SONT TOMBÉS
devant les idoles, en ce qu'il n'a point profiiné la sainteté de la foi aux yeux d'un peuple qui s'en moque , en ce qu'il n'a point souillé ses mains ni sa bouche par des sacrifices funestes et des viandes criminelles. Cela peut rendre sa faute •moindre, mais cela ne le peut pas rendre innocent. Cela lui peut faire obtenir plus aisément le pardon de son crime , mais cela ne le peut pas exempter de crime. Qu'il ne cesse donc de faire pénitence et d'implorer la miséricorde de Dieu, de crainte que ce qui manque à la qualité de son crime ne soit suppléé par sa négligence à y satisfaire.
Que chacun donc, mes très^iiers frères, confesse sa faute, pendant que cdni qui a failli est encore au monde , pendant qu'on peut recevoir sa confession, pendant que sa satisfaction et la rémission qui lui est donnée par les prêtres peut être agréable à Dieu. Convertissons-nous à Dieu de tout notre cœur; et témoignant par un véritable regret que nous nous repentons sincèrement de noire crime, tâchons d'attirer sur nous sa miséricorde. Que l'âme s'humilie devant lui, qu'elle le satisfasse par une vive douleur, et qu'elle mette toute son espérance en sa bonté. Lui-même nous apprend comment nous le devons prier, lorsqu'il dit : «Retournez à moi de tout votre cœur par les jetmes, par les larmes, et par les soupirs, et déchirez vos cœurs et non vos vêtemens ^ > Retournons donc à Dieu de tout notre cœur, et tâchons de l'apaiser par nos jeûnes, nos gémissemens et nos larmes , comme lui-même nous avertit de le faire. Peut-on croire que celui-là s'afBige de tout son cœur, et qu'il implore la clémence de Dieu par des jeûnes , des soupirs et des larmes , qui du jour qu'il a commis le crime n'a cessé de prendre le bain tous les jours , de se traiter tous les jours splendidement, de s'emplir de vin et de viande avec excès sans faire la moindre part de ses biens aux pauvres ? Comment celui-là pleure-t-il sa mort qui porte toiûours de la gaieté sur son visage? 11 est écrit: «Vous ne couperez point votre barbe^;» et lui pince la sienne et se farde ; et il tâche de plaire aux hommes, tandis qu'il déplaît à Dieu. Cette femme-là gémR-elle, qui peut bien songeràse vêtir superbement, et qui ne songe point qu'elle a perdu Jésus -Christ dont elle était
«Jsii,ia-*UTit|ia
SAINT CVPRIEH.
revêtue? qui se pare d'omemens précieux et de riches coHiers , et qui ne pleure point la perte qu^elle a faite des ornemens célestes et divins? Vous avez beau vous vêtir d'étoffes de pourpre et de soie, vous êtes nue. Vous avez beau vous couvrir de perles et de diamanl, sans les beautés de Jésus-Christ vous êtes laide. Vous qui peignez vos cheveux et vos sour* cils, quittez au moins ces vanités pendant le temps de la douleur et des larmes. Si vous aviez perdu quelqu'un de vos amis, vous ne feriez que gémir et pleurer, vous changeriez d'habit , vous ne prendriez aucun soin de vousmême, la iristesse serait peinte sur votre visage, et enfin vous donneriez des marques de votre affiietion. Vous avez perdu votre Ame , misérabie que vous êtes , vous êtes morte spintodlement , vous portez votre tombeau , vous survivez à vous-même, et vous ne fondez pas €11 lames, vous ne remplissez pas l'air de vos eris et de vos plaintes 1 Ne devriez-vous pas vous cacher sinon par regret, au moins par honte? Ce dernier crime est plus grand que le premier, de ne vouloir pas satisfaire pour son crime, de ne pas pleurer son péché. Ces îlkistrea enftnsde Babylone, Ananias, Âzarias et Misaêl , ne purent être empêchés par les flammes d'une fournaise ardente de faire la confession de leurs fautes à Dieu; et quoique leur conscience leur rendit un témoignage si avantageux, «t que la crainte de {>ieu et leur (m eftt souvent mérité de recevoir de loi des grâces partioulières , ils ne laissèrent pas néanmoins de conserver rbumiiité, et de satisfaire A sa justice au milieu de leur trion^he même, c Azarias étant debout, dit l'Écriture, priait et fiûsak «ne confessioD de ses feules à Dieu avec ses compagnons au mHieu de la fournaise K» Daniel de même, après avoir donné tant de preuves de sa foi et de son innocence, après tant de feveurs signalées qn'U avait reçues de Dieu, ne laissait pas de têcher de se le rendre fevoraUe par ses jeûnes, de se rouler dans la cendre, de lui confesser ses fautes avec un vif sentiment de douleur , et de dire : a Seigneur , qui êtes ua Dieu puissant, fort et terrible, qui gardez votre alliance et fekes miséricorde à û^oK qui vous aimeat et fuî gardent vos
oommandemens, nous avons péché, nous avons commis un grand crime, nous avons été des impies, nous avons violé etabandonoé votre loi et vos ordonnances, nous n'avons point écouté les prophètes vos serviteurs qui ont parlé en votre nom à nos rois, à toutes les nations, et à toute la terre. A vous. Seigneur, la gloire et la justice, et à nous la confosion ^ » Des hommes doux, simples et innocens ont (ait toutes ces choses pour fléchir la majesté de EMeu , et des criminels qui pnt reqié leur Seigneur refusent de lui faire satisfaction ! Je vous prie, mes frères, suivez de meilleurs conseils, recevez les remèdes salutaires qu'pn vous présente. Joignez vos larmes et vos géipissemens aux nôtres. Nous vous prions que nous puissions prier Dieu pour vous, et nous nous adressons h vous avant que de nous adresser à lui pour vous-mêmes. Faites une pleine et entière pénitence, donnez des marques d'un cœur vraiment touché, et ne soyez point émus de l'erreur ou de la stupidité de ceux qui, étant coup2(}ries d*un si grand crime, sont si aveugles que de ne point voir ni pleurer leurs feutes. Cet aveuglement est une plaie plus grande que la première dont Dieu les frappe dans son indignation, suivant cettcf parole : cDieu leur a donné un esprit d'assoupissement >.» Et cette autre de saint Paul : «Ils n'ont pas aimé la vérité qui les eftt sauvés, c'est pourquoi Dieu leur enverra un esprit d'erreur, afin qu'ils croient au mensonge , et que tous ceux qui n'ont point cra à la vérité et qui se plaisent dans l'injustice soient condamnés '. » Ce sont donc ceux qui ont une fausse complaisance pour eux-mêmes, et qui sont dans l'assoupissement et dans l'erreur qui méprisent les oommandemeoa de Dieu, qui négligent les remèdes de leurs plaies, qui ne veulent pas faire pénitence : Imprudens avant que de commettre le crime, opiniâtres après ravoir commis ; faibles devant leur faute, et orgueilleux après. Lorsqu'ils se devaient tenir debout ils sont tombés par terre; et quand ils se devraient coucher par terre pour demander miséricorde à Dieu , ils se croient encore debout. Ils se sont donné la paix à euxmêmes; et séduits par de vtmes promessea, ik
»DHfai,0,4.-«lnie,sa.
