DELA
CONDUITE PRESCRITE AUX VIERGES
La discipline qui est la gardienne de l'espérance, l'ancre de la foi, le guide du chemin du salut, qui cultive et augmente les avantages d'un bon naturel, et qui est la maltresse de la vertu, nous fait immuablement demeurer en Jésus-Christ et vivre en Dieu , et nous conduit ensuite aux récompenses célestes qui nous ont été promises. Il est donc aussi avantageux de la suivre que dangereux de la négliger. Cest ce que le Saint-Esprit déclare dans les psaumes: cGardez la discipline, de peur que le Seigneur ne se mette en colère, et que vous ne périssiez en vons égarant du droit chemin, lorsque sa colère s'allumera tout d'un coup contre vous K »
• Piaimieî, 12.
Et encore : «Mais Dieu a dit au pécheur: pourquoi vous mèlez-vous d'expliquer ma loi et de parler de mon alliance, vous qui haïssez la discipline, et qui ne tenez compte de mes paroles ^ ?» Nous lisons encore , que «celui qui rejette la discipline est misérable^. » Et Salomon nous donne ce précepte de sagesse : «Mon fils, ne négligez point la discipline du Seigneur, et ne vous découragez point lorsqu'il vous reprend; car le Seigneur reprend celui qu'il aime ^. » Que si Dieu aime ceux qu'il reprend , et qu'il ne les reprenne que pour les coriger, il n*y a point de doute non plus que les fidèles et surtout les évèques ne haïssent pas, mais
«Fsaume 49, 17.-« fag«ic,3,U. -*Prov.,9Jh
DE LA CONDUITE PRESCRITE AUX VIERGES
aiment ceux qu'ils reprennent pour les rendre mdlleurs , puisque Dieu a prédit et marqué par Jérémie le temps où nous sommes, quand il a dit : a Je vous donnerai des pasteurs qui seront selon mon cœur, et ils vous conduiront avec discipline ^» Si donc la discipline est recommandée partout dans rÉcriturc sainte , et que la crainte et la régularité soient comme le fondement de la religion et de la foi , à quoi devonsnous travailler davantage qu'à nous établir solidement sur la pierre, afin de n'être point ébranlés par les tempèles du siècle , et d'arriver à la récompense par raccomplissement des commandemens de Dieu : car il faut que nous considérions que nos membres sont les temples de Dieu , purifiés par les eaux sanctifiantes du haplème de toutes les souillures de rancienne corruption, si bien qu'il ne nous est plus permis d'en violer la pureté , i moins que.de vouloir nons perdre. Nous sommes nous-mêmes les prêtres de ces temples; tâchons, en les conservant inviolables, de rendre le culte h celui à qui nous avons déjà commencé à nous consacrer. Saint Paul, dans ses épttres où il nous dôme d'exodiens préceptes pour la conduite de notre vie, dit : «Vous n'êtes pas à vous , car voos avez été adietés bien chèrement : glorifiei et portez Dieu dans votre corps Kj» Glorifions donc et portons Dieu dans un corps chaste et pur avec encore plus de soin que nous n'avons ftit jusqu'ici; et puisque nous sommes rachetés par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ , rendons à notre rédempteur toute sorte d'obéissance comme étant ses esclaves , et prenons garde que rien d'impur et de profane n'entre dans le temple de Dieu, de peur qu'en étant ofilensé il ne l'abandonne. Voici les paroles de Notre-Seigneip, qui guérit et instruit en même temps : «Vous voilà guéri , dit-il , prenez garde de ne plus pécher, qu'il ne vous arrive pis'.» Après qu'il lui a rendu la santé , il lui donne des préceptes pour bien vivre ; et il ne lui lâche pas la bride pour le laisser aller où il lui platt , mais an contraire il prend siqet de sa guérison, pour le menacer sévèrement, parce que les fautes qu'on commet avant que de connaître la loi de Dieu sont bien moindres, mais celles qu'on commet oisuite ne méritent point de pardon.
• JMmie , 3, 15. - • 1. Cor., 6, 19. — * Jesn, ^, 14
Et ce que je dis ici , je le dis pour toutes sortes de personnes; car tous, sans différence d'âge ni de sexe, sont obligés, par le respect et la fidélité qui est due à Dieu , de prendre garde de ne pas laisser souiller par leur négligence ce qu'ils ont reçu pur et saint des mains du Seigneur, puisqu'il est écrit, «qu'il n'y aura de sauvé que celui qui persévérera jusqu'à la fin^ Maintenant c'est aux vierges que je m'adresse ; car nous en devons avoir d'autant plus de soin que la gloire de leur état est plus écla* tante. En effet, l'on peut dire qu'elles sont comme les fleurs odoriférantes de TËglise , le chef-d'oeuvre de la grâce , l'ornement de la nature, un ouvrage parfait et incorruptible, l'image de Dieu répondant à la sainteté de Notre-Seigneur, et la plus illustre partie du troupeau de Jésus^Christ. C'est elles qui font la joie de l'Église comme étant une des plus nobles causes de sa fécondité glorieuse; et la joie de cette sainte mère augmente toutes les fol» qu'elle voit le nombre des vierges s'augmenter. C'est donc à elles que nous parlons; c'est elles que nous exhortons, plutôt par affection que par autorité. Car, comme la connaissance que nous avons du peu que nous sommes nous empêche de censurer leur conduite , le soin que nous prenons de ce qui les regarde fait que nous apréhendons davantage pour elles les em» bïkhes de l'ennemi. Et véritablement cette pré* caution ne doii pas être estimée inutile , ni cette crainte vaine, puisqu'elle va à assurer la voie du salut, à faire observer plus exactement les commandemens de Dieu ^ et à fsiire que celles qui se sont consacrées à Jésus-Christ et ont renoncé à la concupiscence chamelle pour se vouer i Dieu de corps et d'esprit , achèvent un ouvrage dont la récompense doit être si grande, et ne songent plus à se parer pour plaire à d'autres qu'à leur Seigneur, de qui elles attendent la couronne de la virginité. Car c'est lui-même qui dit : «Tous ne comprennent pas cette parole , mais ceux-là seulement à qui il a été donné de la comprendre : il y en a qui sont eunuques dès le ventre de leur mère, et qui sont nés tels ; il y en a que les hommes ont fait eunuques par force, et il y en a qui se sont rendus eunuqueseux-mêmesàcause du royaume
*Matth.,tO,».
