NÉ A CARTHAG VERS L'AN 145. — MORT VERS L'AN
lo^-Septimus-Florens TertuUianus naquit âge, vers Tan 145 ou 150 de Jésus-Christ. 11 encore enfant, son père qui était cenlans une l^on du proconsul en Afritrouva dans sa mère un guide tendre *t Doué d'une imagination ardente, d'un icile, d'une grande puissance d'élocution, : de bonne heure des succès comme avocat et professeur de rhétorique. On sait, par ses propres déclarations , qu'à cette époque il se laissa entraîner par la vivacité de son organisation africaine dans toutes les folles dissipations de la jeunesse; mais il fallait à cette imagination ardente on une lutte dangereuse pour y déployer sa force, ou un joug de fèr pour la comprimer. 11 trouva l'une et l'autre dans les idées chrétiennes. On ne sait pas précisément à quelle époque Tertnllien embrassa le christianisme. 11 l'avait longtemps combattu et stigmatisé, et il en devint un des plus ardens apôtres. Ce qu'on peut conjecturer de ses ouvrages, c'est que le spectacle
de la constance déployée par les martyrs, agit fortement sur son imagination, et que, comme il arrive d'ordinaire aux cœurs généreux, la persécution le détermina à se placer dans les rangs des persécutés. On croit que ce fut vers l'an 1S5. Tertullien se maria l'année suivante à une femme chrétienae. Il ne pouvait rester longtemps confondu parmi les soldats vulgaires de la milice chrétienne; c'était au premier rang qu'il voulait combattre et braver tous les dangers. L'ordre de prêtrise lui fut conféré vers 192. Tertullien était alors marié, mais il n'y avait aucune constitution qui défendit aux ecclésiastiques de se marier , et encore moins de conférer les ordies aux hommes précédemment mariés. Tertullien , arraché aux désordres de la Jeunesse, continua à vivre dans la r^ularité maritale avec sa femme. On a de lui deux livres qu'il lui adressa en forme de testament, et d'une date fort postérieure à sa conversion , et danr lesquels il l'engage ^ , au cas ■ Livre 1 , chap. 7
NOTICE SUR TK.RTULLIEN.
où il mourrait le premier, à observer la continence et «à faire dans la viduité ce qu'il ne lui était pas possible de faire dans le mariage.» Ces paroles sont assez claires pour ne pas avoir besoin d'explication.
Tertullien ne put rester longtemps soumis à la marche régulière et méthodique de la société chrétienne, les émotions des persécutions avaient, comme on l'a vu, ouvert son cœur aux nouvelles croyances, et dans les intervalles des persécutions , son esprit impatient cherchait encore des dangers à braver, des perfections à atteindre, des sacrifices à faire, de la gloire k acquérir. Il lui semblait que les chrétieus mettaient trop de tiédeur dans leurs prières , dans leurs paroles, dans leurs privations, dans leurs martyres. La vie était pour lui une lutte dont une mort généreuse pouvait seule lut faire gagner le prix. Le clergé italien, moins ardent que le prêtre d'Afrique, l'engagea à plus de ménagemens envers des chrétiens créés si faibles. Il s'indigna. Ils s'emportèrent à leur tour contre lui et le blâmèrent de sa facilité à se jeter hors des voies reçues, pour suivre les traces de Montanus , qui courait risque de tout corrompre en exagérant tout , et dont l'austérité voulait prescrire aux hommes une perfection qui dépassait leurs forces. Tertullien, provoqué, poussa les choses à l'extrême et se sépara publiquement d'eux en adoptant le montanisme.
