‹ Papa beau-pèreChapitre 12 sur 16 · MONSIEUR PIÏILAMOUR AU BAL · texte numérisé non relu

MONSIEUR PIÏILAMOUR AU BAL

— Non vraiment, il me dit : Est-ce qu'on paye ces gens-là ! lî donc ! c'est mauvais genre de payer ses fournisseurs.

M. Philamour se gratte l'oreille en murmurant :

— Mauvais genre!... mais quand on ne paye pas les fournisseurs, ils ne veulent plus fournir. Moi, j'ai toujours payé les miens. Mon gendre a sans doute voulu dire qu'on ne les payait qu'à la fin de l'année.

— Mon père, cela ne peut pas durer comme cela... Je ne me suis pas mariée pour n'avoir point de mari, pour que celui que j'ai épousé me plante là tous les soirs et ne me procure aucun agrément. Si cela continue comme cela, je vous préviens que je lerai des sottises !

— Dans quel genre?

— Je ne sais pas encore, mais certainement j'en ferai. Enfin, tenez, aujourd'hui il y encore bal chez Mabille; j'avais supplié M. de La Bergerie de m'y mener, il m'a répondu : Je n'ai pas le temps !... Il n'a jamais le temps quand je le prie de me mener quelque part.

— Eh bien, ma fille, ne te chagrine point ! puisque ton mari n'a pas le temps, je te mènerai au bal, moi.

— Vraiment, mon père, vous voulez bien aujour d'hui me conduire chez Mabille?

1C4 PAPA P,E\UPÈRE.

— Oui, chère amie, et qui plus est, je t'y ferai danser.

— Ah! que vous êtes gentil... Alors vous allez rester à dîner avec moi?

— Certainement. Tu feras monter de ta cave du madère retour de l'Inde; en as-tu encore?

— Oh ! je pense que oui, moi je n'en bois jamais, et mon mari dîne si souvent en ville !

— Eh bien, je le fêterai, moi, ton madère; je veux me donner une pointe de gaieté ; il faut cela pour aller au bal, et tu verras comme je danse à présent!

— Est-ce que vous avez appris, papa ?

— Oui ... j'ai pris quelques leçons des danses à la mode... Oh! tu seras contente de moi !

On sert le dîner, M. Philamour y fait honneur, il sable le madère, se donne une pointe, s'en donne même deux , et se sent bien en train de se livrer à la danse gvmnastique. Après le dîner, Zénobie quitte son père pour aller s'occuper de sa toilette. Lorsque Philamour est seul, il s'exerce à faire le pas de V araignée et de la tulipe orageuse ; il jette ensuite sa jambe en l'air avec tant de force que dans son élan il n'a pas vu un petit cabaret placé sur une table toute mignonne; avec son pied il envoie au plafond les tasses et les soucoupes. La bonne accourt tout effrayée demander ce qui est arrivé, et Philamour,

Page 1