•Tteis.,2, 10.
DE CEUX QUI SONT TOMBES
se joignent à des apostats^ et pj^nneQt rerrenr pour la vérité. Ils s'iiuagineot que la communion est bonne avec ceux qui ne sont pas dans la comoMUiîoii , et apiiËs n'avoir pas plvtôt voulu croire Dieu que les hommes , ils croient plutôt les hommes que Dieu. Fuyez ces gens-là autant que vous pouvez. Prenez bien garde de n'avoir point de commerce avec eux. Leurs discours gagnent comme un chancre; leurs entretiens sont contagieux; et leurs paroles empoisonnées sont pliM morUUes que la pélrsécution même. Après la cbutt, il ne tmt plus que la pénitence pour satisfaire à Dieu. Or ceux qui étent la pénitence ruiaent la MtisfiietioD ; et ainsi il arrive que , tandis que quelques penoimes sont assez téméraires pour promettre on pour eroire une fausse réoiissioa, on 6te l'espéranee de it véritable. Mais quant à ;ous, ipes très-chers frères, qui avez encore la crainte de Dieu , et qui , bien que blessés de plaies mortelles , sentez votre mal et considérez vos pécliés avec douleur, reconnaissez que vous avez commis un grand crime, et ouvrez les yeux de votre cœur pour en découvrir rénormité, sans désespérer de la miséricorde Âd Dieu, ni vouloir en exiger le pardon dès cette heure. Autant Dieu est bon comme père, autant ii est terrible comme juge. Que nos larmes soient proportionnées à nos fautes. Une plaie profonde ne se peut guérir qu'avec beaucoup de soin et de temps, et il n'est pas just« quels pénitence soit moindre que le crime. Pensez-vous pouvoir sif^t fléchir le Seigneur après ravoir reaié lâchement, aprts lui avoir préftré un peu de bien, après avoir violé son temple? Pensez -vous qu'il vous panlonner« aisément,aprè8 Tsvoir désavoué pour votre Dieu? il faut le prier sans relâche, passer les jours et lespHts â fleurer et k soupirer, coucher dan$ la ceadDe, se couvrir d'un ciiice. Après avoir perdu Jésus-Christ, ce riche et précieux vêtement de Tâme , iJ ne faut plus désirer d'autres vètemens. Après avoir mangé des viandes du diable, il ne faut plus aimer que le jeàne. fi faut s*occuper aux bonnes œuvres pour laver ses péchés, il but foire beaucoup d'aumùnes pour délivrer S09 âme de la mort. Donnons â Jésus- Christ at que nous donnions auparavant â noitû nivenam, H n'aioums ni ne gardons des ri? ehesses qui n'ont servi qu'à nous tromper et â
nouf ymfffr ^^^mém «M^ JWn «oome
I PQtjre çpnei»i« fsqrons-le comme m larron, craignons-le comme une épée et le vendons. Qu'il ne nous serve que pour racheter notre erime. Faison9-end'amplesaupnènes;emplor9nsle tout à guérir nos plaies; donnons-le à intérêt au Dieu qui nous doit juger. C'est ainsi que la foi a fleuri sous tes apôtres. C'est ainsi que les premiers chrétiens ont observé les préceptes de Jésus-Christ. Us étaient charitables, ils étaient libéraux^ ils donnaient tout leur bien à distribuer aux apAtres, et cependant ce n*était pas pour racheter de semblables crimes. Si vous priez de tout votre C6nir, si vous êtes outré de douleur comme le devrait être un vrai pénitent, si vous tâchez d'obtenir de Dieu le pardon de votre faute , par une pratique continuelle de bofflses enivres, il pourra avoir pitié de vous, lui qui vous a fait espérer sa misérieorde lorsqu'il a dit : «Quand vous tournant vers moi , vous gémirez, alors vous serez sauvé, et vous connaîtrez où vous étiez ^9 Et encore : «le ne veux pas la mort de celui qui meurt, mais qu'il se convertisse et qu'il vive 3. » El le propliète Joël nous déclare la bonté de Dieu par des paroles que Dieu même adresse aux pécheurs : «Retournez, dit-il, au Seigneur notre Dieu, car il est doux, clément, patient, et extrêmement bon, et il révoque quelquefois les arrêts de sa justice 3. » H peut Mre grâce aux coupables et révoquer ses arrêts. Il peut pardonner misérkordieusement â celui qui se repent, qui fiut de bonnes œuvres, et qui le prie. B peut avoir égard â ce que les martyrs demandent, et â ce que font les prêtres pour ces sortes de pémtens. Ou même, si quelqu'un le touche davantage par ses satisfactions, s'il apaise son indignation par l*ardeur de ses prières, il donnera de nouvelles armes, et des forces nouvelles pournanimer sa foi. Ce soMac retouroem aucoinbat , rentrera dans la mèiée, provoquera l'enoeou, et le regret d'avoir été vaincu le «ndra phis fort pour remporter la vielaire. Celui qui satisfera ainsi au Seigneur, et qui animé par la honte et le rep^entir , tirera de sa chute même, avec l'aide de Dieu, un nouveau s^îet de eourage ^et de foi , r^iouira autant rËgKse 4ura ra«nic attrislé^, et ne méricen pas aeaiamsnt le panian, mais la
f lMÊà.m.^*M4^V,4é.êt,9t^^m,é,Êk
SAINT CYPRIEN
DES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES
ÉCRIT m 264.
