LA BLONDE ET LA BRUNE
L'altercation survenue entre M. Dardanus et son vis-à-vis commençait à ennuyer beaucoup les dîneurs, et les demoiselles servantes allaient prier le bonnet à poils de se taire, mais l'arrivée de nouveaux personnages rend leur intervention inutile.
Ce sont deux jeunes femmes, ou deux jeunes filles, qui pénètrent dans la salle, font quelques pas, puis s'arrêtent, comme n'osant pas avancer et surprises à la vue de tout le monde qui est là. Mais les servantes s'empressent d'aller au-devant d'elles et les guident, en leur criant :
— Par ici, mesdames, par ici ; voilà une table de libre, où vous serez fort bien.
— Allons, viens donc, Lisa, dit à sa compagne l'une des jeunes filles, qui semble beaucoup moins timide que l'autre. Viens... est-ce que tu n'oses plus avancer à présent? Mon Dieu, on ne nous mangera pas, va ! Et il n'y a pas de mal à entrer dans un établissement de bouillon.
Celle qui semble la plus embarrassée est une jolie blonde au teint frais vermeil, qui a de grands yeux bleus, mais un peu niais, qu'elle tient modestement baissés, et une taille assez rondelette ; on peut d'autant mieux en juger qu'elle ne porte point de crinoline. Sa mise est simple et peu coquette. Porte- ■ t-elle un bonnet ou un chapeau, c'est bien difficile à savoir, maintenant que les femmes ont des chapeaux plus petits que des bonnets ; et peut-on appeler chapeau ces petites soucoupes ou ces petits carrés longs qui sont posés sur le sommet de leur tète, où de loin il est impossible de les distinguer?... Heureuses relies qui ont vraiment des cheveux pour les garantir du froid, car leurs chapeaux, bons tout au plus pour des poupées, les laisseraient exposées à toutes les injures du temps!... 0 la mode! la mode! déesse le plus souvent sotte et ridicule, tu as seule le pouvoir de donner a de jolies femmes le courage de s'enlaidir.
Les deux nouvelles venues sont placées pas très-