AD CONFESSEUR DONAT
I. Le Seigneur s'est enfiiplaissé toucher à vos prières, mon cher Donat, et à celles de nos frères qui ont à jamais signalé leur foi par une confession glorieuse. La paix est rétablie par tout, r Église abattue se relève, et le temple < ruiné par les impies va surpasser sa première magniâcenee. La providence divine nous a donné des princes' qui ont aboli les sanguinaires édita des tyrans, et qui prennent soin de la vie de ces hommes qui, ayant dissipé les ténèbres des siècles passés, font luire sur nous les lumières de la paix. Après les terribles secouades d'une violente tempête, Tair se purifie et nous jouissons de la clarté désirée. Dieu tend une main secourable aux malheureux; il essuie les larmes des affligés; ses ennemis sont terrassés; ceux qui avaient détruit son temple sont détruits eux-mêmes; ces mécbans,qui tant de fois se sont enivrés du sang des dirétiens, ont rendu leurs âmes criminelles au milieu des supplices qu'ils avaient si justement mérités ; car le Tout-Puissant n'avait difKré leur châtiment que pour laisser un témoignage authentique quli n'y a qu'un Dieu, et que par des morts terribles il sait se venger de ses impies et de ses superbes adversaires. Cest de ces morts dont je prétens parler. Par la perte des ennemis du nom de Dieu, personne n'aura lieu de douter de sa majesté et de sa puissance; c'est ce qnenous ferons voir, en rappwtant les diàtimens sévères dont le juge céleste a usé contre les auteurs des persécutions qui ont affligé fBflise depuis sa naissance.
I Ga temple était a RIcQiiiedii^ 'GonsianiinetUGiiiivi.
II. L'histoire nous apprend que sur la fin de l'empire de Tibère, le 23 de mars, sous te oon* sulat des deux Gemini, Notre-Seigneur Jésia» Christ fut mis en croix par les Juift; qu'après trois jours. Si sortit du tombeau ; qu'il assembla ses disciples dispersés par la frayeur de son emprisonnement ; qu'il resta encore quarante jours avec eux; que pendant ce temps il ouvrit leurs yeux, et leur édairdt plusieurs passagesobscora de l'Écriture; qu'il leur donna deslois, les forma à la prédication de i'Ëvangile, et régla tonte la discipline du Nouveau Testament : qu'ensuilt un tourbillon l'enleva, et leriivit dans les deux. Les disciples, qui apri» la trahison de Judas ae trouvèrent rMuits à onze, s'étant associé saint Paul et saint Mathias, semèrent l'Évangile par toute la terre, comme Notre-Seigneor le leur avait oommandé, et durant l'espace de vingtcinq années, jusqu'au commencement du règne de Néron , ils jetèrent les Condemena de r Église dans toutes les provinces de l'empire romain. Néron était d^à sur le trône lorsque saint Pierre vint à Rome. Ge grand apAtre, par la vertu des miracles que Dieu lui donnait la ferœ d'opérer, gagna plusieurs païens, et bâtit an Seigneur un temple fidèle et de durée. Néron» ayant été informé que tous les jours à Rome et dans les provinces on abandonnait en foole le culte des dieux et l'ancienne reUgion poor b nouvelle, ce tyran eiécrable résolut de ruiner cet édifice céleste. Ge fat donc le premier qoi déclara la guerre aux serviteurs du vrai Bien, 11 fit crucifier saint Pierre et tuer saint Bani; mai^ ce ne fat pas impunément, car le Sdgnenr jete leayeux aur la désolation de son people. Le tyran précipité du Mte de sa grandeor, dis»
LACtANdE.
parut toat à coup, en sorte que Ton ne put même découvrir le lieu de sa sépulture. Quelques rêveurs se sont imaginé que Dieu le conservait en vie ^ pour servir de précurseur à rAntechrist, et être le premier et le demiei* persécuteur des fidèles selon la prophétie de la sibylle,qfii assure que le fugitif meurtrier de sa mère viendra des extrémités du monde.
