‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 63 sur 102 · SAINT C · texte numérisé non relu

SAINT C

iodée s'enfuient sur les montagnes ; que celui qui est sur son toit ne descende point pour emporter quelque chose de sa maison, et que celui qui est à la campagne ne retourne point quérir ses habits. Mais malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ce temps-là. Priez Dieu que votre fuite n'arrive point Tliiver ni le jour du sabbat. Car Taffliction sera alors si extrême qu'il n'y en a point eu de même depuis le com<mencement du monde , et qu'il n'y en aura jamais de semblable. Et si ces jours-là n'avaient été abrégés i personne ne serait sauvé ; mais ils seront abrégés en faveur des élus. Alors si quelqu'un vous dit : Le Christ est ici , ou il est là , ne le croyez^point; car il s*élèvera de faut Qirists etde faux prophètes qui feront degraads miracles et des prodiges surprenans, jusqu'à séduire s'il était possible les élus mêmes. Prenez y d(mc garde , je vous en avertis auparavant* Si donc on vous dit : Le voici dans le désert ^ n'y allez point : Le voici dans la maison , ne le croyei point Car comme un éclair parait tout d'un coup d'orient en occident , ainsi sera Tavénement du Fils de l'homme. Partout où sera le corps mort les aigles s'y assembleront. Mais aussitôt après ces jours d'affliction le soleils'obecurdra^la lune ne donnera plus sa lumière ^ les étoiles tmnberont du ciel , et les vertus des cieux seront ébranlées. Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel , et tous les peupies de la terre se lamenteront et verront le Fils de l'homme venir au milieu des nuées environné de gloire et de msyesté. Et il enverra ses anges avec une trompette et grand bruit i qui rassem- Ueront ses élus des quatre coins du monde i et d'une extrémité du ciel à l'autre ^ » De plus ^ les choses quiarrivent maintenant «»«x chrétiens ne les doivent point surprendre , ni leur sonhier nouvelles , puisque les gens de bien et ceux qui tâchent de plaire à Dieu par la pureté el l'innoeenoe de leurs moeurs marchent toujours par le sentier étroit et difficile des peines et des afflictions. C'est ainsi que dès la naissance du monde , le juste Abel fut tué par son frère , jacob obligé de s'enfuir, Joseph vendu, David persécuté par SaQl , et Élie par Achab à cause qu'il soutenait courageusement l'honneur de Dieu. I« grand-prètreZacharie fîit tué aussi au

« MalUi., H 4.

YPRIEN.

milieu du temple près de l'autel, et immolé conune une victime au lieu mène où II offrait des victimes à Dieu. Enfin combieo de nDartyra^ dont on eâébre la mémoire, et qui sont autant d*exemples illustres de foi et de courage? Les trois eufans de Babylone , Aoanias , Aiarias et Misaèl, tous trois de même Age, tous trois extrêmement unis , tous trois pleins de foi et de courage, plus forts que les flammes et les tour* mens dont on les menaçait, crient qu'ils ne ser* vent que Dieu seul , qu'ils ne eonnainent que lui , qu'Us n'adorent que luL c Roi , diamt-^b I Nabuchodonosor, nous n'avons rien à vooa dire là-dessus ; car le Dieu que nous servons noos peut aisément retirer de la fournaise ardente , et il nous délivrera de vos mains. Maitf quand il ne le ferait pas , sachez que nous ne servirons point vos dieux , ni n'adorerons la statue d^or que vous avez fait dresser ^ » Et Daniel, consacré à Dieu et rempli du Saint-Esprit , s^écrie de même : « Je n'adore que le Seigneur mon Dieu qui a créé te cid et la terre ^. «Tobie aussi a»« servant toiyours un cœur libre et généreux au milieu de sa captivitéi confesse Dieu hautement et publie sa grandeur et sa puissance : t Je te confesse , dit-il , dans le pays où je suis captif^ et îe prêche son pouvoir à une nation perveraeet méchante •. » Que dirai-je des sept frères Biacha* bées , pareils en courage aussi bien qu'en nais» sance, et accomplissant le nombre des aept comme la figure de hi perfection? Us sont sept frères unis dans la gloire d'un même martyre | comme les sept premiers jours auxquels Dieu a créé te monde , qui contiennent les sept mille ans ; comme les sept esprits bienheureux qni se tiennent loi^oursen la présenoedeDieu; comma les sept lampes dans le tabernacle de Moïses comme les sept chanddiersd'or de l'Apocaljrpae; comme les sq>t colonnes de Salomon sur leaqoel* les te sagesse a élevé une maison; comme les sept enbnsdtt premier des rois dont h femma stérile accoudia ; comme les sept ftemes dans Isale , qui ne prennent qu'un mari et qui en veulent porter le nom ; comme les sept Églises auxquelles écrit sa'mt Paul, et les sept auxquelles Notre-Seigneur s'adresse dans l'Apocalypse aussi bien qu'à leurs anges. A ces sept enfims généreux

se joint leur mère qui en était te source et Tori-

EXHORTATION AU MARTYRE

gîoe , hquelle a ensuite enfanté sept Églises , comme celle qui a été premièremeiit et uniquement fondée sur la pierre par la parole même de Jésus-Gbrist Et ce n'est pas sans mystère que ces sept enFans n*ont que leur mire pour compagne de leurs souffrances , et non pas leur père. Car cela nous apprend que les martyrs n'ont point d'autre père que Dieu même , suivant cH avertissement queNotre^igneur nous donne dans Tllvaogiie : « N'appelez persomie sur la terre votre père , car vous n'avea qu'un père qui est au ciel ^ » Mais quelle a été la gloire de leur confession , et la grandeur de leur foi et de leur générosité ! Le roi Antiochus, œ tyran, ou plutôt cet Antéchrist) voulant les obliger à souiller leur bouche en mangeant de la chair de pourceau , les fit battre cruellemeut de verges^ Mais comme il vit que cela ne servait de rien, il commanda qu'on mit le feit sous des diaudièreSi et quand elles forent toutes rouges y fit jeter le premierdes Macbabées qui avait parlé le plus hardiment, après lui avoir fait couper la langue'. Ce qui fot d'autant plus glorieux au martyr, qu'il était raisonnable qu'une langue qui avait confessé le nom de Dieu fût envoyée la première à Dieu. Il inventa encore de plus cruels suppli* ces contre le second ; car avant que de le tour» menter dans ses autres membres, il lui fit arracher la peau de la tète avec les cheveux. En quoi il fit paraître qu'il en voulait à Dieu même , puisque Jésus-Ghrîst étant la tète de Tbomme et Dieu la tète de Jétus-€3irist , il persécutait Dieu et Jésus-Christ dans la tète du martyr qu'il faisait écorcher. Mais lui, se confiant en ses souffrances et plein de l'espérance de la résurrection future , s'écria : « Malheureux que tu es ! tu nous ôtes la vie présente ; mais le maître du monde nous ressuscitera pour la vie étemelle sui^ot Tordre immuable de ses lois ^ » On demanda la langue au troisième pour la couper, et il la donna aussitM , ayant déjà appris de son frère àmépriser ce supplice.npré^nta les mains avec une pareille constance , heureux d'imiter par là Notre-Seigneor qui étendit les siennes sur la croix. Le quatrième méprisant les tourmens avec un semblable courage , pour rabattre l'orgueil du roi, lui dit : a II vaut mieux que lea hommes nous fiassent mourir, et mettre notre

>llMh^aib«.-*U.]iach«b.,7.-«/Md:,Zi9. '

confiance en Dieu qui nous doit ressusciter pour la vie étemelle; car pour toi tu ne ressusciteras point pour h via ^ » Le cinquième ne foulant pas seulement aux pieds les divers supplices dont on le tourmentait , mais prévoyant encore par l'esprit de Dieu ce qui devait arriver, prédit au mi qu'il verrait bientôt les effets de sa colère et de sa vengeance : « Parce que vous êtes puissant parmi les hommes , dit-il , quoique vous soyei mortel comme eux , vous Mtes ce que vous voulez» Mais ne pensez pas pour cela que Dieu nous ait abandonnés. Attendez un peu , et vous verrez les terribles fléaux qu'il va envoyer sur vous et sur votre race >. » Quelle consolatioti pour ce martyr et quel soulagement au milieu de ses supplices , de ne pas tant songer aux maux quil Bouffirait qu'à ceux que devait bientôt aoufFrir son bourreau ! Le sixième ne mérite pas seulement d'être loué pour son courage , mais encore pour son humilité; car Une fit point vanité de ses souffirances et de la gloire de sa confession , mais attribua I ses péchés la persécution du roi , et à hi justice de Dieu la vengeance qui la devait suivre. Il fit voir que le* véritables mat'tyrs sont modestes , et bien qu'ils espèrent que Dieu les vengera , ils ne s^enor^^ gueillissent jamais de leur martyre. « Ne vous y trompez pas, lut dit-il , nous sommes cause de ce que nous endurons , parce que nous avons péché contre notre Dieu ; mais ne vous imaginez pas pourtant que cet attentat que vous commettez contre sa nu^esté demeure impuni '. s Leur admirable mère de même , sans être ébranlée ni par la faiblesse de son sexe ni par la perte de tantd'enfans, les regarda mourir d^un visage assuré, et considéra leurs supplices non comme des peines , mais comme un honneur. Si bien qu'on peut bien di^ que cette constance qu'elle témoigna à voir unsi ses enFans tourmentés fot une espèce de martyre qui égala en quelque sorte le leur. MêS» son courage n'en demeura pas là; car 4>rèsla mort de ces rix firères, comme Q en restait encore un plus jeune, le roi lui promettant des ricliesses et des honneurs pour tâcher de le fléchir et se consoler au moins par la victoire d'un seul de la honte qu'il avait d'avoir été vaincu par les autres , et voulant engager sa mère à l'y exliorter , elle l'exhorta en effet