«Ce que l'on peut dire de plus probable sur ce changement, dit l'auteur d'une fort bonne dissertation critique sur Tertallien et set ouvrages ' , c'est que comme la discipline de Montanus paraissait fort austère, que ses sectateurs affectaient une grande continence, qu'ils observaient de fréquent jeûnes et des dévotions outrées , qu'ils multipliaient les prières, qu'ils élevaient le martyre jusqu'à soutenir qu'il n'était permis ni d'éviter la persécution par la fuite, ni de racheter la vie à prix d'argent, Tertullien, que son génie ardent et sévère poussait k porter toutes choses dans les excès» embrassa de lui-même une discipline qui s'accordait si bien avec son humeur. Il est vraisemblable , car on n'en peut rien dire de certain , que ce M, vers Tan 199 de Jésus-Christ.»
Séparé de la principale Eglise chrétienne, il n'en montra que plus d'ardeur i défendre le christianisme et & prendre à partie chacune des sectes qui voulaient élever un drapeau indépendant. Lui-même les imiU toutefois, en se séparant de ses nouveaux amis les montanistes, et en créant une secteplusexaltéeeneore,etdont on trouvaitencore des traces en Afrique au temps de saint Augustin.
« En tète d'une nouvelle édition de l'Apologétique, tradoits p«> Giry, Amsterdam, 1701, 1 voL in-U
Les derniers ouvrages de Tertullien sont de l'année 217 ou 218, et on place sa mort vers l'an 220.
On diviiie ses ouvrages en deux classes : ceux écrits avant sa séparation de rfiglise romaine; ceux écrits après son adhésion au montanisme. Je les ai tous distribués dans la table ci-jointe , qui fera ccnnattre Fépoque présumée de leur composition, et le nom des divers traducteurs français. Son ouvrage le plus célèbre est VjépologMque. J'ai réuni tous ceux de ses traités, au nombre de vingt-trois, qui m'ont paru propres à jeter du jour sur l'histoire de l'Église chrétienne. Plusieurs de ces traités n'avaient jamais été traduits en français. M. Collet a bien voulu se charger de cette traduction. Ce n'est qu'en publiant des traités complets que l'on peut donner une idée exacte de l'histoire des hommes et de leurs idées. La crainte de grossir trop démesurément ce volume , m'a seule empêché de donner le petit nombre d'autres traités qui restaient*. Les cinq livres contre Marcion sont la partie la plus volumineuse de ce qui n'est pas publié ici.J'ai donné seulement l'extrait qu'en a fait l'abbé de Gourcy. Voici une courte analyse du traité sur VJme :
«Nous avons, dit Tertullien, disputé avec Hermogène sur l'origine de l'âme, qu'il soutenait avoir été créée par une suggestion de la matière plutôt que par le souffle de Dieu , maintenant nous examiDerons d^aatres questions, et sur beaucoup, nous entrerons en luite avec les philosophes. Socrate,méme dans sa prison , s^occupa de l'état de l'âme, mais le temps et le lieu étaient mal choisis pour cet examen. L*âme du philosophe éiait consternée ou par les apprêts de la mort, les pleurs de sa femme, presque d^à veuve, les cris de ses jeunes enfans, déjà orphelin», ou par les efforts qu'elle faisait pour demeurer calme et immobile au milieu de ces violentes secousses. Que devait chercher d*ailleurs tout homme condamné injus tement , et à plus forte raison un philoosphe , cet être qui se repaitde gloire, qu'on ne peut consoler sans Tirritcr, que devait-U chercher alors, si ce n'est du soulagement & rinjustice qui le frappait ? Aussi Socrate, eu présence de la mort, invoquant Tlmmorulité pour son ^me , présume celte vérité pour braver la vengeance d'Anytns et de lléliuis. Mais U ne. l'avait pas découverte. Qui en effet peut connaître Dieu sans connaître le Christ, le Christ sans connaître TËsprit-Saint, et TEspril-Saint sans le sacrement de la foi? Socrate était livré â un autre esprit. Dès sa jeunesse, un démon, à ce qu'on dit, lui ftit attaché c'estrà-dire un maître perfide dans ses leçons. Les chrétiens n'avaient pas encore démontré qu'une telte puissance éuit toujours mauvaise, qu'elle était l'artisan des erreurs des hommes, et l'ennemie de toute vérité. Cependant la pythie déclara Socrate leplus sage de tous les hommes. Combien alors doit être grande la sagesse de la religion chrétienne qui a renversé de son souffle
* Il en reste neuf, on les trouvera indiqués dans le Utableau aut suit cette notice.