m. Quelque temps après, on vit s^élever un autre tyran > aussi cruel que Néron. Mais quoique son règne fût odieux, il ne laissa pas toutesfois d'opprimer longtemps et impnnément ses sujets.* Enfin, ayant eu Faudace de se prendre à Dieu même , et de suivre le conseil du démon qui ranimait contre les justes, il tomba entre les mains de ses ennemis, qui le punirent de tous ses crimes. Mais leur vengeance ne finit point à sa mort ; elle s'étendit jusqu'à sa mémoire que Ton tâcha d'anéantir. Car quoi* qu'il eût fait construire plusieurs édifices merveilleux, qu'il eût rétabli le Gapitole et beaucoup d'autres monumens de la magnificence romaine, le sénat jura la perte de son nom, fit briser ses statues , efFacer toutes ses inscriptions , et par de sévères décret couvrit sa mémoire d'une ignominie étemelle. Tous les actes de ce déiestable empereur ayant été abolis, Téglise non-seulement recouvra son ancienne splendeur , mais encore elle brilla d*un nouveau lustre ; et durant le règne des excellens princes qui gouvernèrent l'empire romain , elle se répandit dans les provinces de l'Orient et de POccident, et il n'y eut point de pays où la véritable religion ne pénétrât, point de nation si farouche qui ne s'adoucit par la prédication de l'Évangile. Mais cette longue paix fut enfin troublée.
lY. Après plusieurs années de tranquillité, réxécraUe Décius atuqua l'Église: car qui se déclarerait contre la justice qu'un méchant tiomme! Et comme s'il ne fût parvenu à l'empire que pour persécuter les chrétiens, aussitôt qu'il se vit le maître, sa fureur s'alluma contre Jésus-Christ. Elle hâta aussi la perte de ce tyran ; Car étant allé contre les Carpes, qui s'étaient emparés de la Dacie et de la Moesie, il fut enveloppé par ces barbares, qui le tuèrent avec une partie de ses troupes. Il ne jouit pas même
* Apre» b mort de Réran, U m préMauiM Um éi iiia IMrouqai eweiti aiMllear» pMÎiaaiii. •Uomititn.
des honneurs du tombean, et son corps nW pour sépulture que le ventre des bêtes sauvages et des vautours , comme le méritait un ennemi de Dieu.
V. L'empereur Valérien fat possédé d'une semblable manie, et son règne, quoique de peu de durée , coûta beaucoup de sang aux infidèles. Mais Dieu lui fit sentir on diâtiment tout nouveau , pour servir de témoignage à la postérité, qu'enfin les méchans reçoivent la peine due à leurs crimes. Ce prince fut pris par les Perses, et non-seulement il perdit l'empire, dont il avait insolemment abusé, mais encore U liberté qu'il avait 6téeaux sujets de l'empire. U passa même le reste de sa vie dans une honteuse servitude. Car toutes les bis que Sapor, roi de Perse, voulait monter â cheval ou dans son chariot, il commandait â ce misérable de se courber et mettait le pied sur son dos. Il lui reprochait avec une raillerie amère que son esclavage était une vérité, au lieu que les triomphes que Ton faisait peindre â Rome n'étaient que des fables. Ce prince captif Vécut encore quelque temps, afin qde le nom romafai ftt plus longtemps le jouet de ces barbares. Le comble de ses maux fat d'avoir on fils empereur, et de n'avoir point de vengeur; car personne ne se mit en devoir de le délivrer. An reste, après qu*n eut perdu la vie au milieu de tant dliidignités, ces barbares lui itèrent là pean , qulls peignirent de rouge, et la suspendirent dam un temple oomitie un monument de leur victoire, et pour enseigner aux Romains à ne pas prendre trop de confiance en leurs forces. Dieu s*étant vengé si sévèrement de ses Sâcriléges ennemis, n'est-ce pas une chose étonnante que quékfu'iBti ait eu encore l'audace dln^ter à la majesté de ce maître de Funivers?