SAINT CYPRIEW,
d€$ deux ^ » Nous V070DS aussi oans PApocalypse le don de la contioeDce marqué et la vir* ginîté relevée par la bouche de Tauge , lorsqu'il dit : a Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes, parée qu'ils sont demeurés vierges, et ils suivent Tagneau partout où i| va^.» Or ee n^est pas aux hommes seulement que Notre-Seigneur accorde la grâce de la continence en sorte que les femmes m soient exclues ; mais comme la femme est une portion de l'faomme et qtf elle en a été prise et formée , cela est cause que presque par toute l'Ecriture Dieu s'adresse! l^horomecommeau premier créé, parce qu'ils sont deux en une même chair et que la femme est comprise dans le mot homme. Si donc lescontinens suivent Jésiis^rist, et si le iN^yaume de Dieu est destiné aux vierges , comment peuvent-elles encore songer à se parer de ▼aina omemens, puisqu'elles ne sauraient désirer de plaire aux hommes par là qu'elles n'offensent Dieu en même temps P Elles doivent se souvenir qu'il est écrit que ccenx qui plaisent aux hommes seront couverts de confusion , parce que Dieu les a rej^etés';» et que saint Paul a dit cette belle parole : c SI je voulais plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur ée Jésus-Ghrist ^. » La continence et la cbasieté ne consistent pas dans la seule pureté de corps, mais aussi dans la modestie et la bienséance des habits, afin que , selon l'apôtre, celle qui n'est point mariée soit égaieneni sainte de corps et é'esprit. Ge nème apôtre ajoute encore peur notre iostniation : < Celui qui n'est point marié ne pense qu'aux dioses de Dieu et à lui plaire ; mais celui qui est marié pense aux choses du monde et ft plaire à sa femme. De même une tierge et une femme qui n'est point mariée songe aux choses de Dieu et à se conserver pure de corps et d'esprit ^.> Une vierge ne doit pas seulement être telle, elle le doit parattre , ata ipe lorsqu'on la voit personne ne puisse dou- ^r de ce qu'elle est. Que sa pureté s'étende I toutes choses, et que le hne de ses habits ne déshonore pas l'intégrité de son oorps. Pourquoi se coiffer et flTi^uster comme si elle avait m mari ou qu'elle en dierchàt mt Qu'elle craigne plutôt de plaire, tà éRe est véritaMe-
* Mattb., 19, 11. — • Apoc., 14, 4.
» P»., 52. 7. - * Galar., 1, 10. - • l. Cw., 7, ai
ment Tîerge, et qu'elle ne s^expeae fioiat au danger puisqu'elle se garde pour quelque choee d'excelleot et de divin. Que e^les qui n^ont point de mari à qui elles soient obligées de plaire demeurent pures non^seulement de corps, mats d'esprit; car il n'est pas permis i une vierge de se coiffer pour se rendre plus belle, ni de se glorifier de la beauté de son corps, puisqu'elle n'a point de plus grand en« nemi i combattre ; saint Paul crie d'une voix haute et forte : «A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en ta croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ , par qui le monde est crucifié pour moi , comme je suis crucifié pour le monde <; o et une vierge se glorifiera encore dans l'Église de sa beauté I Saint Paul ajoute: cGeux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses convoitises 3;» et celle qui ihit profession d'avoir renoocé aux convoitises et aux vices de la chair se réeagage dans les choses à quoi elle a renoncé l Oo voit bien maintenant qui vous êtes. On voit bien que vous n'êtes pas ce que vous voulez parattre. Vous vous souillex des taches de la fmeupiscence cliamelle après vaus être revêlM de la robe Manche de la pureté. «Criei , dit le tei* gneup au profAête Isale : toute cbaîr eal de nierbe, et tout son éclat est comme la fleor de rhei^. L'herbe se sèche et la fleur tombe, nais la parole du Seigneur demeure étenelle*' ment 9.» H ne sied à aucun dirélien, et moins encore à une vierge, de faire état de ta beauté du eorps. On ne doit aimerque la parole de Dieu, et n'embrasser que des biens qui demeureront éternellement. Ou s'il se feut glorifier de son corps, il ne s'en faut glorifier que lorsqu'il est dans les tortures pour la confession du nom de Jésus-Christ , lorsqu'une femme^est plus forte que les hommes qui la tourmentent , lorsqu'elle souffre le feu, ou la croix, ou le fer, oo ta rage des bêtes , pour être «isuite couronnée. Ge sont li les perles et les diamans qui ornent vériu- Uement le eorps.
Maisily ena qui étant riches s'excusent làdessus et prétendent qu'elles se doiveitt servir de leurs biens. Mais qu'elles sadient premièrement que celle-là seule est riche et opubmteqoi rest en Dieu et en Jésus-Christ, et qu'il n'r i
« Galat., 6, 14. - ' IM,, 5, 24. — • baîe, 40,6.
DE LA CONDUITE PRfiSCBiTE AUX VIERGES.
