‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 55 sur 102 · DOMINICALE · texte numérisé non relu

DOMINICALE

besoin d'être sanctifiés et purifier de nos péchés, parce que nous péchons tous les jours. Or l'apôtre nous apprend quelle est cette sanctification que Dieu nous donne par sa bonté, lorsqu'il dit : «Ni les fornicateurs , ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés^ ni les sodomites, ni les voleurs, ni les fourbes, ni les ivrognes, ni les médisans, ni ceux qui ravissent le bien d^autrui, n'auront point de part au royaume de Dieu. Vous avez été autrefois comme cela, mais vous avez été lavés i vous avez été justifiés; vous avez été sanctifiés au nom de Notre-Seigneûr Jésus-Christ et par Tesprit de notre Dieu'.» C'est cette sanctification que nous demandons qui demeure en nous; et parce que Notre-Seigneur et notre juge défend de pécher désormais à celui qu'il a guéri et sanctifié «de peur quil ne lui arrive pi$3;ynousIe prions sans cesse jour et nuit qu'il daigne par sa bonté conserver en nous la sainteté et la vie qu'il nous a communiquée par sa grâce.

II y a après : «Que votre royaume arrive.» Nous demandons à Dieu son royaume dans le même sens que nous lui avons demandé la sanctification de son nom; car quand est-ee que Dieu ne règne point, ou quand commence en lui ce qui a toujours été et ne cesse jamais d'être? Nous demandons donc Tavénement du royaume que Dieu nous a promis, et qui nous est acquis par le sang et les souffrances de Jésus-Christ ; afin qu'au lieu que nous étions les esclaves du siècle, nous régnions avec Jésus-Christ régnant, comme lui-même nous le promet quand il dit : é Venez, vous que mon père a bénis; recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde '.» L'on peut dire aussi, mes trèMhers frères, que le royaume de Dieu c'est Jésus-Christ lui-même, que nous désirons tous les jours qu'il vienne, et dont nous souhaitons que l'avènement arrive bientAt. Car coûimè il est notre résurrection, parce que nous ressuscitons en lui, Ton peut dire de même qu'il est te royaume de Dieu parce que nous régnerons éh lui. Or nous avons raison de demander te royaume de Dieu, c'est-â-dire un royaume té leste , car il y a aussi un royaume terrestre. Mais celui qui a renoncé au siècle est au-deSsus de tons ses honneurs et de ses royaumes. Gè

SAINT CYPRIEN

qui hit qu^une personne qui se consacre à Dieu \ tout ce qui est au monde n'est que convoitise

et à Jésus-Christ ne désire point les royaumes de la terre, mais celui du ciel. Mais il est besoin de prier sans cesse pour n'être point exclu de ce royaume, comme les Juifs à qui il avait été premièrement promis, suivant cette parole si laire de Notre-^igneur : «Plusieurs viendront d'Orient et d'Occident, et s'assiéront avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux, et les enfans du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures où il n'y aura que pleurs et grinœmens de dents ^» Gela nous fait voir que les Juifs étaient enfans du royaume tant qu'ils ont été enfans de Dieu ; mais aussitôt qu'ils ont cessé de l'avoir pour père, ils ont cessé d'avoir part au royaume ; et c'est pourquoi nous autres chrétiens qui appelons Dieu notre père, nous lui demandons aussi qu'il nous fasse bientôt entrer dans son royaume.

Nous ajoutons : cQue votre volonté soit faite en la terre comme au ciel;» non pas afin que Dieu fasse ce qu'il veut, mais afin que nousmêmes puissions faire ce qu'il lui platt; car qui peut empêcher Dieu de faire ce qu*il veut ? Mais parce que le diable s'efforce de nous empêcher d'être parfaitement soumis à Dieu en toutes choses, nous demandons que la volonté de Dieu s'accomplisse en nous. Or pour cela nous avons besoin de cette même volonté de Dieu , c'est-àdire de son secours et de sa protection , parce que personne n'est fort par ses propres fbrces, mais par la bonté et la miséricorde de Dieu. Lui-même nous fait bien connaître cette faiblesse de l'homme dont il s'était revêtu, lorsqu'il dit : « Mon père , si cela se peut , que je ne boive point ce calice K » Mais pour apprendre aussi à ses disciples à ne pas faire leur volonté, mais celle de Dieu, il ajoute : «Néanmoins que ce que je veux ne se fosse pas, mais ce que vous voulez.» Cest ce qui lui fait dire ailleurs : «Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé >. 9 Que si le fils a fait ainsi la volonté de son père, combien plus le serviteur doit-il fiiire celle de son maUre? Saint Jean nous y exhorte dans l'une de ses Épttres : «N'aimez point le monde, dit-il , ni les choses du monde; ielui qui aime le monde n'aime point Dieu , car

«lbtth.,7, 11. ^^Ibid., 16,30. -««Jean, 6, 88.

de la chair, ou convoitise des yeux, ou ambition, ce qui ne vient point de Dieu , mais du monde. Or le monde passera avec toutes ses convoitises, au lieu que celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement, comme Dieu même ^» Si nous voulons demeurer éternellement, il faut que nous fassions la volonté de Dieu qui est éternel. Or la volonté de Dieu , c'est ce que Jésus-Christ a fait et enseigné : c'est rhumilité, la fermeté dans la foi, la retenue, la justice, la miséricorde , la bonne conduite ; c'est de ne faire tort à personne et de souffrir le tort qu'on nous fait , conserver la paix avec ses frères, aimer Dieu de tout son cœur, Vaimer comme son père et le craindre comme son Dieu, ne rien préférer à Jésus- Christ comme il ne vous a rien préféré, s'unir inséparablement i lui, embrasser sa croix avec courage et avec confiance, et quand il s'agit de son honneur, être constans, hardis, généreux et prêts à souffrir la mort. Cest là vouloir être cohéritier de Jésus-Christ ; c'est accomplir les commandemens de Dieu et la volonté du père. Or nous demandons que la volonté de Dieu soit faite en la terre comme au ciel , parce que de Tun et de l'autre dépend la consommation de notre salut; car comme nous avons un corps qui a été pris de la terre, et une àme qui tire son origine du ciel, nous sommes terre et ciel tout ensemble ; et nous prions Dieu que sa volonté s'accomplisse en Tun et en l'autre , c'està-dire, en notre corps et en notre esprit; car il y a une guerre continuelle entre la chair et l'esprit , de sorte que nous ne faisons pas ce que nous voulons, l'esprit se portant vers les choses du ciel et la chair vers celles d'ici-bas; c'est pour cela que nous demandons instamment à Dieu qu'il lui plaise d'accorder ces deux parties qui nous composent, afin que Tàme, qui a été r^énérée par lui , puisse être sauvée. C'est ce que l'apôtre saint Paul déclare expressément : «La chair, dit-il , convoite contre l'esprit, et l'esprit convoite contre la chair, car ces deux choses sont opposéesl'une à Tautre, si bien que vous ne faites pas ce que vous voulez. Or il est aisé de connaître les œuvres de la chair , comme Tadoltère, la fornication, l'impureté, la débauche, l'idolâtrie , les empoisonnemens, lès homicides»