VI. Aurélien , qui naturellement était on prince emporté, ne tira aucun fruit de la captivité de Valérien; mais mettant en oobH et le crime et le châtiment de cet empereur, il provoqua la colère du Tout-Puissant par des cruautés toutes nouvelles. Toutefois il n^eut pas te temps d'exécuter ses projets funestes , la mort le suiprit dans les premiers accès de sa ftveor. Ses sanguinaires édits n^étaient point encore parvenus aux provinces les plus éloignées qne le corps d' Aurélien était étcaodn Sdf IK poossiCre. Ses amiS| ayant commencé l te redouter, le taè*
MORT DES PERSÉCUTEURS DE UÉ6LISE
reotiuprèft deGŒiiofruriuiii,bourg de laThrace. Les grands exemples devaient servir de leçon aux empereurs qui suivirent; mais bien loin d'en être touchés, ils s'en élevèrent contre Dieu avec plus d'audace.
VII* Dioclétien, mauvais prince et auteur de tous nos maux, après avoir désolé l'empire, étendit ses mains impies sur les serviteurs de l'Éternel. L'avarice et la timidité de cet empe* reur faillirent à ruiner l'État II associa trois princes à l'empire, qu'il divisa en quatre parties. Il multiplia les armées, et chaque empereur mit sur pied plus de troupes qu'il n'y en avait lorsquetout n'obéissait qu'à un seul maître. fin ce temps-là on prenait plus qu'on ne donnait; les impositions étaient si excessives que les laboureurs forent contraints de déserter , et les campagnes se changèrent en forêts. Pour jeter la terreur partout , les provinces ayant été divisées en parties , chaque canton , presque chaque ville^ gémissait sous son gouverneur ou son intendant. On ne voyait partout que des officiers dufisc, qui saisissaient des biens abandonnés. Parmi toutes ces rapines, peu d'affaires civiles; ce n'était que condamnations et proscriptions. Au reste, les continuelles impositions sur toutes sortes de marchandises se levaient avec des rigueurs insupportables. Pour ce qui est de la subsistance des soldats, les peuples la fournissaient avec moins de murmures. L'insatiaUe avarice de Dioclétien ne pouvait con^ sentir à la diminution de ses trésors, mais de tous côtés il amassait des deniers pour n'être pas obligé de toudier à son épargne. Ses ii^ustices ayant causé un extrême cherté » il mit un prix aux denrées; mais la modicité du prix fixé donna occasion à beaucoup de meurtres, de sorte que roB n'osait plus rien exposer en vente, ce qui redoubla encore la cherté. Ainsi l'impossibilité de Texécution abolit enfin l'ordonnance , après toutefois qu'elle eut coûté la vie à plusieurs peraonnes. A tant de vices, Dioclétien joignait ^Dcare la folie des bàtimens. U obligeait rigoureusement les provinces à fournir entrepre* oeura , maçons , charrois, et tout ce qui est nécessaire pour bâtir. U fil construire un palais pour sa personne, un cirque, un hùtel des monnaies, un arsenal, un palais pour sa femme, un 90tre pour sa fille. Tousces édificesoccupêrentia pins grande partie de Nicomédie ; de sorte que
l'on voyait des troupes de bourgeois sortir avec leurs femmes et leurs enfans comme si la ville eût été prise par l'ennemi. Et quand tous ces édifices, qui avaient causé la ruine des provinces, étaient achevés, s'ils n'étaient pas à son gré , il les faisait abattre , et en commandait d^autres, au hasard d*ètre encore démolis: ainsi sa manie n'avait point de bornes. Quelle extravagance aussi de vouloir égaler Nicomédie à la magnificence de Rome? Je ne parle point de ceux à qui leurs richesses furent fatales. Cette violence est presque passée en coutume , et l'usage l'autorise; mais Dioclétien avait cehi de particulier , qu'aussitôt qu'il voyait une maison ma«> gnifique, c'était une sentence de mort contre le propriétaire, conune s'il n'eût pu rayir le Ken d'autrui sans perdre le possesseur.