4« biens vérîlftbles que les biens spirituels quj nous iiQutoeQt à Dieu et que nous possédons éterr nellement avec lui. Car pour les autres que nous avons reçus en venant au monde, et que nous y laisserons quand nous en sortirons, nous les jdevons autant mépriser que le monde même, aux pompes et aux délices duquel nous avons renoncé lorsqpe nous sommes venus à Dieu dans I Je baptême. L'apôtre saint Jean nous faiit cette exhortation toute céleste : ? Prenez bien garde de ne point aimer le monde ni ce qui est dans le Doonde. Si quelqu'un aime le monde, Tamo^r du Père n'est point en lui ; car tout ce qui est dans Je monde D*est que iDonvoitise de la chair, ou convoitise des yeux, ou ambkion, ce qui ne vient point du Père , mais du monde. Or le monde passera et ses convoitises avec lui; mais celui quifaitla volonté de Dieu demeurera éternellement comme Dieu même 3. » Il ne faut donc aimer que les choses divines et éterndles, et accomplir en tout la volonté de Dieu, afin de suivre les vestiges de Nôtre-Seigneur, qui a dit pour nous instruire : a Je ne siyis pas descendu du ciel pour foire ma volonté, mais pour feire la volooié de celui qui m'a envoyé ^. » Que si le serviteur n'est pas plus grand que son maître, et si celui qui a été délivré doit honneiir et obéissance k son libérateur, nous qui désirons être de véritables chrétiens nous devons imiter Jésus-Christ. U est écrit, et on le lit et on l'entend , et TÊg^ise qc nous le prêche qu'afin que nous le pratiquions: «Celui qui dit qu'il demeure en Jésus-Christ doit marcher lui-même comme Jésus-Christ a marché, ollfaut donc que nous marchions d'un pas égal à lui, et que nous nous efforcions de le suivre; car c'est alors que notre vie répond au nom que nous portons quand nous embrassons la vérité , et que notre foi est récompensée quand elle est accompagnée àeÈ œuvres. Vous dites que vous êtes riche; mais saint Paul va au-devant de cette objection, et borne l'usage de vo$ richesses k vous vêtir honnêtement et modestement , lorsqu'il dit : i(Que les femmes s'habillent çiodestement et ^oonètement; qu'elles ne se frisent point, et ne portent point d'or, ni de perles, ni dîiabits somptueux; m?i$ qu'elles se vêtent comme il est bienséant à des femmes chutes et de bonne
« Jetn,2, 1&-*/^, 6, 36. -> /Ntf.,2,a
vie^j> Saint Pierre leur donne des précepte! semblables k ceux-là lorsqu'il dit :«Qu(s le$ femmes ne se parent point au dehors d'or et d'habits précieux i mais qtf'ellcs ornent leur oœur^.» Que si ces ap^tr^ef y/suleqit que les femmes même qui ont coutpn^e de s'excuser sur leur mari de ce qu'elles spnt parées , apportent quelque modération en cela selon l'esprjt de l'Église, combien uo^ vierge y doit-elle être plus retenue, puisqu'elle n'a point de prétexte et Qç peut rejeter sur iiutrui l'excès qu'elle y jcommettrait , mais en serait toyjte seule QPupable. Vous dites que vous êtes riche^ ipais oe ;Savez-vous pas qu'oq ne doit pas Caire tout cç qu'on peut , ni porter, an delà d^ l'honneur qitf est dû à la virginité, les désii^ immodérés d€ l'ambition? cTout m'est p^miSf dit saint Paulf mois tput n'est pas avantageux; tout m'est per^ mis, mais tout p'édifie pas'.» Lors donc quf vous vous coiffez m9gni0q9iement,etqueparaisr aant aiosi en public, vous attirez sur vous le^ yeux et les soupirs de toute la jeunesse, et qu$ vous allumez dans les cœurs le feu de l'amour^ bien encore que vous ne vous perdiez pas vous-même, vous perdez les autres à qui vou; êtes plus dangereuse qu^ le fer et )e poisoq.. Pouvezrvpus alors vops excusa en ancvne sort^ et prétendre que vous êtes jpb^ste d'esprit? Ygf Qtnegfi&ats lasqfs et impudiques vous copvaipr quent du contrabe , et vou3 ne sauriez plus êtr^ mise au rang des vierges de Jésus-Christ, puisque vous vivez d'une fiiçon que vous pouve^. être aimée.Yous dites que vous êtes riche , mais il ne sied pas bien à une vierge de vanter ses richesses, puisque l'Écriture sainte fait dire aux damnés : « Que nous a servi notre orgueil et toute cette vaine miçintre de richesses? Toutes ces choses ont passé comme une ombre \» L'apôtre de même nous a donné cette instruction : tQue ceux qui aiçhêtent soient à cet égard comme s'ils ne possédaient point, et que ceux qui useqt de pe monde ep usept comme s'ils n'en psaient point ^c^ b figure dece monde passe*. » C'c3t aiçsi que saint Pierrftà qui Notre-Seigncur fecommaade le soip de pattre et de défendre ses brebis, et sur (j^ui il a mis et fondé TÉglise, dit «qu'à i^ vérité il n'a ni or ni argent, mais qu'il est riche de U grâce de Jésus-Christ et de
«Ss«es«,6,8.-M.Cor.,y,8.
SAINT CYPRIEN-
la foi par lesquelles il Faisait plusieurs miracles , et possédait une infinité de trésors spirituels ^ » Celle-là ne saurait posséder ces richesses qui aime mieux être riche des biens du monde que de ceux de Jésu»43u*ist. Servez -vous de vos richesses à la bonne heure, mais servez-vous-en pour votre salut , servez-vous-en pour en faire de bonnes œuvres, et pour accomplir les commandemens de Dieu et de Notre-Seigneur; que les pauvres et les indigens sentent que vous êtes riche ; donnez à usure à Dieu votre patrimoine, et nourrissez-en Jésus-Christ afin de remporter la gloire de la virginité ; achetez les prières de plusieurs , afin de jouir des récompenses que Notre-Seigneur nous promet; mettez vos trésors où les voleurs ne puissent aller; acquérez des héritages, mais des hériuges célestes, dont les fruits soient à couvert des ii^ures des hommes et des saisons ; car vous péchez contre Dieu en cela même que vous ne croyez pas qu'il ne vous a donné du bien que pour vous en servir utilement pour votre salut. Ainsi il a donné la voix aux hommes, et néanmoins il ne sVnsuit pas qu'on la doive employer à chanter des chansons amoureuses et déshonuêtes ; il a donné le fer aux hommes , mais c'est pour cultiver la terre, et non pour commettre des homicides; il est auteur de Tencens, du vin et du feu, et toutefois Ton ne se doit pas servir de ces dioses pour sacrifier aux idoles; non plus que parce que nous avons quantité de troupeaux de bêtes , ce n'est pas à dire que nous devions immoler des victimes : autrement de grands biens sont une grande tentation , à moins qu'on n'en fasse bon usage, et qu'on n'en rachète ses péchés au lieu de les augmenter. La pompe des habits et tout ce qui sert à relever la beauté n'est bon que pour les femmes impudiques et prostituées, et il n'y en a point qui aient plus de soin de se parer que celles qui en ont moins de conserver leur honneur. C'est ainsi que Dieu pour notre instruction nous représente dans récriture une ville perdue de débsucbes comme une courtisane superbement vêtue, qui doit périr avec tous ses omemens, ou plutôt à cause de ses ornemens : «L'un des sept anges, dit saint Jean, qui avaient les sept coupes, s'approcha de moi et me dit : Venez, je vous montrerai la condamnatioQ de cette grande courtisane * Accès, f 6.
