PROCONSUL D'AFRIQUE
L Jamais nous n*avon8 montré de frayeur, jamais nous n^avons craint les persécutions que nous avons eu à souffrir de la part de ceux qui ne voient pas encore la lumière. Quand nous avons adopté notre religion, nous en avons accepté toutes les conditions ; et c'est après avoir fait le !rins complet sacrifice de nos vies que nous mar- :hons au combat. Nous ne désirons d'autres biens que ceux que Dieu a promis à ses fidèles ; nous ne craignons d'autres maux que ceux dont il menace ceux qui l'abandonnent. Toute votre cruauté ne sert qu'à exalter notre constance ; nous courons au devant des supplices; nous aimons mieux être condamnés par vous qu'absous par vous. Si donc nous vous envoyons cette épitre, ce n'est pas que nous craignions pour nous ni pour les nôtres; mais parce que nous craignons pour vous-mêmes et pour tous nos ennemis; car notre loi nous ordonne d'aimer aussi nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent : car c'est là la perfection de notrecharité qui nous est propre et que les autres hommes ne partagent pas avec nous. Aimer ses amis, c'est ce que font tous les hommes; mais aimer ses ennemis, c'est ce que font les chrétiens seuls. Or comme nous gémissons sur votre ignorance, et quenousavonscompassiondeserreurshumaines, nous qui prévoyons Tavenir et qui étudions les signesqui l'annoncent chaque jour plus menaçant pour vous, nous avons été obligés de prendre ce moyen de vous avertir de bien des dioses que vous ne voulez pas que l'on vous dise en face.
n. Noos adorons un seul Dieu. Ce Dieu est oelui que la nature vous a tous appris à connaître, celui dont le tonnerre vous effraie, et dont les bienfiiits vous réjouissent. Quant aux autres êtres, que vous appelez aussi des dieux, nous savons que ce ne sont que des démons. Cependant il est de droit naturel et de droit commun que chacun adore qui bon lui semble : la reli-
gion d'un homme n'est ni utfle ni nuisible à on autre homme. Mais il n'appartient pas à une re* ligion de faue violence à une autre. Une religion doit être embrassée par conviction et non par force; car les offrandes à la divinité exigent le consentement du coeur. Ainsi, quand même voua nous ftorceriez de sacrifier dans vos temples, vous n'auriez par là rien gagné pour vos dieux , qui ne doivent pas accepter de sacrifices faits i contre-cœur, à moins que ce ne soit par pur esprit de contradiction , sentiment puéril qu'assurément vous ne voudrez pas attribuer à vos dieux. Le vrai Dieu accordei^lement ses bienfaits à ses serviteurs et à ceux qui le blasphèment. Cest au jour du jugement qu'il distinguera les ingrats d'avec ceux qui se seront montrés reoonnaissans. Vous nous appelez sacrilèges , et jamais vous n'avez même pu trouver un simple voleur parmi nous. Voyez quels sont ceux qui cherchent à s'enrichir desdépouilles de vos temples; ce sont ceux qui jurent par vos dieux et qui les adorent : voilà ceux que vous devez appelôr sacril^^; ce ne sont pas des chrétiens. Il serait trop long de vousrappder en combien de manières les adorateurs de vos dieux les msultent et les tournent ea dértsioo.Onnousaccuseaus$idenepas respecter la n^jestéde Fempereur^et pourtantvous n'avez jamais trouvé parmi nous de Gassius , ni d'Albianus, ni de Nigrianus. Ce sont ceux qui la veille encore juraient par le génie de César, qui Tout immolé à leur intérêt ou à leursureté;et les plus grands ennemis des chrétiens seront en même temps trouvés être les plus grands ennemis d« l'empereur. Le chrétien n'est l'ennemi de personne; etde l'empereur moins que de tout autre, puisqu'il sait que l'empereur a étéétabli par Dieu, et qu'il doit l'aimer, le respecter, l'honorer et prier pour son salut et pour celui de l'empire tant que le mondeexistera. Nous honorons donc Fempereur, comme il nous est permis de l'iM>-
TBRTDLLIEN.
Dorer, et comme il doit vouloir être honoré lui-même. Nous le regardons comme un homme déposilaire d*une partie de la puissance de Dieu, qui a éié établi par Dieu, et qui n*est inférieur qu'à Dieu. L'empereur approuvera un tel hommage; car en le faisant inférieur à Dieu seul, nous le mettons au-des-^us de tous les hommes et même au-dessus de tous vos dieux qui sont en sa puissance. Nous offrons aussi un sacrifice pour la conservation de Tempereur ; mais c'est à noire Dieu et au sien que nous Toffrons, et ce sacrifice est celui delà prière, ainsi que Dieu nous Ta ordonné Le Créateur de Tunlvers n*a pas besoin de la graisse et du sang des victimes; cela est bon pour engraisser les démons. Quant mil démons, non seulement nous les rejetons loin de DouSt mais nous les combattons, nous les poursuivons, nous les chassons du corps des hommes, ainsi que presque tout le monde lé sait. Noos ne pouvons mieux prier pour IVm pereur qu^en nous adressant au seul Dieu qui puisse prolonger ses jours. Vous devriez d'ailleurs être bien convaincus que nous agissons en tièrement sous Tinfluence de cette patience di-* vine que notre loi nous commande, et que vous n'avez rien à craindre de nous. Nous sommes presque en majorité dans Tempire, cependant tel est notre silence, telle est notre réserve, que vous ne nous connaissez qu'individuellement; jamais vous n'avez eu à craindre nos rasaemblemens. On ne nous reconnaît des autres citoyens que parce que nous nous sommes corrigés de nos anciens vices. Loin de nous d'ail* leurs toute idée de nous révolter contre des souffiranoes que nous désirons, ou de vouloir nous venger contre vous des persécutions que nous savons venir du del et que nous regardons comme des ftiveurs.