« U.Madisb.,7,ia.-> IL llMMi.J,t6L-«yM.» 7,1*^

SAINT CYPRIEN

mais comme une m&re de martyrs, comme une mère qui se souvenait de la loi de son Dieu » comme one mbre qui n' aimait pas ses enfons mollement, maisd'ane affection mâle et généreuse. Car elle Fexhorta à confesser le nom de Dieu , et à ne se point séparer de ses frères dans la gloire de leur martyre, ne s'estimant véritablement leur mère qu'en tant qu'elle les avait engendrés pour Dieu. L'armant donc et le fortifiant , et Tenfantant plus heureusement que la première fois : a Mon fils , lui dît-elle, ayez pitié de moi qui vous ai porté neuf mois dans mon ventre , qui vous ai nourri et allaité pendant trois ans , et vous ai conduit à T^e où vous êtes. Je vous prie i mon fils , regardez le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent, et considérez que Dieu les a créés de rien aussi bien que les hommes. Ne craignez donc point ce bourreau , mais rendez-vous digne de vos frères et souffrez généreusement la mort , afin que j'aie la joie de vous voir avec eux^ » Cette mère mérite de grandes louanges d'avoir ainsi encouragé son fils à la vertu; mais elle en mérite encore de plus grandes de ne s'être point prévalue de la gloire de six martyrs , ni cru que les prières de ses autres enfans pussent servir à celui-ci s'il venait à renoncer à sa religion, et de lui avoir persuadé plutôt de souffrir avec eux afin de se trouver avec eux au jour du jugement. Enfin cette généreuse mère meurt aussi avec ses enfans; car il n'était pas à propos que celle qui avait engendré tant de martyrs ne prit point de part à l'honneur de leurs triomphes , et qu'elle ne suivit pas ceux qu'elle avait envoyés devant elle à Dieu. Mais afin que personne ne trompe et ne se laisse tromper par des billets ou par quelque autre artifice de cette sorte, il ne faut pas passer sous silence Éléazar^, qui comme les ministres du prince lui eussent offert de lui apporter des viandes ûùai il lui était permis de manger, pour faire croire qu'il avait mangé de celles offertes aux idoles selon le commandement du roi, ne voulut point consentir à cette supercherie , et dit qu'il était indigne de son âge et de sa noblesse d'user d'une feinte comme celle - là qui scandaliserait les autres et les induirait à erreur , s'imaginant qu'Ëléazar, à l'àgede quatre-vingt dixans, aurait

» y. Macbab., 7, 27. - • md., 6, 21.

trahi lâchement la loi de son Dieu pour suivre des coutumes étrangères , et que le peu de temps qui lui restait à vivre n'était pas si considérable qu'il voulût , pour le ménager, offenser Dieu et s'exposer à des supplices étemels. Après donc avoir été longtemps cruellement tourmenté, sur le point de rendre l'àme au milieu des fouets et des tortures , il dit en soupirant : a Seigneur, dont la science est sainte et admirable, vous savez que, me pouvant^g^rantir de la mort, je souffre d'horribles douleurs dans mon corps, mais que mon esprit les souffre avec joie parce que l'ai votre crainte ^ » Merveilleuse foi! d'avoir plut6t songé à Dieu qui le devait juger, qu'au roi Ântiochus qui le tourmentait ; et d'avoir compris qu'il ne lui eût de rien servi pour son salut de tromper les hommes, puisque Dieu qui est le juge de notre conscience et qui est le seul à craindre ne peut être trompé ni moqué. Si donc nous nous sonmies véritablement donnés à Dieu, si nous marchons sur les anciennes et saintes traces des justes , ne faisons point difficulté de passer par les mêmes épreuves et les mêmes souffrances , nous estimant heureux de nous rencontrer en un temps où la foi et la vertu sont si florissantes, qu'on ne peut plus compter comme autrefois le nombre de ceux qui signdent leur valeur par le martyre suivant ce témoignage de l'Apocalypse :c Après cela je vis une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation , de toute tribu , de tout peuple et de toute langue , qui étaient debout devant l'agneau. Ils avaient des robes blanches avec des palmes en leurs mains, et chantaient à haute voix : Grâces soient rendues à notre Dieu qui est assis sur le trime et à l'agneau qui nous ont sauvés. Alors un des vieillards s'adressant à moi, me dit : Qui sont ceuxci qui sont vêtus de robes blanches , et d'où sont-ils venus ? Je lui répondis : Seigneur, vous le savez. Et il me dit : Ce sont ceux qui ont passé par de grandes afflictions, et qui ont laTé et blanchi leurs robes dans le sang de l'agneau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple ^. > Que personne donc ne crme qu'il soit difficile d'être martyr, puisque le nouÂre des martyrs est innombrable.

«11. Macbab., 6, SO. '^ * Apec., 7, 9.

EXHORTATION AU MARTYRE

XII. Le Stint-Etprit le déclare par Salomon lorsqu'il dit : c Quoiqu'ils soient tourroeutés devant les hommes , ils ne laissent pas d'être remplis de Tespérance de l'immortalité. Pour quelques Itères peines ils recevront de grandies récompenses, parce que Dieu les a éprouvés et trouvés dîgn^ de lui. Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise, et reçus comme un holocauste, et il songera à eux quand le temps sera venu. Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples,' et le Seigneur régnera éternellement en eui^B Le même Salomon décrit la vengeance qui sera fiûte de ceux qui nous peraécolent et leur repentir, en ces termes : a Alors les justes paraîtront hardiment devant ceux qui les ont tourmentés, et qui leur ont ravi le fruit de leurs travaux. Ceux-ci les voyant seront saisis d*une horrible frayeur, et dans t'étonnement d'une félicité si subite et si imprévue, ils diront en eux*-mémes avec larmes et av«c douleur: Voilà ceux que nous méprisions autrefois et qui étaient le sujet de nos railleries. Insensés que nous sommes, nous pensions que leur vie fot une folie, et que leur fin dût être sans honneur; et maintenant les voilà parmi les enfans de Dieu, et au nombre des saints. C'est donc ainsi que nous nous sommes égarés du chemin de la vérité. La lumière de la justice ne nous a point éclairés, et le soleil ne s'est point levé pour nous. Nous nous sommes lassés dans la voie d'iniquité et de perdition. Nous avons marché dans des chemins rudes et difficiles, et avons ignoré celui du Seigneur. Que nous a servi notre orgueil, et quel avantage retironsnous de cette yaine moûjtre de nos richesses? Toutes oes choses ont passé comme ne ombre^.s Au psaume ceqt-quiozième^ il est parlé aussi de la récompense du jnartyre: cLa mort des saints du Seigneur, dit David , lui est précieuse^; set au psaume cent vingt-ciuquième de la peine du comba^t , et de la joie de la ré^ compense : «Ceux qui sèment avec larmes , re^ cueiUercMit avec joie. Us pleuraient quand ib jetaient leur semence spr terre; mais Us vien*' dronf avec all^esse diargés de leurs gerbes^, i Et tu psaume cent dix-huitième ; cHeureus ceux dont les mœurs sont pores, etqaiseoonduisent selon la. loi de Dieu« Heureux eeux qui

«Sa«siae,3,4. — 'TMd.. 5,1.

•Pi., 115, 9. - * Piaume 125, 4.

imitent ses souffrances et qui le cherchent de tout leur CŒur^ » Dans l'Ëvangile aussi,' Notre- Seigneur, qui nous vengera et nous récompensera, dit : a Heureux ceux qui auront souffert persécution pour la justice, car le royaume du ciel est à eux', s Et encore : <c Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous haïront, vous sépareront, vous chasseront, et vous décrieront comme des méchans à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous alors et soyez bien aises, car une grande récompense vous attend au* ciel 3. D Et en un autre endroit : «Celui qui perdra la vie pour Tamour de moi, la sauvera^. » Et Dieu ne promet pas seulement des récompenses à ceux qui souffrent le martyre, mais aussi à ceux qui conservent une foi pure et entière. Car tout chrétien qui abandonnera tout ce qu'il poissède pour suivre Jésus-Christ sera mis au rang des martyrs , suivant cette parole : «Personne ne quitera sa maison , ou sa terre, ou son père et sa mère, ou ses frères, ou sa fomme , ou sefs enfans pour le royaume de Dieu, qu'il n'en reçoive sept fois autant dès ce monde et en l'autre la vie éternelle ^.p II est dit la même cho^ dans l'Apocalypse. «Je vis, dit-il , les âmes de ceux qui avaient été mis à mort pour le nom de Jésus , et pour la parole de Dieu;» et il ajoute : «Et qui n'avaient point adoré la béteni son image, ni reçu son caractère sur leur fN>nt ou dans leur main, et qui devaient vivre et régner avec Jésus-Chrisl^. » 11 dit que non-seulement ceux qui ont souffert de la mort vivront et régneront avec Jésus-Christ , mais aussi tous ceux qui, demeurant formes dans leur foi et conservant toujours la crainte de Dieu, n'adoreront point limage de la bête , ni n'obéiront à ses édits détestables et sacrilèges. Que la récompense doive être plus grande q,He les souffrances, ssint Paul le montre, lui qui M ravijusqvCau troisième chel oftiloutt des paroka ineffobles , qui se glorifie d'avoir vu le Seigneur Jé^iis par la lumière de la foi , et qui est d'autant plus croyable qu'il parle de ce qu'il a appris et de ce quil a vu. «Les souffrances de eette ^, dit-il, «n'ont point de proportion arveé lagloire' qni sera un jour découverte en nous7. sQui ne travaillerait donc de toutsonpou-

^ PS. 1», 1. ^•Mafai.,6, 10. - » Loc,6, 22. ♦ JUtL, », 24L — • /àirf., 18, 26. — • Apoc , 20, 4.

