FABRIQUES
Lucius serait bien étonné de voir aujourd’hui sa ville descendue de la montagne dans la plaine , ses habitants , plus que décuplés , vivre libres , et chacun pour soi , sans avoir
1 Extrait du pèlerinage d’un Childe-Harold parisien.
de compte à rendre à un maître, de nombreux ouvriers remplacer des troupeaux d’esclaves , et des milliers de maisons plus belles que son palais consulaire. Mais que dirait-il, s’il entrait dans une fabrique, s’il voyait avec quelle simplicité' on opère les travaux les plus difficiles ? Il admirerait comment un tisserand produit à son insu, par le mouvement uniforme de ses pieds et de ses mains , ces couleurs variées et brillantes , ces dessins gracieux et savants qui s’incorporent dans la trame et se font simultanément avec elle. Cette variété de dessins et de couleurs est exécutée d’abord dans la combinaison des fils du métier qui correspondent aux fils de l’étoffe ; le tissu ne fait que les copier. On a réduit en mécanisme l’art de la broderie et du pinceau; et un mouvement aveugle produit les oeuvres de la plus habile intelligence.
M. Jacquard est cité comme le plus récent inventeur des métiers confe.ctionnés. Son nom aura une place illustre dans les archives de l’industrie lyonnaise. Cette industrie est
honorée de la jalousie de la Grande-Bretagne, qui en excite tant d’autres.
Il serait à désirer qu’il y eût à Lyon un monument en l’honneur de l’homme qui multiplia dans le Midi la culture de l’arbre dont les feuilles nourrissent le ver auquel cette ville doit la matière première de ses fabriques. Olivier de Serres a des droits à la reconnaissance des Lyonnais pour avoir naturalise le mûrier en France. Ce n’est pas assez que le papier consacre les souvenirs de ces bienfaiteurs de la société , ce n’est pas assez que leurs noms soient consignés dans des légendes, ce sont des espèces de saints qui devraient avoir leurs images en marbre, en bronze , et sur la toile , dans les édifices communaux , comme les saints du calendrier ont les leurs dans les églises.