ID. Néanmoins nous gémissons, ainsi que je Tai dit plus haut , parce qu'aucune cité lie peut impunément verser â flots le sangchrétien. Dans lé tempsdu jugeHitaranus, le peuple se précipita dans nos cimetières eu criant :< point d'aires pour lès sépultures des chrétiens!» mais ils en furent bien punies, les aires de leurs granges leur devinrent inutiles, car des torrens de pluies détruisirent toutes leurs moissons. Qui ne vit dans i^ mauvaise saison de Tannée passée la menace d'un nouveau cataclysme en punition de l'iniquité et de l'incrédulité du siècle? Que signi-
fient ces feux que Ton a vus voltiger sur les murs de Garthage?et ces affreux tonnerres qni ont ébranlé la ville? Que ceux là le disent qni les ont vus et entendus. Tous ces météores sont des indices de la colère de Dieu qui menace , et nous devons élever notre faible Toix pour l'annoncer, la prêcher et la détourner par nos prières. Cependant ce nouveau déluge ne sera que partiel. Quant à la destruction universelle du monde, le temps viendra où ceux qui ne veulent pas croire seront bien forcés de croire, après avoir méprisé tous ces avertiasemens. Lors delà réunion du sénat d'Utiqoe, la lumière du soleil s'obscurcit d' une manière effrayante ; il était impossible que ce terrible phénomène pût être attribué à une édipse ordinaire vu que le soleil étaitalorsàsonapogée^Demandez plutôt à vos astrol<^ues. Nous pourrions aussi vous citer des gouverneurs qui à l'heure de la mort se sont repentis d'avoir persécuté les chrétiens. Vigeltius Saturninns, le premier qui ait tiré contre nous l'épée de la peraécuiioo, perdit la vue. Claudius L<udus Henniotanus, en Capadoce, irrité de ce que sa fenime s*était hit chrétienne, tourmenta et persécuta les chré* tiens. Seul dans son prétoire il Ait attaqué de la peste et les vers pullulaient sur aoneorp». c Qu'on n^en di^ie rien, disait-Il, de ci tinte que les chrétiens ne s*en r^ouiasent.» Il reconnut ensuite son erreur, et confessa que les suppliées n'avaient hdt qu^augmenter le nombre des Adèles. Enfin il mourut presque chrétien luimême. Cacilius Capella disait, en quittant Byzance : « les chrétiens vont être bien contens. «Mais ceux qui s'imaginent avoir persécuté impunément, sauront à quoi s'en tenir au jour du jugement. Quant à toi, Scapula, nous désirons sincèrement qu'une seule leçon ta sufllse; rappelle toi donc oe qui arriva lorsque Ui condamnas Adrymeticus Mavillus à être Jeté aux bêtes, et comment ta persécntiott fut interrompne.
IV. Nous ne cherchons pas à f épouvanter; car nous ne te craignons pas : mais nous voudrions que tout le monde fût sauvé; c'est {MWirquoi nous t'avertissons f^^^ àto^w, de ne pas lutter contre Dieu. Tu peux ^acquitter des de-
^ Cette éclipse arrira en Tan 210. GeUe épttre à Sca* puta a été écrite, selon toute vraiieiSbliiice, en 117.
A 8CAFULA.
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^NAra de It <fli8f(||6 étns oiriMiéf Mtx it rhonnntté, car te glaive est auMî aujipenda rar vos tètes. Qo*est-ee que la loi exige de toiP Que lu condainDea les coupables quand ils avouent, et que tu les ftielles è la torture quand ib nient leurs crimes. Tu vois donc bien que e>st agir eontre la loi que de torturer ceux qui avouent pour les forcer de nier. Vous reconnaissez donc que nous sommes innocens puisque vous ne voulez pas nous condamner sur notre aveu? En voulant nous exterminer, vous fiiites âonc la guerre à Tinnocence. Que de gouverneurs d'ail* leurssévères et même cruels ont essayé d'étoufFer ces iniques procédures! Par exemple Cincius Sévérus , qui enseigna lui-même à lliister comment les chrétiens devraient répondre pour être renvoyés absous; Vespronius Gaudklus, qui aflFecta de ne regarder un dirétien que commme un homme trop remuant; et se contenta de lui faire fiiire amende honorable aux citoyens; Asper, qui après avoir interrogé un peu rtidement un chrétien, le renvoya aussîtAt sans le forcer de sacrifiée aux die«x. n avait dit auparavtnt aux avocats et aux assesseurs qnll était désoli d*at(Mr I juger une telle nlhkt. Pndens eut même Padresse de glisser dans Pacte d*aceusation eontre un chrétien qu'on lui amenait, on eheF d'accusation de concussion et d'exaction; et comme ilne se trouvait pomt de témoins pour lesootenir, il déclare que, sekmbloi, il ne pouvait pas continuer les débats. Ces foits pomraienttesnggérerdans quelesprtt tu devrais agir, tuauraismêmepoortoiiesavocats,qui malgré leurs criailleries, fovorisent les chrétiens qui leur sont souvent fort utiles. Un certain notaire, que le démon allait poosse^ à se jeter dans un précipice, fat exorcisé par son dîeoC qui était dirétien. Qui de vous n*a, soit un parent, soit on enfant , soit on ami de la première distinctiott (car je ne parle pas do peuple ) qui n'ait été pa^ ^e$ chrétiens délivré des démons ou des maladies? Sévérus loi-même , père d*Ântoninus, eut lien de se souvenir des clirétiens. Il fit venir un certain Procnlos, surnommé Torpacion , intendant d'Eohodée, qui Pavait guéri d'une maladie avec Phuile sainte; et il le fit nourrir et loger dans son propre palais jusqu'à sa mort. Or Antaninos savait fort bien que Procuins avait sucé le lait de là morale chrétienne. Sévérus, qui con- : beancoop de ehevÉliers et de dames qui
étaient de notre séete , Mn de les tourmenter, porU témoignagne en leur faveur et sut rêsii* ter à la fureur du peuple farité contre nous. Pendant Pexpédition que Marc-Aurèle fit en Germanie, les prières des soldats chrétietisobtinrenC du ciel une ploie abondante lorsqueParmée man> qoait d*eau. Les pfns grandes sécheresses, on le sait, ont toojonra cédé I nos jeAnes et à nos prières. Alon le peuple chante les louanges do Dieu des dieux, le seul puissant ; et sous le nom de Jupiter, c'est à notre Dieu qu'il rend homage. Veuillez encore observer qu'un chrétien ne renie jamais on dépôt; qu'il ne commet point d'adultère; qu'il protège paternellement les orphelins ; qu'il nourrit les indigens, et qu'il ne rend jamais le mal pour le mal De quoi et pourquoi nous aocuse-t-on doncP On nous iîit un crime de notre croyance. Mais qui a jamais pu prouver que cette croyance fût un principe dlnceste et de crime ? (Test à cause de notre innocence, de notre probité, de notre justice, de notre pureté de roteun, de notre bonne fM, c'est I cause du Dieu vivant enfin que l'on noua Ait périr dans les flammes. Ni les sacrilèges, ni les enneinisde PÉtat , ni eenx qui sont conpt- Mes de lêse-najeaté no sont exposés à de teb supplieea. D y a maintenant on préfet de l^pon et on gouverneur de Manritanie qui peraéentent les chrétiens; maié eux du moifis le font avec Pépée senlement, ainsi qu'il a été ordonné dès It commencement. Mois de plus grands combats noos mériteront de ptaa grandes récompenses. V. Votre crvaoté fSrtc notre, tflmrt. Prenes garde seulement qn'l force de aupplicea, vous ne noos fessiez lever en masse, non pour vous assaillir, mais pour voifs prouver seulement que loindecraiodre votre tyrannie, noos Piovoqoons. Lorsque Arrius AMomuspersécntait lesehfétiens d'Asie, tous ceut de sa pravince se réoniMit et se portèreM devant son tribunal. Il en fit emprisonner queiquea-mis,et dit aux antres: t Insensés ! si vous VMlez mourir, n'y a-t-il pas assez de cordes et de précipices?» h ^tXot,
it SJXi^ iiredimneifv, «^vouc 4 Pf^«K ifr%. Si
nous alliofts en hire autant , que ferais-tu de tant de milliers d'hommes et de femmes de tout i^ et de tont rang? Qne de bâchera , que d'épées ne te feudrait-il pas? Quelles seront les sonfFhineea de cette Cartilage que tu veux décimer, quand tes MdM eoMMaoes ne trouve-
TERTULLIEN
ront 6008 le tranchant de lenrs glaives qoe des amis on des parents? Qaand ils y trouveront des chevaliers et des dames romaines, nobles comme toi , et peut-être tes plus proches parens et tes amis les plus intimes P Abstiens-toi donc, pour toi-même si ce n*est pour nous , pour Garthage si ce n'est pour toi; épargne cette malheureuse province que la manifestation de tes intentions a déjà mise en butte aux concussions d*une avide soldatesque et de tous ses ennemis. Nous n'avons d'autre maître souverain que Dieu.
