs talents, ses galanteries et ses aventures. Sa maison était fréquentée par toutes les personnes de qualité et de mérite de Lyon. Tous les princes et les généraux qui passaient dans la ville , étaient curieux de la voir. Nous avons ses poésies imprimées ; elles sont pleines de feu, d’esprit et de délicatesse. Son dialogue en prose, intitulé Débat de Folie et d’ Amour , est une des allégories les plus ingénieuses qu’on puisse lire- Nicernc dit de cette dame «qu’elle faisait le métier de « courtisane , qu’elle voulait être payée des et faveurs qu’elle accordait ; mais qu’elle « avait des égards pour les gens de lettres, c< qu’elle recevait quelquefois gratis. Démo- « stliène, continue-l-il , eût été bien aise que et la courtisane Laïs ressemblât à celle-ci : « il n’aurait pas fait le voyage de Coriulbe et inutiletficnt. »