Les grâces que noos avons reçues de Dieu et de Jésus-Christ sont grandes, mes très-chers frères ; car le Père étemel a envoyé son Fils pour nous racheter et nous redonner la vie; et le Fils de Dieu a bien voulu devenir enfant de llionune pour nous faire enfans de Dieu. 11 s*est humilié afin de nous relever lorsque nous étions oottdiés par terre. Il a été couvert de plaies afin de guérir les nôtres. Il s'est fait esclave pour nous tirer de Tesdavage. Il a souffert la mort pour nous donner l'immortalité. Ces faveurs sont grandes et signalées. Mats quelle est cette bonté par laquelle ne se contentant pas d'avoir racheté Thomme, il lui donne encore les moyens de se sauver? Car Notre-Seigneur ayant guéri en venapt au monde les blessures àOkdam, et les morsures du serpent notre ancien ennemi, il donna une loi à Thomme ainsi guéri, et lui commanda de ne plus pécher de peur qu'il ne lai arrivât quelque plus grande disgrâce ^ Ce commandement, d'un c6té, nous liait et nous obligeait de conserver notre innocence recouvrée; mais notre faiblesse, de l'autre, nous en rendait inca|>ables, si la bonté de Dieu venant encore à notre secours ne nous eût ouvert un moyen pour le faire, en nous montrant les oeavres de justice et de miséricorde , pour purifier par là toutes les souillures que nous pouvions contracter ensuite. C'est ce que le Saint- Esprit témoigne dans l'Écriture : «Les péchés, dit-il , sont lavés par la foi et par les aumtoes 3. » Ce qui ne se doit pas entendre des péchés contractés avant le baptême, car ceux-U ont été effacés par le sang de Jésus-Christ L'Écriture dit encore : « Comme Peau éteint le feu ainsi Faumône efface les péchés'.» Cest-à-dire que comme l'eau du baptême étemt le feu de l'enfer, les anmAnes et les bonnes ceuvres servent à
« Jm,5, 14. - • Pior^ M, V|«i|celéiiait,8^ 33.
remettre les péchés ;«et que comme nous en avons une fois obtenu le pardon dans le baptême , la pratique continuelle desceuvresde miséricorde renouvelle en quelque sorte la vertu de ce sacrement, et nous fait encore obtenir la même grâce. Cest ce que Notre^igneur Dons enseigne dans l'Évangile. Car comme oa reprenait ses disciples de ce qu'ils mangeaient avant que d'avoir lavé leurs mains, il répondit : «Celui qui a fait dedans a fait aussi dehors; mais«donnez FaumAne et toutes choses seront pures pour vous ^» Par où il fait voir que ce n'est pas les mains, mais le cœur qu'il fiiat nettoyer; et quj Ton doit avoir plus de soin de purifier les taches du dedans que du ddiors, parce que l'esprit ne saurait être pur qoe le corps ne le soit ausii.* Mais il ajoute en même ' temps que le moyéh de nous purifier, c'est de f^ire FaumAne. Un Dieu miséricordieux enseigne â Elire miséricorde; et songeant i oonserver ceux qui lui ont coûté si cher â racheter, il leur apprend comment ils peuvent se laver des fautes qu'ils-tiommettent après le baptême. Reconnaissons donc, mes très-chers frères, la grandeur de ce bienfait, et puisque nous ne nous aurions empêcher de recevoir ici quelques blessures, employons au moins ces remèdes pour les guérir. Et que personne ne se rc|Mise tellement sur sonlnnocence,qu'il s'imagine n'en avoir point besoin. Il est écrit : « Qui osera se glorifier d'avoir le cœur chaste, ou d'être exempt de péché^P» Et saint Jean, dans son épttre : « Si nous disons que nous smnmes sans péché, nous nous trompons nous-même, et la vérité n'est point en nous ; maissi nous confessons nos péchés, le Seigneur est fidèle et juste, et a nous les pardonnerai» Si donc personne n'est exempt de péché, et que ce soit on oqpMl oo
Htte,tl,43.«»»Pref.,«,».*-M.iisM, 1,1.
DES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES
âne folie de le prélsndrey ne devons-nous pas bien remercier Dieu de nous avoir fourni des moyens pour nous en purifier? Car il n'a jamais cessé dans les Ëcritures saintes «tant anciennes que nouvelles, d*exciter son peuple aux ceuvres de miséricorde, et le Saint-Esprit y commande partout à ceux qui aspirent au royaume du ciel de faire des aumônes : « Criez de toutes vos forces, dit-il à Isale, et ne vous y épargnez point. Faites retentir voire voix comme une trompette, et prêchez hautement à mon peuple ses péchés, et à la maison de Jacob ses crimes^» Et après leur avoir reproché leurs péchés et leurs abominations, et déclaré qulk avaient beau prier, jeûner, se coucher dans la cendre et dans le cilice, que tout cela n'apaiserait point la colère de Dieu, il leur (bit entendre pourtant à la fin qu'ils le pourraient fléchir par leurs aumônes : « Faites part de votre pain, jûoute-t-il, à celui qui a faim, et recevez chez vous les pauvres qui n'ont point de retraite. Habillez ceux qui sont nus, et ne méprisez point ceux de votre nation; et alors votre lumière éclatera tout d'un coup comme celle de l'aurore, et vous serez paré de riches omemens, la justice marchera devant vous , et une splendeur divine vous environnera : alors , vous n'invoquerez pas plutôt le Seigneur qu'il vous exaucera, et vous parlerez encore, qu'il dira : Me voici ^ ! » Dieu lui-même nous enseigne les moyens de Fapaiser, qui sont les aumônes. C'est ce qui fait dire à Salomon : « Mettez votre aumône dans le sein du pauvre, et elle vous obtiendra de vous délivrer de tout mal 3. » Et encore : « Celui qui se bouche les oreilles pour ne point ouïr les cris du pauvre criera lui-même à Dieu, et ne sera point écouté *. » Car celui-là se rend indigne de la miséricorde de Dieu, qui ne fiait pas miséricorde; et il se ferme la porte de sa bonté, parce qu'il ferme son cœur aux prières des misérables. Le Saint-Esprit témoigne encore la même chose dans les psaumes : « Bienheureux, dit-îl , oelui qui pense aux besoins du pauvre et de l'indigent, le Seigneur le délivrera dans le mauvais jour^.» Daniel se souvenait de ces préceptes lorsque le roi Nabuchodonosor étant effirayé d'un mauvais songe, il lui donna ce remède pour détourner les malheurs dont il le mena-
Msaié, 58, 1. — • Ibid.J. - « Eeclét., », 15.