M. Jean, 2, 16.

DE UORAISON DOMINICALE,

'es haines, les disputes, les jalousies, les aniinosUés, les querelles, les partialités , les divisions, les hérésies, les envies, les ivrogneries, les excès de bouche, et autres choses semblables, touchant lesquelles je vous ai déjà dit et vous le dis encore , que ceux qui les font ne possé* deront point le royaume de Dieu. Les fruits de Tesprit au contraire sont la charité , la joie , la paix , le courage, la bonté , la foi , la douceur, la tempérance, la chasteté ^.d CTest pourquoi nous demandons à Dieu tous les jours, ou plutôt à tous les momens, que sa volonté s'accomplisse à notre égard au ciel et en la terre , parce que ]a volonté de Dieu est que les choses terrestres le cèdent aux célestes, et que les divines et spirituelles l'emportent. On peut encore donner un autre sens à ces paroles, qui est que: comme Notre-Seigneur nous ordonne d'aimer nos ennemis mêmes et de prier pour ceux qui nous persécutent, nous demandons pour ceux qui ne sont que terre , et n*ont pas encore commencé d'être célestes, que la volonté de Dieu soit accomplie en eux, comme Jésus-Christ Ta accomplie en conservant et réparant Thomme^ ; car puisque Notre-S^igneur n'appelle plus terre ses disciples, mais «le sel de la terre ^> et que Tapôtre dit que «le premier homme vient de la terre et le second du ciel^,i c'est avec raison que devant ressembler à notre père « qui fait lever son soleil sur les bons et sur fes méchans , et pleuvoir sur les justes et sur les injustes ^,» nous le prions pour le salut de tous les hommes; afin que, comme sa volonté a été accomplie dans le ciel, c'est-à-dire en nous par notre foi pour nous faire devenir célestes, elle le soit aussi en la terre, c^est-à^ire dans les infidèles, en sorte que ceux qui sont encore terrestres par leur premi^ naissance, commencent à être célestes lorsqu'ils en recevront une seconde par l'eau et par l'esprit, .

Après cela nous disons : «Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. ]>Gela se peut entendre ou spirituellement ou à la lettre, et l'un et Vautre de ces deux sens peut être utile. Car le pain de vie c'est JésusOirist, et ce pain là n'est pas pour tous , mais nous appartient ; et comme nous disons «< notre père,» parce que Dieu n'est le père que de ceux qui le connaissent et qui

> Galates; 5, 17. -• • MaUta., 5, 44. — • /bid., 6. 13. M. Cor., 15 , 47. - » Malth, 5, 4^.

croient en lui ; ainsi nous disons «notre pain,i parce que Jésus-Christ est notre pain, de nous qui touchons son corps. Or nous demandons que ce pain nous soit donné tous les jours , de peur que nous qui sommes incorporés en Jésus- Christ , et qui recevons tous les jours reucharistie comme un aliment salutaire, ne soyions séparés du corps de Jésus- ChrLst, étant empêchés par quelque péché considérable de participer au pain céleste. C'est ce que Notre-Seigneur nous faiit entendre dans son Évangile : « Je suis , dit-il , le pain de vie qui suis descendu du ciel. Si quelqu'un mange de mon pain , il vivra éternellement. Or le pain que je donnerai c'est la chair pour la vie de ce monde ^» Lors donc qu'il dit que celui qui mangera de son pain vivra éternellement; comme il est manifeste que ceux-là sont vivans qui touchent son corps et ont droit de recevoir l'eucharistie , il est bien à craindre au contraire que celui qui en est privé et séparé par là du corps de Jésus- Christ , ne soit aussi fort éloigné du salut et de la vie , suivant cette menace de Notre-Seigneur : «Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en vous ^. » C'est donc pour cela que nous de* mandons qu'on nous donne tous les jours notre pain , c'est-à-dire Jésus-Christ ; afin que oomme nous demeurons et vivons en lui , noas ne soyons jamais séparés de son corps et de sa grâce. L'on peut encore entendre ces pandei de cette sorte , qu'après avoir renoncé au mondé par la foi, à ses pompes et à ses richesses, noutf demandons plus que la nourriture néottsàire pour vivre, selon cet enseignement de Notre* Seigneur : «Celui qui ne renonce point à tout ce qu'il a ne saurait être mon disciple ^ » CMul donc qui suivant les avertissemensde son maître a commencé d'être son disciple en renonçant i toutes choses, ne doit plus demander que la nourriture qu'il lui faut pour chaque jour sans étendre plus loin ses désirs, comme Notre -Seigneur nous l'ordonne encore quand il dit : «Ne vous mettez point en peine du lendemain, car le lendemain se mettra en peine pour lui-même. A chaque jour suffit son mal *. » C'est d<mc avec raison qu'un disciple de Jésus-Christ ne demande que la nourriture dont il a besoin ctaa-

«MaUh.,6»34.