Celui-là est an-dessus de toi ; il ne peut ni ne veut se cacher; et tu ne peux rien contre ha. Ceux que tu r^rdes comme tes maîtres sont des hommes comme toi , et mourront comme toi. Mais notre religion ne défoudra jamais; et, tu le sais bien , die n'est jamai&plus florissante qu'au milieu des persécutions. Car, bien des hommes frappés de notre courageuse constance, se prennent à s'enquérir de la cause d'une si admirable patience, et sitôt qu'ils connaissent la vérité , Us sont des nôtres et marchent dans nos voies.
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EXHORTATION A LA CHASTETE
L Je ne doute pas , mon frère , que depuis la mort de ton épouse, tu naies pensé sérieusement à acquérir cette paix de l'Ame que tu n'obtiendras qu'en restant désormais veuf. Réfléchis-y bien. Mais quoique sur ce sujet chacun doit s'appuyer sur la confiance qu'il se sent en lui-même , et consulter ses propres forces , comme les exigences de la chair interviennent dans les délibérations de Tesprit et résistent à la foi , celle-ci a besoin des conseils d'un autre qui lui serve comme d'avocat contre la chair. Car la chair peut être vaincue par l'esprit , si celui-ci. s'applique à suivre la volonté de Dieu plutôt que sa propre faiblesse. On ne sera point glorifié par une audacieuse complaisance pour la chair;on ne peut Têtre que par l'obéissance à la volonté. cLa volonté de Dieu est notre sancliAcation.» Car il veut que celui qu'il a fait à sou image «devienne tout-à-fait semblable à lui et que nous soyons saints comme il est saint. » Il a établi plusieurs degrés de sanctification, afin que nous puissions tous y prendre part. Le premier degré est celui de la virginité conservée depuis la naissance. La seconde virginité après le baptême, est celle qui nous purifie dans l'état du mariage par une séparation volontaire entre époux, ou qui conserve notre chasteté en nous faisant persévérer dans le célibat. Enfin, le troisième degré est celui de la
mmogamie, qui nous fait renoncer an sexe eprèe la mort de notre première épouse. Le premier bonheur, la première virginité est de ne pas connaître ce que plus tard peut-être on regrettera d'avoir connu. Le second degré est de mépriser ce que Ton ne connaît que trop bien. La dernière espèce est encore digne de qudqae louange, puisque la modération compte parmi les vertus. C'est être modéré que de ne pas regretter ce qui nous a été enlevé , et surtout enlevé par Notre-Seigneur Dieu sans la volonté duquel une feuille ne saurait se détacher de son arbre, «ni le plus petit passereau tomber à terre.»
IL N'est-ce pas là en effet le langage de le modestie et de la modération : «Dieu me Ta donné. Dieu me l'a ôté;» qu'il soit fait suivant sa volonté. Si au contraire nous convolons à de nouvelles noces , nous agissons contre la volonté de Dieu , en voulant avoir une seconde fois ce qu'il nous a ôté ; car, s'il avait voulu que nous conlinuassion dans le mariage , il nous aurait laissé notre première femme ; à moins que noos ne prétendions que Dieu veuille de nouveau ce qu'il avait cessé de vouloir. Une fbi sincère et bien fondée ne doit point ainsi tout rapporter indistinctement à la volonté divine. Chacno cherche ainsi à se flatter en disant que rien ne peut se faire sans sa volonté, comme s'il n*jr
EXHORTATION A LA CHASTETÉ
avait pas aossi une volonté en dous. Ce serait en vérité une excuse fort commode pour tous nos pédiés I si nous prétendions qu'ils ne peuvent se faire sans la volonté de Dieu. Gela serait détruire toute loi, toute discipline; je dis même que ce serait détruire Dieu lui-même que de dire qaUl fiât par sa propre volonté des choses qu'il ne veut pas. Gomment en effet pourrait-il défendre, sous peine du feu étemel , des choses qu'il veut? Assurément, lorsqu'il défend une chose, c'est que cette chose l'offense et qu'il ne veut pas qu'elle se fasse. De même aussi il ordonne ce qu'il veut, et quand nous l'accomplissons, Il nous accueille et nous récompense en nous donnant la vie étemelle. Lors donc que nous avons appris ce qu'il veut, et ce qu'il ne vent pas, nous avons la liberté de vouloir l'un on l'autre, ainsi qu'il est écrit: «Voilà, j'ai placé devant toi le bien et le mal. Tu as goûté le fruit de l'aii>re de la science. » Nous ne devons donc pas rapportera la volonté de Dieu ce qui est laissé à notre libre arbitre; car il veut que nous soyons bons , lui qui ne peut vouloir le mal ; et c'est notre propre volonté qui veut, quand nous voulons le mal contre la volonté de Dieu qui ne veut que le bien. Je dis que cette volonté est en nous-mêmes, car il faut bien que nous ressemblions à notre premier père. Or Adam , le premier des hommes et des pécheurs, a voulu , puisqu'il a péché. En effet , le diable ne lui a pas imposé la volonté de pécher, il lui en a seulement fourni le sujet. La volonté de Dieu était qu'Adam lui obéit librement. Il en est de même de toi. Dieu t'a donné un libre arbitre, cVst-à^dire la liberté de vouloir; puis il te laisse fairemêmece qui lui déplatt; si tu lui désobéis, tu deviens Tesdave du démon qui t'a vaincu. Le diable veut que tu veuilles ce que Dieu ne veut pas; mais il ne peut pas faire que tu le veuilles, puisqu'il ne put forcer les premiers mortels à vouloir malgré eux ce qui était mal. S'ils consentirent, ce ne fui point non plus par ignorance , ils connaissaient bien la volonté de Dieu, qui ne voulait pas assurément qu'on fit ce qu'il avait défendu sous peine de mort. Tout ce que peut le démon, c'est de modifier la volonté qui est en toi. Sitôt que tu lui cèdes, tu deviens son siget, non qu'il ait mis en toi une volonté, mais parce qu'il s'est emparé de la volonté qui est en loL Donc nous sommes libres de vouloir ou de
ne pas vouloir; et c'est à l'âme de montrer, i la face de son Dieu , si sa volonté s'accorde avec la sienne.