çait : a Que Votre Majesté, dit-il, suive mon conseil : rachetez vos péchés par des aumônes, et vos injustices par des actions de charité, et Dieu vous pardonnera vos offenses ^ » A quoi ce roi nV^nt pas voulu obéir, il tomba dans les calamités que son songe lui présageait, et qu'il aurait pu éviter s^il eût racheté ses péchés par des aumônes. L'ange Raphaël dans Tobie con* firme aussi la même chose , et exhorte à faire l'aumône gaiement et libéralement : «La prière, dit-il, est bonne avec le jeûne et l'aumône, parce que Paumône délivre de la mort et efface les péchés K » Il témoigne par là que nos oraisons sont moins puissantes lorsqu'elles ne sont pas aidées des aumônes. Il nous apprend que ce sont les aumônes qui rendent nos prières efficaces , qui nous garantissent des dangers, qui délivrent nos âmes de la mort. Ce que vous ne devez pas considérer, mes très-chers frères, comme une explication que je donne de moimême aux paroles de l'ange , puisque les Actes des apôtres rapport ent^ une histoire qui justifie que l'aumône ne délivre pas seulement de la seconde mort de Tàme, mais aussi de la première. Car une femme nommée Tabiihe qui s'adonnait à faire des aumônes et de bonnes œuvres étant morte, on alla aussitôt quérir saint Pierre, qui, rempli d'une charité apostolique, vint sans différer. Les veuves l'environnèrent en pleurant, et lui montrèrent les robes et les habits que la défunte leur avait donnés, ses actions priant pour elle plutôt que leurs paroles. Saint Pierre crut qu'on pourrait obtenir ce qu'on demandait de la sorte, et que Jésus- Christ ne manquerait pas d'exaucer des veuves en la personne desquelles lui-même avait été vêtu. S'étant donc mis à genoux, et ce puissant intercesseur ayant offert au Seigneur les prières des veuves et des pauvres, il se tourna vers le corps qu'on avait d^à lavé et étendu sur un ais, et dit : «Tabithe, levez-vous au nom de Jésus- Christ^;» et celui qui avait dit dans l'Évangile^ qu'on obtiendrait tout ce qu'on demanderait à Dieu en son nom , ne manqua pas à saint Pierre en cette rencontre et l'exauça sur-le-champ. Ainsi la mort fut arrêtée, et l'àme retourna dans ce saint corps au grand étonnement de tout le monde, tant les œuvres de charité sont puis*
* Daniel , i 24. — • Tobie, 13, 1& » AcUM, 9, 36. — * IbM., 9, 40. - » Jean, 14, 13,
S4INT CTPRIBN.
p^ et céte ^i «vait fiiit firre ce» paairtt ,veu«Bt ptr ils W>éi«lilfe nfonnv la vie p«r le ■io:feD de leort prières. Anm voyoïiMioii» que liolre<-Seigiieiir qoi ne l'vnSe p» seoteineirt les fidèke, mais ^li icor davae encore des^ pré^ eeples poor ksi faire vivre étemeHemeiit, ne oousreooiDiaande rien tant dans rËvan^le que de foi? e Vaumône , et de songer plutôt à amasser des trésors dans le ciel qae sur la terre : sVoidez, dit-il Y votre bien, et donnez Taum6ûe>.»El aillenrsrcNevous firites point de trésors sor la terre, oh les vers et la rouiRe les asangent , et où les votenrs tes déterrent et les dérobent ; mais foltes-voos des trésors dans le ciel , où les vers ni la rouille ne les mangent point, et où il n^ a point de voleurs qi» les déterrent et les dérobent : ear ?otre cœur sera 0ù sera votre trésor^.» Et voulant montrer en qooi consiste la perfiectioo , lorsqn^on a acempli tous les préceptes de la loi : a Si vous voulez être parfait, dit-il, allez, vendez tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres, et vous aurez nn trésor dans le ciel, et puis venez et me suivez^ • H dit encore en an autre endroit , que eelui qui veut aquérir la grâce et le salut doit acheter de tout son bien la vie étemelle, qui est teue pierre précieuse que le sang de Jésus- Christ a rendue de si haut prix. « Le royaume des cieux, dit-il, est semblable à an marchand qni cherche des pierreries, et qoi en ayant trouvé uae de grand prix, va vendre tout ce qn'il a et l'achète^.» EnAn II appelle enfans d'Abraham cens qui s'emploient à aider et à nonrrr les pauvres ; car comme Zacbée lui eut dit : a Je donne dès maintenant la moitié de mon bien aux pauvres, et si j'ai feit tort à quelqu'un, je hii en veux rendre quatre fois autant ; » Jésns répondit : «Grâce a été fiiite aiijourd'hui à cette maison, parce que celui-ci est aussi enfant d'Abraham >.* En effet , si Abraham a été réputé juste à cause qu^il a cru Dieu, celui qui fait Paumône pour accomplir le commandement de ENen croit aussi Dieu, le craint, et Ta en vue quand il assiste les pauvres. Car il ne les assiste que parce qa*il croit et qu'il sait que l'Ëeritiire «inte ne peut mentir lorsqu'elle dit* : que les arbres stériies, c'est-à-dire les hommes qui ne tat point de boones ceuvves, seront jetés an
«Luc, 12,33.^*llaiUk,a,l9L — «^ftW., ta. 21. ♦/Wrf.^ 13.45. - • Lan, 10, S. - • Rome» 4, a.
feu, et qne les personnes charitables seront appelées au royaume ^ Aussi Notre-Seigneur appelle fldèles ceux qui font de bonnes œuvres , et dte toute confiance en ceux qui n'en font point : cSi vous n'avez pas été fidèles dans la dispensation des fausses richesses, qui vous confiera les véritables ? Et si vous n'avez pas été botes économes d'un bien étranger, qui vous donnera la cBsposition du vfttre^?»
Mais vous appréhendez peut-être qu'en assistant ainsi les pauvres vôtre bien ne s'épotse. "et qne vous ne tontbiez vous-même ensuite dans la pauvreté. If ayez point de peur que cela arrive, et mettez*voos en repos de ce côté-là. Les richesses ne s'époîssent point lorsqu'on s'en sert pour Jésus-Christ, lorsqu'on les emploie en des oeuvres du ciel. Et ce n'est pas moi qui vous le promets et vous en assure, c'est Pficrilure sainte, c'est Dieu même : ^ Celui qnr secourt les pauvres, dit le Saint-*Esprit p^ la bouche de Salomon , ne manquera jamais ; mais celui qui détourne (es yeux de dessus eux sera réduit à une extrême pauvreté^.» Le bienheureux apôtre saint Paul de même, pleîn de h grâce du Saint-Esprit dit : «Cdui qui foomit la semence k celui qui sème vous donnera ce dont vous avez besoin pour vivre, multipliera la semence de vos charités» et augmentera le fruit de votre justice afin que vous soyez rfches en tout ^» Et encore : «Ces aumônes ne soulage^ ront pas seulement les nécessités des fidèles, mais prodoicont l'abondance, à cause du grand nombre d'aclions de grâces qu'on en rend à Dieu ^. » Car les actions de grâces que les pauvres lui rendent pour les aumônes qae nous leur faisons, attirent sa bénédiction sur nos biens et lest font croître. Aussi c'est pour ces sortes de personnes incrédules que ^k>tre-Seigneor dit dans rÉvangile : «Ne vous inquiétez point, disant ; Où trouverons-nous â boire et â manger, et de quoi noua vêtir? Car tes gentils se mettent aussi en peine de tout cela ; mai» voire père sait vos besoins. Oi>crchez donc premièrement le royavme de Dieu et sa justice , et toutes ces choses vous seront données ?. » Il dit que toutes choses sffOBt données à eenx qui cherchent le royaume et la >usti<e de Dieu; car pour k
» Matlh., 3, 10. — * /WJ.,5, 7. — » Luc, le, 11. * Prov., 2a, 27.-» IL Cor., 9, tO. - • \h Cor., 0, 12. 'lUattb., 6,31.
