Papa beau-père
Êtes-vous entré quelquefois dans une de ces entreprises de bouillon qui, maintenant, rivalisent avec les restaurants et souvent leur sont de beaucoup supérieures ? Si vous ne les connaissez pas encore, venez y faire un tour avec moi ; je ne vous conduirai pas dans une de ces petites salles borgnes, où le bouillon se marie avec le lait, et que l'on nomme crcrr.erie ; non, je vous introduirai sur-le-champ dans une de ces grandes maisons qui ont la vogue, parce qu'eu effet tout ce que l'on vous sert là est de
l'M'A BEAUl"
bonne qualité, et vous y pouvez diner fort bien, en donnant une agréable suite à votre bouillon ; de plus vous êtes servi par des femmes, ce qui ne peut qu'ajouter à votre appétit et pousser à la consommation.
Nous y sommes ; voyez comme cette salle est vaste et bien éclairée 1 il y a toujours beaucoup de monde ; presque toutes les tables sont occupées, d'autres sont retenues, mais il est difficile de les garder, car ceux qui arrivent s'y installent, sans écouter les réclamations des demoiselles qui servent et auxquelles ils répondent :
— Ce doit être ici comme dans les omnibus, on n'y garde point de places ; tant pis pour les retardataires!
Votre regard est agréablement flatté en apercevant des dames parmi les consommateurs; elles sont toujours en minorité, mais enfin il y en a. Ce sont ordinairement des douairières qui ne tiennent pas ménage chez elles, et ne redoutent point de se montrer seules chez un traiteur ; vous y verrez aussi quelquefois déjeunes ouvrières, grisettes sans amoureux, qui viennent se régaler d'un consommé et ne seront pas Cachées d'être lorgnées par les beaux messieurs qui lablenl «lu vin de Bordeaux et dînent ià, comme s'ils étaient à la Maison-Dorée,