VIII. Maximien surnommé Hercule, son associé à l'empire, quel rapport n'avait^il pasavec luiP A moins que d'avoir les mêmes inclinations, les mêmes pensées, les mêmes désirs, auraient-ils vécu dans une si parfaite intelligence? La seule dit ffirence que l'on remarquait entre eux, c'est que l'un étaitplusavare,rautre plus hardi,nonpasaox bonnes actions, mais aux mauvaises. Car comme Maximien avait établi le si^ de son empire en Italie, et qu'il était maître de l'AflriqueetderEs^ pagne, provinces très-opulentes, il était plus libéral que son collée, parce qne Fargentue lai manquait pas. De sorte que quand schi épargne était épuisée, pour la remplir on accusait quel* ques riches sénateurs d'avoir eu des desseins sur l'empire. C'est ainsi que le fisc regorgeait tous les jours d'iiqustes et sanglantes dépouilles. Quant à l'inomtinence de cet homme cruel, elle allait jusqu'à n'avoir plus aucun respect pour les femmes et les fiUes de qualité; on les arrachait d'entre les Ivasde leurs pavenspour les faire ser** vtràsesinmines débauches. Ufoisait consister soA bonheur et la grandeur de sa fortune à ne rien refoser à ses désirs. Je ne parle point de Gon« stanoe,bien difKrent deees mauvais empereurs, et digne de commander seul à tout l'univers.
DL Pour ce qui est de Galérius , gendre de Dioclétien, non-sealementtil surpassa eoméehan» eetés et Maximien et son beau-père, mais les plus détestables princes qui furent jamais. Qa remarquait en lui une férocité bestiale inconnue parmi les Romains. Et certes, il ne faut pas s'en étonner, puisqu'il était fils d'une femme née au
LACTANCE
ddà du Danube, laquelle s'était sauvée dans la nouvelle Dacie lorsqueles Carpes avaient fait une irruption dans son pays. La figure de ce prince répondait à ses mœurs. D était d'une taille de géant et d^une grosseur énorme. Enfin, sa vue, sa voix, ses actions étaient formidables. Son beaupère en avait une frayeur extrême. On en apporte cette raison : Narséus, roide Perse, excité par Fexemple de Sapor, son aïeul, avait mis de grandes troupes sur pied pour envahir TOrient. Dioclétien, timide dans les surprises, et effrayé par le malheur de Yalérien, n'osa faire tète à un si redoutable ennemi. Il lui opposa Galérius qu'il fit passer dans l'Arménie, et se résolut d'attendre en Orient l'événement de la guerre. Galérius dressa des embûches à ces barbares; et comme ils marchent en grand nombre et «ans ordre, il les surprit embarrassés de leur multitude et de leurs bagages, et en vînt à bout facilement. Narséus s'enfuit. Galérius revint chargé des dépouilles des einemis, qui lui donnèrent beaucoup d'orgueil, et à Dioclétien beaucoup de crainte. Cet heureux succès enfla tellement le coeur du vainqueur qu'il commença à dédaigner le nom de césar ^ Car quand il recevait des lettres avec cette suscription: «Eh quoi, disait-il d'un ton de^oix épouvantable, toujours César! » U se porta même jusqu'à celte insolencedevouloir passer pour un fils de Mars , ausâ bien que Romulus, s'arrogeant une originecéleste aux dépens de sa mère Romula. Mais pour ne pas confondre les temps, je me tais présentement de ce prince. Car après qu'il eut pris le nom d'empereur et dépouilléson beau-père de toute auttirité, il Ucba la bride à sa foreur qui n'eut plus de retenue. Diodes ( c'était le nom que portait Dioclétien quand il n'était qu'une personne privée) se servit de tels conseils, de tels ministres pour ruiner l'Ëtat. Bien qu'il n'y eftt point de ebàtiment dont sesforftits ne fussent dignes, son règne fut pourtant heureux tantqu'ilne trempa point ses mains dans le sang des fidèles. Voici la source delà persécution qu'il excita contre les chrétiens.