III. Je soutiensdonc qu'il fautétudieravecsoin quelle est la volonté de Dieu ; et non-seulement sa volonté manifestée que nous connaissons tous, mais encore sa volonté secrète. Gar il y a des choses qui au premier abord paraissent s'accorder avec la volonté de Dieu , parce qu'il les permet; mais ce qui n'est que permis n'indique pas suffisamment la volonté de celui qui permet. Une permission lient à l'indulgence et non à la volonté. Sans doute la permission ne se donne pas sans la participation de la volonté , mais c'est une volonté influencée par une cause particulière qui la force, pour ainsi dire , de permettre ce qu'elle ne recommanderait pas. Ëtudiezdonc la volonté divine en elle-même , et étudiez les causes qui ont pu la faire dévier en telle ou telle circonstance. Ge que Dieu veut, ce n'est pas ce que son indulgence nous permet; c'est ce que sa loi nous ordonne. S'il permet quelque chose, il indique par cela même qu'il en préfère une autre ; or n'est-il pas évident que nous devons faire ce qu'il préftre plutôt que ce qu'il permet? En nous montrant ce qu'il aime mieux, nenous dtssuade-t-il pas de ce qu'il aime moins? En nous faisant connaître ce qu'il permet et ce qu'il préfère, ne t'engage-t-il pas à suivre la voie que tu dois préférer pour lui ressembler? Donc puisqu'il t*a clairement indiqué ce qu'il aime mieux et ce qu'il aime moins, si tu ne fais pas ce qu'il préfère, tu agis contre sa volonté et tu l'offenses, ce qui n'est pas le moyen d'être sanctifié ; car en faisant ce qu'il permet, et en rejetant ce qu'il veut, tu pèches en partie et tu ne seras pas de ses élus. Or, ne point vouloir être sanctifié, c'est pécher. Si donc un second mariage n'est autorisé que par cette volonté divine qui est influencée et comme forcée par l'indulgence , nous disons que ce n'est point là une volonté pure , puisqu'elle a cédé à une cause qui recommandait l'indulgence. Or à ce second mariage est préférée la continence, et il est évident qu'une chose meilleure ne peut pas être préférée à une chose meilleure. J'ai posé ces prémisses, pour parler maintenant avec l'apôtre. On ne me taxera pas d'impiété si je dis que lui-même nous a appris à préférer la continence. Je ferai d'abord observer que toute cette indulgence
TERTULLIBN.
qu'il moolre pour let •eeQD4s mtriâges Tient de la raison humaine et non de Tesprit saint dont il n'est pas inspiré au moment où il écrit ce passage. Gir quaiid il a dit aux veu& de se remarier s'ils ne peuvent garder la continence ^ parce qu'il vaut mieux se remarier que de brûler, il prend aussitôt un autre sujet et igoute : «Quant aux hommes mariés, je leur annonce, non pas moi, mais le Seigneur, que, etc.» Il indique suffisamment que plus haut il parlait d'après lui-même et au nom du Seigneur, quand il disait : « U vaut mieux se marier que de brûler. > Cette parole regarde eeux qui sont déjà mariés et eeux qui voudraient Tèlre. Examinons cependant un peu quel est oe prétendu bien qui n^est bien que parce quil est meilleur qu'un terrible châtiment, et qui ne peut paraître bon que luntqu'on le compare i ce qu'il y a de pire. Car h mariage n'est bon que parce que le feu est pire. Or je dis qu'on ne doit appeler bon que ce «iui mérite cette épithète sans qu'il soit néi*essa*re de la justifier, par une comparaison, liuin l'être comparé à quelque chose de mauvais, le Irài ne doit pu même se comparer au bien, qui ne ferait que dimiftuef son édat, sans cependant le hire cesser d'être bon. Mais si une ebose n'est déclarée bonne que par une eomparaison avec une mauvaise, jesoutiensqu'eUe n'est fu'un mal moindre qui parait bon à o6té d'un mal plus grand. Car peut-OD retrancher le terme de la «comparaison et dtresettlement:«ll vaut mieux se marier, » sans dire à quoi le mariage est préféra- MePPuisque l'on ne peut pasdiresimplementf le mariage est meilleur,» on ne doit pas non plus éire : «le mariage est bon,» en supprimant la ébose la plus mauvaise qui a iiil paraître le mariage bon on meilleur par comparaison seulement. Lors donc que Ton dit : «Il vaut mieux se marier que de brûler,» c'est comme si l'on disait : «il yaut mieux èire borgne qu'aveugle.» Certes, à part la comparaison, on ne pourrait pas dire : • Il est meilleur ou il est bon d'être borgne.» Qu'on oe s'autorise donc pas sur ce texte ,qni ne regarde d'ailleurs que ceux qui sont mariés et ceux qui sont encore célibataires ; et encore ceux-ci devraient bien fûre attention à €« qui rend le mariage meillettr.
