ACTE PREMIER
GANTABEILLE, bas.
Il me semble que je rêve 1
Un temps.
PROSPER
Vous voyez!... On ne fait pas de cérémonies... C'est la table de famille!... Je suis heureux de vous y recevoir, après le service que vous avez rendu à ma sœur... (Lui passant une assiette.) Un peu de volaille?...
GANTABEILLE, bas, à Sélika.
Le service ?...
SÉLIKA^ basj pendant que Prosper continue à couper la volaille et en passe à Ulysse.
Il fallait bien trouver un prétexte pour vous recevoir... sans ça^ comment voulez-vous que mon frère consente?
PROSPER^ qui leur a laissé le temps d'échanger ces deux
répliques.
Quel heureux hasard ! que 'vous vous soyez trouvé sur le cours, quand ces malotrus se sont permis d'insulter cette pauvre enfant... C'est qu'une dame a beau avoir l'habitude des fauves... devant les hommes, le sexe parle!...
ULYSSE
Tu parles !
GANTABEILLE, gêné.
Certainement.
PROSPER
Un beau métier que vous exercez, mon lieutenant. Ah ! moi aussi, quand j'étais petit, je voulais être militaire!... Un peu de pomard?
Il lui verse à boire.
GANTABEILLE.
Vraiment?... A votre santé!
PROSPER, trinquant.
Malheureusement, notre pauvre père s'y opposa... n'est-ce pas^ Sélika?
SÉLIKA
Oui... oui!
Il me fit comprendre qu’après lui, je devais le remplacer et veiller sur ma jeune sœur!... Etouffant mes goûts, je le lui promis!... J'ai tenu mon serment!
SÉLIKA
Ça, on peut le dire !
PROSPER
Mais ma vocation d’enfant est restée gravée là!... (il frappe son cœur.) Et on a eu beau m'offrir des sommes incalculables, jamais, monsieur... demandez-le à Sélika... non, jamais je n'ai consenti à mener ma ménagerie donner des représentations en Allemagne !
SÉLIKA
C'est une justice à lui rendre ! Il n'a jamais voulu que je travaille pour le roi de Prusse !
GANTABEILLE.
Ce sont des sentiments qui vous honorent !
PROSPER
Je vous remercie!... Vous comprenez, ce n'est pas | une raison parce qu'on est des forains, pour qu'on n'ait pas de cœur!... (Rugissement.) As-tu entendu, Ulysse?
ULYSSE
Oui, patron... C’est César qui ronchonne!