4jî0

SAINT CYPRIKN.

voir pour arriva* à une gloire si éclatante, pour devenir Tami de Dieu , pour $e réjouir avec Jésus-Christ au sortir de cette vie, pour passer des supplices d*ici-bas aux récompenses célestes? S'il est glorieux aui soldats du siècle, après avoir vaincu Tennemi, de retourner triomphaos en leur patrie ; quel plus grand honneur n'est-ce point de retourner dans le paradis après avoir surmonté le diable, et de reporter des trophées dans un lieu d*où Adam avait été chassé pour son crime , après avoir terrassé celui qui Ten avait chassé P d'offrir à t)ieu une foi incorruptible, une vertu sans tache , un zèle plein de vigueur? de raccompagner lorsqu'il viendra tirer vengeance de ses ennemis? d'être à côté de lui lorsqu'il s'assiéra sur son trône pour juger le monde? d'être fait le cohéritier de Jésus-Christ? d^ètre rendu égal aux anges? d'entrer en partage du royaume des cieux avec les patriarches, les apôtres, et lès prophètes ? Y a-t-il quelque persécution assez grande , quelques tourmens assez terribles pour renverser un cœur qui est plein de ces pensées? Une âme demeure inébranlable à toutes les terreurs du diable et aux menaces du monde quand elle est appuyée sur ces fondemens , et sur la base solide et immo-

bile de la foi. Dans la peraécuiittt , îi est vrai, les yeux des martyrs sont fermés pour la tene, mais ils sont ouverts pour le deL L'Antedirîst les menace, mais Jésus-Christ les protège. On leur donne la iWNrt, mab cette mort est suivie de rimmortaUlé» On leur ôte le monde, mais le paradis leur est rendu. On les prive de la vie temporelle, mais ils recouvrent la vîeétenidle. Quelle joie de sortir d'ici au mâiieu des gènes et des tortures qui sont le gage le plitt assoie de notre espérance , de fiormer en on moment les yeux aux hommes et au monde, et de les oovrir aussitôt pour voir Dieu et Jésus<3irist! Quel bon* heur d'être retiré si promptement de cette vie, pour être mis k l'heure même dans le royaume des cieux I Voilà de quoi nous noos devons entretenir l'esprit. Voilà ce qu'il Cant méditer nuit et j(^. Si la persécution trouve un soldat de Jésus-Obrist disposé de la sorte, un cœur ainsi armé pour lecrâibat ne sera jamais valnca : et si Dieu le tire du monde, auparavant, une foi si bien préparée pour le martyre ne dejoneorera pas sans récompense ; car Dieu,qui est un juge équitable, n'« point égard au temps. Dorant U persécution il couronne le oonrage; et durant la paix , la vertu et la bonne volonté.

A DÉMÉTRIANUS'.

U y a longtemps que je vous entends vomir des biaspbtaies contre le Dieu véritable et unique; mais je vous «vais toivour» dédaigné juscpfici, paRce qoe je jogoais plos à propos de vous laiM^ da«s votre erreur que d'aigrir par mes diséours un bomme furiettx et emporté; ce que je ne fusais pas sans être fondé sor une autorité divine, puisqu'il est écrit : « Ne dites fien à on féo , de peur qu'il ne se moque de ce qae vous lui direz*.» Et encore : cNe répondex point aux foUss don fou, de crainte que voos m loi ressemUieis. » Notre^Seîgnear de même

^ On ne siit li ce Démétrianus était le procootul d'A- Mpie o« llm des Juges ou OQ^teiUera de Ja viUs ileORHbaoe, 0» tout aimplenieuc un w^itu célèbm .«lors.

•rrov.,a8,a~*/w.,20^4.

nous commande de garder poor nous les vérités qtts nous connaissons, et de ne les pas exposer à ètne fiwlées aux pieds des chiens et dés pour ceonx : < Ne donnex point, dlt-il, les tbosa saintes aux chiens^ et ne jeterpbint vos pertes devant les poareeaux , de peur qulh ne les foulent aux pieds, et qu% ne se jettent sur voos et ne vous déchirent K »Kt vfritafalemenf ,txnnaie je voyaisque vous me ventex voir souvent, pMAt pour contredire qoe pouf apprendre, et que voos ne ftisiez que erlailler au Ueu de m'écooter doucement , il me sembhit qu'il nV ^vaif ancone ippâreuce de raison de disputer contre voQs^ pn-esqu^ est plosaîsé de sunnoÉlierie

> Mattb.» 7« 7, 0.

A DËMÉTRIANUS.

fruit 4m yêgnm Anuet qued'arrèur les saillies de voire ra£^,etque c'e$t perdresa peine de présenter la lumière à ua areug^, de parler à on sourd, et d'instruire une bète. Cest ce qui m'avait obligé i garder le silence jusqu'à cette heure pour ticher de vaioere votre opiniàlreté par ma patience, vorant que voua étiez trop iododle pour être instruit, trop impie pour céder aux raisons de la religion, et trop furieux pour vous apaiser par la douceur. Mm puisque vous passez piaîntenaol plus avant , et que vous dites qu'on nous accuse d'être cauèe des guerres, des pestes et des lamines, il ne se but frius taire désormais, de peur qu'on ne l'attribue plut6t à (aiûesse qu'à retenne, et que tandis que nous méprisons 4e répondre anx crimes qu'on nous impMte, il ne semUt qoe nous en demeurions d'acoord. Je vais done vous répondre à vous et aux atttres,qae vous avez pent-ètre iniméa contre noua par vos médisances, et qui ae laisseront pas pourtant, comme je l'espère, d'entendre raison , puisqu'il y a bien de l'appa* reoce que ceux à qui le mensonge a donné de mauvaises impressions de noos^ en jugeront équitablement qnand ils sauront la vérité.

Vous dites donc que c^est nous qui sommes cause de tous les malheurs qui affligent mann tenant les hommes, parce qiie nous n'adorons pas vos dieux. Mais puisque vous êtes si ignonos des choses divines , il vms faut apprendre premièrameot que le monde est d^ sur son déeliUi et qu'il ii'a phm les mêmes forées ni la même vigueur qu'il avait antrefois. U n'est pas besoin pour le prower de rapporter des autorités de Usaiatfe|;critmre;fe monde lui-même le dit, «t témoigiie êmz par la décndenee de toutes choses qu'il approche de sa IkiL U ne tombe piH# tant de pMfii en Ulrer ipoar naorvir les semences} Ic^ ssMl n'est ptan si chmiden«é (HNir mArir lc« fimi^$ le priMemps n'est pHis si agréaUfciii l'autooQitt si féeoiidé Lès earril^ de marbeei.cofnme si elles étakid fasses, n'« fournissent phistant^etlesmîaesiror et d'argent sont épnisées. Les tares démènent tneulM, les mers sans pilotes, les araséea sans aoldatt. II n'y a pl^ d'innocence an barrean , de jnsciee parmi les jqges^ dianion entre les amia, d'in* dustrk da^s les arts, de discipline dans ks mœurs. Grcty^a-vous ipi'tfne chose qui eat sur son déclin puisse être aussi vigourrme qnMle

était d*abord9 B ftÉt «f^tiftéséilé que tout ce qui tend vers sa Rn dé()éi«fée. Ainsi le soleil proche de son oonohant Jette dès rayons pVus languissans. Ainsi la lune sortant de son plein, perd tous les jours quelque chose de sa lumière ; et un arbre qui d'abord était fcrtfle et verdoyant, lorsqu'il est vieux devient sec et âi^ forme. Une fontaine de même , qui du torhmtocément faisait couler ses eaiix en abondance , tarit enfin par le cours des aimées, et fournit à peine un filet d'eau. C'est une loi de Dieu et de la nature que tout ee qui commence prenne fin, et qu'après qu^une chose est arrivée juèqti'à certain point de force et de grandeur, eTIe déchoie et s'affaiblisse, et ensuite se détruise. Quand donc vous imputez aux chrétiens que, dans h vieillesse du monde, toutes choses empirent, c'est comme si les vieillards s'avisaient de leur imputer' les hicommodités deia viciilesse, et de dh*e que c'est eux qui sont cause qu'ils n*entendent plus si dair, qnlls n'ont plus si bonne vue, qu'ils ne sont plus si agiles, ni si robustes , ni^ si sains , et qu'au lien que Ton vivait autrefois huit et neuf cents ans, à peme s'en trouve-t-il maintenant qui aiitent jusqu'à cent. Nous voyons des enfins qui sont déjà tout bianes. Leurs cheveux périssent avant qu'ils soient venus , et ils ne finissent pas, mais commencent par la vieillesse. C'est ainsi que toutes choses maintenant do point de leur naissance se précipitent à leur mort , et se ressentent de l'affaiblissement général du monde.

Pour ce qui est des guerres , des stérilités , et des maladies qui sont plus fréquentée 9 Cette heure qu^autrefois , sachez qu'il a été prédit que dans les denaiers temps les maux se multiplieront , et qtf à l^proche du jodr du jugement la ooMre^ IHeu sHalhittièra de plus en plus contre Isa hommes, et leur «hveira de plus terribles iéÉUx. Gês Choses n'atrivent pas, comme voiis le piAIMzItossement; parce quenousn^Sardofotts pas v>osdieox^<naii parce que vousvoiis^h'adotéz pas le vrai Dien^, car eomme it est Tat^itre dh nionde,et qu'il nes^ fiiit rienqne par^bn ovâtt «0 par sa permission , iorsqull arrive des choseï qni téntoignent qu'il est en colère, ce n'est pas pMT nous qui^e servons qu'dles arrivent , tnali pour vous punir de vos crin^es. C'est parce, que vous i^e Te cherchez ni nelecraignez^èt que vous ne quittez pomt vos vaines superstitions fior

453 SAINT CYPRIEK.

cmbrassfr k VéNUHe rdigiovi, tt poar faire que^ commet^M rimk|«e Dieu de tous, toas aussi le servent et Fadorent. Ëcoute2-le luimême comine il fNirle et nous Instruit : c Vous adorerez, dit-îl, le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirex que lui seul ^.» Et encore: «Vous n'aurez point d'autres dieux que moi^.» Et en un autre endroit : «N'allez point après des dieux étrangers pour les servir et les adorer, et ne m'obligez point par vos crimes à vous perdre^. » Un prophète de même rempli du Saint-Esprit annonce la colère de Dieu par ces paroles : «Voici ce que dit le Seigneur et le Dieu toutpuissant : Parce que ma maison est déserte, et que chacun de vo^s se hâte d'aller en sa maison, le ciel ne versera plus ses pluies , et la terre ne produira plus ses fruits, et je ravagerai la terre, le blé, le vin, Thuile, les hommes et les bêtes, et tous leurs travaux^.» Un autre prophète dit encore la même. chose : « Je ftrai pleuvoir sur une ville et ne ferai pas pleuvoir sur l'autre. Là pluie tombera d'un côté, et le c6té où elle ne tombera pas séchera. Deux ou trois villes vien* dront dans une même ville pour boire , et ils ne se pourront désaltérer; et après cela vous ne vous convertirez pas à moi, dit le Seigneur^?i» Vous voyez que Dieu se met. en colère et me^ naoe, parce que vous ne vous convertissez pas à lui; et an milieu de votre opiniâtreté et du mépris que vous foites de lui, vous vous étonnez et vous vous plaignez des sécheresses et des stérilités, de ce que la grêle ravage la vigne, de ce que les orages ruinât la moisson, de ce que les fontaines tarissent , |a peste corrompt Pair, les maladies tuent les hommes, pendant que ce sont vos péchés qui. attirent toutes ces vengeances du ciel, et que Dieu est d'autant plus irrité qu'il voit que vous ne profitez pas de ces châtimens. Gar le même Dieu dédait dans! l'Ecriture sainte que ces malbeiJirs arrivent on pour corriger les opiniâties oi^ popir..lespu|iir. «C'est en vain, ditTil, que j'ailirîppé vos^dfimf, ils ne se sont pas corrigés^» Et lepi;^)hète li^i répond : «Vous les avez frappés, et il# ne l'ont pas senti ; vous les avez affligés, et ils n'ont pas voulu rentrer dans leur devoir ?.» Dieu diâtie, et on ne le craint point ; il frappe de ses fléaux,