IV* Nous savons bien que le même apôtre a «lit sur le seœnd mariage : « Si tu as perdu ta limme, l'ea cbercht pas «ne autire; si néan-
moins ta en as pris mie seconde, t« ne Ta* bandonneras pas; tu t'es remarié, tu n^es pas en faute.» Mais dans œ passage, c'est encore lui qui iMirle, et non l'esprit qui parle par sa bouche ; car il y a bien de la différence entre le précepte de Dieu et le conseil d'un homme. «Je n'ai pas, dit-il, le précepte de Dieu; mais je donne un couseiL » Cest qu'en effet ni dans Vtr vangile ni dans les épttres mêmes de Paul, on ne trouve le précepte d'abandonner sa femme. D'où il faut conclurequece qui n'a jamaisété permis par le Seigneur doit être regardé comme défendu. Néanmoins après ce conseil qu'il semble avoir donné comme par distraction , il se reprend anssitût et qoute : « Mais ceax-là seront opprimés selon la chair.» Tout en leur pardonnant, il dit que la fin des temps approdie, el «qne ceux qui sont mariés devraient agir comme s'ils ne Tétaient pas.» En disant ainsi «qu'H est à propos de ne pas se marier,» Il dissuade de ce quil avait permis plus haut; et œla en parlant même du premier mariage; à |Aus fbrte raison du second. Et lorsqu'il nous exhorte à solTre son exemple , il nous indique daireraent ce qn'i désire que nous fassions « et ce dont il veut que nous nous abstenions. Ce qu*il ne veut pas, il ne le permet ni volontairement ni sdon la vérité ; car s'il le voulait . il ne le permettrait pas, il le commanderait. Mais voici ce qu'il dit plus loin : «Une femme après la mort de son mari, peut se remarier, si elle le veut, mais seulement dans le Seigneur. Mais elle sera pins heoreuse si die persévère suivant mon conseil ; car je pense et l'esprit de DIen est en dmm.» Nous voyons donc là deux avis difKrens, i un par lequel il permet de se remarier , et Taoïre par kqttd il recommande la eontinenee. Lequd hutH croire, dire>-vous? Regarder et lisez. Quand il permet , il n'émet que l'avis d'un homme prudent ; mais quand il défend , il le dit lui-même sous l'inspirai ion de l'Esprît-Saint. Suivez donc, de ces deux avis, celui qui est divin, il y a des fidèles qui ont aussi en eux Tesprit de Dieu , mais tous les fidèles ne sont pas des apôtres. Après avoir dit «qu il est fidèle,» il lyoute «que l'esprit de Dieu est en lui, » ce dont on ne pouvait douter, puisqu'il était fidèle ; mais il ajoute cela pour reprendre sa dignité et son autorité d*ap6tre. Parce que l'esprit était pins particnUèrement le don des apôtres qni le ms«
EXHORTATION A LA CHASTETÉ
Mt
■itauittit par leurs prophéties, leurs miracles et leurs prédications, ils le possédaient donc à «1 plus haut degré qoe les autres fidèles. U s'est doDC partîcalièrement appuyé sur Tantorité du SaiiU*Esprit pour nous commander ce qu'il pré* ftre que nous fassions; et à cause de la majesté de l*&prit«Saint, ce D*est plus un conseil , c'est un précepte.
V. Je Tais parler maintenant de la loi du nariage en elle-même. L'origine du genre bumain l*a sanctionnée, en montrant ce que Dieu a établi dès le eommeneenoent pour servir de règle à tonte la postérité d'Adam. Quand Dieu eut Mt l'homme, il trouva bon de lui donner une compagne. D'une de ses cAtes, il lui fit une femme. Or comme assurément la matière ne manquait pas, puisqne Adam avait plus d'une côte, et que d'ailleurs les mains de Dieu étaient infiitigables, il aurait bien pu lui fiiire plusieurs femmes s'H eût voulu; mais il ne le fit pas; et Adam fils de Dieu , et tve fille de Dieu « se ma* rièKDt et dorent se suffire l'un â l'autre. Ils ont ainsi établi la loi da mariage. «Us seront deox dans «e chair,» dit Dieu. Donc ils ne seront ni trois* ni quatre. Or on sera une chair, et deux dans une chair, si l'on se marie nne fèis; mais si ob renouvelle cette union deox fWsoo plus souvent, ta chair cessera d*ètre une, et l'on sera trois on davantage dans une chair. Une antre considération , c'est qoe l'apôtre a faiterprêté ce passage : « ils seront deox dans nne seule chair; »et qu'il l'a appliqué à l'union du Christ avec son Église. Or le Christ est un, et son Église est nne. Nous devons voir dans cette explication on nouveau motif de nous en tenir à un seul mariage, puisque notre père Adam n'a contracté qu'nne nnion selon h chair, et que le Christ n'en a contracté qo'one selon l'esprit. La monogamie a présidé à notre renaissance spiritaelle comme à notre naissance chamelle. Qui* eonqoe sort de te monogamie dégénère des deox naaoiireB. Le premier polygaitie fut un homme maudit. Ce fut Lamech qui en épousant deux femmes fit trois êtres en nne seule chair.
VI. «Mais, dira*t-on, les bienheureux {latrîarebes non- seulement eurent plusieurs femmes, mais ils prirent même encore des concubines. 11 doit donc aussi nous être permis de nous marier ploa d'une fois. «Ohl oui sans doute, s'il doit venir encore entre Dieu et son peuple quelque
nouvelle alliance dont ces mariages puissent être ta figure; oui, si nous sommes encore sous l'ancienne loi qui disait : «Croisses et multipliei;» oui, si une nouvelle révélation n*est pas venue nous dire : «La fin des temps approche, arrêtez-vous, et que ceux qui ont des femmes agissent comme s'ils n'en avaient pas. » En recommandant la continence , et en mettant on frein à la multiplicité des mariages qui tendait à peupler le monde , il est évident qoe l'Évangile a aboli l'ancienne loi qui disait : «Groisseï et multipliez.» Et pourtant ces deux lois en apparence contradictoires, émanent du même Dieu qui voulut d'abord que l'espèce humaine s'accr&t,etqui dans ce but lui lâcha les rênes, jusqn A ce que le monde fût rempli et que l'espèce humaine fût assez nombreuse pour devenir le sujet d'une nouvelle discipline. Maintenant donc que nous approchons de la fin des temps , Dieu a rappelé la permission qu'il avait donnée; il a donc eu raison de permettre dans les commencemens ee quil a eu raison de restreindre depuis. Il en est toiyours ainsi ; les commencemens sont plus relâchés , et ta fin plus serrée. Dieu a iiit comme celui qui plante une ferét d'arbres avec l'intention de l'abattre en son temps. L'ancienne loi avait pour but ta plantation de cette ftirél à laquelle le noavel Évangita « a mb ta hache jusque dans les racines. » Il en est ainsi de bien d'autres articles qui ont été abrogés ; aotreiWs on disait: •œil pour œil et dent pour dent;» mais â présent il est défendu de rendre le mal pour le mal. H me semble que même par les législations humaines , il est reconnu qu'une nouvelle loi en abroge toujours nne ancienne.