DES BONNES ŒUVRES ET DES AUMONES, 403
f^àMK, il assure aiBêurs qoMI est acqoîs pouf le joar do jogeinent à ceux qui fout de bonnes œuvres dans rÉgtise^VousappréheDdez que TOtre reremi ne viemie à manquer si vous eu assistez Ubéraknient les pMvres ; et vous ne savez pas, misérable que voue êtes, que tandis que vous craiguez que votre bfeu ne vous màii- ^uo^ la vie et le salol vous manquent en effet Vous prenez Men gMtle que vas richesses ne di* minoent^ et vous ne considérez pas que vous diraiMéi veuo même, p«ree que veos ahnez nieu voiro ergeot que votre Ame. Vous avez peur de perdre votre patrimoine, et vous vous perdoi vous-même pour votre potrhnohie. Cest dooe avecr grande raison que Tapdtre saint Paul dit : «Mous tfavona rien apporté en ee monde , et nous 0'en saurions non plus rien emporter. Pourvu donc que nous ayons de quoi vivre et BOUS vêtir, soyons contens; car cent qui veulent deven# riehes tombent dans la tentation et dans les pi^es du diable, et sont possédés de beauemip de mauvais désirs qui précipitent les hommes dans ta mort et la damnation. Car l*a- ▼arice est la racine de tous maux , et quelquesuns s'y étant laissés aller ont fait naufrage dans la foi , et se sont engagés dans une infinité de ttdlieurs <. » Vous appréhendez que votre bien ne vous manque si vous en faites beaucoup d*aum6nes; mais quand est-ce qu'on homme de bien a jamais manqué de quoi vivre? puisqu^il est écrit : cLe Seigneur ne laissera point mourir le juste de fiim '. » Elle est nourri par les corbeaux dans le désert^; et Daniel, enfermé par Tordre do roi dans la fosse aux lions, y subsiste ttiiracnieasement^; et vous craignez en faisant de bonnes œuvres et vous rendant Dieu fovoraUe de manquer du nécessaire? Notre-Seigneur fiiisant reproche à ceux qui n'ont guère de foi : «Regardez, dit-il, les oiseaux du cfei ! Ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'amassent dans des greniers; et cependant votre Père céleste les nourrit : n*ètes-vous pas pins qn^en^ÎÈ Dieu nourrit les oiseaux, et des gem qui n'ont aucun sentiment de la Divinité ne manquent de rien ; et vous qui êtes chrétien, qoi êtes serviteur de Dieu , qui vous employez à fWre de bonnes enivres , qui êtes cher à votre Seigneur, vous avez peur de manquer de quel-
»llaOli.,as,36.-M,riiii.,0,7.»Prov,IO,a «lILRoît 17,0.-.»DMriel,K3a-.*lbt$h..e;».
qne chose? Croyez-vous que lésus-Cihrist ne nourrisse pas ceux qui le nourrissent, ou que les choses de la terre paissent manquer à ceux à qui Ton dxmnt même celles du ciel? tTest-^ pas II une pensée infidèle P Ce sentiment a*est il pas impie et sacritégeP Que ftiît on incrédule diôis la maison de h foi ? I\yurqaoi vous appeHetxm chrétien , si vous n'avez aucune confiance en Jésus-Christ? Le nom de pharisien vous conviendrait mieux. Car Notre-Seigneor datas l'ÉvangHe parlant de Fanmône, et nous avertissent de non» fliire des biens d'id-bas des amis qui nous reçoivent dans les demeures éternelles, rÉvangéKste ajoute r «Les pharisiens qui étaient extrêmement avares entendaient toutes ces choses, et se moquaient de lui'.» Nous en voyons aujounfhui dans FÉglise quelques-uns comme ceta qui ont les (Mailles et le eorar fermés, si bien qu'ils ne sont capid[)Ies d'aucun avis salotan*e. Et il ne se faut pas étonner qne ces sortes de personnes méprisent ce qov disent les serviteurs, puisqu'ils n'ont tenu compte de ce qu'a dit le maître même. Pourquoi vous flatter de ces vaines imagmations, comme si en effet c'était h crainte de manquer qui vous empêchât d'être charitable ? Pourquoi tâchez-vous de vous couvrir deces foux prétextes? Avouez plutôt la vérité, et puisque vous ne sau« riez tromper ceux qui vous connaissent, ne fSeiites point difficulté de dire ce qui en est. N'est-if pas vrai que (fest Tavarice qui vous obsède, et qu'elle a répandu dans votre cœur des ténèbres épaisses qui vous empêchent de voir h lumière de la vérité? Vous êtes esclave de votre argent. La convoitise vous lie et vous garrotte, et vous êtes retombé dans la captivité d'où Jésus-Christ vous avait dégagé. Vous gardez des richesses qui ne vous gardent point. Vous amassez des trésors qui ne font que vous charger; et vous ne vons souvenez point de ce que Dieu dit â ce riche qui se réjouissait d^jà dans respérance d*une abondante récolte : «Fou que tu es, on te redemandera ton âme cette nuit, et que deviendra tout ce que tu as amassé *?» Pourquoi veillez-vous auprès de votre bien sans vous donner aucun repos P Pourquoi en Taugmentant augmentez-vous vos peinesP Pourquoi voulez-vous devenir si riche pour en être plus pottvre devant DleuP Partagez votre reveoo
> Luc , 16, 141. — > Md^ t2, 20.
SAIJNT CYPRIEN.
