PANTOMIME BURLESQUE EN TROIS TABLE\UX
PREMIER TABLEAU
Au fond un moulin. — Maison à droite avec fenêtre. — Un pont; barque
avec les avirons.
Au lever du rideau, Pietro le gondolier arrive dans sa barque. Il aborde, descend, vient à la porte de la maison et frappe trois coups dans ses mains. La porte s'ouvre et Mariette paraît. Elle va à Pietro qui lui dit : — Comme tu es belle et comme je t'aime ! Il la mène à la barque et lui montre son filet plein de poisson. Mariette est joyeuse ; elle lui dit : — Mon brave Pietro, travaille beaucoup, gagne de l'argent, et nous nous marierons !
Pietro l'attire à lui. La mère Simone entre, aperçoit les amoureux, vient les séparer et fait rentrer sa fille ; puis elle pousse Pietro jusqu'à sa barque ; — il
disparaît. (Scène comique.)
La mère Simone appelle sa fille et lui donne un panier pour aller aux provisions ; celle-ci refuse et s'enfuit dans la maison. Simone furieuse la suit.
Piétro revient avec sa barque, conduisant M. le Bailli. Ce dernier descend et va à la porte de Simone. Il a une couronne de rosière passée dans un bras. Il frappe trois appels du pied. Simone paraît au troisième coup qui tombe sur son pied à elle ; elle pousse des cris. Le Bailli veut lui frictionner le mollet. —
Elle Se fâche. (Scène comique à régler.)
Simone demande au Bailli ce qu'il désire. 11 lui montre la couronne et dit qu'il vient inscrire les jeunes filles pour le concours de rosière. Simone demande à être inscrite aussi. (Scène comique à régler.J
Simone va chercher sa fille. Mariette vient au Bailli et lui fait une révérence gauche. Le Bailli lui prend le menton et veut l'embrasser, mais Mariette se recule et c'est Simone qu'il embrasse. Fureur du Bailli. Il prend son- calepin et inscrit le nom de Mariette. — Si vous êtes gentille, lui dit-il, je vous ferai avoir la couronne.
Les deux femmes le saluent et rentrent chez elles.
Pietro accourt et demande au Bailli de l'inscrire aussi. (Scène comique.) Puis il fait remonter le Bailli clans sa barque ; ils s'éloignent.
Mariette sort de la maison avec un panier pour aller aux provisions. Elle rencontre Pietro et lui annonce qu'elle va être couronnée rosière. Ils se réjouissent tous les deux. La mère Simone arrive et les surprend. Mariette se sauve dans la maison. Simone menace Pietro; celui-ci lui fait un pied de nez. Simone
court pour lui donner un soufflet; en ce moment Thomas le Rouge entre et c'est lui qui le reçoit.
Thomas remonte et redescend la scène en se tenant la joue. Simone s'excuse de sa maladresse. — Ce n'est rien, lui dit Thomas. Je viens vous demander la main de votre fille. — Êtes-vous riche? demande Simone.
Thomas la prend par la main et lui montre sur le coteau, au loin, une maison qui lui appartient; puis il étend la main de l'autre côté et montre le moulin qui tourne. Mais, en ce faisant, il donne un soufflet a Simoneen voulant imiter le moulin. (Scène comique à régler.)
Simone est enchantée. Elle va chercher sa fille. En la voyant, Thomas manque de se trouver mal. Simone l'encourage à faire sa déclaration. Thomas s'avance et salue comiquement. Il tire la jambe en arrière et donne un coup de pied à Simone sur le mollet. Il fait sa déclaration, mais Mariette lui tourne le dos, ce dont Thomas se plaint à Simone. Celle-ci lui montre le gros bouquet qu'il porte à la boutonnière et lui dit de l'offrir à Mariette, ce qu'il fait; la jeune fille accepte; Thomas est joyeux et le dit à la mère Simone. Mais en ce moment Pietro entre et Mariette lui jette le bouquet. Thomas demande un baiser à Mariette. — Venez le prendre, dit-elle.
11 s'avance, mais c'est un soufflet qu'il reçoit, et Mariette rentre dans la maison. Thomas est furieux ; il dit à Simone qu'il s'en va. Simone tâche de le calmer; elle lui dit qu'elle donnera une raclée à Mariette.
Pietro revient avec le Bailli dans sa barque. Quand
ils sont arrivés au milieu du théâtre, Jean le Blanc paraît sur le pont. 11 porte sur les épaules un gros sac de farine. Arrivé au milieu du pont, il trébuche, et laisse tomber son sac en plein sur le Bailli dans la barque. Celui-ci se démène les jambes en l'air.