] Dent, 6, 13. - • Eiod., 10, 3. — » Jérémle, Î5. « ;As9ée,1,til-.>Aniot,4, 7.-'Jéréaiîe 2,30

et Yùant se met point en peine de l'apaiser. Que aerait-ce donc s'il ne punissait point lei hommes? Combien l'impunité augmenterait-elle encore leur insdcnîce? Vous vous plaignez de ce que l'air est malsain , de èe que le ciel ne donne point de pluies, de ce que la terre est infertile, en un mot de ce que les élémens né vous servent pas pour vos bescHos et pour, vos plaisirs. Mais je vous demande, tous qui voulez qœ toutes choses vous servent , servez-vous Dieu? luidl)éissei-vons, afiù que toutes choses vous obéissent P Vous exigez tontes sortes de services de votre esclave, et quoique Tons< sojrei homme comme lui , que vons naissiez de mtme, que vous deviez mourir de même, que vous ne différiez d'avec lui ih pour l'âme, ni pour le corps, cependant sit ne (ait tout ee que voos hii commandez^ s'il ne vous est entîèreniem assiûetti , vous lui donnez des coups de béton ou les étrivières, voua lui &ites souffirir la feim et la soif, le cbai^e^ de chaînes, te mettez en prison ; et, misérable que vous êtiês , tandis que vous fiiites si bien valoir votf^ qualité de maître sur un homme j vous ne reeomiaissez pas le maître et le Seigneur de tous les hommes. Cest donc justement queDieo les frappe de plusieurs plaies. Mais comme ils ne s'en servent pas pour se convertir à lui, des cacbols étemels et des flammes qui ne s'éteignent point les attendent en l'autre monde, sans qu'on écoute leurs prières ni leurs gémisseidens , comne ils n'ont point écouté Diea id^baslonsqullfaisait éclater son indignsÊtion contre eux. « Enfiios d'Israël, dit-il par un prophète>, éeoviez cè que dit le Seigneur : car voici qttil va jnjger les tasbttans de la terre, parce quHl ny a pins sur là terre ni miséricorde, ni justice, ni connSfiasanoede Dieu; mais dmaination^ mensonge, meurtres, bri- Ifandagea, adultères, ineeste^. G*€i9t pourquoi la terre sera désolée avec tous -ses habitans, avtclcs bêtes de là campagne, avecles serpens, avec les oiseanx^etlés poissons mêmes de h mer mourront. Et qoé personne'' ne perde le temps à prêcher les hommes^, i Dieu témoîgae qu'il est indigné de ce que ies Hotomes ne le connaissent point ; et leshommesiiese Aettentpoint en peine de le connakre et de le craindre. Il leur marque tous leurs crimes en particulier et les en reprend ; et ils ne songent prâit * h Ven cor-

I Figer. Noii» TftyM» tes firMictioiis s'aocomplir ^ tous les jours; et personne n'y fait attention

pour en^devenir plus sage. Les maux nous accablent de telle sorte qu'à peine nous laissent-ils

le temps de respirer ; et cependant nous avons

le loisir d*ètre méchans, et nous nous amusons

à condamner les autres au lieu de nous condamner nous-mêmes. Vous vous mettez en

colère de ce que Dieu se met en colère contre

vous, comme si en vivant mal vous méritiez

qu'on vous Rt du bien, comme si tout ce qui

vous arrive n'éuit pas encore moindre que vos

péchés. Vous qui entreprenez de juger les autres,

jugez- vous enfin vous-même, rentrez en votre

conscience; ou plutôt, puisque vous n'avez

point de pudeur, et que vous faites vanité de

mal foire, reconnaissez au moins en vous ce que

tout le monde y voit. Vous êtes orgueilleux,

avare, colère, joueur, sujet au vin, envieux,

impur, cruel ; et vous vous étonnez que Dieu

augmente ses cbâtimens tandis que les crimes

augmentent tous les jours. Vous vous plaignez

de la guerre; comme si la paix même n'était

pas pire que la guerre, comme si la violence et

la tyrannie des personnes puissantes n'était pas

phis à craindre que toute la puissance des barbares. Vous vous plaignez de la stérilité et de la

famine; comme si les sécheresses la causaient

davantage que les impôts et les brigandages.

Vous vous plaignez que le ciel est fermé; tandis

que vos greniers demeurent fermés. Vous vous

plaignez de ce que la terre prodoit moins de

fruits; et vous ne faites point part aux pauvres

de ceux qu'elle produit. Vous murmurez de la

peste; et la peste a découvert ou accru les

crimes; car l'on ne secourt point ceux qui en

sont atteints, et on les pille quand. ils sont

morts. On est timide pour les assister, et hardi

pour les voler. On appréhende de les approcher

quand ils se meurent, et on enlève leurs dépouilles après leur mort ; comme si l'on ne les

avait abandonnés durant leur maladie que de

peur qu*ils n'en réchappassent. Tous ces malheurs ne sont pas capables de retenir les hommes, dans leur devoir, et au milieu de tant de

mopls personne ne pense qu'il est morteU L'on

s^mpare hautement et impunément du bien

d'autrui, sans crainte, sans honte, comme si

c^élait une chose toute permise, et que ce fût

faire une perte que d'y manquer. Les voleurs l « Me, m^ %.

ne votent qn'aveeqadqoe sorte de rétame; ils choisissent les bois et les lieux détournés, et les ténèbres couvrent au moins leurs crimes. Mais l'avarice ezerœ pubUquement ses rapines, et assurée par sa propre, audace étale en plein jour et à la plus grande lumière sa convoitise insatiable. De là viennent les fiussaires, les empoisonneurs et les assassins dont la ville est pleine, et de qui la hardiesse est encore augmentée par l'impunité. Et il ne se fiiut pas étonner que l'<m ne punisse point les crimes, il n'y a que des criminels. On ne craint ni accnsateurs ni juges, parce que les uns s<mt complices, et que l'on corrompt les autres. Aussi m prophète animé de l'esprit de Dieu témoigne que ce sont les péchés des hommes qui empêchent que Dieu n'arrête le cours de leurs nul* heurs, quoiqu'il ne manque point de puissance pour les arrêter. «Est-ce que la main de Diea, dit-il , n'est pas assez puissante pour vous san* ver, ou s'il est sourd, qu'il ne vous entend pointf Mais c'est que vos péchés y mettent obstade, c'est vos crhnes qui sont cause qu'il détourne sa face, et qu'il n'a point compassion de vous^i Que chacun pense donc à ses péchés et aux plaies de sa conscience, et il cessera de se plaindre de Dieu ou de nous, quand il reconnaîtra qu'il souffre ce qu'il mérite.

. Mais que dirai-je du principal sqjet de notre diHérend, de ce que vous nous maltraitez qnoiqu'innocens , de ce que pour ttàrt iigure à Dien vous opprimez ses serviteurs P Ce vous est pea d'être remplis d'une infinité de vices détesta* blés , de renverser la véritable religion par voa faiosses superstitions , de ne point diercher ni craindre Dieu; il faut encore que vous persécutiez injustement ceux qui le servent et qui lui sont consacrés. Il ne vous suffit pas de ne le point adorer, si vous ne faites la guerre t ceux qui l'adorent. Vous approuvez les honneurs qu'on rend à de vaines idoles faites de j la main des hommes, et même à des monstres; \^ il n'y a que ceux qu'on rend à Dieu qui vous déplaisent. Vos temples regorgent de tous c6tés de la fumée de vos sacrifices; Dieu seul n'i point d'autels , ou ils sont cachés. Vous révérer, des crocodiles , des cynocéphales, des pierres, des serpens; et il n'y a que Dieu qui ne soijt

éii s Al AT

^38 Mpuifiïifién!. Ybùs pnyézâè leàrsïltmîsoiis et dé letirs Meh8 d^ hbmnieé justes et ioflo* cens; dès émis de DIèà: voii^ tés chargez dé chaînes Vvbas les iù^iéz en prïsoik, les ciposez aut bètes , léé faites périr par le ter on par le fea , éf non contents dé la durée ordinaire des supplices; vous ledr faites muifrlr dé longs toàrinèttS , e! par une crûftaté ingénieuse en inventez théoie de nouveaux. La barbarie peutH^lé aller pluslôln? SI c'est uû crime d'être chrétrenj poû^tiiol bé'ftites-vous pas mourir tout d'un coup celui qui avoue quMl en^est coupable; et si ce n*est pas un crime, pourquoi tètutnentèz^vous tn Innocent? Si appréheodatit d'être pûn7, je cachais ma religion, et voulais faire croire que jVi toujours adoré vos dieux, c*est alors qùè tous me devriez tourmenter, afin dé m^obliger à confesser mon crime, comme vous faites à Tégard de tous les antres criminels que vous mettez à la question pour tirer la vérité de leur bouche. Mais puisque je confesse que je suis chrétien , et que je le déclare hautement , pourquoi donner la torture à un homme qui avoue ce qu'on lui demande, et qui ne se cache pas pour mal parler de vos dieux , m^tts qui s'en moque devant tout le monde et à la faice des juges et des magistrats? car tout cela doit encore augmenter mon crime et votre haine de voir que je me confesse chrétien en présence de tout le peuple, et que je vous confonds publiquement,vous et vos dieux. Pourquoi attaquez-vous la chair qui est faible? C!ombattez contre l'esprit, renversez notre ft>f , surmontez-nous par la raison si vous le pouvez. Ou si vos dieux sont véritablement tels, et qu'ils aient quelque pouvoir, qu'ils se vengent euxmêmes, qu'ils se défendent eux-mêmes. Autrement, quel bien peuvent-ils faire à ceux qui les servent , puisqu'ils ne sauraient se venger de ceux qui ne les servent pas? Vous êtes même plus puissant qu'eux, puisque vous les vengez , ce qu'ils ne peuvent faire. Et si cela est, ce n'est pas vous qui les devez honorer, c'est à eux à vous honorer et à vous craindre. Vous les vengez de même que vous les gardez, et tes enfermez de peur qu'ils ne se pendent. Ayez honte d'adorer ceux que vous défendez ; ayez honte d^attendre la protection de ceux qui ont besoin de la v6tre. Oh ! si vous.ies vouliez voir et

