‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 27 sur 102 · TRAITÉ DU TÉMOIGNAGE DE L'AME · texte numérisé non relu

TRAITÉ DU TÉMOIGNAGE DE L'AME

I. Il faudrait bien du zèle, bien de la mémoire ^l de longues études, pour extraire desécrivaius profenes, des poètes, et des philosophes, tous les passages épars qui portent témoignage de la vérité chrétienne, afin de s'en servir pour terrasser nos adversaires avec leurs propres armes, et pour convaincre nos persécuteurs de ipur crrcv et de leur Iniquité. Plosieort dire»

tiens qui se sont adonnés â l'étude de randeone littérature ont déjà composé quelques petits ouvrages dans ce sens ; ils ont fouillé dans les (Nrigines des andennes traditions, ils ont discuté la sagesse des maximes païennes , et ont suffisamment démontré que potre do^rine tjfà rien de nouveau ni de dân||ereux. Mais cette litt^ atiKtqul €si conunuu I todtes les rdigtonâ,

TERTULLIEN

ne saurait nous gagner un seul suffrage, s'il nous arrive de vouloir réfuter une erreur reçue, ou admettre une vérité nouvelle. Car les gentils ont beau feuilleter et admirer leurs auteurs; tel est leur endurcissement dans rincrédulité, qu'ils cessent d'avoir confiance en eux , aussitôt qu'ils y trouvent un argument en faveur de notre croyance. Ils accusent leurs poètes de frivolités, quand ils parlent des aventures et des passions humaines de leurs dieui ; et ils taxent leurs philosophes d'ignorance, quand ils approchent du seuil de la vérité. C'est au point que Ton regardera comme sage et comme prudent celui qui aura parlé contre les chrétiens ; tandis qu'on accusera de folie et de christianisme, celui qui aura osé se montrer assez sage pour repousser avec mépris de vaines cérémonies, et pour lutter contre les erreurs du siècle. Nous ne nous occuperons donc point de la littérature profane, ni de toutes ces vaines théories du bonheur, auxquelles les hommes ne veulent croire que lorsqu'elles sont mensongères. Si quelques philosophes ont parlé d'un Dieu seul et unique, tant mieux pour eux, c'est leur affaire. Nous ne voulons pas même citer ici ce qui est écrit dans les livres des chrétiens, parce que tout le monde ne sait pas ce qui est écrit; et que ceux qui le savent pourraient ne pas y croire. Il s'en faut tant que nos livres puissent fiiire autorité dans le monde qu'on ne les lit que lorsqu'on est déjà chrétien. Je veux donc aujourd'hui appeler un nouveau témoignage plus connu que tous les livres , plus sûr que toutes les doctrines , plus répandu qu'aucune publication , plus grand qnc tout homme , puisqu'il est tout ce qui Fait l'homme. Parais donc devant notre tribunal, 6 âme! Si tu es divine et étemelle comme le disent certains philosophes, tu ne peux pas mentir. Si loin d'être divine, tu n'es pas même immortelle, eomme Épicure seul a osé le dire, tu ne dois pas mentir non plus, soit que tu descendes du ciel, ou que tu sortes de la terre; que tu sois Une combinaison de nombres ou d'atomes, que tu naisses avec le corps, ou que tu sois ajoutée ensuite , enfin de quelque part que te vienne cette mystérieuse puissance qui fait de l'homme un animal raisonnable, capable de sentir et de «mnattre. Mais en t'appelant ici, je n'évoque poim cet être pédantesque, formé dans les

écoles, exercé par ta lecture des vieux livres, et toujours prêt à vomir les maximes toutes faites de l'Académie ou du fameux Portique. Non, viens ici dans toutf la rudesse de ta simplicité primitive; jeté veux barbare et ignorante , comme te possèdent ceux qui ne possèdent que toi. Pour merépondre, quitte un instant la rue, le carrefour, ou l'atelier. J'ai besoin de ton ignorance, puisqu'on ne veut plus te croire sitôt que tu as appris quelque chose. Dis moi quelles idées tu apportes dans l'homme , soit que tu les tiennes de ta propre essence, ou que tu en sois redevable à ton auteur inconnu. Tu n'es pas chrétienne, que je sache; car bien que tu puisses le devenir, tu n'apportes pas notre foi en naissant. Eh bien! les chrétiens aiQourd'hni invoquent ton témoignage contre ceux qui, comme toi , ne sont pas chrétiens, afin que tu les Fasses rougir de nous avoir persécutés et tournés en ridicule, à cause de ces mêmes vérités qu'ils possèdent comme nous puisqu'ils te possèdent.

n. On nous en veut parce que nous prêchons un seul Dieu qui a tout fait , et qui gouverne tout. Parle donc, et dis nous ce que tu sais & ce siyet. Ce qu'on veut nous empêcher de proclamer, nous t'avons souvent entendu le dire tout haut et en toute liberté, c Ce que Dieu nous a donné» , dis-tu, ou « Si Dieu voulait.» Assurément tu attaches à ce mot « Dieu > l'idée d'un être quelconque, dont tu recevrais la puissance, et dont tu voudrais influencer la volonté. Mais en lui donnant le seul nom de Dieu , tu nies la divinité de tous ceux que tu appelles par leurs noms propres de Saturne, de Jupiter, de Mars, de Minerve, etc. Car en l'appelant seulement Dieu, tu le reconnais sans doute pour le seul Dieu, puisque tu ne parais pas craindre qu'on le confonde avec un autre ; de sorte que si tu appelles quelquefois les autres «des dieux, » tu semblés ne te servirde ce mot que conune d'une monnaie étrangère et, pour ainsi dire, d'erqprunt. La nature même de notre Dieu ne t'est point inconnue : «Tout bien vient de Dieu ; Dieu est bienfaisant, » voilà ce que tu dis à tous propos. G est comme si tu disais: «Le mal vient de l'homme; Thomme est méchant; 9 car toute proposition a nécessairement sa corrélative. Tu reconnais donc que si l'homme est méchant, c'est qu'il s'est éloigné de Dieu qui est la source du bien. Quand nous

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