Mariette sort de chez elle. Jean le Blanc vient lui faire une déclaration. Mais Pietro le prend par le bras, le fan tourner et lui montre le Bailli qui se débat dans la barque. Ils vont le chercher et l'amènent sur le devant de la scène. Simone apporte une chaise; Pietro €t Jean le Blanc en le faisant asseoir le poussent trop fort sur la chaise, il tombe à la renverse. Ils le «relèvent, et le poussent cette fois en avant, il tombe sur le ventre. Pour le relever, Jean le Blanc le saisit par la perruque, mais elle lui reste dans les mains.
(Scène comique à régler.)
Enfin le Bailli finit pas s'asseoir : Mariette lui apporte une bouteille et un verre. Pielro prend la bouteille et boit. Jean le Blanc le fait tourner, prend la bouteille et boit à son tour. Pietro refait le même jeu, mais Pietro en tournant envoie son derrière dans le ventre du Bailli, qui tombe et va rouler sur les pieds
de Simone. (Grande cascade comique.)
Le Bailli et Pietro sortent.
Jean le Blanc fait sa déclaration à Mariette ; celle-ci le repousse, il va heurter Simone et la renverse. Il court la relever, et la conduit jusqu'à la porte de la maison et d'un coup de derrière la pousse dedans. Il veut entrer aussi, mais Simone lui ferme la porte au nez. Furieux il dit qu'il entrera quand même. Il se recule (po.ur sauter sur la porte et l'enfoncer, mais il se
Les deux Joerisses.
trouve nez à nez avec Pietro qui lui demande ce qu'il veut à Simone.
— J'aime Mariette, répond-il
— Je te défends de penser à Mariette, lui dit Pietro*; elle est mon amoureuse.
— Tu ne me fais pas peur, dit Jean le Blanc.
— Ni toi non plus, reprend Pietro.
Ils marchent l'un sur l'autre, mais Jean le Blanc se met à trembler. Pietro rit de sa peur, et lui dit qu'ils vont se battre. Jean le Blanc y consent.
Pietro va accrocher son béret à la maison; l'autre accroche son chapeau à un portant, mais le chapeau
tombe plusieurs fois. (Scène comique à régler.)
Enfin ils tombent en garde (Plusieurs passes comiques.) 'lî-s se prennent à bras le corps. Simone accourt et veut les séparer. Dans la bagarre Jean le Blanc accroche le bonnet de Simone; la perruque s'enlève en même temps et la bonne femme apparaît la tête chauve! (Scène
comique.)
Chacun se renvoie le bonnet. Simone en voulant le rattraper tombe. Pietro s'enfuit. Simone furieuse applique un soufflet à Jean et rentre dans la maison.
— Je me vengerai, dit Jean.
En sortant il se heurte contre Thomas le Rouge. Jeapi reste en place. Thomas descend la scène ; tous les deux prennent des poses de jocrisses en se montrant du doigt. Puis ils se prennent par la main et descendant le théâtre avec des grimaces comiques.
Jean demande à Thomas le Rouge ce qu'il vient faire.
— Et toi, que fais-tu?
— Moi, répond Jean, je viens pour épouser Mariette.
— Toi, méchant blanc-bec! tu n'as pas le sou, tandis que moi je suis riche ! c'est moi qui épouserai Mariette.
— Non, c'est moi! répondit Jean. C'est moi le préféré.
Une querelle s'engage entre eux. (Scène comique.) Thomas va frapper à la porte de Simone. Jean le prend par le bras et le fait tourner; Thomas de même à son tour. Enfin, Jean lui propose d'y aller ensemble. Ils partent tous les deux de front en marchant à la jocrisse. Ils frappent. Jean frappe sur le pied de Thomas qui lui administre un soufflet, puis vient se placer de face à gauche. Simone apparaît et sort de la maison. Elle vient au-devant des deux jocrisses. Ceuxci prennent chacun leur chapeau à la main, s'avancent mécaniquement et saluant comiquement.
Simone leur demande ce qu'ils veulent. Les deux jocrisses disent tous les deux ensemble qu'ils aiment Mariette. Simone leur demande s'ils ont de l'argent. Ils répondent avec le même geste quïls en ont beaucoup.
— Alors, je vais chercher ma fille, qui choisira celui qu elle préfère.
Jean dit que ce sera lui; Thomas dit aussi que ce sera lui.
Mariette descend au milieu de la scène. Jean se place à la droite de la jeune fille, Thomas à sa gauche.
— Que me voulez- vous ? dit Mariette.
Tous les deux font leur déclaration d'amour avec des gestes à la jocrisse. Ils se mettent à genoux l'un
en face de l'autre et suppliant la jeune fille de se prononcer. Mariette leur rit au nez, leur donne à chacun un soufflet; tous deux tombent assis par terre.