qui est assise sur la multitude des eaux, avec laquelle les rois de la terre se sont corrompus; et il me transporta en esprit, et je vis une femme assise sur une bête, et cette femme était vêtue de pourpre et d'écarlate et parée d'or, de perles et de pierres précieuses, tenant en sa main un vase d'or plein des abominations et des impuretés de toute la terre ^i»Que les vierges chastes et pures aient donc honte de s'habiller comme des courtisanes et des femmes perdues. Nous voyons aussi qu'lsak rempli du Saint-Esprit crie et reprend avec force les filles de Sion de ce qu'elles se vêtaient trop richement et s'éloignaient de Dieu en s'abandonnant aux délices du siècle : a Les filles de Sion, dit-il, se sont enorgueillies; elles ont marché la tète haute, et jelé des œillades de tous côtés; elles ont marché fièrement avec des robes traînantes jusqu'en terre ; elles onlballé et dansé ; c'est pourquoi Dieu humiliera les principales filles de Sion, et le Seigneur découvrira leur honte et leur nudité; il leur ôtera leurs vêtemens superbes, leurs parures, leurs tours de cheveux, leurs boucles, leurs coiffures, leurs aiguilles d'or, leurs brasselets, leurs roses de dianuns, leurs bagues, leurs anneaux, leurs pendans d'oreilles, leurs habillemens de soies tissus d'cf^t d'hyacinthe. Au lieu de leurs poudres de senteurs, elles seront couchées dans la poussière; au lieu de leurs ceintures d'or, elles auront des ceintures de corde; et au lien de leurs superbes coiffures, elles n'auront pas un cheveu sur la tête K » Voilà ce que Dieu blâme et condamne ; voilà pourquoi il dit que ces filles sont oorrompueset ont abandonné son véritable culte; celles qui étaient élevées sont tombées par terre; celles qui étaient si bien ajustées ont mérité de vivre dans l'ordure et la saleté; celles qui étaient vêtues de pourpre et de soie n'ont pu être revêtues de Jésus «Christ; et enfin celles qui étaient ornées d'or, âe perles et de diamans, ont perdu les ornemens de l'àme et du cœur. Qui ne détesterait une chose qui a été funeste à un autre? qui se voudrait servir de ce qui a donné la mort à ceux qui s'en sont servis ? Si quelqu'un mourait après avoir pris un breuvage , vous ne douteriez point que ce breuvage ne fot un poison; si un aliment tuait celui qui en mange , vous le jugeriez mortel, et vous n'an- Upoc,17, l.->luie,d,lC
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nés garde ni de boire d'un breuvage, ni de manger d'un aliment que vous auriez vu en avoir fait mourir d'autres auparavant. Combien grande donc est votre ignorance et votre folie de désirer ce qui a toujours été nuisible, et de croire que vous ne périrez pas par les mêmes choses que vous savez en avoir fait périr d'autres? Dieu n'a point fiitt les toisons des brebis d'écarlate ou de pourpre, ni enseigné à teindre les laines ; il n'a point enchâssé les diamans dans l'or, ni fait des colliers de perles pour en couvrir votre tète, et cacher ce que Dieu a Formé en rhomme, afin de n'y faire voir que ce que le diable a inventé. De même, Dieu a-t-il commandé qu'on perçât les oreilles aux jeunes filles, et qu'on leur fit souffrir ce tourment dans un âge plein d'innocence , et où elles sont encore exemptes de la corruption du siècle , afin que de ces blessures pendent des grains précieux pesans par leur valeur, s'ils ne le sont par leur poids? Ce sont là des choses dont les anges apostats ont donné l'invention aux hommes, lorsque déchus de la vigueur de leur nature céleste, ils se aontsouillésdel'impureté de la matière ;c est eux qui leur ont appris à peindre leurs sourcils et leurs cheveux , à mettre du faird à leurs joues, et enfin à ne laisser aucune partie de leur tète qui ne soit déguisée. Et ici je me trouve obligé par la crainte de Dieu que la foi m'inspire , et par la charité dont je suis redevable à mes frères, d'avertir non-seulement les vierges ou les veuves, mais aussi les femmes mariées, qu'une créature qui est l'ouvrage de Dieu ne se doit point ainsi déguiser, ni corrompre ce que la nature a fait. Dieu dit : < Faisons Thomme à notre ressemblance ^, » et quelqu'un aura la hardiesse de changer et d'altérer ce que Dieu a fait I Ils se soulèvent contre Dieu lorsqu'ils veulent réformer ce que lui-même a formé; et ils ne savent pas que tout ce qui natt est l'ouvrage de Dieu, et que tout ce qui est changé est celui du diable. Si un excellent peintre ayant tiré quelqu'un au naturel et parfaitement exprimé tous les traits de son visage, un autre entreprenait de mettre la main à son tableau et de le corriger, vous jugeriez sans doute qu'il lui ferait un grand affront , et que le premier aurait raison de s'en fikher; et cependant vous croyez pou-
«Genèie.l,^