NOTICE SDR TERTDLLIEN.
iiMite le poÊÊÊêmeeétÊ démontl C'ett cette lagetie qui repouue la dieux do ciel ,ou, pour mieux dire, les dieux du nècie, qui •'aTilirait en sacrifiant un coq i Eaculape, qui n'établit pas un noureau culte de démons, mais qui repousse Tanden, qui ne corrompt point, mais affenaît la jeunesse dans de bonnes moeurs, qui fiait dispnraitre Terreur , au nom de la vérité, non pas d'une seule viUe , mais encore de tout Tuiiivers» qui se déf oue, pour •oatenir œue même vérité , 4 tous les tourmens et à tous les supplices ; c'est cette $aQet$e et non celle des philosophes qui découvrira, en suivant les lois de Dieu, ce qu'on doit croire sur Tâme. Certes nul nepeut mieux que Dieu, qui Ta créée, eu fdin cooo^tre ta nature. Qui en effet révélera ce qu^il a formé? Commem pourra-t-on le savoir? U est plus sûr d'ignorer , parce que Dieu n'a pas révâé, que de savoir parce que l'homme a présumé. Nous ne nions point cependant que les philosophes n'aient pu quelquefois trouver la vérité. Au milieu des tempêtes qui XroobleBt le ciel et la mer, un port , par un henreux hasard, peut se montrer an pilote; et au sein des ténèbres, un aveufïle bonheur découvrir une issue. Ainsi beaucoup de vérités nous sont suggérées par notre nature ; mais quel fondement éublir sur la philosophie ? habile à construire et à détruire, et persuadant plus en disant qu'en instruisant , elle régente la nature , la plie à ses lois, et contredit celles que le Créateur lui a imposées. Bien plus , eUe a puisé beaucoup de sa science dans les livres sacrés (car l'antiquité a cru que des dieux avaient écrit des livres), et ces livres sont apocryphes. Nous devons^ à ce sujet, nous rappeler les faux prophètes et les esprits rebellesqui essayent par la ruse de leur génie de tromper les hommes; aussi faut-il n'accepter de leur enseignement que ce qui est conforme à la loi et aux prophètes. Enfin chex ces philosophes, on trouve plus de diversité que d'accord, et de grandes différences parmi les membres d'une même école. Toutefois ils émettent des ventés conformes à la Bible; et elles sont encore ft redouter, parce qu'elles j sont au service de l'erreur. Tertullien annonceqn'il dégagera chez ces phitosophes le vrai do faux, et combattra lorsque l'occasion se présentera les opinions erronées qu'il souUenoent. Les philosophes et les médecins ont beaucoup écrit sur l'âme ; partout obscurité disputes, incertitudes. L£ chrétien n'a pas besoin de beaucoup connaître à ce si]yet,car les choses certaines sont toujours peu nombreuses, et U ne lui est pas permis de chercher plus qu'il ne peut trouTer. L'apôtre défend lea questions sans bornes. Il n'est permis de trouver que ce qui est appris par Dieu, et ce qui est appris par Dieu est tout Après ce long préambule, TertuUien entre en matière et expose ses idées sur l'âme.
L'âme a été créée par le soufiBe de Dieu, et non par son cqirit; elle est matérielle et composée d'une subsunce différente du corps et particulière; elle a toutes les qualités de la matière, mais elle est immortelle; elle a une figure comme les corps; elle naît en même temps que la chair, et reçoit un caractère d'individualité qu'elle ne perd jamais. Elle est complice des fautes du corps , et oomoie telle, elle est punie. Après la mort, elle descend aux enfers où elle attend le jugement dernier.