VII. Pourquoi ne cberchoos-'nous pas plutôt dans l'Ancien Testament ces règlemens qui s'areordentavee les nôtres et dont ta forme antique n trouvées plaoedaoslecadrenoovoao? Jevoisqnc dans ces anciens temps il a été souvent mis un frein â ta licence trop effrénée des mariages. 11 est dit dans le Lévltique : «Mes prêtres ne se marient pas à plusieurs.» Or, s'ils ne se martaient pas â plusieurs, c'est qu'ils ne se bmriaient qu'une fois. Car qu'est-ce que plusieurs ? Cest ce qui est plus d'une fois. Ce qui n'est pas l'unité , c'est le nombre : après l'unité commenre le nombre. Mais il était encore réservé au Christ, en ceta somme en tant d'autres choses, d'accomplir, c'est-â-dhrc de compléter la M. C'est pour*
TERTOLLIEPf-
quoi chez les chrétieniiy il est eiyoint plus clairement et plus sirictement aux prêtres de ne pouvoir épouser qu*une femme. C'est au point que, à ma connaissance, quelques-uns qui en avaient eu deux> ont été rejetés du sacerdoce. Vous direz peut-être : «cela est donc permis aux autres fidèles puisque cela est défendu aux prê* très par exception. » CTest une grande folie de croire qu'il soit permis aux laïques de faire ce qui est défendu aux prêtres. Est-ce que nous ne sommes pas tous prêtres ? N*est-il pas écrit que le Christ a nous a fait les serviteurs et les prêtres de son père?» C'est Tautorité de FËglise qui a établi une démarcation entre Tordre des prêtres et celui des laïques. Mais la condition essentielle du sacerdoce de Dieu n'est-elle pas en toi ? Ne fais - tu pas Toffrande du sacrifice? n'as-tu pas le droit de baptiser? Tu es prêtre, quand tu ne le serais que pour toi Là où trois fidèles sont rassemblés , fussent-ils laïques , il y a une Église; parce que chacun «est vivifié par sa propre foi» et que «Diea ne fait aucune ac^ ceptiou de personnes. » Cest pourquoi vous ne seriez point justifiés comme sujets de l'Église , mais comme membres de l'Église. Si donc tu possèdes en toi le droit du sacerdoce que tu peux exercer au besoin , tu es soumis aussi à la loi du sacerdoce. Tu oses baptiser et offrir le sacrifice après avoir épousé deux femmes P Ne sera-ce pas un plus grand crime dans un laïque de remplir ainsi des fonctions sacerdotales, quand il est défendu même aux prêtres de le faire slls ont eu deux femmes ? « Mais, direz-vous, on excuse cela dans les cas de nécessité. » Sachez donc qu'on ne peut appeler nécessité, ce qui pourrait ne pas être. N'épousez pasdeux femmes, et vous ne vous trouverez jamais dans la nécessité de violer la loi des fonctions ecclésiastiques. Dieu veut que nous soyons toujours disposés à nous approcher de ses sacremens. Il n'y a qu'un Dieu , une foi, une loi. Si les laïques , du milieu desquels on choisit les prêtres ne se soumettent pas aux conditions du sacerdoce, comment pourra-t-on trouver des prêtres quand on en aura oesoin ? Nous devons donc fkire en sorte que les laïques ne se marient pas deux fois , puisque nous ne pouvons faire un prêtre que d'un laïque qui ne se soit marié qu'une fois.
VIII. Qu'on se marie donc, si tout ce qui est permis est bon , malgré ce que dit l'apôtre :
«Tout est permis; mais tout ne tend pas aa salut.» Dites-moi, peut-on appeler bon ce qoi n'est pas utile ? Si ce qui n'est pas utile au salol peut être permis , il s'en suit que des choses qui ne sont pas bonnes peuvent être permises. Qr que devez-vous préfigrer de ce que vous regardez comme bon parce qu'il est permis , ou de ce qui est bon en soi parce qu'il est utile? Il y a loin de la liberté au salut. On ne parle pas de ce qui est bon , parce qu'il doit être embrassé sans qu'il soit besoin d'une permission. Mais on permet ce dont la bonté est douteuse, ce que l'on pourrait ne pas permettre, surtout s'il n'existait quelque circonstance particulière qui justifiât la permission. C'est pour obvier au danger de l'incontinence , que les secondes noces ont été permises. C'est aussi en laissant aux fiddes le choix d'une chose moins bonne en soi, qae Dieu les éprouve, et sépare ceux qui ne veulent obéir qu'à sa volonté d'avec ceux qui cèdent i leurs passions , et pour connaître ceux qui cherchent l'utile et ceux qui cherchent l'agréaUe, ceux qui veulent ce qui platt à Dieu et ceux qui n'aiment que ce qui leur platt à eux-mêmes; La liberté est la pierre de touche de l'obéissance , parce que Tobéissance est éprouvée par la tentation, et que la tentation s'appuie sur la liberté. Voilà pourquoi tant de choses sont permises qui ne sont pas bonnes et utiles. Celui qui est libre est tenté ; et celui qui est tenté est soumis an jugement de Dieu. Les apôtres avaient la permission de se marier et d'emmener leurs femmes avec eux par le monde. Il leur était permis de vivre de TÉvangile. Mais celui qui ne voulut point user de cette permission nous engage à suivre son exemple , en nous montrant que cette liberté n'est qu'une épreuve, qu'il a bit tour* ner au profit de la continence.