ISf

SAINT GTPRIBN.

que jour, puisqu'il loi est défendu de penser au kndemain. Et en effet il y aurait quelque chose de répugnant à souhaiter, de demeurer long* temps au monde, et cependant à demander que le royaume de Dieu arrivât bientôt. Cest au£ysî ce que le bienheureux apôtre nous enseigna pour fortifier notre foi et notre espérance : c Nous n*avQns rien apporté, dit-il , en ce monde, et nous n'en saurions non plus rien emport;er. Pourvu donc que nous ayions le vivre et le vêlement, soyons contens. Car ceux qui veulent avenir riches tombent dans la tentation et dans les filets du diable, et sont possédés d'une Quantité de mauvais désirs qui précipitent les {lommes dans la mort et la damnation. Car Tayarice est la racine de tous maux, si bien que quelques-uns s'y étant laissés aller ont fait naufrage dans la foi , et se sont engagés en une infinité de malheurs ^i». Par là Tapôtre nous apprend que les richesses ne sont pas seulement méprisables, mais dangereuses, parce qu'elles fùlkraient la racine de plusieurs maux qui nous flattent et nous trompent sous une fausse appaicpce. De U vient que Notre-Seigneur reprend dans l'Évangile ce ridie insensé qui ne aoogeait qu'à amasser du bien, et qui se réjouissait de FabondaiM^ de sa récolte : «Fou que tu es , lui Aitm , Ton te redemandera œtie nuit ton Ame; ^ pour qui sera tout oe que tu as amassées Cet inieiMié qui devait mourir la nuîtmémese «fiîonîmît de son epuiciioe, et lui qui était prM ^ laisser kvie na pensait qu'à amasser abondanuneot de quoi vivre. Motre-Seigneiir, m contraire , wm enseigne que pour être par- £lit, il faut vendre tous ses biens et les distriiNiar an pauvres,aAn d'acquérir on tréscv dans te ciel '• U dit qoe cehii-là le peut snivre et iœw ter s* paasion glorieuse, qui se dégage de Temt^rras des affiiires lempoieiles, et envoie ses Mena à Dieu devant lui pour les suivre après Vii-méme. Afindoncqoe nons nous poisâons élever à ce degré de perlectioD, prions comme VfWre-Seignenr nouera enseigné, et apprenons par qoa prières quels nous devons être; car le IttStç ne saurait manquer de la nourriture qui lui est nécessaire (Aiaque jour, puisqu'il est écrit : cLe Seigneur ne laissera point mourir le juste defiiim ^; » et ailleurs : c Je suisbien vieux, maie

*Pro¥., ld,5.

je n'ai point encore vn le juste abandonné, ni ses enfiains demander leur pain t; » et Jésus-Christ dit : «Ne vous inquiétez point , disant : Où trouverons-nous à boire et à manger, et de quoi nous vêtir? car les gentils se mettent aussi en peine de tout cela. Mais votre père sait vos beaoins. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données >.» Il promet que toutes choses seront données à ceux qui cherëhent le royaume et la justice de Dieu. Car tout étant à Dieu , rieo lie peut manquer à celui qui possède Dieu , pourvu qu*il ne manque pas lui-même à Dieu. Cest ainsi qup Daniel^ enfermé par ordre du roi dans la fbsse aux lions, y fot nourri miraculeusement, et ne reçut aucun déplaisir de ces bêtes farouches et afibmées'. C'est ainsi que le prophète Élie, s'^fuyant pour éviter la perses cution, fut nourri dans le désert par des corbeaux^ : étranges exemples de h malice et de la cruauté humaine, que des lions épai^pient les bommes et des oiseaux les nourrissent, et que des hommes maltraitent et persécuteat des hommes!

Ensuite nous prions pour n<fs péch^, et disons : « Remettez-nous nos dettes , comme nous les remettons à ceux qui nons doivaat.» Après avoir demandé notre nourriture , nous demandons le pardon de nos offenses, afin que ceux que Dieu nourrit vivent en Dieu , et n'aient pas seulementsoin de la vie présente, mais de la vie éternelle , à laquelle on ne peut arriver que par le pardon de ses péchés. Notre -Seigneur les nomme ici des ^dettes, i^ oomme il fait encore ailleurs dans son Évangile quand il dit : c Je vous ai remis toute votre dette, parce que vous m'en avez pri^^. » Qr, tandis que Notre-Seigneur nous ordonne de prier pour nos péchés, il nous avertit que nous sommes pécheurs ; et combien cet avertissement nous est-il utile et même nécessaire pour nons fiiire rentrer en nous-mèmesi De crainte donc que quelqu'un n^eftt de la complaisance en soÎHnême oomme s'il était innooeat , au lieu qu'il n'y a personne qui le soit , et qu'en s'âevant il ne tombât de plus haut, Notre-Seigneur nous apprend que nous péchons tons ks jours , en nous commandant de prier tops les jours pour nos péchés. Cest ce que saint

'Çl ». » - • Hatth., «, 31. - • Daniel. M, » MU. Rois, 17, 6. - > SMU»., 1S, 93L

DE L*qB4|$Qîî

1m q<m ^pvtwi «usst dan» son <pttre» oa i( iit ; «Si nous disons que nous sommes sans pé-i jjiés, poqs nous trompons nous-mêmes, ei la yiérité n'est pas en nous : mais si nous confes^ aotts ups péchés, le Seigneur est fidèle et juste pour nous les remettre i.» Paroles qui comprennent ces deux vérités : que nous devons prier pour nos péchés, et que c'est le moyen d'en obtenir le pardon. C'est pourquoi il dit que le Seigneur est fidèle pour nous les remettre, comme s'il voulait dire qu'il ne manque pas de tenir ses promesses , parce que comme c'est lui qui nous a appris à prier pour nos péchés , c'est I^i-ipème aussi qui nous profnet que son père BOUS les remettra. Il est vrai que Notre-Seigneur ijoiite une ccmdition , qui est , au cas que nous pardonnions à ceux qui nous ont offensés ; ce qui est enfermé dans ces paroles ra comipe nous les remettons i ceux qui nous d^ivept,» Gf»i cç qui lui fait dire autre part : a Vous serez mesu- { ré^ i la même mesure que vous aure^ mesuré les autres 2. > Et le serviteur qui ne voulut pas reiaettre ^ pon compagnon ce qu'il lui devait, après quQ son maître l)ii eût renais tonte sa dette, fut envoyé en prison, et perdit la grâce qu'il venait de recevoir, parce qu'il pe voulut pas fiiire i un autre la même gr^ce 3. C'est ce que ii^s^Jbrist déclare encore ailleurs plus forie^ ment : f liorsque vous vous présenterez, dit-il, pour prier, si vons avez quelque chose contre quelqu'un, pardonoez-'lui, afin que votre père qui est dans 1^ eieui vous pardonne vos oFfi^Qses; car si vous ne pardonnez, votre père qui est au ciel ne vous pardonnera point 4. • Vous n'aurez aucune excuse au dernier jour, puisipie vous serez jugé par votre propre jugement, et traité comme v<mis aurez traité les aur très. Car Dieu veut que nous viviops en paix dans sa maison, et que nous ne déshonorions point la seconde naissance que nous avons reçue de lui ; mais qne comme nous avons commencé A être ses enfiin8,nous conservions sa paix^ et que ceux qui ne sont animés que d'un ipême esprit n'aient aussi qu'une mênie volpnlé. C'est pour cela qu'il ne reçut point le sacrifice d'un frère qui était mal avec son firère^; et que d2|ns l'fi* vangile il commande à celuj qui est déjè devant Tautel de s'aller auparavant réconcilier avec son

» 1. Jeao 1, 8. - • M9ltb., 7, 2. - » /«d, J8, ». * Mwc. 11, 25. - > Genèse , 4, 5.

