SCÈNE V
TOURBANYÉS, CANTABEILLE.
Gantaboille a vieilli de dix ans. Sa barbe n^a pas oto faite depuis cinq ou six jours. Il est couvert de poussière. Ses vêtements sont déchirés. Il porte sous son bras un paquet de vêtements. Et delà main droite, un bâton; sa démarche, est titubante comme celle d un homme épuisé par une interminable marche. Il ouvre la porte et reste sur le seuil sans oser avancer.
TOURBANYÉS.
Toi ! c'est toi !
CANTABEILLE^ d'une voix faible.
Tu es seul... Oh ! tant mieux !.. J'avais si peur de ne pas pouvoir te parler avant que les autres ne m'aient revu... (Un temps.) Veux -tu me laisser m'asseoir un moment... je n'en puis plus !.. (Tourbanyès lui montre le fauteuil près de son bureau. — Gantabeille y va péniblement et y tombe plutôt qu'il ne s'y asseoit. Il ferme les yeux. Un silence.) G'est que j'arrive de loin... à pied... J’ai fait près de soixante lieues, presque d'une seule traite... A la fin^ j'étais à bout de forces^ j'ai cru que j'allais tomber sur quelque tas de cailloux, moi à qui personne n'avait jamais fait le poil pour enlever une étape... Mais quand, à la frontière^ j'ai revu les uniformes et le drapeau sur la gendarmerie... ça rn'a remis du cœur au ventre...