L'âme est créée, dit Tertullien, et il combat à ce sujet ropinîOB de Platon qui la f^it exister de toute éternité. L'Ecritare tranche toute difficulté en décidant que Dieu anima l'homme de son soufBe. Un grand nombre de phiiosoipbes établissent U coiporalité de Tâmc ; c*est Hip-
parque et Heraclite avec le feu, Hippon et Thaïes avec l'eau, Empédocie et Critias avec le sang, Épicure avec ses atomes , Critias et ses péripatéticiens avec je ne sais quelle quintessence. Les platoniciens repoussent cette optaiiott. Tout corps, disent-ils, est aulmé, ou inanimé. S'il est inasimé, il est mû ou peut être mû extérieurement; s'il est animé, il est mû intérieurement. Or l'âme n'est pas nuie extérieurement, et elle n'est pas mue non plus intérieurement; donc elle n'est pas un corps, puis« qn'eUe échappe aux deux conditions qui font 1rs corps. Or on ne saurait admettre la proposition de Platon. Si les corps seuls sont mus extérieurement ; l'âme qui est mue extérieurement, qui entre en colère, qui prophétise, qui se passionne en présence des obiets extérieurs , est doue un corps.
Mais tout corps se nourrit en s'assimilant d'autres corps; c'est U une preuve de leur nature. Eh bien, l'âme se nourrit au moyen des études. Bien plus encore , Soranus démontre que sans nourriture, elle faiblit, elle languit, elle abandonne enfin le corps.
Cléanihe établit que les fils ressemblent â leurs pères non par leur extérieur seulement, mais encore par leurs qualités morales; et que Tâme se moule sur le corps.
Mais eomment les sens corporels et intellectuels remplissent-ils leurs fonctions chez l'homme ? Les qnafités des choses corporelles , comme terre , feu , eau , arbres, répondent aux sens corporels, c'est-à-dire au tact , à la vue, â l'ouïe, etc.; les qualités des choses incorporelles, comme la bonté, la méchanceté , la douceur, refondent aux sens imeUectuels.
Mais pour établir U corporalité de l'âme, nous avons assez cité les philosophes ; recourons à l'Évangile. Ce ssint livre nous montre une âme dans les enfers, dévorée par les flammes et tourmentée par Is soif; elle demande â l'âme d'un bienheureux qu'il daigne laisser tomber de son doigt une goutte d'eau. Pcnsera-t-on que le mauvais riche qui se lamente ( t le pauvre qui se réjouit ne soient qu'une parabole ? Mais ce n'e£t point une parabole ; on donne â l'un d'eux le nom de Lazare. Mais lors même que ce ne serait point la vérité, c'en serait toujours une image. Si l'âme n'avait pas un corps, en prendrait-elle l'apparence, et l'Écriture ferait -elle mention de ses membres?
L'âme a donc un corps; il est conséquent qu'eUo ait une figure, c'est-â-dire les trois dimensions matérielles. « Il est aujourd'hui une de nos sœurs, dit Tertallien , douée du pouvoir des révélations. En extase dans l'esprit, eUeles épfoure pendant les services divins; elle converse avec les anges , quelquefois avec le Seigneur ; eUe voit et entend les sacremens , connaît les cœurs de quelques hommes, et donne des remèdes à ceux qui en cnt besoin. Soit qu'on lise les Écritures, qu'on chante les psaumes , qu'on adresse des allocutions au peuple , ou qu'on accorde des deoundes, elle trouve là matière a ses visions. Par hasard je ne sa» quelle chose nous dîmes sur l'âme pendant qu'elle était dans l'esprit Le service saint célébré, et le peuple sorti... « Entre autres choses, dit-elle, une âme s'est montrée â moi oorporellement, et je voyais l'esprit revêtu entièrement d'une forme humaine, brillante, et d'une couleur d'azur {aUherii coloris). Voilà sa vision.»
