‹ Pantomimes de Gaspard et Ch. DeburauChapitre 40 sur 124 · NANON · texte numérisé non relu

NANON

Le village de Romainville. — A gauche, une boutique de traiteur, avec cette enseigne : Au petit moulin d'amour — Labombe, restaurateur. A droite, un banc de verdure au premier plan ; à gauche, une table et des sièges.

Entre Labombe, qui sort de chez lui. Il appelle sa fille ainsi que Criquet, son garçon, et lui ordonne de prendre sa hotte pour aller aux provisions, ce que celui-ci s'empresse de faire. Labombe recommande à Suzette de bien garder la maison pendant son absence.

Criquet et Suzette font des signes d'intelligence, ce dont Labombe s'aperçoit. 11 fait rentrer sa filie et donne un coup de béquille à Criquet. Ils sortent tous les deux.

A peine sont-ils parlis que Suzette sort. Elle va au fond du théâtre pour tâcher d'apercevoir Criquet. Au même instant entrent Adonis et Labreloque. Ils sont très fatigués ; ils vont s'asseoir à la table qui est devant la boutique de Labombe, et frappent. Suzette accourt ; ils lui demandent du vin, et elle s'empresse de les servir. Comme elle n'apporte que trois verres, Adonis en demande un quatrième pour Pichonnet, il s'aperçoit alors que celui-ci n'est pas avec eux. Sautrillon se lève et va regarder s'il ne le verra pas. Il l'aperçoit et l'appelle. Pichonnet entre ; il peut à peine se traîner. Il porte sous son bras, enveloppé clans du papier, un melon. Il dit à ses camarades qu'il a voulu les régaler. Adonis s'empresse de développer le prétendu melon, mais il ne trouve qu'une citrouille, ce dont ils rient tous de grand cœur. Pichonnet est furieux de s'être laissé attraper. — Si je repince le marchand, gare à lui ! se dit-il.

Enfin, il va pour s'asseoir, mais Adonis s'est emparé du tabouret, et il s'assied par terre. Il se relève et va se poser sur Labreloque, croyant que le siège n'est pas occupé. Ce dernier l'envoie tomber sur Sautrillon, qui le renvoie tomber sur Adonis.

Pichonnet se fâche. Il les provoque tous ; mais on parvient à l'apaiser. Ou lui verse un verre de vin ; il trinque avec ses camarades.

Pendant cette scène, une bonne d'enfant, tenant

par la main un petit garçon qui joue avec un polichinelle, est venue se reposer sur le banc de verdure, à droite. Pichonnet la fait remarquer à ses camarades. Ils la trouvent tous fort jolie. Le petit garçon vient rôder auprès des militaires. Adonis lui fait quelques caresses ; il le prend sur ses genoux. Pendant ce temps, Pichonnet tire doucement du panier que le petit garçon porte à la main, une tartine de pain sur lequel est étendu du raisiné, et il s'empresse de la manger à l'insu de ses camarades.

Adonis se lève en disant qu'il va aller faire un doigt de cour à la petite bonne. Mais Pichonnet l'arrête et lui dit que cela le regarde ; qu'il l'a aperçue le premier, qu'elle lui revient de droit. Les militaires rient de ses prétentions. Sautrillon engage Adonis à lui céder cette conquête, curieux de voir comment Pichonnet s'y prendra; il y consent.

Pichonnet s'avance gauchement près de la petite bonne qui, l'ayant vu venir à elle, baisse les yeux, n'osant lui parler la première. Après avoir tourné autour du banc, il s'assied près d'elle. A mesure qu'il avance, elle recule. Le petit garçon, qui va et vient, a laissé son polichinelle à terre.

Pichonnet s'en empare et le fait danser entre ses jambes. Il fait mille singeries avec cette marionnette, ce dont ses camarades rient beaucoup ; puis il finit par le mettre dans sa poche. Adonis lui fait signe d'être plus entreprenant. Il s'enhardit; prend la taille de la bonne et va même pour l'embrasser, mais il reçoit un vigoureux soufflet.

