M. FUMICHON, NANON
Un garde champêtre.
Un bois; à droite un poteau indicateur avec cette inscription : Route de Noisy-le-Sec: les personnes qui ne savent pas lire sont priées de s'adresser chez le garde du bois. — A droite, un banc de pierre.
Entrent M. et Mme Fumichon. Monsieur porte un panier de provisions qu'il dépose sur le banc de pierre. Il étend une serviette à terre et se dispose à y étaler ses comestibles, lorsqu' entre le gadre champêtre qui reconnaît en M. Fumichon un de ses anciens amis. 11 l'engage à venir faire son repas chez lui où il sera plus à son aise. Il accepte, remet ses provisions dans son panier, et sort avec son épouse et le garde champêtre.
Entre Adonis. Il regarde s'il est bien seul. Après s'en être assuré, il fait signe à ses camarades de se montrer. Pichonnet, Labreloque, Sautrillon arrivent.
Adonis leur dit que cet endroit du bois lui semble excellent pour y vider leur querelle. Il prend Pichonnet à part et l'exhorte à se conduire en brave. Il lui démontre une botte secrète avec laquelle on est sûr de tuer son homme.
Joie de Pichonnet qui tire au mur.
Labreloque rit de le voir s'escrimer ainsi. Il va lui frapper sur l'épaule en lui disant qu'il l'attend.
Pichonnet fait le crâne en ayant l'air de lui dire : Vous êtes donc bien pressé de mourir ?
Ils mettent tous deux habit bas. Adonis prie Labreloque, qu'd sait très fort à l'escrime, de se borner à parer seulement les coups de Pichonuet.
Ils se mettent en garde. Mais Pichonnet qui n'est encore qu'un conscrit, ne peut lutter avec Labreloque, qui se contente de le désarmer.
(Cette scène doit être fort comique par les lazzis de Pichonnet qui, furieux de se voir désarmer, veut fondre de nouveau sur Labreloque.)
Entre le garde champêtre. Il s'empresse de les séparer. Colère de Pichonnet, qui le provoque à son tour.
Pichonnet, voyant qu'il n'est pas de force au bancal, propose le pistolet. Labreloque lui dit qu'il accepterait de grand cœur, mais qu'il n'a pas de pistolets. Pichonnet prie le garde de leur en procurer, lui promettant une pièce de vingt sous pour sa peine. Adonis prend le garde champêtre à part, et lui dit tout bas quelques mots qui le font rire. Pichonnet croyant que c'est de lui qu'il s'agit se fâche de nouveau ; mais le garde pour le calmer lui dit qu'il consent à lui procurer des pistolets, qu'il va les aller chercher. Pichonnet
l'en remercie et lui donne une poignée de main. Le garde sort.
Entrent M. et Mme Fumichon. M. Fu onction est toujours porteur de son panier, duquel sort le manche d'un gigot. Les militaires rient beaucoup de ces deux caricatures. Adonis va faire le galant près de Mme Fumichon. Pichonnet salue M. Fumichon et cherche à lier conversation avec lui. Il lui montre le ciel comme s'il s'y passait quelque chose d'extraordinaire, et pendant que l'autre lève la tête, Pichonnet lui enlève le gigot qu'il a dans le panier, ainsi qu'une bouteille de vin qu'il passe à Sautrillon. Puis il l'engage à retourner à Paris, car le temps est à la pluie. M. et Mme Fumichon saluent les militaires puis ils sortent. Pendant qu'il causait avec M. Fumichon, Pichonnet lui a enlevé tout doucement un énorme riflard que celui-ci portait sous son bras. A peine Fumichon est-il parti, que Pichonnet le rappelle et lui remet son parapluie en faisant mille grimaces.
Le garde champêtre revient, porteur de deux énormes pistolets. Pendant qu'il les présente à Pichonnet, qui ne les regarde pas sans effroi, Adonis a tiré à part Labreloque et lui a parlé bas à l'oreille.
Pichonnet, que la grandeur des pistolets n'a pas trop rassuré, voudrait bien éviter le combat, mais Labreloque qui vient de les prendre des mains du garde, en offre un à Pichonnet en lui posant le canon sur la poitrine.
Pichonnet recule effrayé, puis il se ravise en disant qu'ils ne sont peut-être pas chargés. Mais le garde
champêtre lui dit qu'ils l'ont été par lui et qu'il y a mis quatre balles dans chacun. Grimace de Pichonnet, qui tremble. Adonis s' apercevant de sa frayeur, l'engage à ne pas reculer d'une semelle s'il ne veut pas passer pour un lâche. Ce mot donne du courage à Pichonnet qui veut que le sort désigne celui qui tirera le premier.
Mais Adonis lui dit que c'est inutile, qu'ils tireront tous les deux ensemble en marchant l'un sur l'autre. Mais Pichonnet recule toujours chaque fois que Labreloque avance. Ils se couchent en joue ; Adonis frappe trois coups sur la main pour donner le signal, mais au second, Pichonnet l'arrête en lui disant qu'on lui a donné peut-être le mauvais pistolet. Le garde le lui reprend des mains ainsi que celui de Labreloque. Il les couvre d'un mouchoir et chaque combattant en prend un au hasard.
Ils se mettent en joue de nouveau ; les coups partent. Labreloque tombe. Pichonnet chancelle. Il se croit blessé, se tàte en tous sens, joie de se trouver
intact. (Les pistolets n'étaient chargés qu'à poudre.)
Labreloque, d'accord avec Adonis et Sautrillon que ces derniers sont allés relever et asseoir, feint d'être blessé mortellement. Le garde champêtre le fait remarquer à Pichonnet, en lui disant qu'il n'a pas cinq minutes à vivre. Désespoir de Pichonnet qui fouille dans sa poche afin d'y prendre son mouchoir pour bander la plaie de Labreloque; mais il en tire le polichinelle qu'il y avait mis précédemment, et il le jette loin de lui.
Entrent Caroline, Amanda, Cornélie et Nanon. Elles
s'informent de ce qui vient de se passer. Elles sont effrayées de voir Labreloque dans un si piteux état. Mais Adonis leur fait un signe d intelligence pour les rassurer.
Nanon va pour parler à Piehonnet qui se promène à grands pas sur le théâtre. — « Ne m'approchez pas, lui dit-il, je suis un assassin ! »
Elle tâche de le consoler; il lui raconte ce qui vient de se passer, et dit qu'il ne survivra pas à la mort de son camarade. Il prend un des pistolet et fait mine de vouloir se brûler la cervelle. Nanon se jette sur l'arme qu'elle veut lui arracher des mains, mais il lâche le chien pour lui faire voir que l'arme n'était pas chargée.
Pendant ce temps, Labreloque a remis son uniforme, puis il vient se placer à la droite de Piehonnet, tenant Cornélie sous le bras. Il lui frappe sur l'épaule. Piehonnet se retourne; il ne peut en croire ses yeux. — « Est-ce bien toi, mon ami, Labreloque ! * Adonis lui explique que d'accord avec le garde champêtre, les pistolets n'étaient chargés qu'à poudre. Us se donnent une poignée de main.
Piehonnet, dans sa joie, embrasse tout le monde, jusqu'au garde champêtre. Il propose d'aller dîner. Tout le monde sort.
Ve TABLEAU