Elle confirme une conséquence tirée de la corporalité de l'âme. Ainsi « lorsque Dieu eut soufflé le souffle diTie sur la face de l'homme, et que l'bonune eut été
fait en âme Ti?aiite, ce loufRe fut aimitôt |nr la fiice transmis dans rîntérieur et répandu dans toutes les parties du corps; et en même temps il se condensa sous la divine aspiration, se comprima dans les limites corporelles qu'il avait remplies comme s'il avait été jeté dans un moule... > Ainsi, dès la création , Fâme fut placée dans le corps d'Adam , afin qu'elle devint la semence de la substance et de la condition de toutes les Ames.
Quoique cette âme soit répandue dans tout le corps, elle a néanmoins un séjour principal dans la partie du corpfs où elle réside, et sans laquelle elle ne peut plus y demeurer. Cette partie ritale et sapientiale s'appelle hegemonicum. Des philosophes la nient, d'autres rétablissent; et d'après l'Ëcriiure , elle est placée dans le cœur. Dieu voit le secret des cœurs; les prophètes en devinent les mystères. Dieu dit à son peuple : «Que pensez- vous de mauvais dans tos cceurs? «David s'écrie : «0 mon Dieu ! donnez-moi un cœur pur. > Et Paul : « Cœur, croyez à la justice. » Et Jean dit : ■ Chacun est repris par son cœur.» Enfin «Celui qui désirera la femme d'autrui est déjà adultère dans son cœur. »
Ensuite, Teriullien eiamine les reproches qui ont été adressés aux cinq sens, parcourt les opinions des systèmes philosophiques à leur sujet. Platon établit leur impuissance à découvrir la vérité. C'était pour Tertullien une question importante que de réfuter cette opinion, car elle est la base de beaucoup d'hérésies. 11 arg^mente ainsi : < Les sens trompent -ils en effet? Ils sont en général fidèles; ils ne trompent que lorsqu'ils passent k travers des circonstances particulières, mais qn*on peut prévoir. Ainsi un bftton plongé dans l'eau semble se briser; mais c'est un effet physique dont l'on tient compte. Une tour carrée vue de loin paraît ronde; mais c'est un effet du trop grand éloignement, etc. Ces erreurs des sens sont facilement prévenues. On ne doit pas en conséquence repousser le témoignage des sens. >
Après cette digression , TertuUien examine si l'intellect se trouve toujours dans l'âme. En effet certains philosophes croyaient que dans l'enfance l'homme n'avait point d'intellect et qu'il lui était donné extérieurement â un âge plus avancé ; mais à peine sorti du sein de sa mère, l'enfant salue la lumière par ses vagîssemens ; il comprend qu'il est né; il fait usage de ses sens, il odore, il goûte, il voit. Use plaint d'une position incommode, et ses larmes en réclament le changement. Son esprit distingue déjà sa mère, sa nourrice , les personnes qui veillent sur lui ; il repousse le sein d'une étrangère et distingue son petit berceau. TertuUien voit dans ces indices la preuve de l'intelligence de l'enfant dès sa naissance.
Il semble que TertuUien eût du exposer ses idées sur l'origine de l'âme que d'autres faisaient descendre du ciel pour animer le corps, ou sur la conception de l'âme, que d'autres conduisaient dans le corps après l'enfantement
L'âme, sutvantlui,nedesceod pas duciel, mais elle vient du souffle de Dieu ; elle existe en même temps que la chair.