DONINIGALK 4SI

frère , aQn que ses prière étenl f^NUes d^iia MU esprit de pajx , Dieu Içs puisse écouter favorar blemeut^ l^a paix, 1«| concorde, l'union fraternelle, qui tire son or jgine de l'unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, est le plus grand sacrifice qu'on puisse Faire à Dieu. Aussi voyonsipus que daqs les sacrifices d'Abel et de Cain , qui furent les premiers que les hommes lui offrirent , il n'eut pas tant égard k leurs pr^sen# qu'à leur cœur, et qu'il n'eut agréable que )e présent de celui dont le cœur lui plaisait. Le juste et paisible Abel offrant son sacrifice i Diev dans l'innocence, nous a appris i n'approcher des autels qu'avec la crainte de Dieu, avecup çcDur simple, avec un esprit de justice et de paix. C'est avec grande raison qu'offrant i Dieu son sacrifice dans une disposition si sainte, |l mérita lui-même ensuite de lui être offert en ^sacrifice, et de tracer le premier la voie du martyre; et il était juste que celui qui dvait toujours si bien epnservé la justice et la paix de Notre-Seigneur, donpftt commencement à sa passion par l'effusion glorieuse de son sang. Ce sont des hommes de U aorte que Dieu coiironne et qu'il vengera 9vec son Fils au jour ç||i jugement. Mais ceu^ qi|i soùt désums d'evep leurs frère» m «aufeiêpt, ^eloq le t^mp^mage de Tapôtre et de r£(?itur^, ei^tcer ie erime ^ eettfidiyiwo q^nd même fis «oHfFriraientlfi mort pew le wm de J^us-a>riat ; car eomme dit «aipt 4ePo:f( Celui qnî hait so9 frère est )iom«f^€le?.9Qr m bQmieîde «e peot jan»aîs aller au ciel ni vivre avee Diee. Un bom«ne q^i aime mieux imiter 4uda9 q4§ Jési^a-Christ ne peut être avec Jlésue-Ghrîsr. Quel est doop ee crime que le baptême de sang nesanmlefU^rP Quel est ce crime qqe le martyi^ même neiaui^t expier?

Notre-8eigqeur vent «le nmis «ouâmw eneere comme uneeboae fiprt néeessaire : «Et ne permutez pas que nana tombions en tentation, p Ce qui nous montre que notre mineo^i ne peut rien contre nous si Dien qe le lui permet , et ce qui nous doit porter par conséquent è ne cptiudre que Dieu s»il, puisque le malin esprit n'a «leun pouvoir de nous (enter si Dieu ne le hii donne. L'Ëcriture sainte le prouve quand elle dit: «Nabuchodonesor, roi de Bahyione, vint devaol

•iutai..4bai. ^wcaii.a,25.

SAINT CYPRIEN

Jérusalem et Tassiégea, etDieala livra entre ses mains ^ 9 Or Dieu ne donne ce pouvoir au démon que lorsque nous péchons, suivant cette parole de TÉcriture: aQuî a donné Jacob et Israël au pillage à ceux qui le ravagent? N'estce pas Dieu qu'ils ont offensé? Car ils ne voulaient point marcher dans ses voies ni obéir à sa loi : et c'est pour cela qu'il leur a fait sentir les effets de sa colère 2. » Et ailleurs, sur le sujet de Salomon qui avait violé les commandemens de Dieu: «Le Seigneur, dit TÊcriture, suscita Satan contre Salomon^.D Mais quand Dieu donne ce pouvoir sur nous au démon , c'est ou pour nous punir , ou pour nous éprouver. C'est de cette dernière sorte qu'il en usa à Tégard de Job quand il dit à Satan : c Je te donne pouvoir sur tous ses biens , mais prends garde de toucher à sa personne^. » Et c'est encore suivant cela que Notre-Seigneur au temps de sa passion dit à Pilate : «Vous n'auriez aucun pouvoir sur moi , s'il ne vous avait été donné d'en haut ^o Or quand nous demandons à Dieu qu'il ne permette pas que nous tombions en tentation , cela nous fait souvenir de notre faiblesse, et nous avertit de ne nous point enorgueillir, de ne nous rien attribuer , et de ne pas croire que lorsque nous confessons Jésus-Christ, ou endurons la mort pour lui, la gloire nous en soit due. Car Motre- Seigneur lui-même nous enseignant Phumilité nous a dit: «Veillez et priez, de crainte que vous n'entriez en tentation. L'esprit est prompt, mais la chair est faible^;» pour nous apprendre que lorsque nous reconnaissons humblement notre impuissance et attribuons tout à la grâce de Dieu, sa bonté nous accorde tout ce que nous lui demandons ainsi avec crainte et respect

Enfin cette prière finit par une demande qui comprend en abrège toutes les autres: «Mais délivrez-nous du mal. » Car ces paroles renferment tout le mal que Tennemi tâche de nous faire en ce monde; et nous devons croire assurément qu'il ne nous en pourra faire aucun , si Dieu nous en délivre, et qu'il lui plaise exaucer nos prières, et nous assister de son secours. Lors donc que nous lui demandons qu'il nous délivre du mal , il ne reste plus rien à lui demander ; car ayant une fois obtenu sa protectUm nous demeurons à couvert contre tout ce

* IV. Rois , 24 , 11. — • Isaie, 41 , 24. - 3 Ul. Rois , 11, 14. — * Job, 1. 12.-» Jean, «, 11.- •Matth., 14,38.

