ACTE QUATRIÈME
TOURBANYÈS.
De quoi s’agit- mon garçon?
ULYSSE
Voilà^ capitaine. J’ai entendu dire qu’il y avait dans l’armée quelque chose comme un régiment où le colonel ne vous demandait ni qui on était^ ni ce qu’on avait fait, ni d’où on venait, et où on pouvait tout de même servir son pays, et si la mort ne voulait pas de vous, redevenir un jour un homme comme les autres...
TOURBANYÈS.
Ça s’appelle la Légion étrangère, mon brave. Viens ce soir à mon bureau. Nous causerons de cela!
» ULYSSE
Merci, mon capitaine, merci... (a cantabeiiie.) Monsieur Gantabeille, il me reste à vous remettre l’argent.
GANTABEILLE.
L’argent?...
ULYSSE
Oui, celui de la demoiselle, les trente mille francs. . . Ça vous étonne, qu’un homme comme moi rapporte une somme pareille?... J’avais aidé à la voler une fois, c’était assez !
GANTABEILLE.
Merci, Ulysse. Prends ça, Michel, tu les lui rendras...
ULYSSE
Au revoir, maintenant, monsieur Gantabeille, et à bientôt !
Sonnerie de garde à vous.
GANTABEILLE.
Voilà riieure... Au revoir^ ma Glorieuse... Et vous, Pierre^ aimez-la bien... Adieu^ Béline... Michel, je ne te dis plus merci... Mais si là-bas je regagne mes galons, je n’aurai qu’une pensée, c’est que c’est à toi que je les devrai.
Les clairons sonnent le rassemblement. Tous les hommes courent à leur rang.
LE HARDEUR.
Allons, Gantabeille !... Garde à vous! Rompez faisceaux!...
PASQUEVILLE, se détachant d’un groupe d’officiers.
Un instant, capitaine. Je désire dire adieu à tous ces braves enfants. Officiers, sous-ofüciers, caporaux et soldats, mes amis, vous partez à la conquête de pays nouveaux. Vous allez affronter loin de la terre natale, les dangers les plus rudes, les embûches des barbares, les fatigues, les maladies. Souvenez-vous là-bas que la France ne vous quitte ni des yeux, ni du cœur et que rien ne la laisse indifférente qui touche son armée, cette armée qu’elle aime, qu’elle admire, qui plane au-dessus de toutes les passions et de toutes les haines, qui est l’âme de la patrie. C’est du fond du cœur que je vous dis au revoir, que je salue les trois couleurs de votre drapeau, c’est avec tristesse que je me sépare de vous pour la première fois. Mais avant que les clairons sonnent la vieille marche de notre régiment, je veux serrer la main de votre doyen, du vétéran qui n’a pas hésité à rendre ses galons d’adjudant pour partir avec vous, dans vos rangs, sac au dos... sergent Gantabeille...
GANTABEILLE.
Non, non... Je ne veux pas... Je ne dois pas...