Il est des horomesaudadeux, ajoute-t-il, qui soutiennent que l'âme n'est point conçue dans l'utérus avecla formation de la chair, maisque l'accouchement opéré, elle est introduite dans le corps de l'enfant Cette opinion est partagée par les stoïciens, par OEnésidème, et par Platon, lorsqu'il dit que l'enfant reçoit l'âme avec son premier souffle et qu'elle s'enfkiit avec le dernier souffle de l'homme. TertuUien a ici un beau mouvement « O mères, 6 femmes en- «cintes, répondez. Je ne veux point interroger les hommes
NOTICE SUR TERTOLLIEN.
ni eeUes que la stérilité afflige. Cest vont, mères, qui rendrez témoignage à la vérité, qui attesterez vossoufArances. Ne sentez- vous point pendant votre grossesse des mouvemens intérieurs qui fatiguent vos flancs, grossissent votre ventre et le f»nt tressaillir? Ces mou vemens font votre joie et votre bonheur; c'est pour vous une assurance que votre enfant vit et joue dans votre sein. S'il cesse de remuer ses petits membres, vous tremblez déjà. N'écoute-t-il point en vous le bruit qui frappe vos oreille? N'éprouvezvoos point pour son compte des appétits de nourriture ou des répugnances? Il rasent le contre-coup de votre santé; il partage dans votre sein les douleurs qui vous frappent, et il annonce par ses mouvemens qu'il prend part aux injures que vous recevez. Cet enfant a donc une âme. L'Écriture en effet nous montre les enfants des saintes femmes prophétisant déjà dans le ventre de leur mère. Ésaû et Jacob se battent dans les entraUles de Rebecca.>
Mais si les âmes naissent avec le corps , il s'ensuit qu'elles ne peuvent rien «voir appris d'un état antérieur, et qu'elles ne se rappellent pas plus tard ce qu'elles ont su autrefois ; tt s'ensuit aussi qu'eUes ne peuvent avoir partagé auparavant le sort d'autres individus. TertuUien attaque à ce sujet d'abord Platon , ensuite Pythagore et Heraclite.
11 reproche à Platon , après avoir égalé l'âme à Dieu, en la faisant incréée, immortelle, étemelle, incorruptU>le, incorporelle , d'une nature indivisU)le, raisonnable, intelligente, de la rendre capable d'oubli. Si l'âme est éternelle et incréée, le temps ne mesurera point son commencement, sa durée, sa fin; mais si elle n'est pas soumise au temps, le temps n'aura aucune action sur elle; donc elle ne pourra perdre la mémoire. Mais Platon établit que cela a eu lieu par son emprisonnement dans le corps ; cet emprisonnement ne saurait rien changer à la nature de l'âme. Or on la voit apprendre et chercher à s'instruire sur les choses de l'autre monde ; c'est donc qu'elle n'en a jamais rien su.
Platon émet l'opinion que les vivans naissent des morts ; mais cette maxime est fausse; elle a été empruntée à Pythagore, à un imposteur. Ce philosophe se fit passer pour mort, et pendant sept ans se cacha dans un souterrain; là il se faisait raconter par sa mère ce qui se faisait chez ses concitoyens. Enfin il sortit de sa caverne comme s'il échappait aux enfers. Qui, après avoir cru à sa mort n'eût pas cru aussi à sa résurrection , surtout en l'entendant rapporter des faiu qu'il paraissait n'avoir ,pu apprendre que chez les morts? De là aussi cette maxime que les vivans naissent des moris. Mais Pythagore pourrait-il me persuader ses diverses transformations? qu'il a été Éphalides. Euphorbe et le pécheur Pyrrhus et Hermippas avan d'étie Pythagore? Peu importe qu'il reconnaisse le bouclier d'Euphorbe consacré à Delphes, qu'il ait dit lui appartenir et qu'U l'ait prouvé au peuple! Songez au souterrain et croyez. Si celui qui se disait Euphorbe et le prouvait par son bouclier, l'était réellement, comment ne reconnut-il aucun Troyen de ses compagnons? Comment personne autre que lui ne peut-U se rappeler les transformations éprouvées? Il est impossible de concevoir aussi qu'une même âme se soit manifestée avec des apparences si contradictoires dans l'esprit de Pyrrhus, d'Euphorbe, d'Éphalides, de Pythagore. Ces hommes étaient différens d'inclinaUon, de manières et d'état.
Si les vivans venaient des morts et les morU des vU