que le monde et le diable nous pourraient faire. En effet, comment celui-là peut-il rien craindre du monde qui a Dieu pour son protecteur? Quelle merveille, au reste, mes très -chers frères, que cette prière contienne en abrégé toutes nos autres prières , puisque c'est Dieu même qui l'a composée? et que cela avait été prédit auparavant par le prophète Isaïe , lorsque plein du Saint-Esprit parlant de la puissance et de la bonté de Dieu : «Cest une parole, dit-il , qui consomme et abrège avec justice, parce que le Seigneur fera une parole abrégée par toute la terre *. i>Car Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui est la parole de Dieu, étant venu ici-bas pour tous les hommes, et pour instruire les savans et les ignorans de tout âge et de tout sexe, il a abrégé extrêmement ses préceptes afin de soulager la mémoire, et qu'on pût ap* prendre en peu de temps ce qui est absolument nécessaire pour la foi. Ainsi lorsqu'il a voulu enseigner ce que c'est que la vie éternelle, il l'a divinement comprise en ce peu de mots : « La vie éternelle consiste à vous reconnaître pour seul et vrai Dieu, et à connaître Jésus-Christ que vous avez envoyé^. » De même quand il voulut tirer de la loi et des prophètes les premiers et les plus grands préceptes de l'Évangile : «Écoutez, dit-il , Israël : Le Seigneur votre Dieu est un seul Dieu ; et : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces. Voilà le premier commandement '. » Et voici le second qui lui est semblable : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont compris en ces deux commandemens *. > Et ailleurs: «Faites aux hommes tout le bien que vous voudriez qu'ils vous fissent; car c'est là toute la loi et les prophètes ^.» Or Notre-Seigneur oe nous a pas seulement enseigné à prier par ses paroles, mais aussi par ses actions, priant souvent lui-même, et nous montrant par là l'exemple: «Il se retirait, dit l'Évangile, dans le désert et y priait^. > Et encore : «cU s'en alla sur une montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu 7. s Que si celui qui était sans péché priait ainsi, combien sommes-noas obligés de prier , nous qui sommes pêcheurs ? et s'il

* Isaïe, 102, 21. — « Jean, 17,3. — «Mare, 12, 19.

* Mattb., 11 , 40. — > Ibid,, 7, 11. — • Luc, â, 16^

DE i;ORÂISON DOMIMCaLE.

passait la nuit en prières , 'combien ne devonsnous point veiller? Or Jésus-Christ ne priait pss pour soi (car qu'eût-il demandé pour lui, étant innocent ), mais pour nos péch^, comme il le déclare lui-même quand il dit à saint Pierre : « Satan vous a demandé pour vous cribler comme on crible le blé; mais j'ai prié pour vous afin que votre foi ne défoille point ^ » Et quelque temps après priant son père pour tous : c Je ne prie pas seulement pour eux, dit-il, mais encore pour ceux que leur prédication fera croire en moi , afin qu'ils soient tous ensemble une même chose , ainsi, mon père , que vous êtes en moi et moi en vous , afin , dis-je, qu'ils soient aussi une même chose en nous. » Il faut avouer que Notre-Seigneur a une grande bonté de ne se pas contenter de nous racheter par son sang , mais de vouloir encore prier pour nous. Mais considérez, je vous prie, ce qu'il demande: Que comme son père et lui ne sont qu'une même chose, nous demeurions aussi unis entre nous. Ce qui fait voir quel crime c'est que de rompre l'unité , puisque Notre-Seigneur a prié particulièrement pour cela. U a voulu sauver son peuple par la paix, parce qu'il savait que la discorde n'a point d'entrée dans le royaume de Dieu. Or quand nous prions , mes très-chers frères, il faut bannir toutes les pensées charnelles et séculières, et ne songer uniquement qu'à ce que nous faisons. C'est pour cela que le prêtre avant de commencer l'oraison y prépare les fidèles par cette préface : « Élevez vos cœurs,» afin que le peuple répondant : « Nous les avons élevés au Seigneur,» cela le fasse souvenir qu'il ne doit penser à rien qu'à Dieu. Fermons à l'ennemi toutes les avenues de noire cceur, et qu'il ne soit ouvert que pour Dieu seul; car souvent il 5^ glisse subtilement et nous détourne de rfttenlion que nous devons avoir à Dieu, si bien que nos paroles ne répondent f^A à nos pensées, au lieu que ce n'est pas de :K)uche , mais d'esprit qu'il le faut prier. Mais quelle ni^ligence est-ce là de se laisser emporter pendant la prière à des pensées profanes et inutiles, comme si nous avions alors autre chose à penser qu'à ce que nous disons à Dieu ? Comment voulez-vous que Dieu vous entende, si vous ne vous entendez pas vousHoême ? Ou

'Luc, 23, 31.

comment pouvez-vous prétendre qu'il se souvienne de vous , tandis que vous vous oubliez ainsi? Vous faites bien voir par là que vous n'avez pas grand soin de vous garder des surprises de l'ennemi. Vous priez Dieu ^ mais vous offensez sa majesté en le priant si négligemment Vos yeux veillent, mais votre cœur dort, au lieu que le cœur d'un chrétien doit veiller lors même que ses yeux sont endormis, suivant cette parole que l'épouse dit au nom de l'Église dans le cantique des cantiques : a Je dors, mais mon cœur veille t.» Cest pourquoi l'apôtre nous avertit de persévérer dans la prière et d'y être vigilant , pour nous apprendre qu'il n'y a que ceux qui prient de la sorte qui obtiennent de Dieu ce qu'ils lui demandent ^. Or nos prières ne doivent pas être stériles et infructueuses, autrement elles demeurent sans effet ; cas comme , selon l'Évangile , tout arbre qui ne porte point de fruit doit être coupé et jeté au feu, de même Dieu n'écoute point nos paroles si elles ne sont accompagnées de bonnes œuvres. C'est ce qui hli dire à l'Écriture : «La prière est bonne avec le jeûne et l'aumône ^ ; » car celui qui nous doit récompenser au dernier jour de nos bonnes ouvres et de nos aumônes, écoute maintenant favorablement ceux qui accompagnent leurs prières de leurs bonnes œuvres. CTest ainsi que le centurion Corneille mérita d'être exaucé. «U faisait beaucoup d'aumônes au peuple, dit l'Écriture, et priait toujours Dieu. Un jour donc qu'il était en oraison vers les trois heures après midi , un ange lui apparut pour lui rendre témoignage du mérite de ses bonnes œuvres, et lui dit: Corneille, vos prières et vos aumônes sont montées en la présence de Dieu , et il s'en est souvenu^ x>; car les prières accompagnées du mérite des bonnes œuvres montent bientôt à Dieu. C'est ainsi que l'ange RaphaCl rendit un pareil témoignage à Tobie qui s'appliquait continuellement à la prière et à des bonnes œuvres de charité. « U est glorieux, dit-il, de publier les œuvres de Dieu ; car lorsque vous priez avec Sara, j'ai présenté vos oraisons à Dieu. Et parce que vous ensevelissiez charitablement les morts et n'avez point fait de difficulté de sortir de table et de quitter votre dtner pour en enterrer un , j^ai été envoyé pour vous tenter ; et Diea

' Cant, 5, 2, - • Cotow., 4, 1. - • Tob., 12, •. * Acl., 10, 2.

