‹ Papa beau-pèreChapitre 7 sur 16 · LA BLONDE ET LA IMUKË · texte numérisé non relu

LA BLONDE ET LA IMUKË

loin de la douairière, qui braque ses veux sur elles et voudrait déjà deviner sur leur visage qui elles sont, ce qu'elles font et pourquoi elles viennent dîner là.

M. Dardanus, qui ne se trouvait pas éloigné des deux jeunes femmes, les lorgne aussi avec attention et ne pense plus à sa discussion avec son vis-à-vis, qui de son côté examine aussi les dernières venues, car, remarquez bien que l'arrivée d'une jolie femme fait sur-le-champ relever le nez à toutes les têtes masculines qui se trouvent sur son passage. Et, lorsqu'au lieu d'une, il en arrive deux, l'effet doit être plus prononcé.

La compagne de la jeune blonde méritait bien d'attirer les regards. Plus grande, plus forte que son amie, c'était une belle brune, dont les yeux noirs étaient pleins de feu, et qui ne les tenait pas baissés vers la terre ; elle les promenait au contraire assez hardiment autour d'elle. Ses cheveux, d'un noir de jais, étaient relevés sur les côtés et formaient par derrière un chignon superbe, mais de bon aloi, et qui n'était pas renfermé dans un petit sac de soie, comme la plupart de ceux qui ne contiennent que du crin. Un nez légèrement retroussé, une bouche un peu dédaigneuse, de belles dents et de vives couleurs : telle était mademoiselle Mathilde.

La venue de deux jeunes femmes aussi jolies pouvait donc bien faire événement dans un établissement de bouillon. Le dialogue suivant s'établit bientôt entre les deux amies :

— Eh bien, Lisa, ta frayeur est passée, j'espère?... Tu oses lever la tête maintenant!...

— Pas trop !... cela me semble si drôle d'être au milieu de tout ce monde... quia les yeux sur nous...

— Bah! le moment d'arriver, voilà tout! C'est comme dans les omnibus, quand vous y entrez, tous ceux qui sont dedans vous dévisagent ; mais à peine êtes-vous assis qu'on ne fait plus attention à vous. Ici chacun s'est remis à manger après nous avoir regardées.

— Ah ! excepté cette vieille dame là-bas, qui ne cesse pas de nous faire des yeux étonnés et curieux.

— Si elle ne cesse pas, tout à l'heure je vais lui tirer la langue et lui faire des grimaces horribles... Tu sais que je n'aime pas qu'on m'embête, moi !...

— 0 Mathilde! ici, il ne faut pas céder à ta mauvaise tête... Quelle idée aussi d'avoir voulu venir dîner dans un bouillon, au lieu de nous rendre à la pension bourgeoise où nous allons souvent?...

— Quelle idée!... Tu as bien peu de mémoire, Lisa; tu as donc <léj;i oublié ce que je t'ai dit : Je sais que Rodrigue vient quelquefois dîner dans ce restaurant

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