etttttidre forsfDè Hém ter eoi^omBsiiir noi exorôtsmes et que nous les classons des corps des possédés; lorsque, tourmentés par la pnissanoe de Dieu et par des fouets invisibles, ils confessent en pleurant et en gémissant le jugement à ventrl Venez, et soyez vouMnéme témoins de ce que nous disons; et puisque vous dites qtoe ee sont là vos dieux, croyez an moins à vos dieux. Ou si vous n'en vonlez croire que v^s-même^ celui qui maintenant voosobsède et vous aveugle parlera au dedans de tous et vous l'ouïrez. Vous verrez que ceux que vous priez BOUS prient , et que ceux que vous adorez nous craignent. >Vous verrez trembler devant nous comme de misérables esclaves ceox que vous regardez comme vos maîtres. An moins pourrez-vous reconnaître votre erreur quand vous verrez et entendrez vos dieux dédarer eux* mêmes ce qn'ils sont , sans que votre présence les puisse empêcher de découvrir leurs fourbes et leurs prestiges. Quelle est donc cette lâdieté ou plutôt cette folie de ne vouloir pas sortir des ténèbres pour venir à la lumière? d'aimer mieux demeurer engagé dans la mort étemelle, que de vivre dans l'espérance d'une immortalité bienheureuse? de ne point appréhender on Dieu qui menace et qui dit : «Celui qui sacrifiera à d'autres dieux qu^au Seigneur sera exterminé ^» Et encore : «Ils ont adoré ceux qu'ont fait leurs mains, ils se sont courbés et humiliés devant eux, je ne leur pardonnerai point ce crime >?» Pourquoi vous proatemezvous devant de fausses divinités ? Pourquoi vous humiliez-vous devant de vaines statues qui ne sont que de la terre ? Dieu vous a créés droits, et au lieu que les autres animaux sont courbés contre terre , vous avez le visage élevé vers le ciel. C'est là que vous devez porter vos regards; cVst là qu*il vous faut chercher le vrai Dieu. Si vous voulez vous garantir de l'enfor, contemplez les choses hantes et célestes. Pourquoi vous précipiterez- vous dans la mort avec le serpent que vous adorez? Pourquoi vous laissezvous envelopper dans une même ruine avec le diable? Conservez les avantages de votre naissance. Demeurez tels que Dieu vous a faits ; et puisque la statue de votre corps est droite et élevée, élevez aussi votre esprit. Afin de pou*

'txod, n,aO. ^•lsaie,2,8

¥Qlr «QBiMMve Dieity CDimàtoez-Toas même auparavant. Laissez les idoles que Terrenr bumaine a myentées. Gomrertissez-vous k Dieu qui secourt tons ceux qui implorent son asaistanee. Croyez en Jésus-Ghrist que le Père a envoyé au monde pour nous donner la vie et nous racheter. Cessez de persécuter ses serviteurs qui 8<mt sous sa protection. Car c'est pour cela que nous ne résistons point quand nous sommes pris, et qu'encore que nous soyons en grand nombre , nous ne nous défendons point contre vos violences. L'assurance que nous avons que Dieu nous vengera nous rend patiens. C'est ce qui feit que des innocens cèdent à des criminels et se soumettent à tout œ qu'ils leur font souffrir , parce que nous sommes certains que nos souffirances ne demeureront pas impunies, et que plus elles sont grandes et iqîostes, plus la vengeance sera juste et terrible; ce qui est si vrai , que jamais Ton ne persécute les chrétiens que le ciel ne donne aussUM des marques de son courroux ; car, pour ne rien dire de ce qui s'est passé du temps de nos pères, et des punitions arrivées coup sur coup en laveur des serviteurs de .Dieu , sa protection ne vient-elle pas de paraître visiblement à leur égard dans la chute des rois et dans la défaite d'armées si nombreuses et si puissantes? Et que personne ne s'imagine que ces événemens soient un efFet du hasard et de la fortune ; car il y a loQg-temps que TËcriture a dit: «La vengeance m'appartient, et je ferai justice, dit le Seigneur ^ ]>Et ailleurs : « Ne dites point : Je me vengerai de mon ennemi , mais attendez que le Seigneur vienne à votre secours ^. » Ce qui fait voir clairement que ce n'est pas nous qui sommes cause de tous ces fléaux de la colère de Dieu , sinon en tant qu'il les envoie pour nous venger.

Et il ne sert de rien de dire qu'ils tombent aussi sur nous ; car ceux-là ressentent les calamités du monde qui mettent toute leur joie et leur gloire dans le monde. Ceux-là s'affligent des maux qui leur arrivent sur la terre , qui ne peuvent espérer d'avoir part aux biens du ciel , et dont tous les plaisirs sont bornés à cette ▼ie courte et misérable. Mais pour ceux qui sont assurés des biens à venir , ils ne se mettent

• Deut.. 32, 35. — • ProT., 20 , 22.

A DÉMÉTtllÀNtlS. 49S

I pas en pebe des maux préseos. Nous ne sommes abattus par aucune adversité, ni par les malheurs publics ni par les disgrâces particulières ; et vivans plutôt par Tesprit que par la diair, nous surmontons les ftiblesses du corps par la vigueur de i'àme ; car nous savotls que les mêmes choses qui vous font de la peine et vous tourmentent, ne sont que pour nous éprouver et nous fortifier. Gomment pouv»vous croire que les accidens contrabes nous touchent comme vous, puisque vous voycs que nous les portons tout autrement que vous? L*on n'entend parmi vous que plaintes et murmures, et vous êtes chagrins et impatiens : au lieu que nous conservons une patience forte et religieuse, toujours humble, toujours reconnais-^ santé envers Dieu. Nous voyons d'un visage égal la bonne et la mauvaise fortune; et sans perdre jamais le calme de l'esprit, nous demeurons inébranlables aux tempêtes du monde, et attendons en repos le temps de l'aooomplts* sèment des promesses divines ; car tant que nous sommdi en ce corps, il faut bien que nous soyons sujets à h condition des corps, et Q faudrait sortir du siècle et quitter les hommes pour n'avoûr plus rien de commun avec les hommes. Nous sommes en une même maison , bons et méchans ; tout ce qui arrive dans cette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent ; jusqu'à ce que œ qui arrive dansoette maison arrive également à tous ceux qui y demeurent; jusqu'à ce que par la fin du monde il se fasse une séparation , et que les uns soient condamnés à une mort étemelle , et les autres récompensés par une immortalité bienheureuse. U ne faut donc pas que vous vous imaginiez que notre condition smt pareille à la vôtre, sous ombre qu'étant encore en ee monde et revêtus d'une chair mortelle, nous sommes siyets comme vous aux inconmiodités qui accompagnent cet état; car comme les maux ne sont tels qu'à Tégard de ceux qui s'en affligent, 3 est manifeste que nous n'avons point de part à vos maux y puisque nous ne nons en affligeons point. Notre foi et notre espérance nous soutient et nous relève au milieu des ruines du monde , et notre vertu demeure toiyonrs immobile, constante ^ gaie et assurée de son Dieu. Cest ce que le Saint-Esprit témoigne quand le prophète dit : «Le figuier n'apportera point de

4âG

SAINT CYPRIBN.

figues ) ni la vigiM de raisin. Les^oUWers^seroot stériles, et la campagne ne: produira point de blés. Les brebis mourront faute de fourrage , et Ton ne trouvera plus de bœufs dans les établés. Mais moi je me réjouirai au Seigneur , je mettrai mon contentement en mon Sauveur et en mon Dieu ^» Il dît qu'un serviteur de Dieu appuyé sur la foi et sur Tespérance n'est point ébranlé par tous les malheurs qui arrivent au moude. Que la viglie trompe Tattente du vigneron, que les oliviers soient infertiles, que le^ blés meurent de sédieresse , qu'est-ce que cela fait à des chrétiens que toutes sortes de délices et de biens attendent dans le paradis? Ils ^e réjouissent toujours en leur Dieu; et quand ils jettent les yeux sur les récompenses •ft venir, il n'y a point d'adversités qu'ils ne £ttiq[>ortent avec courage ; car comme après . avoir été régénérés par une seeonde naissance, nous ne vivons plus pour le monde , mais pour Dieu seul, nous ne recevrons aussi l'accomplissement de: ses promesses quç quand nous $erous arrivés à lui ; ce qui n'empêche pas pourlunt que. nous ne le priions sans cesse pour le repos de l'état et pour les biens de la terre, et que nous ne lut demandions nuit et jour pour vous toutes sortes de prospérités. Que personne donc ne se fonde sûr ce que la condition de cette vie rend les maux temporels communs entre nos ennemis et nous , pour croire que ce n'est pas vous qui en êtes cause; puisqu'il y a long-^ temps que Dieu même et ies prophètes ont prédit que sa colère tomberait sur les mé^ çhans, et que n#iis ne manquerions pas. à la vérité d'être persécutés, mais que Dieu ferait bientôt éclater sa voigeance contre toos persécuteurs. Mais ce quil fait îci^bas en notre faveur est bien peu de chose, et n'est que pour donner cependant aux hommes quelques mar^ ques de sa colère. Mais il y a le jour du juge^ ment qui les attend, et dont ^Écriture parle ain^i.: «Jetez des cris et des hurlemens, car le jour du Seigneur approche , et Dieu va faire le dégât. Voici venir le jour du Seigneur , ce jour sans pardon ti sans miséricorde où il ravagera toute la terreet en exterminera les pécheurs K » Et encore : « Voici le jour du Seigneur qui vient, allumé comme une fournaise 9r4enle' ^ tous

