PANURGE, LA SORCIÈRE, LES TRUANDS, CHŒUR DE MOINES
panurge buvant.
Le vin est frais, le vin est bon,
Mais la bouteille est sa prison,
Il faut le changer de maison,
Viens, mon petit, dans mon bedon.
(// boit. La Sorcière, accroupie, et jusqu'alors immobile, écarte ses voiles qui la faisaient ressembler à quelque borne de la place.)
LA SORCIÈRE
Malheur à l'homme qui boit seul.
PANURGE
Vieille, d'où sors-tu cet oracle ?
LA SORCIÈRE
De la Cour des Miracles.
Veux-tu connaître ton destin, Panurge, homme de bien ?
Donne-moi ta main.
PANURGE
Dis-moi où je serai demain ?
LA SORCIÈRE
Tu vas voyager loin de ta patrie, Tu verras la Barbarie.
PANURGE
La Barbarie ?
LA SORCIÈRE
La Mésopotamie, La Lybie.
PANURGE
La Lybie?
LA SORCIÈRE
La Transylvanie, Les deux Arménies, Et les trois Arabies.
Et les troi? Arabies,
Hi hi bi,
Ha ha ha.
LA SORCIÈRE
Tu parviendras enfin A Salmigondin, Capitale du pays de Satin.
PANURGB
Voire î... est-ce loin ?
LA SORCIÈRE
Aussi loin que le Paradis, En vérité, je te le dis.
CHŒUR des moines, an lointain.
Benedicamus Domino, Et in terra^et in cœlo !
PAXURGE
Benedicamus Domino Et in terra et in vino !
Oh! Oh! Voilà qui est bien.
Mais que ferai-je au pays de Satin ?
LA SORCIÈRE
Tu verras une belle princesse, Pantagruel l'épousera.
Ah, ah, ah, ah !
la sorcier::
Et aussitôt, par politesse, Gomme lui, tu te marieras.
PANURGE
Voire ! voire !
LA SORCIERE
Malheur à l'homme qui vit seul.
PANURGE
Vieille, d'où sors-tu cet oracle ?
LA SORCIÈRE
De la Cour des Miracles.
chœur des moines, au lointain.
Pater noster, Qui es in cœlis, Sanctificetur nomen tuum !
Sed libéra nos a malo,
S Amen, amen !
LA SORCIÈRE
A moi, manants, Pùbauds, truands, Paraissez, clopins-clopinants, Cagots et autres bons vivants ; Dites-lui ce qui l'attend.
[Paraissent les truands, bossus, nabots et culs-dejatte de la Cour des Miracles.)
PANURGE
Oui, que serai-je avec le temps ?