SCÈNE IX
PIERRE, DOLORIDA, puis GLORIEUSE.
Dolorida^ depuis la sortie de Barthès^ est allée s’asseoir sur le banc de gauche. Elle semble triste et préoccupée.
PIERRE, s’approchant d’elle.
Vous semblez triste^ senorHa.
DOLORIDA
Les cloches ne peuvent pas toujours sonner Pà^ ques, monsieur Pierre.
PIERRE
C’est donc un gros chagrin ?
DOLORIDA
Ne vous moquez pas... oui, j'ai le cœur en peine.
PIERRE. '
Vous qui n’avez pas un seul vœu à former^ que' toutes les filles envient, que tous les garçons courtisent et que^ sur un geste, pour un sourire^ ils suivraient jusqu’aux Amériques.
DOLORIDA
Tous, excepté un... le seul dont mon cœur se' soucie... mais il est comme aveugle...
PIERRE
Peut-être vous croit-il engagée avec quelque autre... on a souvent parlé de votre mariage, Ptida.
DOLORIDA, avec impatience.
Puisque je ne me marie pas, c’est la vraie preuve que je ne pense à personne... à personne qu’à lui...
PIERRE
Alors, il aime donc ailleurs ?
DOLORTDA.
Non! J’en suis sûre... 11 n’a encore dit à aucune 1111e un seul mot qui engage... J’ai été assez folle^ assez lâche pour espionner sa vie...
PIERRE
Peut-être aussi ne soupçonne-t-il pas que vous l’aimez ?
DOLORTDA.
Gertesjenelelui ai pas avoué en face... mais croyezvous qu’un homme ignore longtemps un tel secret... 11 y a chez mon père un vieux herger qui m’a juré que l’amour appelait toujours l’amour.
PIERRE
Celui que vous aimez, Rida, a-t-il du bien?
DOLORTDA.
De quoi vivre, et ce n’est pas, je suppose, parce que je suis fille à chaîne d’or, et l’héritière unique de maître Ezcurra, qu’il se détournerait du gâteau.
PIERRE
Pourquoi pas? Quant à moi, je sais bien qu’il ne m’arriverait jamais de courtiser une demoiselle qui aurait de la fortune même si je la désirais de tout mon cœur...
DOLO RIDA
Est-ce possible? Si elle vous aimait, si elle avait la démence de s’offrir, vous la refuseriez?
PIERRE
Chacun pense à .sa manière.
DOLORIDA
Quelle folie... Tout le monde, tous ceux qui vous