avec Notre^igneur. Associez Jésus-Christ à Tos biens, afin quil vous associe à son royaume. Qui que vous soyez qui pensez être riche en ce Blonde, vous vous trompez. Écouîez ce que voire Seigneur dit dans TApocalypse à ces sortes de personnes : «Vous dites : je suis riche et opulent, et je n^ai besoin de rien; et vous ne savez pas que vous êtes chétif et misérable, pauvre, aveugle et nu. Je vous conseille d*acheter de moi de For étincelant pour vous enrichir, de vous couvrir d'une robe blanche pour cacher la honte de votre nudité, et d'appliquer un collyre sur vos yeux pour voir dair ^ » Vous donc qui êtes riches, achetez de Jésus-Christ cet or étincelant afin que, vos souillures étant purifiées par les aumônes comme par le feu, vous puissiez être vous-même de Yx}f três-pur. Achetez une robe blanche, afin qu'au lieu que vous étiez nu et difforme en Adam , vous soyez revêtu des omemens éclatans de Jésus -Christ. Et vous, dame de condition qui êtes dans TÉglise , frottez vos yeux non des pommades du diable, mais du collyre salutaire de Jésus-Christ , afin que vous puissiez mériter de voir Dieu , en vous le rendant ftvorable par vos aumônes et votre bonne conduite. Mais je ne m'étonne pas qu'étant telle que vous êtes , vous ne vous servez pas de votre bien à des œuvres de charité. Vos yeux sont tellement peints et noircis que cela forme comme une nuit épaisse au devant d'eux qui les empêche de voir les pauvres. Vous êtes riche, et cependant vous croyez célébrer comme il faut les divins mystères en ne regardant pas seulement le tronc, en venant à Téglise sans sacrifice , et en prenant même une partie de celui que le pauvre a offert. Considérez cette veuve de l'Évangile qui, se souvenant des cornmandemens de Dieu au milieu de la dernière pauvreté, mit dans le tronc deux deniers, qui étaient fout cequ'elle avait. AussiNolre^igneur la voyant, et prenant moins garde à son action qu'à sa volonté, et à la somme qu'elle donnait qu'à celle d^oùelle tirait ce qu'elle donnait, dit : c En vérité je vous dis que cette veuve a donné plus que tous les autres; car les autres n'ont donné que de leur abondance, au lieu que celleci a donné de son indigence même ^.]> Femme lieureuse et illustre, d'avoir mérité avant le jour
*Apoc.,3, 17.-M.uc,2I,8.
du jugement d'être louée de son juge! Que les riches aient honte de leur avarice et de leur peu de foi ; voici une veuve et une pauvre veuve qui est libérale. Tout ce que l'on donne c'est pour les veuves et pour les orphelins, et en voilà une qui donne au lieu de recevoir; pour nous apprendre quelles peines sont préparéos aux riches avares, puisque les pauvres mêmes ne sont pas exempts de foire l'aumône. Et pour montrer que c'est à Dieu même que ces charités sont faites , et que quiconque les £ait attire sa grâce et en mérite récompense, Jésus-Christ les appelle des dons de Dieu, et dit que cette veuve mit deux deniers dans les dons de Dieu. Ce qui ne sert encore qu'à justifier davantage cette autre parole, que «celui qui secourt le pauvre prête à Dieu à usure i.> Au reste, mes très-chers frères, que personne ne s'excuse de faire l'aumône sur ce qu'il a des enfans, puisque c'est Jésus-Christ seul que nous y devons considérer, comme nous ayant assuré que c'est lui qui la reçoit, et qu'ainsi ce n'est pas des serviteurs comme nous que nous préférons à nos enfiins, mais Notre-Seigneur lui-même^.Cest aussi ce qui lui a fait dire pour notre instruction : «Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi , et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas non plus digne de moi^» Nous lisons la même chose dans le Deutéronome pour fortifier notre foi et animer notre amour. «Ceux qui disent à leur père et à leur mère : Je ne vous connais point , et à leurs enfans : Je ne sais qui vous êtes, gardent vos préceptes et vos ordonnances^.» Car si nous aimons Dieu de tout notre cœur, nous ne devons préférer ni nos parens ni nos enfans à Dieu. C'est pourquoi saint Jean dit dans son épttre, que ceux qui ne sont pas charitables ne Taiment point : «Comment, dit-il, celai qui étant riche voit son frère dans le besoin et ferme ses entrailles à la compassion, peut-il avoir l'amour de Dieu^?» Car si Dieu récompense avec intérêt les charités qu'on fait aux pauvres^, et si l'on donne à Jésus-Christ ce qu'on donne aux moindres chrétiens, quelle apparence de préférer les choses de la terre à celles du ciel, et les humaines aux divines^?
^ Prov., 19, 17. -• Matlb., 25, 43. - « Ibid., 10, 3/ * Deui., 33, 9, — » Jean, 3, 17. — • Prov., 1», 17.
'Mauh.,^5,40.
DES BONNES ŒUVRES ET DES AUMONES
Ainsi cette lx>nne veuve, au troisième livre des Rois, après avoir consumé toutes ses provisions pendant la famine , ayant fait d'un peu de forinc et d'huile qui lui restait un pain cuit sous la cendre, qui était le dernier repas qu'elle et ses enfans devaient faire, etÉlie étant survenu lâ-dessus et lui ayant demandé à manger, elle lui en donna sans délibérer, et cette mère qui aimait si tendrement ses enfans , ne lui allégua point pour excuse qu'ils mouraient de faim. Elle fit en la présence de Dieu une action qui lui était extrêmement agréable, et la fit promptement et gaiement ; et elle ne donna pas ane partie de ce qu'elle avait de trop, mais donna tout du peu qu'elle avait. Ses enfans étaient affamés, et elle les laissa pour nourrir un étranger; et au milieu d'une pauvreté si près* santé, elle songea plutôt à soutenir la misère d'autrui que la sienne propre. Elle méprisa la vie de son oorps pour conserver celle de son àme. Aussi Élie qui était la figure de Jésus- Christ, pour montrer qu'il ne laisse point les actions de miséricorde sans récompense , lui dit : « Voici ce que dit le Seigneur : La corbeille de farine et la cruche d'huile ne diminueront point jusqu'à ce que Dieu fesse pleuvoir sur la terre ^ ]> Ce qui fut fait, et ses vaisseaux furent remplis sans décroître pour récompense de sa charité. Ainsi la mère n'ôta point à ses enfims ce qu'elle donna à Ëlie , mais augmenta au contraire par là le peu de bien de ses enfans. Cependant elle ne connaissait point encore Jésus- Christ, et n'avait point ouï parler de ses préceptes. Elle n'était point rachetée par sa croix et par sa passion, et elle ne lui donnait point à boire et à manger pour le sang qu'il avait répandu pour elle. Combien donc est coupable un chrétien qui, se préférant soi-même et ses enfans à Jésus-Christ , garde ses richesses et n'en veut point faire part à ceux qui languissent dans la pauvreté? Mais vous avez, dites-vous, plusieurs enfans , et cela vous empêche d'être extrêmement aumônier. Au contraire, c'est ce qui doit vous le rendre davantage; car plus vous avez d'enians, plus vous avez de personnes pour qui vous devez prier Dieu, dont vous devez racheter les péchés, dont il vous faut sauver les âmes. Et comme à mesnre qu'ils sont en plus grand nombre» vous < Ul. Rois, 17, 14