Mariette va au fond retrouvef Pietro. Simone, en voulant passer pour rentrer, bute contre les bras de Jean qui les levait en signe de résignation; elle fait une culbute en avant et rentre chez elle.
Jean et Thomas sont furieux. Ils arpentent le théâtre en se bousculant mutuellement chaque fois qu'ils se
Croisent. (Scène comique à régler.)
Enfin Jean le Blanc se frappe le front et dit : « J'ai une idée pour nous venger. »
Il parle à l'oreille de Thomas, qui se frotte les mains de contentement à l'idée de Jean. Celui-ci explique qu'à la nuit ils viendront avec des lanternes et des planches pour escalader la fenêtre. — « C'est entendu, dit Thomas ; au plus malin ! »
Il frappe dans la main de Jean, qui lui fait faire une promesse. Puis ils se prennent par le bras et sortent comiquement.
Pietro qui a écoulé le complot dit : « Nous allons rire ! »
La nuit est arrivée. Le temps est à l'orage.
Le Bailli entre, tout grelottant, enveloppé dans son manteau. Il bute contre un sac, et fait une cabriole.
(Cascade à régler.)
11 va à la porte et frappe. Simone ouvre, reconnaît le Bailli et lui dit d'entrer se réchauffer. 11 entre.
Les deux jocrisses arrivent l'un après l'autre, portant chacun une planche et une lanterne ; ils font des grands pas comiques. lis viennent au milieu
du théâtre et posent leur planche debout, par terre, face au public. Ils lèvent du même mouvement leurs lanternes à la hauteur de leur tête pour reconnaître la maison. Pietro frappe du pied par terre. Les deux jocrisses ont peur et se cachent derrière leurs planches. L'un commence par allonger le bras avec la lanterne, puis montre la tête. Ils posent leurs lanternes pour aller placer leurs planches. Pendant ce temps, Pietro prend leurs lanternes et les emporte. Les deux jocrisses se trouvent dans l'obscurité. Ils cherchent mutuellement à tâtons avec leurs planches et s'en donnent réciproquement des coups. Le Bailli qui arrive en reçoit également des coups sur le derrière
et SUr la tê(e. (Grande scène comique.)
Enfin Simone sort avec un bâton ; elle aperçoit Thomas qui appuie sa planche contre la maison et lui administre une volée ; il s'enfuit. Jean le Blanc vient également poser sa planche. Le Bailli lui donne un coup de bâton. L'autre se retourne, prend le Bailli a bras le corps ; tous deux tombent en roulant l'un sur l'autre. Simone accourt, croyant frapper Jean, c'est le Bailli qu'elle attrape. Celui-ci se relève tout meurtri. Simone et le Bailli veulent s'emparer de Jean, mais ce dernier se baisse, leur attrape les jambes ; tous les deux tombent. Il se sauve. Simone et le Bailli continuent de se cogner, croyant chacun que
c'est Jean le Blanc. (Scène comique à régler.)
LES DEUX JOCBISSES 73
IIe TABLEAB
Une chambre rustique avec porte et fenêtre au fond.
Simone entre, tenant à la main un ouvrage de broderie ; elle le pose sur une chaise, et appelle sa fille. Mariette arrive.
Simone la gronde de sa conduite envers les deux jocrisses.
Mariette répond qu'elle aime Pietro et quelle veut l'épouser.
— Jamais, dit sa mère.
Entrent des paysans, hommes et femmes, qui viennent demander leurs outils de travail.
Simone et Mariette les leur distribuent. Mariette prend une serpette pour aller aux champs, mais Simone lui dit qu'elle restera à la maison. Ellle la fait asseoir sur une chaise et lui donne la broderie pour travailler. Mariette la jette par terre avec un mouvement de colère. — Simone veut la battre, les paysans s'interposent. Alors elle renvoie tout le monde, montre une grosse clef à Mariette et lui dit qu'elle va l'enfermer. La jeune fille supplie sa mère, mais celleci n'écoute rien, sort et ferme la porte à double tour. Mariette se désole, mais, lout à coup, Pietro frappe à la fenêtre ; Mariette la lui ouvre et il saute dans la
chambre. Mariette recule, effrayée de la hardiesse de son amoureux. Pietro la rassure. Il lui raconte qu'il a surpris les projets des deux jocrisses qui veulent venir la nuit pour la surprendre. — « Je vous aime, ajoute-t-il, et je saurai vous respecter. »
Mariette se rassure ; elle se laisse prendre les mains que Pietro lui embrasse.
En ce moment, on frappe à la porte; Pietro va regarder par le trou de la serrure et revient en disant que c'est le Bailli.
— Cachez -vous, lui dit Mariette, si l'on vous voit ici, je suis perdue de réputation.
