‹ Panthèon littéraire; choix de monuments primitifs de l'église française, avec notice littérairesChapitre 98 sur 102 · ERREUR DES RELIGIONS PROFANES · texte numérisé non relu

ERREUR DES RELIGIONS PROFANES

par Cérès; que l'action par laquelle le laboureur fauche les blés quand ils sont mûrs , marque la vengeance que Gérés lira d'Atys; que la moisson est une image de sa mort , et la nouvelle semaine une figure de la vie qu^il reprend. Je voudrais bien que Ton me dit pourquoi on s'est avisé de choisir les grains que Ton confie à la (erre, et les moissons que Ton en recueille, er qui sont les choses du monde les plus naturelles et les plus simples , pour tes joindre aux amours et aux poursuites d'une femme , aux Fuites et aux reFus de son amant, à la Fureur et à la cruauté de sa vengeance? N'y avait-il que cela à inventer sur ce sujet? N'y avait-il que ce moyen-là de rendre grâces à Dieu des biens dont il nourrit les hommes? Faut-il hurler pour remercier Dieu des Fruits dont il pare la suriàce de la terre? Faut-il soupirer et gémir pour témoigner de sa joie? Depuis que vous avez reconnu la vérité, ne vous ètes-vous jamais repeni iîî d'avoir observé ces extravagantes cérémonies? Ne vous ètes-vous jamais aperçus qu'en renouvelant chaque année cette coutume de pleurer, vous Fuyez la vie et courez à la mort ? Vos moissons en ont-elles été plus abondantes, depuis que vous avez semé vos grains avec tant de marques de douleur et de tristesse? Vous dites que ce sont vos grains que vous pleurez , et vous ne laissez pas pourtant de vous servir d'un autre voile pour couvrir votre douleur. Le laboureur sait quand il doit labourer la terre ^ quand il y doit semer les grains. Il sait quand les moissons sont mûres et quand il Faut les couper; il sait quand il faut broyer les grains. C'est là la véritable science de la nature , et le pur sacrifice que les hommes de bon sens oFFrent à Dieu chaque année par la sainteté de leur travail. Il veut que les hommes se contentent d'obéir simplement à cet ordre qu'il a établi dans le monde pour la récolte des fruits. Il n'était point besoin d'y ajouter la fiction d'une mort tragique ; il n'y Fallait point cacher, sous la cérémonie d'un deuil public, un accident qu'il n'y avait point de sujet de cacher. Ainsi les païens sont obligés d'avouer que cette fête a été instituée, non pour honorer les Fruits de la terre, mais pour honorer la mort d'Atys. Car, pour ce qui est de ce que ceux qui donnent le premier ran^; à la terre, et qui lui attribuent un absolu pouvoir sur les autres élémens, l'appellent la Mère de tous les dieux, nous n'y trou-

vous rien à redire, et nous voulons bien l'appeler la Mère de leurs dieux, puisque nous savons qu'ils les ont Faits de bois et de pierre. Elle est entourée de la mer, couverte du ciel, battue des vents, arrosée des pluies, agitée par un mouvement continuel, qui est un eFFet et une marque de sa crainte. Jugez ce que vous devez attendre de la protection d'une divinité qui vous découvre si visiblement ses Faiblesses. III. Les Assyriens et une partie des habitans de l'AFrlque ont donné à l'air une espèce de principauté sur les élémens , lui ont attribué une figure selon leur caprice, et l'ont consacré sous le nom de Junon , ou sous le nom de Vénus vierge, si toutefois la virginité a jamais pu plaire à Vénus. Ils ont voulu que Junon , pour n'être pas plus honnête ni plus innocente que les autres déesses , Fût tout ensemble et la sœur et la Femme de Jupiter. Je ne sais par quelle sorte de dévotion ils se sont avisés de faire de l'air une déesse, plutôt que d'en Faire un Dieu. Leurs prêtres adoucissent leurs voix comme des Femmes pour l'invoquer; ils se déguisent le visage, se rasent la barbe , cachent leur sexe sous des habits de Femme. On les voit , mais on ne les voit point sans horreur, se prostituer comme des Femmes dans les temples et Faire gloire d'une si détestable inFamie. Us confessent leur crime et publient leur déshonneur avec joie. Ils laissent croître leurs cheveux et les sgustent à la Façon des Femmes, se parent comme elles et imitent leur air et leur posture. Après s'être ainsi dépouillés de leur sexe , ils invoquent leur déesse avec leurs flûtes, et étant comme remplis d'elle, ils promettent de prédire l'avenir à ceux qui sont assez simples et assez imprudens pour les écouter. Quelle est cette sorte de prodige et de monstre? Us sont hommes et nient qu'ils le soient. Ils voudraient qu'on les prit pour des femmes , et il est aisé de voir qu'ils ne le sont point. Faisons cependant une réflexion en cet endroit pour considérer quelle peut être une divinité qui se platt à demeurer dans un corps abandonné à la débauche, qui anime en quelque sorte des membres qui ne sont que des instrumens d'incontinence, et qui reçoit des sacrifices offerts non^ seulement par des mains impures, mais par l'impureté même. Ayez honte de votre aveugle^ ment, et reconnaissez que Dieu vous a Fait autre» que vous ne paraissez dans ces détestables céré-