'Aba.,3, 17.-M»aît,13,6cl9.

les étrangers >etles méchaft^ serant comme de la paille 4u!il consumera, dit le Seîgnew^» Dieu prédit que les étrangers seront brûlés, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas de la race divine , et qtp n'ont pas été régénérés spiriloellement m faits enfans de Dieu : car en un autre endroit il dédare qu'il n'y aura de sauvés que ceux qui ont reçu une s^ccmde naissance et ont été marqués du signe de Jésus-Christ, lorsqu'on envoyant ses anges pour détruire le monde et exterminer le genre humain, il leur dit plein de colère : «Allez, tuez et n'épargnez personne. N'ayez pitié ni des jeunes ni des vieux, et faites mourir femmes, filles et petits-enfans, afin de les perdre sans ressource ; mais ne touchez à pas un de ceux qui sont marqués du sîg^ne^.» Or quel est ce signe, et en quelle partie du corps est-ii imprimé ? Dieu lemontre auparavant quand ilditv «Passez par lé milieu de Jérusalem , et vous imprimerez un signe sur le front de ceux qui gémissent et s'afBigent des crimes qui se commettent parmi eux ^. » Le même Dien témoigne encore que ce signe appartient à la passion et au sang de Jésus-Christ, et que quiconque s'en trouvera marqué sera sauvé , lorsqu'il dit : «Le sang mis sur vos maisons vous servira de signe, et j'y prendrai garde et vous sauverai; et vous serez à couvert de la plaie dont je frapperai PÉgypte*.» Ce qui 2 précédé en figure dans l'agneau pascal s'est accompli depuis selon la vérité en Jésus-Christ. Et comme alors le peuple juif ne put être garanti de la plaie dont TÉgypte fut frappée, que par le sang et le signe de l'agneau, ainsi, quand lé monde sera désolé au jour du jugement, il n'y aura que ceux qui seront trouvés marqués du sang et du signe de Jésus-Christ qui seront sauvés.

Pensez donc à vous sauver tandis qu'il est encore temps; et puisque la fin du monde approche, craignez Dieu et vous convertissez à lui. Ne vous flattez point de cette vaine et insolente domination que vous usurpez en ce monde sur des gens de bien et des hommes doux et paisibles; l'ivraie et les mauvaises herbes dominent aussi dans les champs au milieu des blés les plus fertiles. Ne dites plus

« Maladi., 4,1.-* Ezécb., 9, 5. - • Ibid., 9, 4. «Kxode» 12,13.

A DÉMÉTR1ANU&.

que les roalbeurs qd arrivent au inonde vieonent de ce. que sous n-adoroos^poiat vos dieux; ce sont des effets de la juste colère de Dieu qui se veut foiipe. reconuattre par ses vengeances , parce qu'w ne le connaît point par sesbienfaits. Gherebez-le enfin quoique ^ard^ puisqu'il y a longtemps qu'il vous y exhorte par son praphête: «Cbereliez Dieu, dit^l, et votre àme vivra U; et que Jésus-Christ venant au monde a dit : «La vie étemelle est qu'ils vous reconnaissent pour le seul Dieu véritable, et qu'ils connaissent Jésus-Christ que vous avez envoyé'.» Croyez en celui qui ne trompe point ; croyez en celui qui a prédit que toutes ces choses arriveraient; croyez en celui qui donnera la vie éternelle pour récompense à ceux qui croiront , et qui punira les incrédules de supplices étemels. Quelle gloire pour la foi, et quelles peines pour rincrédulité quand le jour du jugement viendra I Quelle joie pour les uns, et quelle tristesse pour les autres ! car il n'y aura plus de retour. Un feu brûlant et dévorant tourmentera pour jamais ceux qui y seront condamnés, sans qu'ils puissent espérer ni trêve ni fin de leurs tourmens. Les âmes seront conservées avec leurs c^rps pour souffrir des douleurs infinies. Nous contemplerons éternellement dans leurs supplices ceux qui nous ont contemplés ici quelque temps dans les tortures; et pour un court plaisir que la cruauté de nos persécuteurs a pris à repaître ses yeux de spectacles inhumains, ils seront exposés à un spectacle étemel de peines et de misères. C'est ce que témoigne l'Ëcriture lorsqu'elle dit : «Le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les dévore ne s'éteindra point, et ils seront exposés en cet état aux yeux de tout le monde 3. d Et encore : « Alors les justes paraîtront hardiment devant ceux qui les ont tourmentés, et qui leur ont ravi le frait de leurs travaux. Ceux-ci les voyant seront saisis d'une horrible frayeur; et dans Tétonncment d'une felicité si subite et si imprévue, ils diront en eux-mêmes avec larmes et avec douleur : Voilà ceux que nous méprisions autrefois et qui étaient le sujet de nos railleries. Insensés que nous sommes, nous pensions que leur vie fût une fblie, et que leur fin dût être sans honneur. Et ooaintenant les voilà parmi les enfons de

>Amoi &- > Jean, 17,3.-" IsMe.K

Dieu et au nombre, des s^ts. CM donc ainsi que 9Qu$ nou3^ sommes égarés du chemin de la vérité; \a lumière de la justice ne nous a point éclairés, et le soleil ne s'est point levé pour nou^. Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et dç la perdition ; nous avons marché dans de$ chemins rudeset difficiIes,etnousavons ignoré celui du Seigneur. Que nous a servi notre orgueil, et quel avantage relirons-nous de toute cette vaine parade de nos richesses? Toutes ces choses ont passé comme une ombre ^ * Mais leur repentir sera alors Inutile, leurs plaintes vaines, et leurs prières sans effet; et ceux qui n'ont pas voulu croire pour obtenir la vie éternelle, croiront enfin, mais trop tard, quand ils se verront condamnés à des supplices éternels. Songez donc à votre sûreté et à votre salut, tandis que vous le pouvez encore faire. Nous vous offrons pour cela nos services et nos conseils; et puisqu'il ne nous est permis de haïr personne , et que nous en sommes d'autant plus agréables à Dieu que nous ne nous ressentons point des injures qu*on nous iàit, nous vous exhortons , pendant que vous êtes encore en ce monde, de satisfaire à Dieu, et dé sortir de cette nuit profonde de votre superstition pour entrer dans la pure et éclatante lumière de la religion véritable. Nous ne vous envions point vos avantages, et nous ne vous cachons point les bienfaits de Dieu. Nous payons votre haine d'amitié et de bienveillance, et pour les tourmens que vous nous faites souffrir, nous vous montrons le chemin du salut. Croyez et vivez; et au lieu de nous persécuter dans le temps, réjouissez-vous avec nous dans l'éternité. Après cette vie il n'y a plus lieu à la pénitence, et la satisfiiction est inutile. C'est ici que le paradis se perd ou s'acquiert. C'est ici que l'on mérite le salut par la foi et par le culte du vrai Dieu. Que fâge ni les péchés n'empêchent personne de se convertira Tant qu'on est en ce monde, il est toujours temps de faire pénitence. La porte de la miséricorde divine est toujours ouverte, et donne une entrée libre et facile à tous ceux qui cherchent la vérité. Quand vous seriez sur le point de mourir, si vous priez pour vos péchés et que vous imploriez la bonté du Dieu unique et véritable en le confessant et en croyant en lui, voue

SAINT CTPRIER

Obtiendrez de lui ié {Mifdon de Vos crimes et passerez de la mort à rimmortalîté. Cest à Jésus- Christ que nous sommes redevables de cette (j^ràce; c'est lui qui Ta obtenueen domptant la mort par le trophée delà croix, enrachetantcelui qui croit parle prix de son sanç, en réconciliant Thomme avec Dieu son Père , et lui communiquant la vie par la renaissance céleste. Suivonsle tous, sMl est possible, et recevons son sacrement et son signe : c'est lui qui nous ouvre le chemin de la vie; c'est lui qui nous fait rentrer dans le paradis; c'est lui qui nous conduit au royaume des cieux. Nous vivrons éternellement

avec lui , si nous sommes Mts entais de Dlei par son moyen. Nous nous réjouirons éteniellement avec lui si nous sommes radiecés par son sang. Si nous sommes chréti^s, nous aurons part à la gloire de Jésus-Qirist, nous seroos bienheureux par la possession de Dieu même, et comblés d'une joie infinie nous lui reudroos des grâces et des actes de reconnaissance immortelle : car comment ne serions-nous pas pleins de joie et de reconnaissance, nous qui étant auparavant sujets à la mort , nous trouyerons assurés de rimmortalîté ?

DE LA VANITÉ DES roOiES'.

Que les dieux que le peuple adore ne soient pas des dieux, cela paraîtra clairement si l'on ooDsidére d'où cette superstition a pris son origine; car l'on verra qu'elle ne vient que de ce qu'autrefois il y a eu des rois dont la mémoire a été honorée après leur mort par leurs sijgets. Ensuite on leur érigea des temples et des statues pour en conserver le souvenir. Puis on leur ofFrit des sacrifices, et Ton institua des fêtes en leur honneur; si bien que ce que les premiers avaient inventé pour se consoler, les autres le firent passer en religion. Ainsi Mélicerte et Leucotboé s'étant précipités dans la mer devinrent les dieux de cet élément. Castor et Pollux afin de vivre meurent tour à tour. Esculape pour devenir dieu est frappé d'un coup de foudre. Hercule est brûlé sur le mont OEta pour consumer dans le feu tout ce qu il a de terrestre. Apollon est bouvier d'Admète. Neptune se loue à Laomédon pour bâtir les murs de Troie, et est assez malheureux pour n'être pas payé de ses journées. On voit encore en Grtte une caverne oA Jupiter se retirait, et l'on y montre son sépulcre. Saturne s'enfuit pour ne point tomber entre ses mains, et se

* La première partie de ce traité parait être uniquement uu abrégé de VOctatdus de Minuciut Félix; la deuxième partie est prise mot pour mot deTerlullien.