SAINT CTPRÎEN.

n'eprote omipteiiaql pour vûq$ guérir avec Savâ votre belle-fille; car je suis Raphaël Vm des sept bons anges qui sommes continuellement présens devant Pieu ^ o Le Seigneur nous enseigne encore la même chose par la bouche disaîe ; a Rompez , dit-il , tous les nœuds de Tinjustice ; abandonnez vos commerces criminels , laissez en repos les misérables et ne les opprimez plus , faites part du pain que vous mangez à ceux q[ui ont faim, et retirez les pauvres dans vptrQ maison; vêtez ceux qui sont nus, et nç méprisez point ceux de votre nation ; et alors votre lumière brillera comme Taurore ; vous serez bientôt superbement paré; votre justice marchera devant vous, et la splendeur de Dieu vous envirpnnera. Alors le Seigneur vous exaucera quand vous l'invoquerez, et à peine aurez -ypus ouvert la bouche qu'il dira : Jf^t;o/c/^.» Voilà comme Dieu promet d'écouter et de secourir ceux qui dégagent leur cœur de toute injustice , et qui font TaumAne à ses serviteurs comme il Ta commandé. Et véritablement ceux qui font ce que Dieu leur ordonne , méritent bien que Dieu fasse ce qu'ils lui demandent. Le bienheureux apôtre saint Paul, ayant été assisté par les fidèles dans une nécessité pressante, appelle ces actions de charité des sacrifices : « Je suis comblé , dit-il , de vos biens, et j'ai reçu ccquevousm'avez envoyé parËp^phrodite comme un excellent parfum et comme un sacrifice très-agréable à Dieu ^. v Car avoir pitié des pauvres, c'est prêter à Dieu à intérêt, et doi^ ner aux plus petits, c'est donner à Dieu même et lui offrir un sacrifice spirituel d'encens et depar^ f ums. Quant au temps de la prière, nous voyons que ces trois enfans deBabylone,que la fermeté de leur foi rendit victorieux dans leur captivité même, observaient avec Daniel l'heure de tierce, de sexte et de noQC , comme pour figurer le mystère de la Trinité qui devait être révélé dans les derniers temps. Car il y a trois heures depuis la première jusqu'à tierce , trois depuis tierce jusqu'à sexte , et trois depuis sexte jusqu'à none, si bien que chaque intervalle d'une de ces heures à l'autre marque la Trinité, et toutes les trois prises ensemble l'accomplissent. Cest ainsi que les adorateurs du vrai Dieu distinguaient autrefois le temps de leurs prières ,

»TiiWe.tt.7M«.-»JiiiîB,fi8,6.-»Philip..4.18.

et l'on a vu clairement depuis que oel^ ^taJl pue figure de ce qui devait arriver. Car ce fut à l'heure de tierce que le Saint-Esprit descendit sur les disciples et les remplit de grâce comme Notre -Seigneur leur avait promise Ce fut à l'heure de sexte que saint Pierre étant monté au haut de la maison oùil était^ Dieu lui apprit de bouche et par une vision à admettre indifféremment tout lemondeaubaplème,parce(j[u'auparavant il élisait difficulté de le donner aux gentils . Et enfin Notre-Seigneur ayant été crucifié à l'heure de sexte^cefutàl'hetiredenone (|u'il lava nos péchés dans son sang , et qu'il consomma sa victoire par sa mort pour nous racheter et nous vivifier. Mais maintenant, mes très-chers frères , les temps pour prjer se sont multipliés avec les mystères; car il faut prier aussi le matin afin de célébrer la mémoire de la résurrection dcNotre-Seigneur. Aussi voyonsnous que ce temps a été marqué par le Saint- Esprit dans les psaumes. « Vous êtes mon roi et mon Dieu , dit David ; car c'est à vous , Seigneur, que j'adresserai ma prière, et je vous forai entendre ma voix dès le matin. Dès le matin je me présenterai devant vous et vous contemplerai ^. » Le Seigneur dit e^^core par un autre prophète : a Ils viendront vers moi de grand matin, disant : Allons, retournons au Seigneur notre Dieu ^ » Nous sommes encore obligés de prier sur la fin du jour quand le soleil se couche. Car comme Jésus-Christ est le yrai jour et le vrai soleil , c'est alors qi^e nous devons demander qu'il nous éclaire, c'est-à-dire qu'il hâte son avènement pour nous donner la grâce de la lumière éternelle. Or que Jésus-Christ soit le jour , le Saint-Esprit le déclare dans les psaumes quand il dit : « La pierre que les architectes ont rejetée a été faite la principale pierre de l'angle. Elle a été ainsi placée py le Seigneur, et npus le voyons avec étonnement. C'est lui qui est le jour qu'a fait le Seigneur; marchons, et nous réjouissons en lut ^. » Et qu'il soit un soleil, le prophète Malachie le témoigne par ces paroles : a Le soleil de justice se lèvera pour vous qui craignez la majesté du Seigneur, et vous trouverez votre guérison sous ses ailes '. • Puis donc que, selon l'Écriture, Jésus-Christ est

« Act, 1, 15. — • Ikid., 10 . a — > Uie, 98 , 4i. * Psaume 5, 2. — > Asée, 6, 1. — • Ptaunie il7, 2f . fMalach.,4,2.