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MAÏERNUS.

moQîes. Lorsque vous serez conduits devant le tribunal du souverain juge, il ne verra rien en vous à quoi il vous puisse recounaitre pour son ouvrage. Renoncez donc à des erreurs si déplorables et si funestes; ne profenez plus par des abominations sorties de Tenfer un corps que Dieu a formé de ses propres mains, et mettez fin à vos disgrâces pendant que le temps vous le permet. Dieu est riche en miséricorde et ne souhaite rien tant que de faire grâce: il laisse quatre-vingt-dii-neuf brebis pour en aller cherclier une qui est égarée; il donne un habit neuf et fait un festin â Tenfaot prodigue qui retourne en sa maison. Que la multitude de vos crimes ne vous jette point dans le désespoir! Dieu délivre, par les mérites de son fils, de la servitude du péché ceux qui veulent bien en être délivrés, et pardonne à ceux qui témoignent un sincère repentir. Pour leur pardonner, il leur demande peu de chose , puisqu'il ne leur demande que la foi et la pénitence , par lesquelles il leur est aisé de recouvrer les avantages qu'ils ont perdus en prêtant Toreille aux pernicieux discours du démon.

IV. Les Perses, et les mages qui habitent dans la Perse, préfèrent le feuauxautnes élémens. Us font en quelque sorte deux personnes de Jupiter, le représentent sous la figure d'un homme et sous celle d'une femme , et semblent attribuer les deux sexes au feu. Pour cequi est delafomme, ils lui donnent trois formes et lui attachent des serpens; ce qu*ils font pour imiter le diable, qui est leur maître, et pour parer la déesse des mêmes livrées. Ils adorent un homme qui avait chassé les bœuft et le révèrent sous le nom de feu, comme le prophète Ta marqué par ces paroles:

Lpt BéniMct tacrfei ont nmgi : oâébm la fête toleoneUe du pèn trte-4iisuste.

Ils rappellent encore Mitbra, et quand ils expliquent les cérémonies du culte qu'on lui rend, ils se cachent dans des cavernes, comme s'ils avaient peur d'être éclairés de la lumière. Religion aveugle et imposture criminelle ! Vous croyez que celui dont vous avouez les crimes est un dieu! Vous qui dites que dans vos temples on célèbre les fêtes et les mystères de la manière qu'on les doit célébrer, et non â la façon des Perses , pourquoi louez-vous leur façon ? Je sais

ce que c'est : vous la tenez digne et desPenesei des Romains. ^

^ Le troisième membre de cette divisiot semble contenir les canaux par où le plaisir coule dans les sens. Cest aussi pour cela qu^iis placent la colère dans la tête, les pensées et le$ desseins dans le coeur , les désirs et les passiona dans le foie. Je vous prie de considérer où tend cette division et de remarquer avec combien de fiidliié la vérité détruit l'imposture. Si l'âmeefst divisible, la même division qui partage aa substance la ruine ; car autre chose est l'esprit, autre chose est la colère, et autre clioseest l'amour du plaisir. Quand Tâmeest divisée delà aorte, elle cesse d'être cequ'elle était et devient caduque et mortelle. En effet il n'y a que ce qui est corporel qû puisse être divisé , et tout ce qui est corporel est aussi sujet à la mort. Ainsi , si Tàme peut être divisée et qu'elle soit un corps, elle est mortelle. Voilà les suites et les conséquences de cette erreur; voilà rextrémité funeste où el les conduisent.

C'est ainsi, très -saints empereurs, que les élémens ont été consacrés par desbomoiea perdus comme des divinités. Mais il y a encore d'autres superstitionsdout il est important de vous expliquer le secret, afin que vous sachiez qu'elles n'ont été inventées que pour honmer la mémoire de quelques personnes célèbres qui araient saiÀ la loi générale qui assujeUit les hommesâ la mort

V. Bacchtts ou Liber fdtfils de Jupiter, roi de Crète. Comme il était né hors du mariage, son père le faisait élever avec plus de soin et plus de précaution que la bienséance ne semblait le devoir permettre. Junon, femmede Jupiter, traos^ portée de jalousie et de haine, cherchait Toccasion de se défaire de cet eniant. Jupiter, qui n'ignorait p^s la mauvaise dispositioii où sa femmeétait à cet égard, ayant un voyage à faire, confia la garde de son fils à des hommes sur la fidélité desquels il se tenait fort assuré. Junoa crut alors avoir trouvé un temps fort propre pour Texécution de son dessein ; et comme elles'y «entait plusexcitée que jamais par les ordres que Jupiter avait laissés en partant de reconnaître Bacchus,son fils, pour son successeur, elle corrompît les gardes par de grandsprésens, et ayant trouvé

> Ucune dans le texte.

* Auire lacune.

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