retira en Italie , qui de là Ait appelle Latium, comme qui dirait les cachettes, parce qu'il s'y était caché. Il y porta le premier l'invention des lettres et de la monnaie, d*où vient qu'on appelle encore atgourd'hui Tépargne : le trésor de Saturne; et il s'adonna à l'agricnltare, ce qui fait qu'on le représente sous la figure d'un vieillard qui tient une faux à la main. Pendant qu'il fut en Italie, il se retira chez Janos qui a donné le nom au Janicule et au mois de Janvier. On le peint avec deux visages, parce qu'il semble ^^ garder en même temps Tannée qui commence et celle qui finit. Pour les Maures, ils adorent leurs rois sans contredit, et ne s'en cachent pcHDt. CTest ce qui cause la diversité des religions, parce que chaque nation adore ceux que leurs pères ont adorés. Alexandre le Grand, dans no discours assez long qu'il adresse â sa mère,Hii mande qu'il a fait découvrir par (brce à on prêtre ce mystère des dieux. Et vântablement) s'il est né autrefois des dieux, pourquoi n'en natt-il pas encore aujourd'hui? C'est peut-être que Jupiter est trop âgé, ou que Janon n*e$t plus capable d'avoir des enîfàns. Gomment croyez-vous que ces dieux^là puissent quelque chose pour les Romains , qui n'ont rien pu contre eux pour la défense de leors peuples? Car pour les dieux des Romains, nous savons quels ils étaient d'abord. Romulus qui ftit lait

DE LA ykffîTÈ

dtëà ^ lin f^nx serment de ProctfliKi; Pleine, Tfbèrhius, jMtiiniiùisi, Goh8QS,èe dieu de la fourberie qne Romulas voulut qu'on adorât cqmme le dîeu des conseils, après qae par une perfidie honteuse il eut enlevé les Sabines. Tatius trouva une idole dans un cloaque, quil adora sous le nom de la déesse Gloacine. Hostiiius bâtit un temple à la Crainte et à fa Pâleur. Un autre consacra la Fifevre, et fit des divinités d*Acca et de Flore « ces deux fameuses courtisanes. Et pour montrer que les Romains inventent des noms qu'ils déifient, c'est qu'il y a parmi eui le dieu Fiduus qui sépare te corps de rame et le rend comme veuf. Mais comme un Dieu malencontreux, ils le mettent hors de la ville, et par là le condamnent plutôt qu'ils ne Tadorent. Ils ont aussi Scansus, Forculus, Limentinus, Gardea et Orbana. Voilà les dieux de Rome. Pour les étrangers qu'ils adorent, c'est le Mars de Thrace , le Jupiter de Crète, la Junon d'Argos, ou de Samos ou de Garthage, la Diane taurique, la mère des dieux, avec les dieux d'Egypte qui sont plutôt des monstres que des divinités , et qui n'eussent pas manqué d'employer leur puissance, s'il« en eussent eu, à conserver les peuples qui les adoraient depuis tant de siècles. Les Romains adorent encore les Pénates vaincus, qu'Enée, fugitif de Grèce, apporta en Italie; aussi bien que Vénus la chauve, qu'ils déshonorent davantage par là que ne i^it Homère , en la réprésentant blessée. Pour les empires, c'est plutôt l'effet du hasard que la récompense du mérite. Mais de plus, ne savons-nous pas que les Assyriens, les Mèdes, les Perses , les Grecs et les Egyptiens ont possédé l'empire du monde avant les Romains ? Et si Ton remonte même à leur origine , n'est-^lle pas honteuse ? C'est une troupe de voleurs et de scélérats qui s'assem- Ment , et dont le nombre s'augmente par l'impunité. Leur roi Romulus monte sur le trône par un parricide. Ensuite ils pillent, saccagent, trompent. Pour peupler leur ville, ils ravissent des filles, violent les droits de l'hospitalité, et font la guerre à leurs beaux-pères. Gest aânaî qu'ils se servent d'un lien de paix pour rompre la paix. La première dignité parmi eux, c'est le consulat. L'origine en est à peu près semblable à edte de leur empire; car Brotos racheta par le meurtre de ses en^ns , si bien

DBS IDOLES.

qu'on peut dire ipa eétte digntlé n% tiré •• grandeur que de celle de son crime. Gc^ a^est donc pas la religion , ni les' auspices, ni les tngures qui ont porté l'empire romain oà U est, mais la révolution des choses du monde. Car Régulus a observé les augures, et n'a pas laisaé d'être pris. Mancimis les a gardés, et a été contraint de se rendre et de souffrir des conditions infâmes. Les poussins de Paulua mangeaient fort bien à la bataille de Cannes, et cependant il y fut tué. César méprisa les augures et les auspices qui lui défendaient de passer en Afrique avant l'hiver, et ne laissa pas de naviguer heureusement et de vaincre. L'on dirait même que cela hAta sa victoire. Mais voici la raison de tous ces prestiges qui abusent le peuple. Il y a des esprits malins et vagabonds qui ont gâté toute la beauté de leur naissance par les souillures du monde. Ces misérables, après avoir perdu les avantages de leur nature et s'être plongés dans les vices, tAchent pour se consoler d'y précipiter les autres. Les poètes connaissent ces démons, et Socrale se vantait d'en avoir un qui le gouvernait à sa fantaisie. Ce sont eux qui opèrent ce que les magiciens font d'admirable, et qui donnent l'efficacité i leurs enchantemens. Cependant Hoatanès, le premier d'entre eux, dit qu'on ne peut voir la figure du vrai Dieu, et que les anges sont tocyours auprès de son trÀne. Platon est du même sentiment, et dit qu'il n'y a qu'un Dieu, et que les autres esprits sont àês anges ou des démons. Trismégiste de même parle d'un seul Dieu, et avoue qu'il est incompréhensible. Cet démons donc se cachent dans les statues et les images consacrées. Us inspirent leurs propiiètes, font mouvoir les entrailles des l)êles, gouvernent le vol des oîseanx, président au sort, re&« dent des oracles embrouillés de plusieurs men^ songes. En effet ils trompent et sont trompés comme ceux qui ne savent pas bien la vérité, et qui ne la veulent pas publier contre euxHnêmes. D'ailleurs ils troublent la vie H traversent notre sommeil et notre repos. Us se glissent même dans les corps , forment les maladies, épouvantent l'âme, tordent les membres pour nous contraindre à les adorer, afin qu'après que, rassasiés de sang et de victimes, ils auront défait lenrsdianDeSfOn leur attribue la gloire delà gaérisoo. Atnai ils ne guérîœQt chix qu'ils tour

SAINT CYPRIER

metiteiit f](ae*parc€r(pi1te cettent de les tooiv menter. Ils ne s'étudknt qu'à détouraer les hommes du euitedu vrdi Dieu et à les porter à la 9npèrs(iti(m r et comme ils souffrent, ils ne demandent qu'A a?oir des oompafpons de leurs sonfPrances en les rendant complices de leurs crimes. Néanmoins, quand nous les conjurons par le Dieu vivant, ils sont obli{fés de sortir des corps. Vous les voyez, à noire voix et par Topération d'une puissance secrète, témoigner qu'on les gène et qu'on les brûle , pleurer, gémir, prier, et être forcés d'avouer ce qu'on leur demande en présente ^ même de ceux qui les adorent. Et s'ils ne sortent incontinent, ils se retirent pouf le moins peu à peu,:SelQn que la foi du patient est grande ou la grâce du médecin. C'est ce qui fait qu'ils préviennent les esprits du peuple, afin qu'on noos haïsse avant que de nous connaître , de peur que si l'on nous connaissait, l'on ne nous imitât, ou du moins l'on ne nous condamnât pas. Il ny a donc qu'un Seigneur et qu'un Dieu, parce qu'étant toutpuissant, il ne peut avoir de compagnon de sa puissance. Gela se peut même prouver par ^exemple des empires d'ici-bas. Où a-t-on vu deux rois sur un même trône vivre longtemps eh bonne intelligence , et sans qu'il y eût bientôt du sang répandu? CTest ainsi que la discbrde se mit entre les deux frères de Thèbes, et qu'elle dura jusqu'après leur mort. Cest ainsi que Rémus et Bomulus, qui avaient été ensemble dans le ventre de leur mère, ne purent vivre ensemble dans un même royaume. César et Pompée étaient alliés, et néanmoins ils ne se purent accorder pour la puissance. Et il ne se fiiut pas étonner que cela arrive parmi les hommes, puisqu'il semble que ce soit conune un consentement général de la nature. Les abeilles n'ont qu'un roi, les troupeaux n'ont qu'un conducteur; à plus forte raison donc il n'y a qu'un maître de l'univers, qui a fiaiit tout ce que vous voyez par sa parole, le gouverne par sa sagesse, l'entretient par sa vertu. Il ne se voit point, parce qu'il est au delà des seos. Il ne se peut comprendre, parce qu'il est au-^dessus de l'entendement, et nous ne le comprenons jamais mieux qu'en l'appelant incompréhensible. Quel temple lui peut-on bâtir, puisque tout le monde ne le saurait comprendre? Nous qui logeons slan$ de grands pabris, enfermermis-Boas tant

de ms^U dans nn si petit espace? II Ini Cnit dresser up.temple dans notre esprit^ et loicoh sacrer un autel dans notre cœur. Ne vonsoh quére^ point de son nom; çon nom est Dieu. On cherche des noms pour distinguer la multitude des choses, mais Dieu étant seul n'a pas besoin d'être distingué. Il est donc un et r<pandu partout^ Le peuple le confesse même naturellement en plusieurs rencontres, lorsque l'âme se porte comme par instinct vers son principe et son auteur. Ainsi l'on dit souvent: Mon Dieu! Dieu voit tout ! s'il platt à Dieu! et autres dioses semblables. Et c'est ce qui les rend encore plus coupables , de ne vouloir pas reconnaître celui qu'ils ne peuvent ignorer.