DB LA PATIENCE

le ffii jour et le trai aoleil , et qne les cbrétiens sont dans Jésu8<];hri8t, il n*y a point dlieure au |our où nous ne devions prier Dieu. Et quand la nuit vient elle ne nous en doit point empêcher, parée que 1^ nuit même est lumineuse pour les enfons de lumière. Car quand pourrait èlrQ sans lumière eelui qui porte la lumière dans 80i| cœur ? ou quand est-ce qo*il ne fait pas jour et soleil pour eelui de qui Jésus-Christ est le soleil et le jour? Ainsi puisque nous sommes toujours en Jésus-Christ, e'est-ft-dire dans la lumière, nous ne devons pas même durant la nuit cesser de prier. C'est ainsi qu'Anne , eette sainte veuve , veillait et priait sans relâche pour attirer sur elle les grâces de Dieu , comme l^Évangile le témoigne : «Elle ne sortait point du temple, dit Tévangéliste , servant Dieu nuit et jour par ses jeûnes et par ses prières K » C'est aux gentils, qui n^ont pas encore été éclairés de cette lumière, et aux Juift qui Tout perdue et qui marchent

dans les ténèbres, à voir ee qolls ont à lUre. Mais pour nous, mes trte -chers frères, qui sommes toujours dans la lumière du Seigneur, et qui savons ce que nous avons commencé d'être par la grâce que nous avons reçue , ne mettons point de différence entre la nuit et le jour. Croyons toi^oors marcher dans la lumière ; que les ténèbres d'où nous sommes sqrtis ne nous lassent plus d'obstacle ; que la nuit ne fasse point de tort à nos prières et ne serve point de prétexte à notre paresse. Ayant été spiritudlement renouvelés et régénérés par la miséricorde de Dieu, anticipons dès id-bas l'état où nous serons un jour. Et comme dans le paradis il n'y aura phis qu'un jour qui ne sera suivi d'aucune nuit, veiUoBS dès à présent durant la nuit comme durant le joiar. Là nous prierons Dieu et le remercierons sans cesse; ne cessons donc point ici de 1^ prier et de le remercier.

DE Lk PATIENCE.

Ayant dessein de parler de la patience et d'en montrer les avantages , par oti puis-je commencer pins à propos, mes très-chers frtres, que parce que je vois que vous avez besoin de patience pour m*écouter , si bien que vous n'en saunez même ouïr "parler sans en avoir? Car nous ne pouvons profiter de ce qu'on nous dit, si nous ne l'écoutons patiemment. Aussi de tous les moyens que notre religion nous fournit pour acquérir les biens qui nous sont promis, je n'en vois point de meilleur ni de plus utile que la patience. Les philosophes font profession de cette vertu aussi bien que nous; mais leur patience est aussi fiausse que leur sagesse. Car comment ceux-là pourraient-fls être sages ou patiens qui ne connaissent ni la sagesse ni b patience de Dieu ? C'est ce qui lui fait dire de ceux qui se croient sages dans le monde : «Je détruirai la sagesse des sages , et anéanti-

« Luc, s, 87.

rai la prudence des prudens^» Le bienheureux apôtre saint Paul, rempli du Saint- Esprit et envoyé pour appeler les gentils, témoigne la même chose , quand il dit : « Prenez garde que personne ne vous trompe par la philosophie et par de vaines subtilités qui ne sont appuyées que sur tes traditions des hommes, et sur les principes d'une science mondaine, et non sur la doctrine de Jésus-Christ; car en lui habité toute la plénitude de la Divinité'.» Et en un 'autre endroit : tQue personne ne s'y trompe. Si quelqu'un parmi vous pense être sage, qu'il devienne fou selon lé monde, afin d'être sage. Car la sagesse du monde est une Mié devant Cieu , puisqu'il est écrit : Je surprendrai les sages par leurs propres finesses'.» Et ailleurs : t Le Seigneur sait que les pensées des sages sont foHes ^. » S'ils n'bnt donc point

«Psaonièas.ll.

SAINT CYPRIEN

de vériUbh sagesse, ils n'ont point non plus de véritable patience. Car si pour être patient il faut être humble et doux , et que tant s'en fiiut que les philosophes soient doux et humbles, que nous voyons au contraire qu'ils se complaisent en eux-mêmes, ce qui fait qu'ils déplaisent à Dieu , il est manifeste que la vraie patience ne se trouve point où règne une liberté effrénée et une vanité sans mesure et sans retenue. Mais pour nous, mes très-chers frères , qui sommes philosophes non de paroles , mais d'actions , qui ne mettons pas la sagesse dans l'habit, mais dans les effets, qui aimons mieux être vertueux que de le paraître, qui ne disons pas de grandes choses , mais qui tâchons de les faire, pratiquons comme de véritables serviteurs de Dieu la patience que lui-même nous enseigne par son exemple. Car cette vertu nous est commune avec Dieu. CTest du ciel qu'elle vient, qu'elle tire son éclat et sa gloire. Les hommes doivent aimer une vertu qui est aimée de Dieu. Ce qu'une si haute majesté chérit ne peut être que grand et recommandable. Si Dieu est notre maître et notre père , imitons sa patience ; puisque des serviteurs doivent obéir à leur maître, et qu'il ne faut pas que des enfans dégénèrent de la vertu de leur père. Or quelle patience n'a-t-il point, de souffrir que les hommes pour lui faire ii\jure bâtissent des temples, dressent des statnes, offrent des sacrifices impies , et de ne pas laisser de faire lever son soleil sur les bons et sur les niécbans,et d'arroser également de ses pluies la terre des uns et des autres? C'est par un effet de cette même patience que nous voyons les saisons et les élémens servir indifféremment par son ordre aux coupables et aux innocens, aux religieux et aux impies, aux reconnaissans et aux ingrats. C'est pour les uns et pour les autres que soufflent les vents , que coulent les fon taines, que croissent les blés, que mûrissent les raisins , que les arbres se couvrent de fruits, les forêts de feuilles , les prés de fleurs. On l'irrite tous les jours par de continuelles offenses, et il arrête sa colère , et attend en patience que le temps qu'il a prescrit pour se venger arrive. Il a la vengeance en main, mais il est si bon qu'il la diffère pour donner lieu aux hommes de se reconnaître et de se retirer de leurs crimes. Car il dit lut-même : a J^aime mieux que le pécheur se convertisse et vive , que non