X. Dioclétien étant en Orient, eomme sa timidité naturelle lui donnait de la curiosité pour les choses fotures, il foisait sans cesse des sacrifices, et allait chei;pher l'avenir dans les
• GénrétaitlenomdelliérHierpréioaipUf dcl'cmpirt.
entrailles des victimes. Quelques-uns de ses officiers qui étaient chrétiens, et qui assistaient I ces cérémonies probnes, marquèrent leurs firooCs du signe adorable de la croix ; ce qui mit les démons en fuite et troubla la cérémonie. Lessacrificateurs étonnés s'écrièrent qu'ils ne trouvaient point les marques accoutumées dans les entraQîes des bètes. Us avaient beau immoler, les dieux ne se rendaient point propices à leurs offrandes. Enfin, Tagis, un des augures , soit pac soupçon ou autrement, dit que le ciel était soord à leurs prières, parce que la présence de q[Qelques personnes profanes souillait la pureté des sacrifices. Dioclétien en foreur commanda Donseulement à tous les assistans, mais encore à tons ceux qui se trouvèrent dans son palais, desaorifier, et condamna au fouet ceux qui en feraient refus. Il écrivit même aux généraux de ses armées, et leur enjoignit de forcer les soldats à œs abominations, avec ordre de casser les désobétssans.Sa colère n'alla pas plus loin, et jusque-là le culte du vrai Dieu ne reçut point d'atteinte. Ensuite il vint passer l'hiver en Bithynie. Galérius s'y rendit pareillement pour rallumer le courroux de ce vieillard contre les dvétiens. On allègue cette raison de la haine que Galérius leur portait.
XI. La mère de ce prinoa, fiemme fort superstitieuse, avait une dévotion particulière pour les dieux des montagnes. U se passait peudejoon qu'elle ne sacrifiât à ces divinités ftbaleuses. Ensuite elle donnait des festins à ses domestiques. Les duétiens évitaient sa table et passaient en prières et en jeûnes le temps que lenr nudtreoe employait à la bonne chère. Cette conduite Hr^ rita contre les chrétiens , et ses plaintes continuelles amenèrent Son fils, toudié de la même superstition, à la perte de ces hommes innooens. Gdérius et Dioclétien tinrent durant tout rhîver des conférences secrètes sur l'exécution de eedessein. Comme personne n'y était admis, on croyut qu'il s'agissait du salut entier de l'État. Dioclétien résista longtemps au conseil pemidfvx qu'on lui donnait; il ne trouvait pas à propos de répandre tant de sang humain , et de troiH hier la paix de l'empire. Il disait que les chrétiens ne marchaient que trop volontiers à h mort, qu'il suffisait que les officiers de sa maison et les soldats conservassent l'ancienne rdîgion. Toutes ces raisons ne pouvant flédiir fopi-
MORT DES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLISE
niàtrêté de Galérius, ils résolurent de prendre le sentiment de leurs amis sur cette difficulté ; car Dioctétien avait cette coutume de faire le bien tout seul pour s'en attirer le mérite, et le mal avec conseil pour se décharger de la haine. Ils consultèrent donc quelques gens de robe et d'épée. Ceux de la plus grande dignitéparlèrent les premiers. Quelques-uns, poussés d'une animosité particulière contre les chrétiens, dirent qu'il fiiUait exterminer ces ennemis des dieux et de la religion dominante. Les autres, ayant découvert le sentiment du prince, ne manquèrent pas de s'y ranger, ou par crainte ou par flatterie. Tout cela ne put encore obliger Dioctétien de consentir à la ruine des fidèles. Il Fallut consulter les dieux , et envoyer à l'oracle d'Apollon Milésien. Il répondit comme un ennemi véritable duculte divin. Ainsi l'empereur fut contraint de céder. Et comme il ne pouvait résister à ses amis, à César et à Apollon, il commanda au moins que les choses se passassent sans efFusion de sang; car Galérius voulait que Ton brûlât tout vifs ceux qui refuseraient de sacrifier aux idoles.