Pietro va se réfugier dans la chambre de la jeune fille.
Le Bailli, qui s'est procuré une seconde clef, ouvre la porte et entre à reculons. Il referme la porte. Mariette est toute tremblante. Le Bailli, qui n'est autre que Thomas le Rouge, qui s'est procuré un costume, porte au bras une couronne de rosière. Il vient vers Mariette en dissimulant sa figure, et lui annonce qu'elle a été proclamée rosière. — Mariette saute de joie.
Mais Pietro, qui observe la scène, reconnaît le faux Bailli, et il fait un signe à Mariette.
Thomas pose la couronne sur la tête de la jeune fille et veut obtenir d'elle un baiser. Mais, sur un signe de Mariette, Pietro paraît, va au faux Bailli, et lui dit : — « Jeté reconnais ! tu es Thomas le Rouge ! »
Stupéfaction de celui-ci.
Pietro lui ordonne de déguerpir au plus vite ; le faux Bailli va pour sortir, mais on frappe à la porte.
Pietro va regarder par le trou de la serrure et revient en disant : ,
— C'est la Simone ! •
Inquiétudes de Pietro et de Thomas. « Il faut vous cacher, dit Mariette aux deux hommes. »
Pietro rentre dans la chambre. Thomas va dans celle qui est de l'autre côté. Puis la porte s'ouvre et Simone paraît. C'est tout simplement Jean le Blanc, déguisé avec des vêtements pareils à ceux de la mère de Mariette.
Il entre en dissimulant sa figure, Il s'approche de la chaise où Mariette travaille, toute tremblante, et lui demande pourquoi elle n'a pas ouvert. Elle a frappé longtemps. Mariette dit qu'elle n'a pas entendu.
La fausse Simone lui dit : « Voici la nuit, il faut te coucher. »
— Je n'ai pas sommeil, répond Mariette.
La fausse Simone va pour la frapper. Mariette se met à pleurer. Jean le Blanc prend sa jupe pour lui essuyer les yeux, mais il s'aperçoit qu'on voit ses
jambes. Il rabaisse la jupe. (Cascade comique à régler.)
La fausse Simone ordonne alors à Mariette d'aller se coucher. Cette fois celle-ci obéit. Au moment où elle va entrer dans sa chambre, Jean dit qu'il a une idée. Il rappelle Mariette et dit : « Je vais te déshabiller. »
Mariette s'y refuse. L'autre la prend brutalement et la fait tourner, prend une chaise et se met en
devoir de lui défaire SOn corsage, (Grande scène comique du déshabillage. Jean le Blanc fait toutes les grimaces possibles.)
Le faux Bailli voyant cette scène vient à la fausse
Simone et veut, lui aussi, contempler les belles épaules de Mariette. Jean se retourne et se trouve
nez à nez avec Thomas. (Scène comique entre les deux amoureux.)
Jean finit par faire rentrer le faux Bailli dans sa cachette et revient s'asseoir ; il a tout enlevé, Mariette n'a plus que sa chemise. Il fait une foule de contorsions comiques. Il donne à Mariette ses vêtements et la pousse dans sa chambre, puis il revient, tombe sur une chaise et soupire profondément ! Il pense qu'il est seul, que Mariette est à lui ! et il se dirige vers la chambre de la jeune fille. Maïs on frappe bruyamment à la porte. Il va regarder par le trou de la serrure et dit au faux Bailli qui est sorti de sa cachette :
— C'est la mère Simone ! nous sommes perdus ! Ils se cachent chacun dans un coin.
La porte s'ouvre, la Simone et le vrai Bailli entrent.
Jean et Thomas veulent s'esquiver, mais le Bailli les retient par leurs habits. Simone reconnaît Jean le Blanc et Thomas. Elle et le Bailli éclatent de rire. Les deux jocrisses font tomber leurs déguisements.
— Je te ferai pendre, dit le Bailli à Thomas.
— Tu iras en prison, dit Simone à l'autre.
Tous les deux se jettent à genoux et demandent pardon.
En ce moment Pietro et Mariette sortent de la chambre et s'enfuient par la porte du fond.
Simone et le Bailli les voient et courent après les fugitifs.
Restés seuls, Thomas et Jean se regardent comme
deux imbéciles. Le bonnet de femme de Jean tombe à terre.
Ils se mettent à pleurer, et ramassent chacun au loin des brides du bonnet pour s'essuyer les yeux, le bonnet danse entre eux ; ils dansent aussi. Enfin, ils se mettent à rire et disent : « Nous sommes joués, prenons-en notre parti ! Pietro a enlevé Mariette : bien sûr il va l'épouser. Payons les frais de la noce. Au moins nous nous amuserons ! »
Ils se mettent d'accord là-dessus et sortent.