pas qu'il meure ^ » Et par «a oouche d'un autn prophète: «Retournez au Seigneur votre Dieu, car il est bon et miséricordieux, plein de patience et de douceur, et il révoque quelquefois les arrêts de sa justice et suspend ses fléaux '.• Et le bienheureux apôtre saint Paul de même, rappelant le pécheur à la pénitence : c Est-ce, dit-il , que vous méprisez sa bonté, sa douceur et sa patience infinie ? Ne savez-vous pas qu'il n'use de cette patience et de cette bonté que pour vous convier à faire pénitence? Et vous, par votre endurcissement et votre impénitence» vous vous amassez des vengeances pour le jour de la vengeance et du juste jugement de Dieu qui rendra à chacun selon ses œuvres ^.> Il appelle juste le jugement de Dieu , parce qu'il le diffère longtemps afin de donner moyen à rhomme de rentrer dans le chemin de la vie. Car il ne punit les pécheurs que lorsque leur pénitence ne leur peut plus être utile. Mais pour vous faire encore mieux comprendre, mes trèschers frères, que la patience est une vertu d I vine, et que quiconque la pratique imite Dieu , Notre- Seigneur nous donnant dans l'Évangile des préceptes pour notre salut et des conseils de perfection : «Vous savez, dit-il , qu'il est écrit : Vous aimerez votre prochain et haïrez votre ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutait , afin que vous soyiez enfans de voire père qui est aux cieux, qui fiait lever son soleil sur les bons et sur les méchans, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Car si vous n^aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicaios ne le font-ils pas aussi ? Et si vous ne saluez que vos frères , que ferez-vous au delà des autres? Les pa!ens ne le fbnt-ils pas anssi? Soyez donc parfiits comme l'est votre père téleste^.» Par là il nous apprend que les enfans de Dieu qui ont reçu une naissance céleste au baptême, sont parfiits lorsqu'il ont la patience de leur père, et lorsqulls font reluire dans leurs actions cette ressemblance divine qu'Adam avait perdue par son péché. Quelle gloire est-ce de devenir semblable à Dieu ! Quel bonheur de posséder une vertu qu'il possède ! Et Notre-Seigneur Jésus-Christ,

« fzédi., 28 , 32. — • Joel , 3, 1S.

>RoiD.,2,4.-«Manb.,5»l3.

DE LA PATIENCE

mes trèMïbers Frères , n'a pas seulement enseigné la patience par ses paroles, mais par ses actions. Car comme il était descendu du ciel pour faire la volonté de son père ainsi qu'il le témoigne lui-même, parmi les autres vertus éclatantes par lesquelles il a donné des marques de sa divinité, il n'y en a point où il l'ait ftit paraître davanta|;e qu'en celie-lâ. Aussi toutes ses actions, à commencer dès son avènement au monde, portent l'empreinte du caractère auguste de la patience. Premièrement il se dépouille de la gloire qu*il possédait dans le ciel et descend ea terre , et lui qui est le fils de Dieu ne fait point de difficulté de se revêtir de la chair de i'iiomme , et de porter les péchés d'autrui quoiqu'il fût exempt de tout péché. Il quitte l'immortalité pour devenir mortel et mourir innocent pour sauver les coupables. Après , il veut bien être baptisé par un serviteur , et lui qui devait remettre les péchés par Teau ne dédaigne pas d'y entrer comme s'il eût eu des péchés à remettre. Il jeune quarante jours ; et celui qui subvient à la fsiim des autres souffre la faim, afin que ceux qui étaient affamés de la parole et de la grâce de Dieu fussent rassasiés de ce pain céleste. Il entre en lice avec le diable, et se contente de le vaincre par ses paroles sans lui faire d'autre mal. Il n'a pas commandé à ses disciples comme à ses serviteurs, mais il les a aimés comme ses frères. Il a même daigné laver les pieds à ses apôtres, afin qu'en en usant ainsi envers ses inférieurs, nous apprissions comment nous en devons user envei*s nos égaux. Et nous ne nous étonnerons pas qu'il ait été si bon à regard de ses disciples obéissans, si nous omsidérons avec quelle patience il a souffert Judas jusqu'à la fin, comme quoi il a bien voulu manger avec cet ennemi domestique, ne le pas découvrir quoiqu'il le connût fort bien, et endurer même que ce traître le baisât. Mais de quelle patience n'a-t-il point eu besoin pour supporter les Juifs P D n'a rien oublié pour vaincre leur incrédulité et leur ingratitude. Il leur a répondu doucement lorsqu'ils le contredisaient , soufA»rt leur orgueil , cédé à leurs persécutions, et employé jusqu'aux dernières heures de sa vie pour tâcher de ramener ces meurtriers des prophètes, ces opiniâtres et ces rebelles. Avant même que d'en venir à l'acte sanglant de sa passion , combien a-t*il enduré

I d'opprobres et d'ignominies? combien de crachats, lui qui un peu auparavant avait rendu la vue à un aveugle avec sa salive sacrée ? Celui au nom de qui ses serviteurs fouettent maintenant le diable et ses anges, a été fouetté par ses serviteurs. 11 a été couronné d'épines, lui qui couronne les martyrs de fleurs immortelles. On l'a frappé an visage de branches de palme , lui qui donne des palmes véritables aux victorieux. Il a été dépouillé de ses habits, lui qui revêt les autres d'immortalité. On lui a présenté du fiel à manger, lui qui nous a donné une viande céleste. On l'a abreuvé de vinaigre, lui qui nous a procuré un breuvage salutaire. Le juste et rinnoœnt , ou plutôt la justice et Tin» nocence même est mise au nombre des criminels. La vérité est opprimée par de faux témoignages. On juge celui qui doit juger le monde, et la parole éternelle de Dieu est menée au supplice sans proférer une seule parole. Les astres s'éclipsent à sa mort , les élémens se confondent, la terre tremble, la nuit ravit le jour, le soleil se cache pour n'être point obligé de voir le crime des Juifs, et lui ne dit mot ; il ne s'émeut point , il ne découvre point sa majesté, au moins au temps de sa passion. II souffre constamment jusqu'à la fin, afin que sa patience soit parfaite et consommée. Et après tout cela , il reçoit encore ses meurtriers lorsqu'ils retournent à lui et se convertissent, et ne forme l'entrée de son Ëglise à personne. Et non-seulement il pardonne à ces adversaires, à ces blasphémateurs, à ces ennemis implacables de son nom, quand ils reconnaissent leur crime et en font pénitence ; mais il les récompense même et les admet au royaume du ciel. La patience peut-elle aller plus loin? Celui quiarépandu son sang ^ est vivifié parson sang. Et certes, il était bien besoin qu'il en eût beaucoup, puisque sans cela TËgiise de Dieu n'aurait point saint Paul pour apôtre. Si donc, mestrès-chers frères, nous sommes membres de Jésus-Christ, si nous en avons été revêtus au baptême , s'il est lui-même la voie qui nous mène au salut , marchons sur ses pas et suivons son exemple. «Celui, dit l'apôtre saint Jean, qui dit qu'il demeure en Jésus-Christ , doit marcher comme il a marché lui-même K » Saint

« Le Juif.

M. Jean, 2, 6.

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