voir reloucher â l'image que Dieu a formée sans I qu'il vous punisse d'une si étrange témérité! car je veux que ce déguisement ne vous rende point impudique à l'égard des hommes , n'ètesvous pas pire qu'un adultère, de corrompre ainsi ce qui est i Dieu? Tous ces omemens et ces parures ne vont qu'à détruire son ouvrage, et â anéantir la vérité et la beauté de la nature. Voici ravertissement que l'apôtre nous donne : «Otez le vieux levain qui est en vous, afin que vous soyez comme une nouvelle pâte où il n'y ait point de levain; car Jésus-Christ qui est notre agneau pascal a été immolé; célébrons donc cette fête non avec de vieux levain, ni avec le levain de la malice et de la méchanceté , mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité ^.> Gonserve-t-on la sincérité et la vérité, lorsqu'on corrompt par de fausses couleurs ce qui est simple et pur, et lorsque ce qui est vrai et naturel est déguisé parle fard et par les pommades? Votre Seigneur dit : tf Vous ne sauriez foire un cheveu blanc ou noir^; » et vous,vous voulez vous élever au-dessus de la parole de votre Seigneur, et par une entreprise hardie et un mépris sacrilège, vous peignez vos cheveux, et leur donnez une couleur de flamme, comme un présage de ce qui leur doit arriver un jour. Vous péchez par la tète, c'est-à-dire par la plus noble partie de votre corps, et au lieu qu'il est écrit de Notre-Seigneur, que < sa tèle et ses cheveux étaient blancs comme de la laine ou de la neige ^ » vous haïssez dans vos cheveux une couleur qui les rend semblables â ceux de Notre-Seigneur. Ne craignez-vous point qu'au jour de la résurrection votre créateur ne vous reconnaisse plus, et qu'il ne vous rejette lorsque vous viendrez pour jouir de ses promesses et de ses récompenses? N'apprébendez-vous point qu'il ne vous dise d'une voix de juge et de censeur : Ce n'est pas là mon ouvrage, ce n'est pas là notre image; vous avez souillé votre corps par des drogues étrangères; vous l'avez altéré par de fousses couleurs; vous avez d^uisé et défiguré votre visage, c'en est un autre que celui que j'ai formé; vous ne pouvez voir Dieu, puisque vous n'avez plus les yeux que Dieu a faits, mais les yeux que le diable a corrompus; c'est lui que
« Cor., «. 7. — » MiHli., 5. 30. — *Apoft, 1,
SAINT CYPRIEN
vous avez suivi ^ vous avez imité les yeux rouges et peints du serpeut ; vous vous êtes parée des livrées de votre ennemi , vous serez donc brûlée avec votre ennemi. Des servantes de Dieu ne devraient-elles pas penser à ees choses et les craindre? Car c'est aux femmes mariées à voir si Texcuse qu'elles prennent sur ce qu'elles sont obligées de plaire à leurs maris les met à couvert , ou plutôt si cela ne fait pas voir que leurs mûris mêmes sont complices de leur faute par le consentement criminel qu'ils y donnent. Mais pour les vierges, qui sont celles à qui ce discours s'adresse , je ne crois pas qu'on doive mettre de ce nombre celles qui se servent de ces artifices pour se rendre plus agréables, et j'estime que, comme des brebis gâtées et malades, on (es doit chasser du saint et pur troupeau de la virginité, de crainte que si elles demeurent avec les autres, elles ne les infectent et ne les perdent avec elles.
Mais puisque nous parlons du bien de la continence, et qu^il faut tâcher d'éviter tout ce qui y pourrait nuire, je ne dois pas passer sous silence une chose qui commence à devenir en usage, parce qu'on néglige d'y remédier, quoi qu'il n'y ait rien de plus contraire aux bonnes mœurs. CTest qnll y a des vierges qal n'ont point de honte de se trouver aux noces et de prendre part aux discours lascifs qui s'y tiennent, d'écouter et de dire des choses qui blessent Fa breniîéance, d'être présentes! à ces festins de débauche, qui fournissent des amorces aux passions déréglées, et où la licence des paroles se porte jusqu'aux plus secrètes actions du mariage. Qire fait à des noces une personne qui ne se veut point marier? ou quel plaisir y peut-elle prendre, puisque ses pensées et ses désirs sont tournés d'un autre côté? Qu'y prend-on, ou qu'y Toit'OO? Combien une vierge qui va à ces assemblées s'éloîgne-t-elte de son premier dessein, et combien s'en retourne- t^lle moins chaste qu'elle n'y était venue! car je veux qu'elle soit encore vierge de corps et d'esprit , l'est-efle au moins des yeux, des oreUle», de la langue? Mais que dirai-je de celles qui se vont bver dans les bains puMrea, et qui prostituent EUX yeux larscifs des corps consacrés à la padaif ? c«r lorsqu'elles s'esposeHt aihisî nues à la rue des hommes, ne fomentent-elles pas les passions déstoiiRètei? n'allomeat-eiles pas les
désirs de ceux qui les regardest? Cesl 4 eux, dites-vous, à voir ù quel dessein ils vienoent là, pour moi je ne songe qu'à me laver et à me rafraîchir. Mais c'est une mauvaise défense que cela, et qui n'excuse pas vôtre crime et voire effronterie* Un bain de cette sorte ne vous nettoie pas, mats vous salit encore davantage. Vous ne regardez personne inpudiqueraeat,à la bonne heure, mais l'on votis regarde impodiquement. Vos yeux ne sont point soaîUés d*OD plaisir inttme, mais le plaisir que vous donnez aux autres vous souille vous-même. Du bain vous faites un spectacle , et l'on ne voit point sur le théâtre de choses plus dés honnêtes que celles que vous y faites voir. Toute honte eu est bannie ; Ton y quitte la pudeur avec les habits, et des membres viciées deviennent en proie aux regards impudiques. Gomment donc poavez-vous être modeste et retenue parmi les hommes, après avoir eu la hardiesse de vous dépouiller devant eux ; c'est pour cela que l'Église pleure si souvent ses vierges, et qu'elle gémit de leurs actions mfâmes et détestables. Cest ainsi que la fleur de la virginité se perd, et que la gloire de la continence est profanée et déshonorée. Cest ainsi que Fennemi se glisse artificieusement, et que tandis que les vierges veulent se parer et aller où il leur plate, eDes cessent d'être vierges et sont corrompues pardes infamies secrètes. (Test ainsi qu'effes sont vetrres avant que d'être mariées; qu'elles souillent la couche, non d'nn mari, mais de Jésns^Christ, et que les supplices qu'elles S0Qfh*fat>nt seront proportionnés aux récompenses qu'dles anraîent reçues.