IX. Si nous examinons bien le sens profond de ces paroles, nous trouverons que le mariage n'est guère qu'une fornicationtolérée. Car quand il dit que les épo^ix cherchent à s'entre-plairei il ne veut pas dire qu'ils veulent s'entre-plaire par la pureté de leurs mœurs (ce qu assurément il n'aurait pas blâmé); mais il veut parler de la toilette, des oroemens, et en général de tous les petits moyens par lesquels les époux cherchent à s exciter mutuellement aux actes les plus voluptueux. Or le désir de plaire par l'extériear est l'essence même de la concupiscence charnelle
EXHORTATION k lA CHASTETÉ.
qui est elle-même la cause de la fornieation. Le mariage n'est-il pas analogue i la fornication , n'a-t-il pas pour but la satisfaction des mêmes désirs ?Le Seigneur a dit lui-même : « Quiconque a jeté sur une Femme un regard de concupiscence, est déjà coupable de fornication dans son conir.» Or celui qui recherche une Femme en mariage Fait-il autre chose? Qu*importe qu*il réponse ensuite? Paurait-il même épousée, s'il ne reût d'abord régardée avec concupiscence? i moins que Ton épouse une Femme que l'on D^ ni vue ni désirée. Il importe beaucoup à la conscience du mari de n'avoir point avant son mariage désiré de Femme étrangère; or avant le mariage , toutes les Femmes sont étrangères , de sorte qu'une Femme ne devient mariée qu'après avoir été adultère. Les lois semblent Faire une difKrence entre le mariage et la fornication, mais cette difKrence ne porte que sur la permission donnée ou refusée, elle ne porte pas sur la chose en elle-même. Gela regarde les hommes comme les Femmes. Le mariage et la fornication sont tous deux une union et un mélange charnel dont le simple désir a été appelé Fornication par le Seigneur. « Mais, me dira-t-on,vous prouvez trop, car vous attaquez même les premières noces.» Sans doute, je les attaque, et ce n'est pas à tort , puis qu'elles sont aussi Fondées sur le désir, et que le désir est une fornication. Ce qull y a de mieux pour un homme, c'est de se tenir éloigné du sexe , et voilà pourquoi la virginité a un si grand mérite parce qu'elle est exempte même de ce qui ressemble à la fornication. Et puisque ces considérations Forment déjà de puissantes objections contre les premiers mariages, quelle force n'ont-elles pas contre les seconds et les troisièmes? Soyez au moins reconnaissans de ce que Dieu vous a permis de vous marier une fois; et montrez votre reconnaissance en sachant bien qu'il ne vous a pas permis de le Faire une seconde. Ce serait abuser de la permission que d'en user sans modestie, c^est-à-dire sans modération; car ces deux mou sont de même origine. Ne te suffltil pas d'être descendu du faite de la virginité au second rang de la chasteté, et fieiut-îl encore que tu t'abaisses jusqu'au troisième ou au quatrième
j degré? Tu ne saurais t'arrêter à un mariage?
I mais il n'y aura plus de bornes pour toi, car <elui qui réprouve ceux qui se marient deux fois,
n'a pas jugé à propos de déFendre un nombrt illimité de mariages. Marions-nous donc tous les jours, jusqu'à ce qu'enfin nous soyons surpris, par le jugement, comme Sodome et Gomorrhe. Alan sera accomplie cette malédiction lancée sur les entrailles qui auront conçu et sur les mamelles qui nourriront; c'est-à-dire sur les maris et les Fomicateurs qui fécondent le sein des Femmes, remplissent leurs mamelles et procréent les enfans. Et quand cessera-t-on de se marier? Apparemment quand on aura cessé de vivre.
X. Renonçons donc aux choses chamelles et occupons-nous un peu plus des choses spirituelles. Saisis, mon frère, cette occasion que tu n'as pas désirée , mais qui se présente à propos, d'être quitte de toute obligation terrestre. Tu n'es plus débiteur! Heureux, toi qui as perdu ta fomme ! cette perte devient pour toi un gain. Tu es à même maintenant d'édifier par la continence le grand œuvre de U sainteté. En Fusant des économies sur la chair , tu enrichiras ton esprit. Examinons bien en nous-mêmes combien l'homme se rapproche de la nature spirituelle quand le hasard la délivré de sa Femme : il se sent comme un homme tout nouveau. S'il Fait ses oraisons , il lui semble qu'il est plus près du ciel; il passe les nuits à méditer l'écriture sainte ; il est tout à la divine parole ; s'il chante un psaume, il sent son coeur rempli de béatitude; s'il défie le démon, il a confiance en lui-même. L'ap6tre nous recommande les ablutions corporelles comme donnant plus de mérite à la pnere; c'est pour apprendre que la pureté du cœur est nécessaire et que nous devons nous purifier souvent. A toute heure, à tout moment, la prière est nécessaire et par conséquent aussi la pureté qui doit précéder la prière. L'oraison part de l'àme ; si donc Tàme a sujet de rougir, l'oraison sera honteuse et timide. C'est l'Esprit-Saint qui porte la prière vers Dieu. Si l'esprit voit la honte de rame, comment osera-t-il prendre sa prière et l'enlever au cid? Ce ministre saint ne sera-til pas tout couvert de la rougeur de l'ame P Cette parole de l'Ancien Testament est une véritable prophétie : «Nous serons saints, parce que Dieu est saint ; » et plus loin : «Avec i'honune saint, ta seras sanctifié; avec le juste, tu seras justifié; avec l'élu, tu seras élu.» Nous devons entrer dans l'esprit de la loi divine d'une
TKHTULLIEN.
tliiBlMeiiai soit digne du Stignenr, et non selon les ardentes concupiscences de la chair. Gela est d*teeord avec œ que dit Tapôtre : tLa sagesse sdon la chair, c*est la mort; mais la sagesse selon Tesprlt, c*est la vie étemelle en Notre- Seigneur Jésus-Christ t Si donc la chair, mime dans un premier mariage , peut ainsi éloigner le Saint-Esprit, quelle hneste puissance n*a-tdie pas quand on lui ofede au point de se marier.dedi Mêf
XI. Il y a dans un second mariage un double sujet de honte; car Pâme de l'homme est obsédée par la présence de deui femmes ; de Tune par le anu venir; de l'autre, par la réalité. Car vous ne pouvei hsTr votre première femme dont la mémoire doit vous être plus sacrée et plus sainte, puisqu'elle est déjà dans le royaume de Dieu et que tous les ans vous faites dire des prières pour elle. Vous vous tiendrez donc devant votre Dieu avec autant de femmes que voua en recommandez dans vos prières; vous ofFrhi$i le saint sacriAce pour deux femmes, et cela par les mains d'un prêtre sanctifié par la monogamie ou mieux encore par la virginité, et entouré de ses diacres, de ses chanoinesses monogames et vierges. Et tu oseras d'un fhmt calme élever au ciel TofFrande de ta prière, et entr*autres Aiveurs, tu demanderas au ciel la vertu de chasteté pour toi et pour ta nouvelle épouse!