Quant à Jésus-Christ, pour montrer qu'il est et que c'est ini qui est l'auteur de notre salut, voici comme on y procède. Les Jaifis étaient d'ab(N*d chéris de Dieu et grands observateurs de leur religion. De là vint que leur État fut florissant et leur peuple nombreux. Mais d^ puis, enorgueillis de la gloire de leurs ancêtres, ils méprisèrent les commandemens de Diea, et perdirent la grâce qu'ils avaient reçue: ils portent eux-mêmes un témoignage vivant et public des offenses qu'ils ont commises contre Dieu et de leur religion violée; car ils sont fugitifs et vagabonds, bannis de leur pays et de leur État, sans habitation et sans retraite. Cest ee que Dieu avait prédit auparavant : Que sur la fin du monde il rassemblerait de tous les endroits de la terre des gens qui le serviraioit bien plus fidèlement que les Joifii, et qui feraient un meilleur usage de ses faveurs. La parole étemelle, le Fils de Dieu dont tous les prophètes ont parlé comme du maître du genre humain , a donc été envoyé au monde pour être l'arbitre et le dispensateur des grâces de Dieu; c'est lui qui est sa vertu, sa raison, sa sagesse, et sa gloire. Il descend dans le sein d'une Vierge, et se revêt d'un corps par ropéralion du Saint-Esprit. Dieu s'unit â l'homme, et par là cet homme devient notre Dieu, notre Christ et notre médiateur, pour nous conduire en luii 4on Père. Jésus-Christ a voulu être homme, afin que l'homme pût être ce qu'est Jésos- Christ. Les Juifs savaient bien aussi que Jésus* Christ devait venir, car leurs prophètes ne faisaient autre chose que le leur annoueer. Ibis comme ils ont parlé de ses deux avénemcns,

DE LA PESTE

rnn où il devait Yenir oomme homme et Taatre comme DieUf ils n'ont pas connu le premier, parce qoJil était humble; et ne croient que le second, parce qu*il sera glorieux. Et ce qui les a.empèchés de le connaître, c'est leurs péchés, ayant été tellement aveuglés de Topinion de leur propre sagesse, qu'ils n'ont pas vu la vie qui était présente devant leurs yeux. Ainsi quand Jésus-Clirist, pour accomplir les prédictions des prophètes, chassait les démons des corps par la puissance de sa parole, guérissait les paralytiques, purifiait les lépreux , éclairait le8«veHgles,redressait les boiteux, ressuscitait les morts, en un mot obligeait les vents, la mer et les enfers à lui obéir, les Juifii, qui ne le prenaient que pour. un homme, à cause.de la chair dont ils le voyaient revêtu, croyaient que c'était par magie qu'il faisait toutes ces mer^ veHles. Les plus considérables donc d'entre eux, c'est-à*<Ure ceux qu'il confondait par sa doctrine et par aa sagesse^ transportés de fureur contre lui, le prirent et le livrèrent à Pîlate, alors gouverneur de la Syrie, lui demandant avec clameurs qu'il le crucifiât. Lui-même avait prédit cela, aussi bien que tous les prophètes qui l'avaient précédé, ayant déclaré qu'il devait aoaffirir la mort pour la vaincre, et ressusciter «nsuite afin de dmmer des preuves de sa majesté et desa puissance. L'événement accomplit eas prédictions; car il Fut crucifié, et prévenant les bouireanx rendit volontairement l'esprit , et

trois jours après il ressuscita. Ensuite il apparut à ses disciples tel qu'il était auparavant ^ et se fit connaître à tous ceux qui le virent, ayant la même chair visible et paljrâble, et il demeura quarante jours sur la terre pour leur apprendre les préceptes de vie qu'ils devaient enseigner aux autres. Après il monta au ciel^ environné d'une nuée, afin de présenter victorieux ft son père J'faomme qu'il a aimé, dont il s'est revêtu , et qu'il a délivré de la mort : et maintenant il doit venir du ciel peur punir le diable, et pour juger les hommes. Il commanda aussi à ses disciples dUler par toute la terre prêcher sa parole, ramener à la lumière ceux qui sont dans les ténèbres, et leur donner la connaissance de la vérité. Et afin de faire davantage éclater leor foi et la confession qu'ils font de son nom, il permet qu'ils soient éprouvés par les tortures, par les croix, et par diverses sortes de supplices; car leurs souffrances sont comme autant de témoins qui d^Kisent pour la divinité de Jésus^jhrist, qui ayant été donné aux hommes pour leur communiquer la vie, a voulu que le sacrifice de la leur fftt une prédication encore plus forte et plus puissante que celle de leur voix. C'est donc hri i^oe nous suivons, c'est lui qui est nuire 'guide et l'auteur de la lumière et du salut , qui promet le ciel et la possession de «on Père à ceux qui croiront en lui. imit<»s<-le déoc , afin d'être un jour ce qu'il est.

mmm ti»»»»^»»y»%^»»»»»%»»»»»»»^»%%i<>^i»»»%»»%»»%»»^»»i»»%^>^w<»^%%»%%4i*^><»%*»»<»^i'»4%%%#44%i%*%»»<%i^

DE LA PESTE

Écnrr teus l^ahhée 953.

Quoiqu'il y en ait plusieurs parmi vous, mes frès-chers frères, qui ont tant de fbi et de courage quHs'nè sont point étonnés de la calamité présenté; tfials quf, étant fertnes comme des rochers, soutiennent vigoureusement les efforts de cette tempête, et ne la considèrent que comme tfne épreuve de leur vertu ; toutefois, comme j'en vois quelques-uns qui, par un manque de foi, ou par l'amour de la vie, ou par

la faiblesse de leur sexe , ou, ce qui est encore pis, par l'ignorance de la Vérité, paraissent ébranlés, et ne se servent pas en cette rencontre de toute la force de leur esprit, j'ai cru que je ne devais rien oublier pour tâcher de les animer parles paroles et par les exemples de rÉcriture, afin que ceux qui ont d^â commencé d'appartenir à Dieu et à Jésus-Christ, se rendent dignes d'un si grand honneur; car un véritable

SAINT CTPRIBN.

soldat de JMsoi-Cbrlit doit èlre «rmé contre loote sorte d'aecidens, surtout NotrenSeigoenr lions en ayant avertis aiqnravant ponr nous y préparer. Car il a prédit qu'il y aurait partout des guerres, des fiimiDea, des pestes et des tremblemeus de terre; et pour enpèdier que nous ne fussions surpris et abattus par tant de malheurty il a eu soin de nous dire qu'il en arrîYerait davantage dans les derniers temps. Ge qu'il a prédit s'accomplit maintenant; et puisque nous voyons Taccomplissement de ses menaces, cela nous doit assurer de celui de ses promesses. Garil a ditaussi: «Lorsque vous verreztoutesoes choses arriver > sachez que le royaume de Dieu c^ proche ^> Le royaume de Dieu approche, ma très-diers frères. Le monde va passer, et voici venir le temps de la joie, dn salut, des récompensés, et de la possession du paradisque nous avions perdu. Les choses du ciel aoccèdent à celles de la terre, les grandes aux petites, les éternelles aux périssables. Qui peut donc s'abattre et s'affliger parmi tant de sujets de joie , ai œ n'est celui qui n'a ni foi ni espérance ? Car il n'y a que celui qui ne veut pas aller à Jésos- GbrisC qui poisse craindre la mort, et il n'y a que celui qoi ne croit point régner avec Jésus- Christ qui ne veuille pas aller à Jésus-Christ. Il est écrit queale juste vît de la Cm^.d Si donc voua êtes justes, si vous vivea de la Dût si vous croyet véritaUemeat en Dieu, pourquoi, devant être avec Jésus-Christ et étant assurés de ses promesses, ne vous réjouissez- vous pas de ce4|a'îl voua appelle .à iui et vous délivre des embûches du diable? Siméon, cet homme juste et si plein de foi , qui observait si exactement les oommandemens de Dieu , ayant eu révélation qu'il ne mourrait point qu'il n'eût vu le Christ , et voyant entrer dans le temple l'en^ font Jésus avec sa mère, connut que c'était le Christ, et, tout joyeux de ce qu'il allaitbient4t mourir, le prit entre ses bras et dit en bénissant Dieu : «Sei^ur , laissez maintenant aller en paix votre serviteur selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous avez envoyé'.» Parla il foit voir que les serviteurs de Dieu ne jouiront d'une tranquillité parfaite que lorsque éUnt délivrés des tempêtes et des agitations du monde, ils arriveront au port de

l'éternité, et passiront de U mort I ane mmortalité bîenhcnrease. Mais maintenant qii*y a-t-il autre chose dans ce monde qu'iine gumc continuelle avec te diable pour repousser tci attaques et nous garantir de ses embûches? Il nous iàut tous les jours combattre l'avarice,! im. pudicité, la colère, Tambition; et nousavonsbiea de la peine à être présens partout pour résister à un ennemi qui nou^ attaquede tous dkà. Avons^ous surmonté ravaricé? la vcriapténoiis tente. A la volupté succède l'ambition, on la colère, ou l'orgueil, ou la bonne chère, oa l'envie, ou la jalousie ; sans parier des noientes qu'on nous feit pour noua obUger à renoncer à notre rcltgioo. Noos sommes torn les jours exposés à tous ces malheuiSY et doqs prendrona plaisir à demeurer aiasi panai des épées nues , et nooa ne aonbaiteroiis pas d'aller bientôt à Jésus-Christ, a En vérité , en vérité, je vous dis, dit le Seigneur^ que vous piearerez et vous vous affligerez, tuutia qnele mondese r^ouira. Voua serez tristes, mais ^rotre tristesse se changera enjoie.^» Qui ne désire d'être exempt de tristesse, et ne se hâte d'anmri la joie? Or le Sauveur déclare ensuite qniad notre tristesse se changera en jaie, krsqu'il dit : « Je vous revemî, et voM tmt m r^ionn, sana que ptraHoe von pinsBÉ Mv votre ioie^.» Puis donc que notre joie eonsiitei voir JésofrCbrist , et qu'elle ne sanrait être léritable aana cela, quel avengiemcnt et ^eifc folie est-ce d'aimer les misères et les aiflictioos de ce monde , au lieu de nous hûter depasséder une joie qui ne pourra plus nous être ravie? U cause de cela , mes très-chers frères, c'est qo'oo manque de foi, c'est que personne ne croit véritables les promesses de Dieu, qui est la vérité mtmt et dont toutes les paroles sont fermes et invariables pour ceux qui croient. Si on homme d'honneur vous promettait quelque chose , vous le croiriez, et vous ne vous imagineriezpas qu'il voulût vous tromper; et maintenant que Dieu vous parle, vousêtesaiincrédnie qued'hésitersur ce qu'il vous dit-D vous promet l'immortalité et rétêmité au sortir de ce monde, et vous en doutez. C'est ne connaître point Dieu du tout; c'est offenser Jésus-Christ qui est Iç maître et le Seigneur de ceux qui croient;

• imn, 16, 29,—* ML, !«, 22.

Page 1