Écoutez-moi donc, vierges, cooiaie un boa père qui vous donne des avis sahrtaîres, et qui ne cherche que votre intérêt. Soyez leRes que Dieu qui vous a créées vous a faites ; soyee Celles que sa main vous a formées. N'altérez point les traits et les linéamens de votre visage. Ne percez point vos oreilles. Ne portez point de colliers, ni de bracelets, ni de chaînes d'or. Ne teignez point vos cheveux ; et faîtes que vos yeux soient dignes de voir Dieu. Ba^jne^voos avec celles de votre sexe. Évitez les assemblées pernicieuses des noces, et ces festins lasctft et dangereux. Puisque vous êtes vier|$e» et ne servez que Dieu seul, méprisez les vains omemcus des habits; surmontez les attraits de l'or» veus
DE LA CONDUITE PRESCRITE AUX VIERGES
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qui jmnDootez la diaîr et le monde. Car ne serait-ce (M» ane honte qu*éu»l vielorieme des cimeoiis les plus fort», vous fussiez vaincue par les plus faibles ? « La voie qui mène à la vie est étroites» ^ >« chemin qui conduit i la gMre est rode et difficile. Cest par ce chemin que marchent les martyrs , les vierges, et tous los justes. Évitez les chemins larges et spacieux, ils sont pleins d'appas et voluptés mortelles. Le diaUey flatte pour tromper, y cajole pour perdre, y carresse pour donner le coup de la mort. Les martyrs recueillent cent, et vous soixante pour un 2. Gomme donc les martyrs ne pensent plusà lachair ni au siècle, et ne combattent pas faiblement et lâchement, parce qo^ils combattent de puissans ennemis; que v6tre courage approche du leur, puisque vôtre récompense n*en est pas éloignée. On ne peut monter bien haut sans peine , et Ton n'atteint pas la cime des montagnes sans beaucoup de travail et de sueur; que sera-ce donc pour monter au ciel? Et néanmoins si vous considérez la récompense, le travail est infiniment au-dessous; car Notre-Seigneur promet rimmortalité, la vie éternelle, et le royaume à ceux qui persévèrent. Demeurez donc fermes dans votre état, puisque c'est un état qui demeurera toujours. Voulez-vous savoir de quels maux la continence est exempte et les avantages qu'elle possède? a Je multiplierai, dit Dieu à la femme, vos peines et vos souffrances : vous enfanterez avec douleur et serez soumise à vôtre mari, et il aura empire sur vous^ d Vous n'êtes point sujettes à cet arrêt, et vous n'appréhendez point les douleurs et les gémissemens des femmes. Vous n'avez point un mari pour maître, mais Jésus-Christ même qui est votre Seigneur et votre tète , et avec qui voua partagez vos biens et vos maux. Noire-Seigneur dit dans l'Évangile : «Les enfans de ce siècle engendrent et sont engendrés; mais ceux qui mériteront d'a^ voir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne se marieront point, car ils ne pourront plus mourir , d'adtant qu'ils deviendront égaux aux anges ; comme étant enfans de la résurrection \]> Vous avez déjà commencé d'être ce que nous serons un jour. Vous possédez dès ce monde la gloire de la résurrection, et vous passez par le siècle sans vous souiller de la
« Maob.. 7» 14. — • Ibid., 23, «.
^3, la — «Luc,ao,5i
corruption du siècle. Lorsque Vous demeurez chastes et vierges, vous êtes égales aux anges de Dieu; tâchez seulement de conserver entière votre virginité , et d'achever avec constance ce que vous avez commencé avec courage. Ne recherchez point les ornemens des habiti, mais des mceurs. Comtemplez Dîeu et le cid; et après avoir porté vos yeux si haut, ne les abaissez pas pour regarder hi terre. La première ordonnance de Dieu a été d'engendrer et multiplier, mais la seconde exhorte à la continence^ Lorsque le monde venant d'être créé était désert, il Allait se marier pour le peupler; mais maintenant qu'il est peuplé, cenx qni peuvent garder la contfnence se font eunuques pour gagner le royaume des cieux K Notce-Seigneur ne le commande pas, mais y exhorte ; et ce n'est pas une nécessité qu'il nous impose, puisqu'il laisse cela k notre liberté. Mm comme il dit fu'ï y a plusieurs demeures dans b maisim de son Père, il nom montre les meilleures , elee sont ceUe^lè où vous voulez aller ; car vooa ne retranchez les désirs de la chair qu'afia d'obtenir dans le del une gloire plua grande. Tons ceux qui reçoivent la grâce du baptême s'y dépouillent dn vieil homme, et renouvelés par le Saioit-Eaprit y prennent une seconde naissance pins pve que la première. Mais I'ob peut dire que voua y renoncez ploa véritablement et phis saintement que les antres, puisque toua lea désîft de la chair sont morts dana vous, et qu'il n'y est demeuré que ceux de l'esprit et de la vertn pour vous élever à la gloire. Le saint spùlre que Notre-Seigneur a nommé un vaisseau d'élection et qu'il a envoyé publier sa parole, dit : «Le premier homme a été tiré de U terre, et le second est descendu du cieL Ceux qui sont terrestres ressemblent à rhomme tenestre , et ceux qui sont célestes sont semblabks aussi â rhomme céleste. Comme donc nons avons porté Timage de eetui quia été prisdela terrt^ portons aussi l'image de celui %hî nsoo origme dans te ciel^. BLa virginité portecette image; la diasteté la porte; la sainteté et la vérité la portent ; et enfin ceux-là la portent qui se souviennent des ^ commandemens de Dieu, et qui ont sa crainte ^vant les yeux, qui sont justes, religieux^ ternes en la foiyhttmbles^doiaypatieHs, char
« Genèse J, 28. -• Matth., m 21 -• Corn l«. 47.
rit«bles,et qui conservent Fanion et la paii avec leurs frères. Ce sont là des choses que vous devez aimer et accomplir, vierges saintes, qui , ne vous occupant que de Dieu et de Jésus-Christ, marchez devant les autres comme la plus grande et b meilleure part du troupeau, et les menez au Seigneur à qui vous vous êtes consacrées. Vous donc, comme les plus âgées, servez de maltresses aux plus jeunes; et vous qui êtes plus jeunes,
SAINT CYPRIEN
assistez vos anciennes , et donnez exemple i voi pareilles. Animez -vous Tune Tautre par des exhortations mutuelles , et qu'il y ait entre vous une émulation de vertu et de bonnes enivres pour arriver à la gloire. Prenez courage, persévérez jusqu'à la fin, et fournissez heureusement votre carrière. Tout ce que je vous demande c'est que vous vous souveniez de nous lorsque vous aurez reçu la récompense de la virginité.
