ACTE PREMIER
ULYSSE
Et VOS affaires vont?
PROSPER
Mais pas mal^ mon vieux... Je peux même t'offrir une situation...
ULYSSE, avec joie.
Où ça?
PROSPER
Avec nous. Dans la ménagerie?
ULYSSE;, se rembrunissant.
Ah! et comme quoi?
PROSPER
Gomme bonne à tout faire... Logé, nourri, abreuvé et dix thunes tous les trente du mois... Ça colle ?
ULYSSE^ hésitant.
C'est que... travailler... avec loi? Ça peut vous mener plus loin qu'on ne voudrait...
PROSPER
Des bêtises! C’est pour notre affaire... d’il y a deux ans^ au passage Saulnier, que tu dis ça... vieille rengaine?... Prends-tu quelque chose?... Une verte?
ULYSSE
Non... J’en bois plus de ce poison... Depuis ce soir-là...
PROSPER
Le fait est que tu en avais séché au moins une de mi-douzaine.
ULYSSE
Sans compter ce que tu mêlais dans mon verre à la fin^ quand je n'y voyais plus clair. Ah! il a fallu
que ça m'ait rudement déménagé la tote pour que je t'aie accompagné chez cette femme.
PllOSPEll.
Une pocliarde qui était déjà plus i)artie que nous quand nous l'avons rencontrée sur la place lUanche, et qui, une fois chez elle, dans une discussion, est assez gourde pour tomber la tête la première sur le marbre de sa cheminée...
ULYSSE
Oui... C'est ce que tu m'as raconté trois jours après à Anvers... Mais les journaux n’ont pas dit ça 1
PROSPER
Les journaux n'impriment que des blagues... c'est connu!
Pourquoi as-tu dévalisé ses tiroirs une fois qu'elle était par terre ?
PROSPER
Elle n'avait comme héritiers que des parents avec qui elle était en bisbille... Ça lui aurait fait de la peine de les enrichir... D'ailleurs, on a partagé, il me semble... (Durement.) Et puis assez de boniment, tu es sur le pavé, tu n'as pas mangé depuis deux jours, la question est de savoir si monsieur préfère accepter la main que je lui tends, ou crever de faim sur la grand'route.
ULYSSE, avec effort.
Tuas raison... oui... Prosper... Je n'aipas le choix..
PROSPER
A la bonne heure !
ULYSSE
Etes-vous pour longtemps ici?