IO
Entrée de ‘Pierrot
Colombine dort et le pâté bâille.
Du corsage sort un joli téton
Qui donne un parfum de rose en bouton.
Sous la croûte on voit du blanc de volaille.
Pierrot] — passant — flaire un vent de ripaille 11 entre d’un air sournois et glouton... Colombine dort et le pâté bâille.
Du corsage sort un joli téton.
Pierrot, contemplant sa double trouvaille, Dans sa large main se prend le menton...
Ce pâté, vraiment, n’est pas en carton;
La fille est à point que Satan lui baille... Colombine dort et le pâté bâille.
Perplexité
Par quoi commencer? Terrible embarras !
Entre les deux mets son ventre balance. Pierrot réfléchit sur l’équivalence :
La fille — dodue, et le pâté — gras...
Les seins fleurent bon comme des cédrats; Le pâté vous a de la corpuleruce...
— Par quoi commencer? Terrible embarras Entre les deux mets son ventre balance.
Pierrot — dans un coin — a croisé ses bras Sur son cœur qui bat fort dans le silence. Son blanc tant il mime avec violence — Tombe de sa face en petits plâtras.
— Par quoi commencer ? Terrible embarras!
Survient oArtequin
Tandis que Pierrot — dans son coin — s’escrime A mener à bien sa comparaison, *
Voilà que, sans bruit, entre en la maison . Messire Arlequin, grand docteur ès-frime.
Du ravissement muet qu’il exprime Il court bien vite il la péroraison,
Tandis que Pierrot — dans son coin — s’escrime A mener à bien sa compara iso-pi-.
Et* -sans- s’attarder à chercher la rime, - Il prend du pâté plus que de raison.
Il cueille la tille en sa floraison, .
Puis, s’esquive, fier de son double crime, Tandis que Pierrot — dans son coin — s’escrime.
our les indécis
C’est bon, le pâté ; l’amour, c’est gentil.
O Pierrot, ceci n’est point un dilemme... Pierrot ne sait pas ce que mieux il aime... Le pâté le met fort en appétit,
Car ce pâté-là provient d’Angoulême...
Mais la fille est bonne à croquer, cristi!...
— C’est bon, le pâté; l’amour, c’est gentil. O Pierrot, ceci n’est point un dilemme...
Pierrot se retourne et reste abruti...
Son œil s'écarquille en sa face blême
— De l’hébêtement dérisoire emblème :
Vide est le pâté ; le tendron, partit.
C’est bon, le pâté? — L’amour, c’est gentil
Sur ce dernier vers très ironiquement lancé par le Récitant, et tandis qu’un lapin à sonnettes, — tel ceux des bazars à treize, — sorti de quelque trou du plancher, roule sur son petit chariot vers Pierrot ébahi, le rideau de feuilles se tire sur la confusion du benêt. Et le Récitant, gagnant, cette fois, le milieu de l’avant-scène, conclut dans les termes suivants :
Et c’est tout, bon public, tu vois comme c’est bête, Ainsi que disait Goudezki.
Et quant à la morale qui Découie de ce fait, tu vois qu’elle est honnête,
Et — Dieu merci î —
Fort bête aussi.
Un enfant est, parfois, c’est notoire,
Plus malin que Pierrot. Oyez plutôt l’histoire.
A ma chère filleule Estelle, hier, je dis:
— Tu vois bien ces bonbons ? Tu vois cette poupée? Le bon Dieu les a fait choir de son paradis Dans mes poches, comme en un conte de Coppée.
Qu’est-ce que tu choisis : la poupée, ou le sac?
— Je les choisis tous deux, fit-elle.
Ce disant, l’avisée Estelle Prit l’un et l’autre objet, sans scrupule et sans trac.
C’est ainsi qu* Arlequin sut faire.
Vous l’avez vu. Qui ne lui donnerait raison ?
Quant à Pierrot, c'est un oison.
Mesdames et messieurs, voilà toute l’affaire.
A moins que cet excellent Récitant ne préfère tout bonnement finir comme suit :
Et c’est tout, cher public. Admirez sans réserve, Monsieur, cet avisé coquin,
Ce bon coq toujours prêt qui s’appelle Arlequin,
Et que son exemple vous serve.
Quant à Pierrot, c’est, madame, un clampin,
Qui méritait qu’on lui posât ce doux lapin,
Avec lequel fai V honneur d'être ...
Et, infiniment spirituel, notre Récitant salue, si cela lui plaît, et sort, s’il n’a rien de plus personnel à confier à cette dame et à ce monsieur.
Imprimerie Générale de Châtillon-s-Seine. — A. Pichat.
*• . î-fA ;■ :• f(t '
-■ •r\yOi.'u