êtes obligé de travailler davantage poiv les nourrir selon le corps; vous êtes obligé de même de faire plus de bonnes oDUvres pour leur conserver la vielle l'esprit. Cest ainsi que Job ayant beaucoup d'enfans offrait à Dieu beaucoup de sacrifices; et il immolait tous les jours une victime pour chacun d'eux, parce qu'il est impossible que nous ne tombions tous les jours en quantité de fautes. L'Écriture en rend témoignage quand elle^it: «Job, qui était un homme juste et droit , avait sept fils et trois filles, et il les purifiait en offrant pour eux i Dieu autant de victimes qu'ils étaient, et un veau pour leurs péchés ^ i» Si vous aimez donc véritablement vos enfans, si vous avez pour eux de l'affection et de la tendresse, travaillez par vos bonnes œuvres à leur attirer les grâces de Dieu. Ne pensez point à ce père infirme et moN tel, mais tâchez de leur donner pour père cdai qui étant éternel et tout-puissant est le père des enfans spirituels. Faites-le dépositaire des biens que vous gardez pour vos hAritiers. Qu'il soit le tuteur de vos enfans, qu'il en soit le curateur, qu'il en soit le protecteur. Un bien mis entre les mains de Dieu ne peut être ni confisqué par le prince, ni ravi par un procès injuste» Une succession est en sûreté quand on la donne à garder à Dieu. Cest le moyen de pourvoir à ses enfans , c'est le moyen de ménager les intérêts de ses héritiers. L'Écriture sabute nous le déclare en ces termes : «Je suis bien vieux, mais je n'ai jamais vu le juste abandonné, ni ses enfans chercher leur vie. Il donne et prête tout le jour, et sa postérité sera bénite K » Et encore : a Celui qui vit bien et sans reproche laissera des enfans heureux après soi '• » Vous êtes donc on prévaricateur, et non un père, si vous ne procurez les véritables avantages de vos enfans , d votre affection ne va à les conserver pour l'éternité. Mais pour vous qui avez plus de soin d'acquérir les biens de la terre que ceux da ciel, et de donner vos enfans au diable qu'à Jésus-Christ, vous commettez un double crûne, et parce que vous ne vous souciez pas d'attirer sur eux le secours de Dieu, et parce que vous leur apprenez à aimer plus le bien que Notre- Srigneur. Ressemblez plutôt â Tobie, et donnez à vos enfonsles préceptes salutaires qu'ildonnti son Fils, lorsqu'il lui dit: aËcoutet, mon fils, ce
SAINT CYPRIEN
que Je ¥oiift ik : Servee Dfea sineèrement, et tâeliez de lui plalreen toutes choses. Recommandez aussi à vos enfîins d'être fi^ns de bien et de Aire rauflnène, de se souvenir de Dieu et de bénir son nom en tout temps ^s Et encore : «Mon très-cher fils, ayez Dieu dans le coeur tout le tenps de votre vie, et prenez bien (çarde de ne point violer ses commandemens. Ne cessez jamais de bien faire, et évitez le mal, et Dieu aura égard à vos bonnes œuvres. Donnez Fanmène de votre bien, et ne refusez aucun pauvre; cela fera que Dieu ne vous refusera rien. Si veus avez beaucoup, donnez beauconp; si vous avez peu , ne laissez pas de donner de ce peulà. Et ne craignez point quand vous faites Taum6Be : vous vous amassez nn riche trésor pour le temps de la nécessité; car l'aumône délivre de la mort et empêche qu^on n'aille en enfer. L'aumône est un don excellent pour tous eeui qui la font dans la vue de Dieu K » Quel est ce don, mes trte-chers frères, qui a Dieu même pour témoin! 6i les païens s'estiment bien honorés dans les largesses qu'ils font au peuple, de la préseBcedes proeoasols oo des empereurs, et si les préparatift deleursspeetadessont d'autant plus grands que les personnes qui y doivent assister sont plus considérables, combien les libéralisés des chrétiens sont-eMes plus Klustres , puisqu'elles ont pour spectateurs un Dieu et son Christ ! Combien r«ppareil en doit-il être plus magniflc|ue , puisque tons les anges et toutes les puissances des eteax s'y doivent trouver; puisque le prix qu'on remporte n'est pas un diariot ou le consulat, mais la vie éternelle; puisqu'on n'y cherche pas une vaine faveur du peuple, mais qu'on y reçoit un royaume céleste!
Mais alln de Aire plus de confusion à cerne qui possédés de l'amour des richesses ne s'«i servent point penr leur saint, et qu'ils rougissent de lear làdieté, imaginons-nous que te diable, envîronBé des ses esclaves et de ses suppute, vieune en la présence de Jésus-Christ, et comparant ceux qai sont ft lui avec son peuple hil tienne ce discours : Je n'ai point été fouetté ni souffleté pour ceux que vous voyez avec moi ; je n'ai point souffert le suppliée de la croix ni répandu mou sang pour eux; je Qp leur promets
* ToMt» 14, le .* • Mi^êfê.
point un royaume célesle, ni de leur rendre te paradis et Timmortalité; et cependant voyez quels présens ils me font; combien ils sont précteux, combien ils leur coûtent de travail ef de dépense ! Ils ont engagé ou vendu pour cela tout ce qu'ils avaient de plus cher; et si leur spectacle n*est accompagné d*éclat et de magnificence, on l^s chasse avec iqjure et inHiroie, et quelquefois même ils courent danger d'être lapidés. Montrez-m'en si vous pouvez parmi ceux qui sont instruits de vos préceptes, et qui doivent recevoir des récompenses célestes pour les biens de la terre, parmi ces riches qui regorgent d'aise et de biens, qui vous lassent des présens de cette sorte, et qui. pour vous donner des spectacles aussi magnifiques, engagent et vendent leurs héritages ou plutôt les échangent contre les trésors du ciel. D'ailleurs, dans ces présens que Ton me fait, personne n'est nourri, personne n'est vêtu, personne n'est soulagé; tout y est consumé entre ceux qui les donnent et ceux qui les regardent, et toute cette folle dépense se termine à un plaisir d'un instant. Mais vous , vous êtes vêtu et nourri dans vos pauvres, et vous promettez la vie étemdie k ceux qui les assistent; et nonobstant cela I peine vos serviteurs peuvent-fls être eomparés à mes esclaves. Que répondrons-nous à cela , mes très-chers frères ? Gomment défendrons-nous l'avarice et l'inhumanité des personnes riches, qui sont sur ce point dans un aveuglement prodigieux? Quel prétexte alléguerons-nous, nous qui ne voulons pas faire la moindre chose en reconnaissance de ce que Jésus-Gbrist a souffert la mort et versé son sang pour nous, et qui sommes inférieurs aux esclavesdndiablePNotre- Seigneur nous a donné des préceptes; il a instruit ses serviteurs de ce qu'ils doivent foire; il a promis des récompenses à ceux qui feront de bonnes œuvres et menacé du supplice ceux qui n'en feront point » et ainsi il nous a appris par avance l'arrêt qu'il doit prononcer un jour. QueHe excuse peut donc aporter celui qui ne fait point l'aumône? de quelle défense se peutil servir? Et puisque le serviteur ne fait pas ce qu'on kii connnande, le maître n'aura-t-41 pas droit d'exécuter ses menacesPCar voici dequelle sorte il parie sur ce sujet : «Lorsque le Fils de l'homme , dit-il , viendra dans aa gloire, «eoompagné de tous les anges, il s'assiéra aur son
DES BONNES OEUVRES ET DES AUMONES
4or
trène, et toutes les nations de la terre seront assemUées en sa présence. 11 les séparera les Uns avec les autres comme un berger sépare les brebis d'avec les boucs , et il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous que mon Père a bénis, recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé ; j'ai été nu , et vous m'avez habillé; j'ai été malade, et vous m'avez assisté; j'ai été en prison, et vous m'êtes venus voir. Alors les justes lui diront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim , et que nous vous avons donné à manger; ou avoir soif, et que nous vous avons donné à boire P Quand eslrce que nous vous avons vu sans logement, et que nous vous avons logé; ou sans habits, et que nous vous avons babillé? Et quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en prison, et que nous vous sommes venus visiter? Et le Roi leur répondra : Je vous dis en vérité que lorsque vous avez fait toutes ces choses aux moindres de mes frères 9 c'est à moi-même que vous les avez ftites. Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu étemel que mon Père a préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez point donné i manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à boire; j'ai eu besoin de logement, et vous ne m'avez point logé ; j'ai été nu , et vous ne m'avez point vêtu; j*ai été malade et en prison, et vous ne m'avez point visité. Et les méchans lui diront aussi: Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim ou soif, ou manquer de logement et d'habits , ou être malade et en prison, et que nous ne vous avons point assisté? Et il leur répondra : Je vous dis en vérité qu'autant de fois que vous avez manqué à rendre ces assistances aux moiqdresde ces petits, vous avez manqué d me les rendre à moi-même. Et alors ceux-ci iront dans les flammes éternelles, et les justes dans la vie éternelle ^ » Qu'est-ce que JésusrGhrist nous pouvait dire de plus puissant ? Gomment noqs pouvait-il exciter davantage aux
«llatUi.,25,31.