DE L'ORAISON DOMINICALE
Les préceptes de l'Évangile, mes très-chers frères , ne sont autre chose que des enseignemens divins, les fondemens de notre espérance, les appuis de la foi, la nourriture du cœur, des guides pour nous conduire, des secours pour nous sauver; car tandis qu'ils instruisent sur la terre les esprits dociles des fidèles, ils les mè^ nent au royaume des cîeux. Dieu a voulu que les prophètes ses serviteurs dissent plusieurs choses de sa part, et qu'on les écoutât : mais combien plus grandes sont celles que son Fils même dit : que la parole de Dieu qui a parlé dans les prophètes nous fait entendre de sa propre bouche, ne commandant plus qu'on prépare la voie pour le recevoir quand il viendra, mais venant lui-même et nous la montrant, afin qu'après avoir langui si longtemps dans les ténèbres de la mort , éclairés de la lumière de la grâce, nous marchions sous sa conduite dans le chemin de la vie I Or entre les divins enseignemens qu'il a donnés à son peuple pour son salut, il lui a aussi donné une forme de prière , et luimême nous a instruits de ce que nous lui devons demander. Celui qui nous a donné la vie nous a aussi appris à prier, par cettemême bonté par laquelle il nous a comblés de tant d'autres biens, afin que nous servant de la prière du Fils pour parler au Père, le Père nous accorde plus aisément ce que nous lui demanderons. Il avait prédit que le temps approchait >, que les
* Jean, ^ 23.
vrais adorateurs adoreraient le Père en esprit et en vérité, et il a accompli sa promesse; car après avoir reçu l'Esprit et la vérité par la sanctification de sa grâce, nous l'adorons aussi vraiment et spirituellement par la prière qu'il nous a laissée. En effet, peut-il y avoir une prière plus spirituelle que celle qui nous a été donnée par celui-là même qui nous a donné le Saint-Esprit Pet peut-on adresser au Père une prière plus véritable que celle qui est sortie delà propre bouche du Fils qui est la vérité même^ Ce n'est donc pas seulement une ignorance, mais une faute de prier autrement qu'il nous l'a enseigné, puisqu'il reproche aux Juifs dansTÉvangile de rejeter le commandement de Dieo pour établir leur tradition 3. Prions donc, mes très-chers frères, comme notre maître et notre Dieu nous l'a appris. C'est une belle et agréable prière que celle que nous adressons à Dieu comme venant de lui ; que celle qui frape ses oreilles par des paroles que Jésus-Christ luimême a formées. Que le Père reconnaisse les paroles de son Fils quand nous le prions; que celui qui habite dans notre cœur soit lui-même sur nos lèvres; et puisque c'est lui qui intercède auprès du Père pour nos péchés', lorsque nous prions pour en obtenir le pardon , servons-nous des paroles de notre intercesseur^. Car puisqu'il nous asssure que le Père nous accordera tout ce
«Jean, 11,6. — * Mare, 7. S, •Jean, 2, 1.-«/6iU, 16.22.
DE L'ORAISON DOMINICALE
que nous lui demanderous en son nom, combien nous raccordera-t-il encore plutôt si nous ne le lui demandons pas seulement en son nom, mais par ses paroles mêmes <? Au reste quand nous prions , que ce soit avec beaucoup de respect et de retenue. Songeons que nous sommes en la présence de Dieu, et que nous lui devons plaire aussi bien par notre contenance que par le ton de notre voix. Ce serait une espèce d'impudence de crier extrêmement haut en priant , mais il le faut foire modestement. Aussi Notre-Seigneur nous commande de prier en secret et en des lieux retirés conune dans une chambre^, parce que cela convient mieux i la foi, et que nous devons savoir que Dieu est présent par tout, qu'il nous entend et nous voit tous, et qu'il remplit de sa majesté les lieux les plus cachés, suivant ce qui est écrit : «Je suis un Dieu proche et non un Dieu éloigné. Quelque caché qu'un homme puisse être, pensez- vous que je ne le voie pas.^ Ne remplis-je pas le ciel et la terre 3?»Et ailleurs:«Les yeux de Dieu contemplent par tout les bons et les méchans^.» Ainsi lorsque nous nous assemblons pour célébrer les divins sacrifices avecl'évèque, souvenons-nous d'être retenus , et de ne pas faire un bruit confus de voix tumultueuses, au lieu d'adresser modestement nos prières à Dieu. Car il n'écoute pas la voix, mais le cœur ; et il n'est pas besoin de réveiller par des clameurs celui qui voit les pensées des hommes, comme l'Écriture nous le témoigne : « Pourquoi , dit Jésus-Christ, pensezvous du mal dans vos cœurs^?» Et. en un autre endroit : «Toutes les Églises sauront que c'est moi qui sonde les reins et les cœurs^. » Aussi nous voyons , au premier livre des rois, qu'Anne qui était la figurede l'Église en usa ainsi; et qu'ellene priait pas Dieu d'une voix haute et éclatante, mais tout bas et modestement dans le secret de son cœur. Sa prière était cachée, mais sa foi était visible. Elle priait non de la bouche, mais du cœur, parce qu'elle savait bien que Dieu entend ceux quile prient de la sorte. Aussi obtint-elle cequ'elle demandait, parce qu'elle le demandait avec foi. L'Écrituresainteen rend témoignage : aEllepar^ lait, dit-elle, dans son cœur, et elle remuait les lèvres, maisonn'entendait pointée qu'elle disait, et Dieu l'exauça 7.» Nous lisons aussi dans les
« Jeao, !«, 23.- » Maltb.,6, 6.-» Jér., 23, 23.- * Prov., H3.-»Luc,«,22,-*Apoc,2,23.-U.Roif,l,23. I
psaumes : «Parlez en vous-mêmes et sur votre lit, et soyez touchés de regret K d Le Saint-Esprit nous enseigne la même chose par le prophète Jérémie lorsqu'il dit : «Il vous faut adorer Dieu en esprit 2. » Or quand nous adorons Dieu, mes très-chers frères , il faut nous souvenir de quelle manière le publicain priait dans le temple. Il ne levait pas impudemment les yeux et les mains au ciel, mais frappant sa poitrine et se reconnaissant coupable, il implorait la miséricorde de Dieu. 11 n'imita pas le pharisien qui avait de la complaisance en lui-même ; mais sans se confier de son salut en son innocence, parce qu'il n'y a personne d'innocent devant Dieu, il confessa humblement ses péchés; et Dieu qui pardonne toujours aux humbles, Texauça. C'est ce que Notre -Seigneur déclare lui-même dans son Évangile : c Deux hommes montèrent au temple pour y adorer Dieu, dont l'un était pharisien et l'autre publicain 3. Le pharisien se tenant debout priait ainsi en lui-même : Mon Dieu , je vous rends grâces de ce que je ne ressemble pas aux autres hommes qui sont injustes, voleurs, et adultères comme ce publicain-ci. Je jeune deux fois la semaine, et je donne la dime de tout ce que je possède. Le publicain au contraire, se tenant bien loin, n'osait pas seulement lever les yeux au ciel, mais frappait sa poitrine, disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis pécheur. Je vous déclare , dit le Fils de Dieu, que celuici s'en retourna chez soi plus justifié que l'autre; parce que quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera élevé.»