XII. On choisit donc un jour propre et de bon augure. Ce fut la fête des Terminales, 33 janvier, comme si ce jour eût dû servir de terme à la religion chrétienne. Cest ce jour fatal qui fîit si Funeste aux empereurs et à toutes les nations. Enfin, sous le huitième consulat de Dioclétien et le septième de Maximien-Hercnle, au point du jour de la fête des Terminales, les officiers, les soldats des gardes et les officiers du fisc entrèrent dans l'église, et après en avoir rompu les portes, aussitôt on cherche l'idole du Dieu S m brûle les saintes Ecritures, tout est au pillage; les uns ravissent tout, les autres se pâment de crainte, les autres Fuient. Les empereurs considéraient tout ce désordre, car comme l'élise de Nicomédie est bâtie sur une éminence, on peut la voir du palais; ils disputaient entre eux s'ils feraient mettre le feu â cet édifice sacré. Mais l'opinion de Dioclétien prévalut, et il eut peur que l'embrasement ne se communiquât à plusieurs grandes maisons qui étaient voisines de cette église, et qu'ainsi une grande partie de la ville ne fût brûlée. Les prétoriens accouraient
* Us croyiicnt que les ctarétiens avaient dei idoles dans levé temples.
donc avec des haches et d'autres instramens, et quoique ce temple soit fort haut, en peu d'heures toutefois on le rasa jusqu'aux fbndemens.
XIII. Le lendemain on publia un édit par lequel on déclarait infimes tous ceux qui faisaient profession de la religion chrétienne, et on ordonna que de quelque qualité ou condition qu'ils fussent on les exposerait â la torture, et qu'il serait permis â toutes sortes de personnes de les accuser. On défendait aux juges de recevoir leurs plaintes, ni pour injure, ni pour vol, ni pour adultère; enfin onôtait aux chrétiens jiisqu'â la liberté et â l'usage de la voix. Un particulier avec plus de courage que de prudence , eut la hardiesse d'arracher cet édit et de le mettre en pièces, en se moquant des surnoms de Gothiques et de Sarmatiques que les empereurs s'arrogeaient. On le prit, et non-seulement on l'appliqua â la question, mais on le mit sur le gril, puis on le brûla; ce qu'il souffrit avec une omstance admirable.
XIV. Galérius-Maximien-César ne se contenta pas de la rigueur de cet édit, il dressa une autre embûche â Dioclétien. Il fit mettre secrètement le Feu au palais, afin que cette audace obligeât l'empereur â jurer la ruine des chrétiens. Une partie de ce superbe édifice fut brûlée; les chrétiens en furent accusés, de sorte qu*on ne les r^ardait plus que comme des pestes publiques. On disait qu'ils avaient fait un complot avec les eunuques des princes pour les faire mourir, et que peu s'en était fallu qu'ils n'eussent brûlé tout vi6 les deux empereurs dans leur propre palais. Dioclétien, qui voulait passer pour un prince habile, ne se douta pourtant point de cet artifice; mais emporté par la colère, il condamna tous ses domestiques â la mort. De sa chaise il voyait brûler tou^ ces innocens; tous les juges, tous ceux qui avaient puissance de vie et de mort, imitaient cette cruauté, et s'efforçaient même â l'envi de la surpasser. Mais on ne découvrait rien, parce qu'on épargnait la nuiison de Galérius. Il se trouvait présent â tout, et animait la fureur de ce vieillard inconsidéré. Quinze jours après, il machina un second embrasement; mais on le prévint, sans toutefois en pouvoir découvrir l'auteur. César, quoiqu'an milieu de Phiver, précipita son départ, disant qu'il fuyait de crainte d'être brûlé.