La petite bonne se lève, cherche son mioche; elle

l'aperçoit attablé avec les militaires qui le font boire avec eux. Elle le prend par la main et sort vivement avec lui. Mais Pichonnet, excité par ses camarades, court après elle, à seule fin de l'embrasser, mais c'est l'invalide Labombe qui, entrant avec son garçon Criquet chargé d'une manne remplie de provisions, reçoit le baiser, ce qui le flatte peu. Aussi donne-t-il un grand coup de béquille sur les épaules de Pichonnet qui s'en prend à Criquet et renverse celui-ci avec tout ce qu'il porte.

Labombe furieux, veut corriger Pichonnet ; mais ses camarades interviennent en disant qu'ils paieront le dégât s'il y en a. Criquet, qui a ramassé ses provisions, rentre chez lui, ainsi que le vieux Labombe.

Entre Nation portant un panier dans lequel il y a des provisions. Elle regarde à droite et à gauche ; enfin, elle aperçoit les militaires qui se sont attablés de nouveau. Elle va frapper sur l'épaule de Pichonnet qui était en train de boire et qui manque de s'étrangler. 11 se fâche contre Nanon.

Adonis demande à Nanon si ces demoiselles vont bientôt venir. Elle lui répond qu'elles la suivent de près.

Entrent Cornélie, Amanda et Caroline.

Adonis, Labreloque et Sautrillon s'empressent d'aller au-devant d'elles; ils s'emparent de leurs châles et de leurs ombrelles, et les donnent à Suzette qu'ils viennent d'appeler ; ils lui remettent aussi le panier de provisions dont Nanon était porteuse, et d'où Pichonnet a déjà soustrait quelque friandises dont il a bourré ses poches.

Adonis a fait se rafraîchir ces demoiselles, pendant que Pichonnet visitait le panier de Nanon. Labretoque s'est approché de cette dernière et lui fait remarquer le larcin de Pichonnet. Ce dernier qui les aperçoit, les croit d'intelligence. pour le tromper. Il va à Labreloque et lui fait des reproches ainsi qu'à Nanon qui lui jure qu'elle est innocente. Labreloque rit de de sa jalousie et cherche à lui faire entendre raison. 11 lui montre Gornélie dont il est l'amant. Mais Pichonnet est entêté, ne veut rien entendre et il provoque son camarade. Effroi des dames qui s'interposent entre eux, ainsi que Nanon qui cherche à calmer Pichonnet, ce qui rend celui-ci plus furieux encore.

Enfin Adonis engage ces trois demoiselles à ne pas s'effrayer, en leur promettant d'arranger l'affaire. Mais il n'en fait rien. Il prend Pichonnet à part et lui fait comprendre qu'il doit dissimuler devant des feumies, sans cela le duel ne pourrait avoir lieu ; pour mieux les tromper, il faut avoir l'air de se réconcilier avec Labreloque. A cet effet, il verse deux verres de vin, les met dans la main des deux adversaires en les engageant à boire et à oublier ce qui vient de se passer. Ils boivent tous deux de mauvaise grâce .

Les femmes se réjouissent de cette réconciliation. Adonis les prie d'entrer chez le père Labombe et de faire mettre le couvert, qu'ils vont les rejoindre dans un instant. Elles y consentent.

A peine sont-elles entrées dans la maison, que Pichonnet jette bas son habit. — A nous deux, dit-il à Labreloque, nous allons dégainer.

Labreloque cherche de nouveau à lui faire comprendre qu'il n'en veut nullement à Nanon. Mais Pichonnet, qui croit que l'autre a peur, insiste pour se battre, ce à quoi Labreloque finit par consentir.

Ils vont pour s'aligner, mais Adonis les sépare en leur faisant comprendre que le lieu est mal choisi ; qu'ils pourraient être troublés par ces demoiselles. Il les engage à le suivre dans l'intérieur du bois ; il connaît un bon endroit. Ils y consentent et sortent. Labreloque heurte involontairement Pichonnet: fureur de ce dernier qui veut lui sauter dessus, mais il en est empêché par Adonis et Sautrillon.

IVe TABLEAU

PERSONNAGES DU IVe TABLEAU

PICHONNET, MADAME FUMICHON,

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