‹ PantagruelChapitre 8 sur 38 · LES TRUANDS · texte numérisé non relu

LES TRUANDS

Cocu, cocu, cocu, cocu.

PANURGE

Les oreilles me cornent !

J'entends tous les diables !

Je n'aime point les diables !

Ils nie fâchent et sont mal plaisants ! Allez-vous-en.

[Ils disparaissent.)

Allons! Allons! Panurge, à quoi donc penses-tu? N'est-il pas incongru Que moi, ton non seigneur, Je doive ici chercher mon serviteur?

PANURGE

J'étais ici fort soucieux,

Je rêvais mariage prodigieux.

Tu rêvais mariage ! 0 la grande merveille !

PANURGE

J'ai la puce à l'oreille :

0 vous, en gai savoir expert plus que personne, Et qui fîtes quinauds les docteurs de Sorbonne,

Du mariag'i je vous prie

Dites-m'en votre avis?

Si vous croyiez que mieux valût

Pour moi n'y p n.-er plus,

Je finirais au besoin

Par ne me marier point.

Point donc ne vous mariez !

PANURGE

Voire ! Mais vous savez qu'il est écrit : Vœ soli!

L'homme seul n'a jamais telle joie Qui se voit entre gens mariés...

Mariez-vous donc, «le par Dieu!

PANURGE

Voire ! Mais si ma femme me trompait.

J'aime bien les maris trompés, Et les fréquente volontiers, Mais ne le voudrais être point : Je serais bien mal en point.

Point donc ne vous mariez!

Car Senèque certifie Que ce qu'aux autres l'on fit, Quant à l'ornement du front, Les autres nous le feront.

PANURGE

Voire! Dites-vous cela sans exception?

Sans exception il est dit.

PANURGE

Voire! Mais, puisque de femmes Je ne peux me passer, N'est-ce le mieux d'épouser honnête femme,

Pour faire, à ce régime, Beaux enfants légitimes, Fils d'homme marié?

Mariez-vous donc, de par Dieu '.

PANURGE

Voire! Mais si de la sorte Ma femme plus forte Me met à la porte, Cela m'irait moins!

Point donc ne vous mariez. *

Voire! Je ne crois pas au célibat Pour être heureux.

Mariez-vous donc, de par Dieu!

PANURGE

Voire! Mais encor

C'est mon or Qu'elle prend, vous riez?

Point donc ne vous mariez.

PANURGE

Voire! Espoir, Adieu !

Mariez-vous donc, de par Dieu!

PANURGE

Voire !

Voire !

Dites-vous que le mariage A de périlleux apanages, Tout pareils à ce coquillage Que nous nommons, que nous nommons, La corne de Hammon.

La corne de Hammon?

C'est, Panurge, écoute bien, Un coquillage bigorne, A couleur d'or, et forme d'une corne.

PANURGE

Corne?

Corne de bélier, comme est la corne

PANURGE

Corne?

Corne de Jupiter Hammonien!

On dit que sont vrais et infaillibles Les songes qu'il donne :

Comme les oracles divins, Par la porte d'ivoire Entrent les songes confus, Trompeurs et incertains,

Gomme à travers l'ivoire Possible n'est rieTi voir Par la porte de corne.

PANURGE

Corne?

Corne !

Entrent les songes certains Vrais et infaillibles, Comme à travers la corne...

panurge, douloureusement.

Corne! ...

Corne — tout apparaît clairement Et distinctement.

PANURGE

Mais, mais, mais, mais, Si telle est la loi de nature, Vous encourez même aventure.

Voire. — Il faut bien mériter

D'avoir postérité, Et l'on ne doit se soucier Que de laisser un héritier!

J'affronterai ces périls vôtres, Étant homme comme les autres.

Le mal n'est si grand qu'on l'estime, Et je ne puis que prier Dieu

Qu'il me donne un fils légitime Comme en ont les gens mariés.

PANURGE

Mariez-vous donc, de par Dieu!

PANTAGRUEL et PANURGE

Marions-nous donc, de par Dieu!

chœur, au dehors.

Hourra! Hourra !

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