Après avoir appris, mes très-chers frères, comment nous nous devons approcher de Toraison, apprenons maintenant du même maître ce que nous y devons demander : «Vous prierez ainsi, dit-il : Notre père qui êtes dans les cieux , que votre nom soit sanctifié, que votre royaume arrive , que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel; donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien, et remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous doivent, et ne souffrez pas que nous succombions à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-iH.Dll faut considérer premièrement que le docteur de la pair et le maître de l'unité ne veut pas, quand on prie, qu'on prie seulement
I P». 4,6.- ■ Bar.,6,6.--» Luc, 1$, 10.-.«Mslili.,6;9,
SAINT CYPRIEN
pour m. Car noùè ne disool paé : «Mon père qui êtes dans tés cieut,» ni : « Donnêz-mo! àujourdliiii inôn pain;» et ainsi dii reste. Notre f>Hère est ùné prière publique et commune, et quand iitfuè pHonâ, ce fi'est pas pour iin seul , mais pour tout le peuple, pàitè que tout lé jpenple fldèié ùe forfnè qu'iiù corps. Le Diëù de k paix et lê maître de la concordé qui hùui a si fort recommandé Funion , à voulu qu'un seul priât pour tous , de même qu'il nous a tous |)ortés en liii Seul. Leé trois enfans de Babylone |iràtiquèrent cette façon de prier dans la fourbaise , et y gardèrent celte union d'esprit. C'est ce que rÉcriturë sainte témoigne; et en même temps qu'elle nous rapporte ce que ces saints ont feit , elle nous donne un elemple de ce que nous devons faire pour devenir semblables à èuï. «Alors, ditrËcritiire, tous trois comme d'une même bouche chantaient un hymne et bénissaient të Seigneur^ » Us priaient comme d'une même bouche , quoique Jésus-Christ fait homme ne leur eût pas encore appris â prier; et parce que leur prière était simple , spirituelle , et animée d'un esprit de paix , elle Fut trèsèfficace, et mérita de leur faire obtenir de Dieii ce qu'ils demandaient. C'est ainsi qiie nous voyons que les âpAtres et ieS disciples prièrent après l'ascension de Notre-Seigneur. «Ils persévéraient tous unanimement dans la prière, dit l'Écriture, avec les femmes, et avec Marie, Inère de iésns et ses frères '. » Ce qui montre quelle était la forveur et l'union de leurs prières. Aussi « Dieu qui fait habiter dans une même maison ceux qui sont bien nnis en^mblé^, » he reçoit dans ses demeurés éternelles que ôeux dont la prière est animée d'un même esprit. Mais que de mystère^ contient l'oraison dominicale, mes très^hérs frères ! qu'Us sont grands et ffconds'en verta quoique courts en paroles I car nous ne pouvons lien demander A Dieu dans nos prières qui ne soit compris en abrégé dan$ ëette prièf^è céleste.
«Prieî ainsi, dit Notre-Seigneur : ÎVotre père ,qul êtes dans les cieux^.» L'homme nouveau relie dahft te baptême et rendu i son Dieu,l'appèlle d*ab0rd ton père , parce qu'il est déjà soin enfattt «Il est venu chez soi , dit ÈtàtA Jean, et lès siens ne Totit point feçu: mài$ il a donné à
. * Danid, 3,61. — «Act, 1,14.— • Psaume 07, &
tous ceux qui l'ont reçu et qui croient en son hom le pouvoir de devenir enfans de Dieu ^. » Celui donc qui , par sa foi en Dieu, est devenu son fils doit commencer par lui en rendre grâce; en professant publiquement ce qu'il est et l'appelant son père. Et en disant qu'il est < dans les cieux, » il témoigne, par ces premières paroles qu'il profère après sa naissance divine , qu'il a renoncé à son père charnel , et qu'il ne connaît plus d'autre père que celui ^qui est dans les cieiix. C'est de cette sorte qu'il justifié cette parole de l'Écriture : «Ceux qui disent à leu^ père et à leur mère : Je né vous connais point; et à leurs enfans : Je ne sais qui vous êtes; gardent vos préceptes et vos ordonnances^. » Notre-Seigneur aussi nons défend dans l'Évangile d'appeler personne notre père sur la terre, comme n'ayant qu'un père qui est au cieP. Et il répondit à ce disciple qui lui disait que son père était mort: «Laissez les morts ensevelir leurs morts ^,» pour nous apprendre que le père des fidèles est toujours vivant. Mais nous ne l'appelons pas seulement le père qui est dans tes cieux , nous ajoutons : « Notre père, » c'est-àdire le père de tous ceux qui croient , de Cent qui sanctifiés par lui et renouvelés par la naissance spirituelle du baptême commencent i devenir ses enfans. Cette parole est un arrêt contre les Juifs, qui n'ont pas seulement mé* prisé , mais fait cruellement mourir le Christ , qui leur avait été annoncé par les prophètes , et qui leur a été envoyé avant tous les autres ; car ils ne peuvent plus nommer Dieu leur père , puisque Notre-Seigneur les a confondus quand il leur a dit : «Cest le diable qui est votre père, et vous ne demandez qu'à faire ce qil'il aime ; car il a été homicide dès le commencement , et il n'est point demeuré dans la vérité, parce que la vérité n'est point en lui ^. » Et IMeu indigné crié par le prophète Isaie : «J'ai engendré des enfans; je les ai agrandis, et ils m'ont méprisé. Un bœuf connaît celui à qui il appartient; un âne connaît l'étable de son maître, et Israël ne m'a point connu ; mon peuple ne sait qui je suis. Malheur à cette nation criminelle , à ce peuple chargé de péchés. C'est une race corrompue; ce sont des enfans scélérats, ^ous
» Jean, 1, 11. — • Deui., 3, ».
• «atUi, 23, 19. -< Ibid.,», 22. - • Jeift, S, M