Je sala bien que l'on sVxeuse sur l'insatiable eoBcapisGence de la chair. On plaide la nécessité de se Mre des amis, d'avoir quelqu'un à la tète de sa maison, pour gouverner sa famille et les domestiques, pour tenir les dés, pour faire flier les servantes et veiller aux dépenses. 11 B'jr a donc selon vous que les maisons des hommes mariés qui soient bien administrées P Il fiiat donc absolument être ruiné si l'on est célibataire P Est-ce que les eunuques, les militaires et les voyageurs perdent toi^ours leur fortune? Est-ce que nous ne sommes pas des soldats aussi nousP Est-ce que nous ne devons pas être d'autant plus soumis à la discipline que notre chef est le plus grand des potentats? Ne sommes-nous pas comme des voyageurs dans ce monde P Gomment se fait-il donc, chrétien, que tu ne puisses te passer de femme? c Mais il me fettt,dls-ttt, une compagne pour soutenir avec toi la poids des aflaires domestiques. > Prends donc
alors quelque épouse purement spirituelle; choisis une veuve qui soit belle de sa ferveur religieuse, riche de sa pauvreté, et noble par son âge respectable. Ce sera pour toi un bon mariage. Tu peux prendre de telles épouses , tant que tu voudras , sans craindre de déplave à Dieu. Mab non; des chrétiens, qui ne devraient pas penser au lendemain , veulent une postéi ité. Les serviteurs de Dieu veulent avoir des héritiers, eux qui se sont désbériiés des jouissances du monde. Et encore ne cherchent-ils à se rema* rier que lorsqu'ils n'ont pas eu d'en&ns de leur premier mariage? Ils finiront par demander à vivre plus longtemps, tandis que Fapôire demandait à être au plus tôt retiré du monde. Assurément un chrétien sera bien plus exempt de soucis dans les persécutions , n'est-ce pas? D souffrira le martyr avec bien plus de constance? il répondra plus sagement aux interrogatoiresP et enfin il mourra bien plus tranquillement parce qu'il laissera des enfens, pour lui rendre les derniers honneurs apparemment? On dirait que les chrétiens agissent ainsi dans l'intérèl de la république, de crainte que les cités ne viennent à manquer d'habitans , s'ils ne veillaient à la propagation de l'espèce. Ils ont peur que les lois et le commerce cessent de fleurir, que les temples soient abandonnés, et qu'il ne reste plus personne pour crier, «aux hèles les cbrètiens ! » Car voilà sans doute ce qu'ils désirent entendre, ceux qui veulent des enfans. Rembarras d avoir des eniàns devrait suffire pour nous faire rester célibataires , puisque les lois humaines obligent les pères à les élever , parce qu'elles ont prévu qu'aucun homme sage ne voudrait s'en charger de plefai gré. Que feras-ta donc si tu parviens à faire partager à ta femme ta manière de voir? Emploierez vous des médicamens pour détruire le foetus dans son germe? Mais je crois qu'il ne nous est pas plus permis de tuer un enfant avant qu'après sa naissance. Peut-être oseras-tu pendant la grossesse de la femme demander à Dieu une délivrance que ta n'oses pas accomplir toi-même? ou bien tu choisiras une femme stérile ou devenue froide par l'âge? Réfléchis bien et ne te fais pas d'illusion. $i Dieu le veut , la femme stériie ou même vieille deviendra ficonde, et cela d autant plus que vous paraîtrez l'avoir défié par vos prévisions présomptueuses. Nous connaissons no cbrética
EXHORTATION A LA CHASTETÉ
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qoi , poor gouTerner sa maison , épousa en secondes noces une fr^mme stérile qui doubla bientôt le nombre de ses enfans.
XIII. Je finirai mon discours, mon bienaimé frère, en citant quelques exemples que me fourniront les gentils, que Dieu nous offire souvent comme un témoignage pour prouver que ce qui lui platt est souvent reconnu bon par la sagesse mondaine. Les gentils font le plus grand cas de la monogamie, c est au point que lorsque les vierges se marient légitimement , on leur donne loujours pour dame dUionneur une femme qui ne se soit mariée qu^une to\è. Si on croit que cela est de bon augure, je pense que Ton a raison. Dans les cérémonies religieuses ou autres fStes, les femmes qui n*onr eu qu'un mari prennent le pas sur les autres. La prêtresse de Jupiter ne peut avoir qu^un époux. Le grand pontife lui-même ne peut se marier qu'une fois, tant la monogamie est en honneur. Or lorsque Satan imite ainsi les saintes lois du Seigneur, c'est pour nous narguer. Combien devons-nous rougir de ne point faire au Seigneur le sacrifice que tant d'autres font an diable, auquel ils vouent soit leur virginité, soit leur veuvage perpétuel? Nous avons (ous entendu parler des vierges de Vesta, de celles de Junon en Achale, de celles d'AppolIon à Ëphése , et de celles de Minerve en d'autres lieux. Les prêtres du bœuf Apis en Egypte faisaient vœu de chasteté. Les femmes qui se vouent à la Cérés africaine , abdiquent spontanément leurs droits d'épouse et
se privent même d'embrasser leurs enihns màlei. Après la luxure, le diable sait se Faire même de la continence un instrument de perdition. Gom-^ bien est à blâmer le chrétien qui rqette la oon-' tinence qui pourrait être pour lui un instrument de salut I Au dernier jour nous verrons s*élever en témoignage contre nous ces femmes Idolâtres qui ont su eonserver leqr veuvage pour acquérir une bonne renommée; comme Didoa, reine ftigitive sur une terre étrangère, qqi aurait po désirer former pne alliance avec un HA d*Aflrique, mais qui loin de vouloir convoler â de secondes noces, aima mieux se brûler que de se marier; comme cette LuerècequI, l'étant une fois et par vidence trouvée entre les bras d'un étranger, lava de son sang sa hce souillée, tî ne voulut pas vivre après avoir connu deux hommes. Je tronvertis bien d^autres exemples chez les chrétiens, et même de meilleurs , en ce qu'il vaut mieux vivre chaste que de mourir pour la chasteté ; car la vie et la diasteté sont deux biens qn'li vau^ mlenx conserver ensemble que de les séparer par la mort. Que de saints hommes et que de vierges dans les ordres ecclésiastiques se sont voua a la continence et ont préferé épouMf Dieu seul ! Ds ont presque égalé la chair i l'esprit, et en ont retranché tout ce qui ne peut entrer dans le royaume des deux ; ce qui doit feire enfin penser que ceux qui veulent entrer dans le paradis doivent a*abstenir de ce qui n'y entre point
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