œuvres de miséricorde , qu'en déclarant que tout ce qu'on donne aux pauvres, c'est à luimême qu'on le donne , et que c'est l'offenser que de ne les point secourir, afin que si nous n'étions point touchés de compassion pour nos frères, nous le fussions au moins pour lui ; et si nous méprisions les souffrances d'un serviteur , nous pensassions â notre mattre qui souffre en celui que nous méprisons? C'est pourquoi, mes très-chers frères, tous tant que nous sommes qui avons la crainte de Dieu, et qui foulant le monde aux pieds nous élevons vers le ciel « travaillons , par l'ardeur de notre foi et de notre zèle et par l'exercice continuel des bonnes œuvres,à acquérir de nouveaux mérites. Revêtons ici-bas Jésus-Christ, afin qu'il nous revête un jour de l'immortalité. Nourrissons -le en ce monde, afin d'être assis en Tautreau banquet céleste avec Abraham, Isaac et Jacob. Semons beaucoup , afin de recueillir beaucoup. Tâchons d'assurer notre salut tandis que nous le pouvons, suivant ce conseil de l'apôtre : «Pendant que nous en avons le temps, dit-il , faisons du bien à tous , mais principalement k ceux qui demeurent dans la maison de foi ^ Et ne nous lassons point de bien faire, car nous ferons la récolte en son temps'.» Considérons, mes trèsehers frères , ce que les fidèles faisaient sous les apôtres, lorsque la vertu était encore florissante, lorsque la foi d^ nouveaui chrétiens était vive et eiôbjrasée il'upe ardente charité. Ils vendaient alors leurs maisons et leurs héritages., et en donnaient libéralement le prix aux apôtres pour le distribuer aux pauvres; et par là. ils s^acquéraient des demeiires étemelles. Leurs bpniies œuvres étaient en aussi grand nomlup^ que leur union était grande. Or comme nous le voyons dans les actes : f U inultitude d^ cfuiy qui croyaient n'agissait que par une même âme et un même esprit. Perfonne ne considérait g^ qu'il possédait comme lui appartenant, mais toutes choses étaient communes^. » Cest Û véritablement devenir eiifant de Dieu, c'est imiter sa justice; car tout ce qui est i Dieu est çovfh mun à tous les hommes, et nul m'est exclus de ses grâces et de ses bienfaits, Ainsi le jour éclaire également tout le picmde, le soleil répi»n4 ses rayons partout; la pluie arrose toutes lei
> Galat., 6, 10. — • Ibid., t. 29. - * Actes, 4, ^
SAINT CYPRIER
terres, le vent souffle en tout pays, un même sommeil est pour tous , et tous voient la lumière de la lune et des étoiles. Celui donc qui, à l'eiempte d*une si belle égalité, partage ses revenus avec ses frères, imite Dieu en quelque sorte. Quelle sera la gloire et la joie des personnes charitables, lorsque Notre-Seigneur, faisant la revue de son peuple, et récompensant selon ses promesses nos mérites et nos bonnes œuvres, nous donnera des biens célestes pour des biens terrestres, des choses étemelles pour des choses passagères, beaucoup pour peu; lorsqu'il nous présentera à son Père , après nous avoir sanctifiés et rendus dignes de lui ; lorsqu'il nous communiquera Timmortalité qu'il nous a acquise par son sang; lorsqu'il nous fera rentrer dans le paradis et nous ouvrira le royaume des cieux? Imprimons fortement ces choses dans notre âme; que la foi nous les fasse comprendre; que la charité nous les fasse aimer , et tâchons de les mériter par une suite continuelle d'actions liber raies et généreuses. L'aumône, mes très-chers frères, est quelque chose d'excellent et de divin; c'est la consolation des fidèles, le gage de notre salut, le fondement de notre espérance, le
bouclier de notre foi , le remède de nos pédiés; c'est une chose grande et aisée tout ensemUc; c'est une couronne qu'on remporte dans le temps de la paix et qui est exempte des périb de la persécution; c'est un des plus grands dons de Dieu, nécessaire aux feibles, glorieux aux forts, et utile à tous les chrétiens pour obtenir les grâces du ciel , pour se rendre Jésus-Christ favorable au jour du jugement, et pour mettre Dieu même au nombre de nos débiteurs. Combattons à Tenvi pour remporter cette palme; courons tous dans la carrière de la justice où nous avons Dieu et Jésus-Christ pour spectateurs; et puisque nous nous sommes déjà élevés au-dessus du monde , qu'aucun de ses faux biens ne soit capable de retarder notre course. Si k jour de la mort ou de la persécution nous trouve ainsi dégagés, prompts, et occupés à bien faire, Notre-Seigneur ne manquera point de nous donner la récompense que nous méritons. Il mettra sur notre tète une couronne d'une blancheur éclatante si nous triomphons dans la paix, et y en ajoutera une autre de couleor de pourpre si nous demeurons victorieux dans la persécution.